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Matthieu 26

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Enregistrement réalisé par Jean-Marie Weber, mission-web.com, d'après la Bible Crampon (1923).

Mis à disposition sous licence Creative Commons Attribution, Pas d'utilisation commerciale, Pas de modification 2.0 France, dont les conditions sont :

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Jésus ayant achevé tous ces discours, dit à ses disciples :

« Vous savez que la Pâque a lieu dans deux jours, et que le Fils de l’homme va être livré pour être crucifié. »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 14, 1 ; Luc, 22, 1. ― La Pâque, la fête la plus solennelle des Juifs, se célébrait en mémoire de la délivrance du peuple juif de la servitude de l’Egypte, par la manducation de l’agneau pascal, figure de Notre-Seigneur, voir 1 Corinthiens, 5, 7. Elle se célébrait le 14 nisan (mars-avril) et durait sept jours.

Alors les Princes des prêtres et les Anciens du peuple se réunirent dans la cour du grand-prêtre, appelé Caïphe,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les princes des prêtres, les chefs des vingt-quatre familles sacerdotales. ― Les anciens du peuple, les membres du sanhédrin. ― Du grand prêtre appelé Caïphe. Caïphe, qu’on appelait aussi Joseph, fut nommé grand prêtre par le procurateur romain Valérius Gratus vers l’an 27 ou 28 de notre ère, à la place de Simon, fils de Camith. Il conserva ses fonctions pendant toute l’administration de Pilate, mais il fut déposé en l’an 36 ou 37 par le proconsul Vitellius et remplacé par Jonathan, fils du pontife Ananus ou Anne.

et ils délibérèrent sur les moyens de s’emparer de Jésus par ruse et de le faire mourir.

« Mais, disaient-ils, il ne faut pas que ce soit pendant la fête, de peur qu’il ne s’élève quelque tumulte parmi le peuple. »

Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Simon le lépreux ; c’est-à-dire qui avait été lépreux. ― « Le repas décrit par saint Jean, 12, 2, est-il différent de celui qui eut lieu chez Simon le lépreux, voir Matthieu, 26, 6, et de celui que décrit saint Luc, 7, 36 ? ― Il est probable que le repas décrit par saint Jean est le même que saint Matthieu nous dit avoir eu lieu chez Simon. Les deux Evangélistes placent la scène à Béthanie ; les récits présentent les mêmes circonstances et se rapportent à la même époque. Le Sauveur revint dans ce bourg six jours avant Pâques, comme le dit saint Jean, le samedi soir par conséquent, un peu avant le repas, ou le vendredi, si l’on compte les six jours à partir du jeudi soir où la fête commençait. Si saint Matthieu parle de deux jours avant Pâques, quelques versets plus haut, c’est à propos d’un autre fait, de la résolution prise par le Sanhédrin de faire mourir Jésus ; et cette anticipation n’empêche pas qu’il ne dérive ensuite très naturellement ce repas de Béthanie, qui a fourni à Judas l’occasion de quitter son Maître et de le vendre aux Juifs. Que Lazare et ses sœurs assistent à ce repas, ce n’est pas une preuve qu’il eut lieu chez eux. Celui qui l’offrait ne pouvait-il pas être de leurs parents ou de leurs amis ? C’est même probablement parce qu’on n’était pas chez eux que saint Jean crut devoir signaler leur présence et surtout le zèle de Marthe à servir les convives. Ici comme ailleurs, le dernier évangile complète les précédents, en ajoutant à leur récit de nouveaux traits. Saint Matthieu et saint Marc disent : une femme ; saint Jean dit : Marie, sœur de Lazare. Ils parlent de l’onction de la tête seulement ; lui signale l’onction des pieds.

