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Job 21
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Alors Job prit la parole et dit :
Écoutez, écoutez mes paroles, que j’aie, du moins, cette consolation de vous.
Permettez-moi de parler à mon tour, et, quand j’aurai parlé, vous pourrez vous moquer.
Est-ce contre un homme que se porte ma plainte ? Comment donc la patience ne m’échapperait elle pas ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
N’ai-je pas un juste sujet d’être contristé, quand je n’ai pas affaire à un homme, mais à Dieu, qui par les maux dont il m’accable semble autoriser les accusations de mes ennemis ?
Regardez-moi et soyez dans la stupeur, et mettez la main sur votre bouche.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Soyez dans l’étonnement. La chose étonnante dont va parler Job, c’est, selon la plupart des commentateurs modernes, la prospérité des méchants sur la terre. Saint Jérôme pense, et avec plus de raison, ce semble, qu’il s’agit du bonheur que Dieu accorde indistinctement aux méchants et aux bons, sans mettre entre eux aucune différence sensible et apparente.
Quand j’y pense, je frémis ; et un frissonnement saisit ma chair.
Pourquoi les méchants vivent-ils, et vieillissent-ils, accroissant leur force ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jérémie, 12, 1 ; Habacuc, 1, vv. 3, 13.
Leur postérité s’affermit autour d’eux, leurs rejetons fleurissent à leurs yeux.
Leur maison est en paix, à l’abri de la crainte ; la verge de Dieu ne les touche pas.
Leur taureau est toujours fécond, leur génisse enfante et n’avorte pas.
Ils laissent courir leurs enfants comme un troupeau, leurs nouveau-nés bondissent autour d’eux.
Ils chantent au son du tambourin et de la cithare, ils se divertissent au son du chalumeau.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Orgue ; instrument qui, chez les anciens Hébreux, était un composé de plusieurs tuyaux de flûte collés ensemble, et dont on jouait en faisant passer successivement ces divers tuyaux le long de la lèvre d’en bas. On considère assez généralement ici le mot Organum de la Vulgate comme un collectif et on le traduit par des instruments de musique. ― Une harpe, en hébreu, kinnor, instruments à cordes, sorte de harpe.
Ils passent leurs jours dans le bonheur, et ils descendent en un instant au schéol.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
En un moment ils descendent dans les enfers. Ils sont heureux jusqu’à la fin de leur vie, mais la mort met brusquement un terme à leur félicité et les remplit d’épouvante en les précipitant dans le scheôl.
Pourtant ils disaient à Dieu : « Retire-toi de nous ; nous ne désirons pas connaître tes voies.
Qu’est-ce que le Tout-Puissant, pour que nous le servions ? Que gagnerions-nous à le prier ? »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Malachie, 3, 14.
Leur prospérité n’est-elle pas dans leur main ? — Toutefois, loin de moi le conseil de l’impie ! —
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
En leur main ; c’est-à-dire ne leur puissance. ― J’avoue que les méchants sont souvent heureux, mais leur bonheur n’est pas sûr, aussi à Dieu ne plaise que j’ai leurs sentiments.
Voit-on souvent s’éteindre la lampe des impies, la ruine fondre sur eux, et Dieu leur assigner un lot dans sa colère ?
Les voit-on comme la paille emportée par le vent, comme la glume enlevée par le tourbillon ?
« Dieu, dites-vous, réserve à ses enfants son châtiment !… » Mais que Dieu le punisse lui-même pour qu’il le sente,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Alors il comprendra qu’il y a une souveraine justice qui rendra à chacun selon ses mérites.
qu’il voie de ses yeux sa ruine, qu’il boive lui-même la colère du Tout-Puissant !
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ses yeux, etc. Il verra de ses propres yeux sa ruine entière ; littéralement son meurtre.
Que lui importe, en effet, sa maison après lui, une fois que le nombre de ses mois est tranché ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Lors même, ou bien et si, c’est-à-dire que lui importe encore, si le nombre, etc. Le verset est susceptible de cette double analyse.
