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Matthieu 14
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Enregistrement réalisé par Jean-Marie Weber, mission-web.com, d'après la Bible Crampon (1923).
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En ce temps-là, Hérode le Tétrarque apprit ce qui se publiait de Jésus.
Et il dit à ses serviteurs : « C’est Jean-Baptiste ! Il est ressuscité des morts : voilà pourquoi des miracles s’opèrent par lui. »
Car Hérode ayant fait arrêter Jean, l’avait chargé de chaînes et jeté en prison, à cause d’Hérodiade, femme de son frère Philippe,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 6, 17 ; Luc, 3, 19. ― Hérodiade était fille d’Aristobule, un des fils d’Hérode le Grand et de Marianne ; elle était sœur d’Hérode Agrippa Ier. Elle épousa d’abord Hérode Philippe Ier, mais elle le quitta pour Hérode Antipas, fils d’Hérode le Grand, comme Philippe Ier, mais par une autre femme. Hérode Antipas était déjà marié depuis longtemps avec une fille d’Arétas, roi d’Arabie. Ce dernier, pour venger l’affront fait à sa fille, attaqua l’armée d’Hérode et la tailla en pièces. Le peuple, raconte Josèphe, considéra cette défaite comme une juste punition du meurtre de Jean-Baptiste, commis peu auparavant pour plaire à Hérodiade et à sa fille Salomé. Ce ne fut pas du reste le seul châtiment que Hérodiade attira sur Antipas. Cette femme ambitieuse le pressa d’aller à Rome pour y obtenir le titre de roi. Les émissaires d’Agrippa combattirent ses prétentions à la cour de Caligula et il fut exilé à Lyon, l’an 39 de notre ère. Sa coupable épouse l’y accompagna et c’est là qu’elle mourut. ― Philippe, le mari légitime d’Hérodiade, fils d’Hérode le Grand et de Marianne, avait été déshérité par son père et vécut comme simple particulier. C’est sans doute ce qui porta l’ambitieuse Hérodiade à l’abandonner pour Hérode Antipas. Il ne faut pas confondre ce Philippe avec son demi-frère Philippe le tétrarque d’Iturée et de Trachonitide dont parle saint Luc, 3, 1.
parce que Jean lui disait : « Il ne t’est pas permis de l’avoir pour femme. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La loi de Moïse prohibait le mariage entre beau-frère et belle-sœur, même divorcés (voir Lévitique, 18, 16).
Volontiers il l’eût fait mourir, mais il craignait le peuple, qui regardait Jean comme un prophète.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 21, 26.
Or, comme on célébrait le jour de naissance d’Hérode, la fille d’Hérodiade dansa devant les convives et plut à Hérode,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La fille d’Hérodiade qui se fit donner par Hérode Antipas la tête de saint Jean-Baptiste, en récompense de ses danses, s’appelait Salomé. Elle était fille d’Hérode Philippe Ier, l’époux légitime d’Hérodiade. Elle épousa en première noces Philippe, tétrarque de Trachonitide, et plus tard Aristobule, roi de Chalcis.
de sorte qu’il promit avec serment de lui donner tout ce qu’elle demanderait.
Elle, instruite d’abord par sa mère : « Donne-moi, dit-elle, ici sur un plateau, la tête de Jean-Baptiste. »
Le roi fut contristé ; mais à cause de son serment et de ses convives, il commanda qu’on la lui donnât,
et il envoya décapiter Jean dans sa prison.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans la prison. Josèphe nous apprend que saint Jean-Baptiste était emprisonné à Machéronte (Machærus, aujourd’hui M’Kaur), à l’est de la mer Morte. C’était une forteresse construite par Alexandre fils d’Hyrcan Ier. Hérode le Grand en avait fait la place la plus forte de la Pérée. La citadelle, située sur une colline de rochers très élevés, au milieu de vallées profondes, était entourée d’une enceinte haute de 160 coudées, qui enfermaient le palais royal. Elle est à 1158 mètres au-dessus de la mer Morte, à 764 mètres au-dessus de la Méditerranée.
Et la tête, apportée sur un plateau, fut donnée à la jeune fille, qui la porta à sa mère.
Les disciples de Jean vinrent prendre le corps et lui donnèrent la sépulture ; puis ils allèrent en informer Jésus.
Jésus l’ayant appris, partit de là dans une barque et se retira à l’écart, dans un lieu solitaire ; mais le peuple le sut, et le suivit à pied des villes voisines.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 6, 31 ; Luc, 9, 10 ; Jean, 6, 1. ― Des villes ; c’est-à-dire des villes voisines. ― Le lieu désert où Jésus se retira se trouvait dans les environs de Bethsaïde-Julias, au nord-est du lac de Tibériade (voir Matthieu, 11, 21), dans la tétrarchie de Philippe, prince d’un caractère doux, pacifique. Voir Luc, note 3.1. La région qui s’étend au nord-est du lac est peu peuplée, parce qu’elle est moins arrosée et par suite moins fertile.