une femme s’approcha de lui, avec un vase d’albâtre contenant un parfum de grand prix ; et pendant qu’il était à table, elle répandit le parfum sur sa tête.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 14, 8 ; Jean, 11, 2 ; 12, 3. ― « Une femme ayant un vase d’albâtre. On croit que c’est Marie Madeleine. Le sentiment commun est qu’il n’y a point de distinction à faire entre la pécheresse de saint Luc, Marie-Madeleine, délivrée de sept démons, Marie, sœur de Marthe, et Marie de Béthanie. Ce sentiment paraît bien fondé. En effet : 1° Tel est l’avis des docteurs et des Pères les plus anciens, celui que l’Eglise romaine a toujours suivi dans sa liturgie. S’il s’agissait, dans ces passages, de personnes différentes, serait-il possible que les Apôtres n’en eussent pas instruit les premiers fidèles ou qu’il se fût établi dès les premiers temps une tradition opposée à leur enseignement ? ― 2° Lorsqu’on lit simplement l’Evangile, l’idée de ces distinctions ne s’offre pas à l’esprit. ― Après avoir rapporté la conversion de la pécheresse chez Simon, saint Luc parle aussitôt de plusieurs femmes qui avaient été guéries ou délivrées du démon par le Sauveur, et qui l’assistaient de leurs biens : or, la première de toutes est Marie, surnommée Madeleine. ― Quand saint Jean parle de Marie, sœur de Lazare et de Marthe, il ajoute, pour la faire connaître, que c’est la personne qui a essuyé de ses cheveux les pieds du Sauveur. A qui peut-on penser, sinon à la pécheresse qu’on sait avoir fait à Naïm cet acte d’humilité et de religion ? ― On ne peut pas la méconnaître davantage chez Simon où cette action est renouvelée, ni aux pieds du Sauveur, à la maison de Marthe, ni au pied de la croix, ni au tombeau où elle paraît sous le nom de Marie-Madeleine. Si ce n’était pas là, en effet, Marie de Béthanie, comment s’expliquer son absence, l’absence de la sœur de Lazare, en pareille circonstance ? D’ailleurs, ce sont les mêmes habitudes qui se manifestent partout, et l’identité du caractère indique l’identité de la personne. Mais si Marie de Béthanie est Marie-Madeleine, délivrée de sept démons, peut-on douter que ce ne soit la pécheresse de Naïm, celle qui a témoigné à Notre-Seigneur tant de repentir et tant d’amour ? ― 3° On ne peut opposer à ce sentiment aucune difficulté réelle. ― Une même personne ne peut-elle pas s’être trouvée en Galilée, chez Simon le pharisien, avoir possédé un bien à Magdala, et être venue chez sa sœur à Béthanie ? ― Il est des esprits qui répugnent à croire que le Sauveur ait témoigné tant de bonté à une pécheresse, même après sa conversion. Mais n’a-t-il pas dit lui-même à Simon ce qu’on doit penser d’un tel sentiment ? N’est-ce pas pour les pécheurs qu’il est venu sur la terre et ne voulait-il pas qu’on connût ses dispositions ? Ce qu’il a fait pour Madeleine, ne l’a-t-il pas fait pour la Samaritaine et pour une infinité d’autres ? N’était-ce pas un présage, une figure de la grâce qu’il destinait à toute la gentilité ? Ne l’a-t-il pas aussi convertie ? Ne l’a-t-il pas régénérée, honorée du nom d’épouse et mise à la place de la synagogue infidèle ? ― Enfin, si Marie, sœur de Marthe, n’était pas Marie-Madeleine, ne faudrait-il pas dire que l’Eglise est loin de remplir les intentions du Sauveur, qu’elle ne comprend même pas la prédiction qu’il a faite au repas de Béthanie, puisqu’elle attribue à sainte Madeleine et qu’elle honore particulièrement en sa personne l’acte de religion qu’il a signalé en Marie comme devant être pour elle la source de tant de gloire ? ― Le caractère de Madeleine contraste admirablement avec celui de Judas à Béthanie, comme il contraste avec celui de Simon à Naïm. » (L. BACUEZ.) ― Un vase d’albâtre. On a trouvé de nombreux échantillons de ces vases à parfums dans des tombeaux. Ceux qui ont été découverts dans les tombeaux des rois de Sidon, en Phénicie, et qui remontent à une époque un peu antérieure à Notre-Seigneur, sont tous en albâtre égyptien ; ils ont la forme d’une poire ; leur hauteur est de 25 centimètres ; l’orifice a 3 centimètres ; l’épaisseur n’est guère que d’un centimètre. Ces vases faits au tour, sont donc très fragiles.

Ce que voyant, les disciples dirent avec indignation : « À quoi bon cette perte ?

On aurait pu vendre ce parfum très cher et en donner le prix aux pauvres. »

Jésus, s’en étant aperçu, leur dit : « Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? C’est une bonne action qu’elle a faite à mon égard.

