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Job 31
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Crédits
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J’avais fait un pacte avec mes yeux, et comment aurais-je arrêté mes regards sur une vierge. —
Quelle part, me disais-je, Dieu me réserverait-il d’en haut ? Quel sort le Tout-Puissant me ferait-il de son ciel ?
La ruine n’est-elle pas pour le méchant, et le malheur pour les artisans d’iniquité ?
Dieu ne connaît-il pas mes voies, ne compte-t-il pas tous mes pas ?
Si j’ai marché dans le sentier du mensonge, si mon pied a couru après la fraude, —
que Dieu me pèse dans de justes balances, et il reconnaîtra mon innocence !
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ma simplicité ; c’est-à-dire ma droiture, mon innocence.
Si mes pas se sont écartés du droit chemin, si mon cœur a suivi mes yeux, si quelque souillure s’est attachée à mes mains, —
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La voie droite, juste.
que je sème, et qu’un autre mange, que mes rejetons soient déracinés !
Si mon cœur a été séduit par une femme, si j’ai fait le guet à la porte de mon prochain, —
que ma femme tourne la meule pour un autre, que des étrangers la déshonorent !
Car c’est là un crime horrible, un forfait que punissent les juges ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
L’adultère ; littéralement Cela (hoc), ce dont Job vient de parler. Or c’est l’adultère qu’il a désigné dans les deux versets précédents.
un feu qui dévore jusqu’à la ruine, qui aurait détruit tous mes biens.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Jusqu’à la perdition. Le terme hébreu abaddôn signifie aussi le lieu de perdition, l’enfer. Comparer à Job, 26, 6. ― L’adultère est effectivement une vraie flamme qui dévore et les richesses, et la réputation, et les qualités les plus excellentes du corps et de l’âme. L’adultère extirpe encore toutes les productions, c’est-à-dire toute la race ou les enfants légitimes.
Si j’ai méconnu le droit de mon serviteur ou de ma servante, quand ils étaient en contestation avec moi : —
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ici commence une suite de phrases conditionnelles entrecoupées de parenthèses que nous avons cru devoir marquer du signe ordinaire, comme on l’a fait dans le latin, au verset 18, pour faciliter l’intelligence du texte. C’est au verset 22 que se trouve la conclusion de ces phrases. ― Si j’ai dédaigné, etc. Les esclaves régulièrement n’avaient pas d’action contre leur maître, en public devant les juges ; le maître avait sur eux un droit absolu ; mais en particulier, les esclaves pouvaient se plaindre ; et il était de l’équité de leur maître d’écouter leurs humbles remontrances et de leur faire justice.
Que faire, quand Dieu se lèvera ? Au jour de sa visite, que lui répondrai-je ?
Celui qui m’a fait dans le sein de ma mère ne l’a-t-il pas fait aussi ? Un même Créateur ne nous a-t-il pas formés ?
Si j’ai refusé aux pauvres ce qu’ils désiraient, si j’ai fait languir les yeux de la veuve,
si j’ai mangé seul mon morceau de pain, sans que l’orphelin en ait eu sa part : —
dès mon enfance il m’a gardé comme un père ; dès ma naissance il a guidé mes pas.
Si j’ai vu le malheureux périr sans vêtements, l’indigent manquer de couverture,
sans que ses reins m’aient béni, sans que la toison de mes agneaux l’ait réchauffé ;
si j’ai levé la main contre l’orphelin, parce que je me voyais un appui dans les juges, —
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
A la porte de la ville ; c’était là qu’étaient placés les tribunaux et que se tenaient les assemblées du peuple.
que mon épaule se détache du tronc, que mon bras soit arraché de l’humérus.
Car je crains la vengeance de Dieu, et devant sa majesté je ne puis subsister.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ce verset et les suivants sont encore des phrases conditionnelles entremêlées de parenthèses, dont le sens est suspendu, jusqu’au verset 35, qui leur sert de conclusion.
Si j’ai mis dans l’or mon assurance, si j’ai dit à l’or pur : « Tu es mon espoir ; »
si je me suis réjoui de l’abondance de mes biens, des trésors amassés par mes mains ;
si, en voyant le soleil jeter ses feux, et la lune s’avancer dans sa splendeur,
mon cœur s’est laissé séduire en secret, si ma main s’est portée à ma bouche, —
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les peuples anciens qui adoraient les astres, étendaient ordinairement la main vers eux et la portaient ensuite à leur bouche pour la baiser.
c’est là encore un crime que punit le juge ; j’aurais renié le Dieu très-haut.
