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Job 30
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Et maintenant, je suis la risée d’hommes plus jeunes que moi, dont je n’aurais pas daigné mettre les pères parmi les chiens de mon troupeau.
Qu’aurais-je fait de la force de leurs bras ? Ils sont privés de toute vigueur.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dont je comptais pour rien, etc. ; la force de leur bras m’était entièrement inutile ; je n’avais nullement besoin de leur secours.
Desséchés par la misère et la faim, ils broutent le désert, un sol depuis longtemps aride et désolé.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ce qu’ils pouvaient y trouver. Ces mots ou autres semblables sont sous-entendus ; à moins qu’on ne considère comme complément du verbe actif rongeaient (rodebant), les mots herbes (herbas) et écorces d’arbres (arborum cortices) ; genre de construction qui n’est pas rare dans la Vulgate.
Ils cueillent sur les buissons des bourgeons amers, ils n’ont pour pain que la racine des genêts.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Des herbes, en hébreu malouakh, kali des Arabes, espèce d’accroche, d’une saveur salée, dont les pauvres mangent les bourgeons et les feuilles jeunes. Quelques philosophes pythagoriciens s’en nourrissaient aussi, au rapport d’Athénée. ― La racine des genévriers. Le mot original rôhtem, a été rendu par genévrier dans les anciennes versions, mais on s’accorde généralement aujourd’hui à le traduire par genêt. L’abondance du genêt dans une partie du désert du Sinaï fit donner son nom, Rithmah, à un des campements des Israélites dans la péninsule, voir Nombres, 33, 18. La racine de cette plante est très amère.
On les écarte de la société des hommes, on crie après eux comme après le voleur.
Ils habitent dans d’affreuses vallées, dans les cavernes de la terre et les rochers.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans les cavernes. Il est question ici d’une espèce de Troglodytes ou d’un peuple semblable à celui que mentionnent Genèse, 14, 6, et Deutéronome, 2, 12, les Chorréens ou Horrhéens. Ces derniers étaient les habitants aborigènes du mont Séir, probablement les alliés des Emim et des Réphaïm. Ils en furent chassés par les enfants d’Esaü. On voit encore par centaines leurs habitations, taillées dans le grès, dans les montagnes d’Edom et surtout à Pétra. Les Troglodytes dont parle Job habitaient le Hauran, dont le nom signifie peut-être « terre des cavernes », parce que les cavernes y abondent. Elles sont encore aujourd’hui en parties habitées. M. Drake en a fait la description suivante, qui nous fait connaître en même temps la vie misérable des Troglodytes, semblable à celle des contemporains de Job. « Ils habitent les antiques cavernes, en commun avec leurs vaches, les brebis et les boucs. L’entrée est généralement un passage taillé dans le roc, d’environ un mètre de large, ouvert au-dessus, et descendant soit par un plan incliné, soit par de petites marches à la porte de la caverne, qui est d’un peu plus d’un mètre sur 0.75 centimètre (?). Les parois de la caverne sont rarement polies. Elle est de forme circulaire ou ovale et a rarement deux mètres de hauteur. Le milieu est occupé par le bétail ; la partie réservée pour la portion humaine des habitants est marquée et délimitée par une ligne de pierres. On porte chaque matin le fumier au dehors… Lorsqu’une pluie abondante amène dans la caverne quelques centimètres d’eau, cette eau, jointe à l’humidité des murs, aux moustiques, à la vermine, à la mauvaise odeur qu’exhalent hommes et bêtes, fait de cette habitation la plus affreuse des étables. Et cependant les hommes indolents, bien constitués, qui possèdent cette écurie, sont trop paresseux pour se construire une hutte. Ils préfèrent demeurer dans ces cavernes que leur ont léguées leurs ancêtres et ils errent sur les collines avec leurs troupeaux, ou bien enveloppés dans leurs haillons, ils sommeillent dans quelque coin abrité, sans autre désir que de remplir leur estomac d’herbes sauvages qu’ils mangent crues. Ces herbes sauvages, du pain de millet et le lait diversement préparé forment leur nourriture ordinaire. »
On entend leurs cris sauvages parmi les broussailles, ils se couchent ensemble sous les ronces :
gens insensés, race sans nom, bannis avec mépris de la terre habitée !
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Qui ne paraissent, etc. ; c’est-à-dire qui n’osent pas paraître, se montrer dans leur patrie, parmi leurs concitoyens. ― Hébreu : race insensée, gens sans aveu, ils sont le rebut de la terre. La région que décrit Job a été de tout temps habitée par des pillards, vivant en partie de brigandage. La population actuelle de la Trachonitide orientale, qui porte aujourd’hui le nom arabe fort significatif de Ledjah, c’est-à-dire refuge, parce que c’est là en effet que se réfugient comme dans un repaire inaccessible les aventuriers et les bandits, rappelle particulièrement ce trait de la description de Job.
Et maintenant je suis l’objet de leurs chansons, je suis en butte à leurs propos.
Ils ont horreur de moi, ils me fuient, ils ne détournent pas leur crachat de mon visage.
Ils se donnent libre carrière pour m’outrager, ils rejettent tout frein devant moi.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Il m’a mis un frein à la bouche. Les bas-reliefs assyriens représentent des hommes à qui l’on a mis réellement un frein à la bouche.