Est-ce à Dieu qu’on apprendra la sagesse, à lui qui juge les êtres les plus élevés ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ceux qui sont élevés ; les grands de la terre, selon les uns, les habitants du ciel, selon les autres. Le terme hébreu est, comme celui de la Vulgate, susceptible de ces deux sens. Les Septante ont traduit phonous, c’est-à-dire meurtres ; mais il y a des exemplaires qui portent sohous ou sages.
L’un meurt au sein de sa prospérité, parfaitement heureux et tranquille,
les flancs chargés de graisse, et la moelle des os remplie de sève.
L’autre meurt, l’amertume dans l’âme, sans avoir goûté le bonheur.
Tous deux se couchent également dans la poussière, et les vers les couvrent tous deux.
Ah ! Je sais bien quelles sont vos pensées, quels jugements iniques vous portez sur moi.
Vous dites : « Où est la maison de l’oppresseur ! Qu’est devenue la tente qu’habitaient les impies ? »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Où est la maison, etc. La maison d’un mauvais prince et les tabernacles des impies ne subsistent plus, parce que c’étaient des méchants que Dieu a fait périr. Ainsi, c’est parce que tu es méchant que Dieu t’a traité comme eux.
N’avez-vous donc jamais interrogé les voyageurs, et ignorez-vous leurs remarques ?
Au jour du malheur, le méchant est épargné ; au jour de la colère, il échappe au châtiment.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ce verset renferme la réponse des passants, c’est-à-dire des voyageurs étrangers.
Qui blâme devant lui sa conduite ? Qui lui demande compte de ce qu’il a fait ?
On le porte honorablement au tombeau ; et on veille sur son mausolée.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Il veillera ; il vivra encore en quelque sorte à la faveur d’un mausolée fastueux qui conservera sa mémoire parmi les hommes ; ou bien il vivra en enfer parmi les morts.
les glèbes de la vallée lui sont légères, et tous les hommes y vont à sa suite, comme des générations sans nombre l’y ont précédé.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Il a été agréable au gravier du Cocyte, tant par la magnificence du tombeau qu’il s’y est fait élever que par la majesté de la pompe funèbre qui l’a accompagné. ― Le Cocyte, fleuve fabuleux, qui selon les poètes païens arrose l’enfer. Saint Jérôme a donc pu employer ce mot pour désigner le lieu où l’impie est précipité à sa mort, comme il a employé après saint Pierre le terme Tartare pour exprimer la même idée. Comparer à 2 Pierre, 2, 4. ― Le texte original porte : « Les pierres de la vallée (où il est enseveli) lui sont légères, et tous les hommes y vont à sa suite, comme de nombreuses générations l’y ont précédé. »
Que signifient donc vos vaines consolations ? De vos réponses il ne reste que perfidie.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
VIIe discours de Job ; IIe réponse à Sophar, chapitre 21. Job s’est principalement attaché, dans ses discours précédents, à convaincre ses amis de son innocence ; ne pouvant y réussir, il se tourne maintenant contre eux, et, abandonnant le terrain de la justification personnelle pour se jeter sur celui des principes, il attaque leur thèse en elle-même ; il ne se borne plus à leur dire qu’ils la proposent d’une manière trop générale et qu’ils lui en font une fausse application, il la nie. ― 1° Il va leur donner une réponse décisive ; ils cesseront ainsi de le railler, versets 2 à 4. ― 2° C’est le contraire de ce qu’ils affirment qui est la vérité : beaucoup d’impies sont heureux sur la terre, versets 5 à 15. ― 3° Toute leur argumentation contre ce fait d’expérience est sans force ; ce serait orgueil de leur part que de le nier et de vouloir tracer à Dieu la voie qu’il doit suivre, versets 16 à 26. ― 4° Il sent bien les applications malignes que renferment leurs discours, mais leurs affirmations sont démenties par l’expérience, versets 27 à 34.