Si j’ai été joyeux de la ruine de mon ennemi, si j’ai tressailli d’allégresse quand le malheur l’a frappé : —
Non, je n’ai pas permis à ma langue de pécher, en demandant sa mort avec imprécation !…
Si les gens de ma tente ne disaient pas : « Où trouver quelqu’un qui ne soit pas rassasiés de sa table ? »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Qui nous donnera… de sa chair ? Les uns entendent de la chair de l’ennemi de Job, les autres de la propre chair de Job, ou supposant que ses serviteurs étant très mécontents de lui, parce qu’il rendait leur service trop pénible et trop fatigant en pratiquant l’hospitalité envers tout le monde et en tenant dans sa maison une discipline trop sévère, exprimaient ainsi leur mécontentement, ou ne voyant dans ces mots que l’expression d’un sentiment si tendre et d’un si vif attachement pour leur maître, qu’ils auraient, pour ainsi dire, souhaité de le manger ; expression analogue à dévorer des yeux, manger de caresses, etc. Quoi qu’il en soit de ces diverses interprétations, Job a voulu dire que, lorsqu’il était excité à la vengeance même par les gens de sa maison, il n’a pas cédé à ce sentiment.
si l’étranger passait la nuit en dehors, si je n’ouvrais pas la porte au voyageur !…
Si j’ai, comme font les hommes, déguisé mes fautes, et renfermé mes iniquités dans mon sein,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Comme homme, est le texte même de la Vulgate : Quasi homo. On prend généralement le mot homme pour un nom collectif, et on traduit : Comme le font ordinairement les hommes. L’hébreu pouvait signifier Comme Adam, le chaldéen ayant traduit ainsi, plusieurs habiles interprètes, soit catholiques, soit protestants, ont adopté ce sens, qui paraît d’ailleurs parfaitement conforme au texte.
par peur de la grande assemblée, par crainte du mépris des familles, au point de me taire, et de n’oser franchir le seuil de ma porte !…
Oh ! Qui me fera trouver quelqu’un qui m’écoute ? Voilà ma signature : que le Tout-Puissant me réponde ! Que mon adversaire écrive aussi sa cédule !
On verra si je ne la mets pas sur mon épaule, si je n’en ceins pas mon front comme d’un diadème !
Commentaire (versets 35 à 36) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 35 à 36 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Un livre, contenant sa sentence. ― Celui qui juge ; le juge par excellence, le juge suprême, Dieu. Après avoir exposé son innocence, Job demande à son souverain juge qu’il daigne prononcer et écrire sa sentence, parce que, loin de craindre qu’elle ne lui soit défavorable, il la portera au contraire comme un trophée et s’en parera comme d’un ornement précieux. Sur mon épaule. Chez les Hébreux, comme chez plusieurs autres peuples de l’antiquité, les princes et les grands portaient sur leurs épaules les marques de leurs dignités. Voir Isaïe, 9, 6 ; 22, 22.
Je rendrai compte à mon juge de tous mes pas, je m’approcherai de lui comme un prince.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Comme à un prince ; comme un présent digne d’un prince ; selon d’autres : comme à mon prince ; ce qui est s’écarter du texte. L’hébreu porte littéralement Comme un prince je le présenterai ; ce que l’on explique ainsi : Je donnerai ce livre à lire qui voudra, avec la même assurance, la même hardiesse qu’un prince qui présente les titres de sa qualité, qui prononce une sentence ou qui donne ses ordres.
Si ma terre crie contre moi, si j’ai fait pleurer ses sillons ;
si j’ai mangé ses produits sans l’avoir payée, si je l’ai arrachée à ses légitimes possesseurs, —
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sans argent, sans les payer.
qu’au lieu de froment il y naisse des épines, et de l’ivraie au lieu d’orge ! Ici finissent les discours de Job.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les paroles de Job sont finies ; c’est-à-dire ses paroles à ses amis ; il ne leur parle plus, en effet, dans la suite, il répond seulement à Dieu, qui intervient pour terminer le différend.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
IIIe partie du XIe discours de Job : Conscience de son innocence, chapitre 31. ― Du moins sa conscience est-elle pour lui. ― 1° Il ne s’est jamais abandonné à ses passions, versets 1 à 12 ; ― 2° il ne s’est jamais servi de sa force pour traiter injustement les faibles, versets 13 à 23 ; ― 3° il n’a jamais été arrogant, comme on le lui a reproché, ni envers Dieu ni envers les hommes, versets 24 à 40.