Des misérables se lèvent à ma droite, ils cherchent à ébranler mes pieds, ils frayent jusqu’à moi leurs routes meurtrières.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ils ont renversé mes pieds, effet de la maladie de Job.
Ils ont bouleversé mes sentiers, ils travaillent à ma ruine, eux à qui personne ne porterait secours.
Ils fondent sur moi, comme par une large brèche, ils se précipitent parmi les décombres.
Les terreurs m’assiègent, ma prospérité est emportée comme un souffle, mon bonheur a passé comme un nuage.
Et maintenant, mon âme s’épanche en moi, les jours d’affliction m’ont saisi.
La nuit perce mes os, les consume, le mal qui me ronge ne dort pas.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ceux qui, etc., peut s’entendre de ses ennemis, ou mieux peut-être, des vers qui le rongeaient.
Par sa violence, mon vêtement a perdu sa forme, il me serre comme une tunique.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Comme d’un capuchon de tunique. C’est le sens qui nous a paru le mieux concorder avec : ils m’ont couvert, littéralement entouré (succinxerunt). Ainsi cette phrase signifie, comme le remarque Ménochius, que les vers qui rampaient au-dessus du cou de Job formaient comme un capuchon qui entourait et couvrait sa tête.
Dieu m’a jeté dans la fange, je suis comme la poussière et la cendre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Je suis devenu comme la boue. Détails pathologiques, exprimés métaphoriquement, sur l’éléphantiasis dont souffre Job. Dans cette maladie, la peau se colore d’abord fortement en rouge ; elle devient ensuite noire et écailleuse et a l’apparence d’une croûte terreuse et sale.
Je crie vers toi, et tu ne me réponds pas ; je me tiens debout, et tu me regardes avec indifférence.
Tu deviens cruel à mon égard, tu m’attaques avec toute la force de ton bras.
Tu m’enlèves, tu me fais voler au gré du vent, et tu m’anéantis dans le fracas de la tempête.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Me posant comme sur le vent, etc. Me tenant comme suspendu en l’air, c’est-à-dire après m’avoir élevé, vous m’avez laissé tomber, etc.
Car, je le sais, tu me mènes à la mort, au rendez-vous de tous les vivants.
Cependant celui qui va périr n’étendra-t-il pas les mains et, dans sa détresse, ne poussera-t-il pas un cri ?
Commentaire (versets 23 à 24) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 23 à 24 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Tous les hommes vont à la mort ; mais vous ne voulez pas leur perte entière ; vous les conservez dans cette vie. S’ils font quelques faux pas, vous les relevez. Voilà, Seigneur, la conduite que vous tenez envers le commun des hommes ; mais pour moi, il semble que vous vouliez en tenir une autre.
N’avais-je pas des larmes pour l’infortuné ? Mon cœur ne s’est-il pas attendri sur l’indigent ?
J’attendais le bonheur, et le malheur est arrivé ; j’espérais la lumière, et les ténèbres sont venues.
Mes entrailles bouillonnent sans relâche, les jours d’affliction ont fondu sur moi.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
N’a cessé de brûler ; c’est le vrai sens de l’hébreu, qui porte à la lettre : Elles (mes entrailles) ont brûlé et n’ont pas cessé. C’est aussi celui de la Vulgate, car l’expression absque ulla requie, qu’on traduit par sans aucun repos, et qui signifie sans aucune interruption, sans jamais cesser, se rapporte à entrailles, et non pas à Job.
Je marche dans le deuil, sans soleil ; si je me lève dans l’assemblée, c’est pour pousser des cris.
Je suis devenu le frère des chacals, le compagnon des filles de l’autruche.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
J’ai été frère des dragons (en hébreu : des chacals) et compagnons des autruches, c’est-à-dire je leur suis devenu semblable par les cris que m’arrache la douleur. Le glapissement du chacal fatigue tous ceux qui l’entendent, et le cri strident de l’autruche a quelque chose plaintif et de lugubre qui remplit d’effroi. « Lorsque les autruches, raconte un voyageur, se préparent à la course ou au combat, elles font sortir de leur grand cou tendu et de leur long bec béant un bruit sauvage, terrible, semblable à un sifflement. Dans le silence de la nuit, elles poussent des gémissements plaintifs et horribles qui ressemblent parfois de loin au rugissement de lion, mais plus souvent au beuglement enroué du taureau. Je les ai entendues souvent gémir, comme si elles étaient en proie aux plus affreuses tortures. » (SHAW.)
Ma peau livide tombe en lambeaux, mes os sont brûlés par un feu intérieur.
Ma cithare ne rend plus que des accords lugubres, mon chalumeau que des sons plaintifs.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Orgue. Voir, pour le sens de ce mot, Job, 21, 12.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
IIe partie du XIe discours de Job : Malheurs présents, chapitre 30. ― Ils sont décrits en trois tableaux qui commencent tous par le mot maintenant. ― 1° Maintenant les hommes les plus méprisables s’élèvent contre lui, versets 1 à 8 ; ― 2° maintenant il est pour eux un objet de moquerie ; ils l’attaquent de toutes leurs forces, versets 9 à 15 ; ― 3° maintenant il a cependant assez à souffrir, sans cette peine de surcroît, de la part de ses propres maux et de la part de Dieu, versets 16 à 23. ― 4° Combien moins ses amis devraient-ils se tourner contre lui, puisque sa félicité s’est changée en une douleur si cruelle ! Versets 24 à 31.