Car vous avez toujours les pauvres avec vous ; mais moi, vous ne m’avez pas toujours.

En répandant ce parfum sur mon corps, elle l’a fait pour ma sépulture.

Je vous le dis, en vérité, partout où sera prêché cet évangile, dans le monde entier, ce qu’elle a fait sera raconté en mémoire d’elle. »

Alors l’un des Douze, appelé Judas Iscariote, alla trouver les Princes des prêtres,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 14, 10 ; Luc, 22, 4.

et leur dit : « Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai ? » Et ils lui comptèrent trente pièces d’argent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Trente pièces d’argent ; c’est-à-dire trente sicles, qui font environ quarante-huit francs de notre monnaie (en 1900) ; c’était le prix ordinaire d’un esclave. Voir Exode, 21, 32.

Depuis ce moment, il cherchait une occasion favorable pour livrer Jésus.

Le premier jour des Azymes, les disciples vinrent trouver Jésus, et lui dirent : « Où voulez-vous que nous préparions le repas pascal ? »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 14, 12 ; Luc, 22, 9. ― Les azymes ; c’est-à-dire la fête des pains sans levain. ― La pâque ; l’agneau pascal.

Jésus leur répondit : « Allez à la ville chez un tel, et dites-lui : Le Maître te fait dire : Mon temps est proche, je ferai chez toi la Pâque avec mes disciples. »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Je veux faire chez toi la pâque. Dans le cénacle. Voir sur le cénacle, Marc, 14, 15.

Les disciples firent ce que Jésus leur avait commandé, et ils préparèrent la Pâque.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ils préparèrent la pâque, l’agneau pascal et tout ce qui était nécessaire pour le manger selon les rites. Voir Exode, 12, 3-20.

Le soir étant venu, il se mit à table avec les Douze.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 14, 17 ; Luc, 22, 14.

Pendant qu’ils mangeaient, il dit : « Je vous le dis en vérité, l’un de vous me trahira. »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jean, 13, 21.

Ils en furent profondément attristés et chacun se mit à lui dire, : « Est-ce moi, Seigneur ? »

Il répondit : « Celui qui a mis avec moi la main au plat, celui-là me trahira !

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans le plat, en grec, trublion, plat très grand. En Orient, les assiettes sont inconnues ; chacun prend immédiatement dans le plat, à mesure qu’il mange, chacun de ses morceaux, en se servant de son pain en guise de cuiller et de fourchette. Tous les Apôtres mettaient donc la main dans le plat avec le Sauveur, et ces paroles ne désignaient pas le traître mais signifiaient seulement : C’est un de ceux qui mangent ici avec moi qui me trahira.

Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui est écrit de lui ; mais malheur à l’homme par qui le Fils de l’homme est trahi ! Mieux vaudrait pour lui que cet homme-là ne fût pas né. »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Psaumes, 40, 10.

Judas, qui le trahissait, prit la parole et dit : « Est-ce moi, Maître ? » — « Tu l’as dit, » répondit Jésus.

Pendant le repas, Jésus prit le pain ; et, ayant prononcé une bénédiction, il le rompit et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps. »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 1 Corinthiens, 11, 24. ― Ceci est mon corps. Jésus ne dit pas : Ceci est la figure de mon corps ; ni : Dans ceci ou avec ceci est mon corps ; mais absolument : Ceci est mon corps, ce qui implique clairement la transsubstantiation.

Il prit ensuite la coupe, et, ayant rendu grâces, il la leur donna en disant : « Buvez-en tous :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Buvez-en tous. Cela fut dit aux douze apôtres, qui tous étaient alors présents ; mais il ne s’ensuit nullement qu’il soit ordonné à tous les fidèles de boire de ce calice, pas plus qu’il ne leur est ordonné de consacrer, d’offrir et d’administrer ce sacrement, parce que Jésus-Christ, dans le même moment, commanda à ses apôtres de faire cela, selon ces paroles de saint Luc (voir Luc, 22, 19) : Faites ceci en mémoire de moi.

car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le sang du nouveau testament. Comme l’ancien testament était consacré avec le sang des victimes (voir Exode, 24, 8) par ces paroles : Ceci est le sang du testament (voir Hébreux, 9, 20), de même se trouve ici la consécration et l’institution du nouveau testament dans le sang de Jésus-Christ, répandu d’une manière mystique par ces paroles : Ceci est le sang du nouveau Testament. ― Pour un grand nombre. Voir Matthieu, 20, 28.

Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. »

Après le chant de l’hymne, ils s’en allèrent au mont des Oliviers.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et l’hymne dit ; c’est-à-dire, selon les uns, après le chant des Psaumes 112 à 117, consacrés dans les rituels des Juifs, pour la cène pascale ; ou, selon d’autres, après le chant du cantique composé par le Sauveur lui-même pour la circonstance. ― Comme Jésus-Christ et les Apôtres suivaient ordinairement les coutumes juives, l’opinion des premiers est la plus probable. « La nuit pascale, les Juifs avaient coutume de chanter deux hymnes eucharistiques, appelés Hallel, l’un qui commence par Halleluia et qui se compose des Psaumes 112 à 117 ; l’autre qu’on appelle grand, parce qu’on y dit vingt-six fois : Car sa miséricorde est à jamais (voir, Psaumes, 136, 1 en hébreu ; 135, 1 dans la Vulgate) qui se compose du Psaume 136. On divise le Hallel en deux parties : les Psaumes 112 et 113 avant de se mettre à table, le reste à la fin de la Cène pascale. » (H.-J. MICHON.)

Alors Jésus leur dit : « Je vous serai à tous, cette nuit, une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 14, 27 ; Jean, 16, 32 ; Zacharie, 13, 7.

Mais après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 14, 28 ; 16, 7.

Pierre, prenant la parole, lui dit : « Quand vous seriez pour tous une occasion de chute, vous ne le serez jamais pour moi. »

Jésus lui dit : « Je te le dis en vérité, cette nuit-même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 14, 30 ; Jean, 13, 38.

Pierre lui répondit : « Quand il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renierai pas. » Et tous les autres disciples dirent de même.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 14, 31 ; Luc, 22, 33.

Alors Jésus arriva avec eux dans un domaine appelé Gethsémani, et il dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je m’éloignerai pour prier. »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Gethsémani. « Au bord même et presque à la naissance du torrent de Cédron, à l’est de Jérusalem, est Gethsémani ou le jardin des Oliviers. On y voit la grotte où Notre-Seigneur répandit une sueur de sang. Cette grotte est irrégulière, profonde et haute, et divisée en deux cavités qui communiquent par une espèce de portique souterrain ; on y a pratiqué des autels. Le jardin même est entouré d’un petit mur de pierres sans ciment, et huit oliviers espacés de trente à quarante pas les uns des autres le couvrent presque tout entier de leur ombre. Ces oliviers sont au nombre des plus grands arbres que j’ai jamais rencontrés, dit Lamartine ; la tradition fait remonter leurs années jusqu’à la date mémorable de l’agonie de l’Homme-Dieu qui les choisit pour cacher ses divines angoisses. [L’olivier est pour ainsi dire immortel, a observé Châteaubriand, parce qu’il renaît de sa souche.] Leur aspect confirmerait au besoin la tradition qui les vénère ; leurs immenses racines, comme les accroissements séculaires, ont soulevé la terre et les pierres qui les recouvraient, et, s’élevant de plusieurs pieds au-dessus du niveau du sol, présentent au pèlerin des sièges naturels, où il peut s’agenouiller ou s’asseoir pour recueillir les saintes pensées qui descendent de leurs cimes silencieuses. Un tronc noueux, cannelé, creusé par la vieillesse comme par des rides profondes, s’élève en large colonne sur ces groupes de racines, et, comme accablé et penché par le poids des jours, s’incline à droite ou à gauche et laisse pendre ses vastes rameaux entrelacés, que la hache a cent fois retranchés pour les rajeunir. Ces rameaux, vieux et lourds, qui s’inclinent sur le tronc, en portent d’autres plus jeunes, qui s’élèvent un peu vers le ciel, et d’où s’échappent quelques tiges d’une ou deux années, couronnées de quelques touffes de feuilles et noircies de quelques petites olives bleues, qui tombent, comme des reliques célestes, sur les pieds du voyageur chrétien. » (LAMARTINE.)

Ayant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à éprouver de la tristesse et de l’angoisse.