Quand il débarqua, il vit une grande foule, et il en eut compassion, et il guérit leurs malades.
Sur le soir, ses disciples s’approchèrent de lui en disant : « Ce lieu est désert, et déjà l’heure est avancée ; renvoyez cette foule, afin qu’ils aillent dans les villages s’acheter des vivres. »
Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller ; donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Ils lui répondirent : « Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jean, 6, 9.
« Apportez-les-moi ici, » leur dit-il.
Après avoir fait asseoir cette multitude sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et levant les yeux au ciel, il prononça une bénédiction ; puis, rompant les pains, il les donna a ses disciples, et les disciples les donnèrent au peuple.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Il les bénit. Comparer à Luc, 9, 6.
Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta douze corbeilles pleines des morceaux qui restaient.
Or, le nombre de ceux qui avaient mangé était environ de cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants.
Aussitôt après, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à passer avant lui sur le bord opposé du lac, pendant qu’il renverrait la foule.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 6, 45.
Quand il l’eut renvoyée, il monta sur la montagne pour prier à l’écart ; et, le soir étant venu, il était là seul.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jean, 6, 15. ― Sur la montagne ; c’est-à-dire la montagne voisine. Comparer à Matthieu, 5, 1.
Cependant la barque, déjà au milieu de la mer, était battue par les flots, car le vent était contraire.
À la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers ses disciples, en marchant sur la mer.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Du temps de Jésus-Christ, les Juifs partageaient la nuit en quatre veilles égales entre elles, à la manière des Grecs et des Romains. ― La première veille commençait au coucher du soleil ; la seconde, appelée minuit, commençait vers neuf heures et se prolongeait jusqu’au milieu de la nuit ; la troisième, appelée le chant du coq ; se terminait vers trois heures du matin ; la quatrième finissait à la pointe du jour.
Eux, le voyant marcher sur la mer, furent troublés, et dirent : « C’est un fantôme, » et ils poussèrent des cris de frayeur.
Jésus leur parla aussitôt : « Ayez confiance, dit-il, c’est moi, ne craignez point. »
Pierre prenant la parole : « Seigneur, dit-il, si c’est vous, ordonnez que j’aille à vous sur les eaux. »
Il lui dit : « Viens ; » et Pierre étant sorti de la barque marchait sur les eaux pour aller à Jésus.
Mais voyant la violence du vent, il eut peur, et comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauvez-moi ! »
Aussitôt Jésus étendant la main le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
Et lorsqu’ils furent montés dans la barque, le vent s’apaisa.
Alors ceux qui étaient dans la barque, vinrent se prosterner devant lui en disant : « Vous êtes vraiment le Fils de Dieu. »
Ayant traversé le lac, ils abordèrent à la terre de Génésareth.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 6, 53. ― Génésar ou Génésareth. La terre de Génésar était sur le bord du lac de Génésareth ou de Tibériade, à l’ouest, probablement à l’endroit appelé aujourd’hui el-Ghoueir, entre Khan Minyèh et Medjdel. Josèphe dit que cette terre était très fertile et d’une grande beauté.
Les gens de l’endroit, l’ayant reconnu, envoyèrent des messagers dans tous les environs, et on lui amena tous les malades.
Et ils le priaient de leur laisser seulement toucher la houppe de son manteau, et tous ceux qui la touchèrent furent guéris.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La frange de ses vêtements. Comparer à Matthieu, 9, 20.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 6, 14 ; Luc, 9, 7. ― On donnait le titre de tétrarques à des princes qui gouvernaient la quatrième partie d’un royaume démembré. ― Hérode le tétrarque s’appelait aussi Antipas et il était fils, comme Archélaüs (voir Matthieu, 2, 22), d’Hérode le Grand et de Malthace la Samaritaine. Après la mort de son père, il devint tétrarque de la Galilée et de la Pérée. Il épousa d’abord une fille du roi arabe Arétas mais se lia ensuite avec Hérodiade, sa nièce, femme de son demi-frère, Hérode Philippe (voir Matthieu, 14, 3). Cette liaison coupable fit de lui le meurtrier de saint Jean-Baptiste et amena plus tard sa ruine, comme il est dit à la Matthieu, note 14.3. C’est à cet Hérode que Pilate envoya Notre-Seigneur, (voir Luc, 23, 7-12). C’était un esprit faible, superstitieux, rusé et sans principes (voir Luc, 13, 31-32). Exilé à Lyon, en l’an 39, il fut transféré ensuite en Espagne, où il mourut.