Et il leur dit : « Mon âme est triste jusqu’à la mort ; demeurez ici et veillez avec moi. »

Et s’étant un peu avancé, il se prosterna la face contre terre, priant et disant : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme vous voulez. »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Nous avons copié Bossuet, afin d’imiter le plus possible l’admirable concision du texte sacré, qui porte à la lettre : Toutefois, non comme je veux, mais comme vous voulez.

Il vint ensuite à ses disciples, et, les trouvant endormis, il dit à Pierre : « Ainsi, vous n’avez pu veiller une heure avec moi !

Veillez et priez, afin que vous n’entriez point en tentation ; l’esprit est prompt, mais la chair est faible. »

Il s’éloigna une seconde fois et pria ainsi : « Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite ! »

Étant venu de nouveau, il les trouva encore endormis, car leurs yeux étaient appesantis.

Il les laissa, et s’en alla encore prier pour la troisième fois, disant les mêmes paroles.

Puis il revint à ses disciples et leur dit : « Dormez maintenant et reposez-vous ; voici que l’heure est proche, où le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs. —

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dormez maintenant, etc. Ces paroles se prennent généralement dans un sens ironique. Ce n’est pas une permission que le Sauveur donne à ses apôtres, mais un reproche qu’il leur fait de ce qu’ils se mettaient si peu en peine de l’approche du péril qu’il leur avait annoncé.

Levez-vous, allons, celui qui me trahit est près d’ici. »

Il parlait encore, lorsque Judas, l’un des Douze, arriva, et avec lui une troupe nombreuse de gens armés d’épées et de bâtons, envoyée par les Princes des prêtres et les Anciens du peuple.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 14, 43 ; Luc, 22, 47 ; Jean, 18, 3. ― Les princes des prêtres. Voir Matthieu, note 2.4. ― Les anciens du peuple. Voir Matthieu, note 16.21.

Le traître leur avait donné ce signe : « Celui que je baiserai, c’est lui, arrêtez-le. »

Et aussitôt, s’approchant de Jésus, il dit : « Salut, Maître », et il le baisa.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Maître. Dans le texte latin Rabbi. Voir sur ce mot, Jean, note 1.38.

Jésus lui dit : « Mon ami, pourquoi es-tu ici ? » En même temps, ils s’avancèrent, mirent la main sur Jésus et le saisirent.

Et voilà qu’un de ceux qui étaient avec Jésus, mettant l’épée à la main, en frappa le serviteur du grand prêtre et lui emporta l’oreille.

Alors Jésus lui dit : « Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui se serviront de l’épée, périront par l’épée.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Genèse, 9, 6 ; Apocalypse, 13, 10. ― Périront par l’épée ; c’est-à-dire mériteront de périr par l’épée.

Penses-tu que je ne puisse pas sur l’heure prier mon Père, qui me donnerait plus de douze légions d’anges ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans la milice romaine, la légion était composée de six mille hommes.

Comment donc s’accompliront les Écritures, qui attestent qu’il en doit être ainsi ? »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 53, 10.

En même temps, Jésus dit à la foule : « Vous êtes venus, comme à un voleur, avec des épées et des bâtons pour me prendre. J’étais tous les jours assis parmi vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez pas saisi ;

mais tout cela s’est fait, afin que s’accomplissent les oracles des prophètes. » Alors tous les disciples l’abandonnèrent et prirent la fuite.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Lamentations de Jérémie, 4, 20 ; Marc, 14, 50.

Ceux qui avaient arrêté Jésus l’emmenèrent chez Caïphe, le grand prêtre, où s’étaient assemblés les Scribes et les Anciens du peuple.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Luc, 22, 54 ; Jean, 18, 24. ― Selon le récit plus ample de saint Jean (voir Jean, 18, verset 13 et suivants), ils le menèrent d’abord chez Anne, beau-père de Caïphe, et ensuite chez Caïphe. ― D’après la tradition, la maison de Caïphe, soit que ce fût sa propre maison, soit que ce fût celle des grands prêtres, était sur le mont Sion, dans la ville haute, à l’endroit où est aujourd’hui un petit couvent qui appartient aux Arméniens. Ce couvent occupe un emplacement triangulaire, en dehors de la porte actuelle qui porte le nom de Bab-es-Sioun ou Porte de Sion. On remarque au milieu une petite cour. C’est là, croit-on, que saint Pierre se trouvait pendant qu’on jugeait son maître et qu’il le renia trois fois. Nicéphore nous apprend que sainte Hélène avait bâti en ce lieu une église dédiée au Prince des Apôtres.

Pierre le suivit de loin jusqu’à la cour du grand prêtre, y entra, et s’assit avec les serviteurs pour voir la fin.

Cependant les Princes des prêtres et tout le Conseil cherchaient quelque faux témoignage contre Jésus afin de le faire mourir ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tout le conseil, le sanhédrin. Le sanhédrin, qui est souvent désigné dans les Evangiles par la périphrase : les princes des prêtres, les scribes et les anciens du peuple (voir Marc, 14, vv. 43, 53) parce que c’étaient là les membres qui le constituaient, était le conseil et le tribunal suprême des Juifs. Il était composé de soixante-douze membres ; le grand-prêtre en était le président ; les vingt-quatre chefs des familles sacerdotales ou princes des prêtres (voir Matthieu, 2, 4) y représentaient l’élément sacerdotal ; les scribes, la science juridique de la loi (voir Matthieu, 2, 4) ; les anciens du peuple, le reste d’Israël. Les Juifs faisaient remonter à Moïse l’origine du sanhédrin (voir Exode, 18, 17-26) ; mais on ne le voit constitué comme il l’était du temps de Notre-Seigneur qu’après la captivité. Même sous Pilate, le sanhédrin jugeait les causes graves, et il avait le droit de prononcer la peine de mort, à la condition que la sentence fût confirmée par le procurateur romain.

et ils n’en trouvèrent point, quoique plusieurs faux témoins se fussent présentés. Enfin il en vint deux

qui dirent : « Cet homme a dit : Je puis détruire le temple de Dieu et le rebâtir en trois jours. »

Le grand prêtre, se levant, dit à Jésus : « Ne réponds-tu rien à ce que ces hommes déposent contre toi ? »

Jésus gardait le silence. Et le grand prêtre lui dit : « Je t’adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu ? »

Jésus lui répondit : « Tu l’as dit ; de plus, je vous le dis, dès ce jour vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 16, 27 ; Romains, 14, 10 (?) ; 1 Thessaloniciens, 4, 15.

Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : « Il a blasphémé, qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Vous venez d’entendre son blasphème :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

En signe d’une grande douleur ou d’indignation, les Juifs déchiraient leurs vêtements.

que vous en semble ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Selon la loi (voir Lévitique, 24, 16), les blasphémateurs devaient être punis de mort.

Alors ils lui crachèrent au visage, et le frappèrent avec le poing ; d’autres le souffletèrent,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 50, 6 ; Marc, 14, 65. ― Et le déchirèrent à coups de poing. Voir Matthieu, 21, 35.

en disant : « Christ, devine qui t’a frappé. »

Cependant Pierre était dehors, assis dans la cour. Une servante l’aborda et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Luc, 22, 56 ; Jean, 18, 17.

Mais il le nia devant tous en disant : « Je ne sais ce que tu veux dire. »

Comme il se dirigeait vers le vestibule, pour s’en aller, une autre servante le vit et dit à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci était aussi avec Jésus de Nazareth. »

Et Pierre le nia une seconde fois avec serment : « Je ne connais pas cet homme. »

Peu après, ceux qui étaient là s’approchèrent de Pierre, et lui dirent : « Certainement, tu es aussi de ces gens-là ; car ton langage même te fait reconnaître. »

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ton langage te décèle. Les Galiléens n’avaient pas le même accent que les habitants de Jérusalem et de la Judée. Le Talmud dit que leur langage était corrompu et qu’ils brouillaient les lettres les unes avec les autres : le b avec le f, etc.

Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer qu’il ne connaissait pas cet homme. Aussitôt le coq chanta.

Et Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois ; » et étant sorti, il pleura amèrement.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et étant sorti, il pleura amèrement. Selon la tradition, saint Pierre alla pleurer son péché dans une grotte, transformée en tombeau et située sur le versant de la partie du mont Sion qui regarde la vallée du Cédron. On éleva dans la suite, au-dessus de cette grotte, une église que les anciens pèlerins nomment Gallicante ou le Chant du Coq.