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Isaïe 3

CAR le Dominateur, le Seigneur des armées, va ôter de Jérusalem et de Juda le courage et la vigueur, toute la force du pain et toute la force de l’eau,

tous les gens de cœur, et tous les hommes de guerre, tous les juges, les prophètes, les devins, et les vieillards,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le devin (ariolum) peut se prendre en bonne part pour un homme prudent, qui, par sa sagacité et le soin qu’il met à observer le passé, forme des conjectures sur l’avenir et parvient à y pénétrer. Comparer à Proverbes, 16, 10.

les capitaines de cinquante hommes, les personnes d’un visage vénérable, ceux qui peuvent donner conseil, les plus sages d’entre les architectes, et les hommes qui ont l’intelligence de la parole mystique.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le chef de cinquante hommes. Il y avait dans l’armée des Hébreux des bandes ou pelotons de cinquante soldats. Comparer à Exode, 18, 21 ; 4 Rois, 1, 14. ― Celui qui a, etc. ; c’est, selon saint Jérôme, celui qui, étant bien exercé à l’étude de la loi et à la parole divine, est capable de calmer les troubles de l’esprit par sa parole et ses entretiens spirituels. ― Au lieu d’architectes, le texte hébreu parle de tous les artisans habiles en général, et celui qui a l’intelligence du langage mystique est, dans l’original, l’enchanteur qui, pour produire ses enchantements, se sert d’un langage mystérieux et de formules magiques.

Je leur donnerai des enfants pour princes, et des efféminés les domineront.

Tout le peuple sera en tumulte : les grands s’élèveront contre les grands, et le reste des hommes les uns contre les autres ; l’enfant se soulèvera contre le vieillard, et les derniers du peuple contre les nobles.

Chacun prendra son propre frère né dans la maison de son père, et lui dira : Vous êtes riche en vêtements, soyez notre prince, et soutenez de votre main cette ruine qui nous menace.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tu as un vêtement ; c’est-à-dire tu n’es pas réduit, comme nous, à la dernière misère.

Il répondra alors : Je ne suis point médecin ; il n’y a point de pain ni de vêtement dans ma maison ; ne m’établissez point prince du peuple.

Car Jérusalem va tomber, et Juda est près de sa ruine ; parce que leurs paroles et leurs œuvres se sont élevées contre le Seigneur, pour irriter les yeux de sa majesté.

L’impudence même de leur visage rend témoignage contre eux. Ils ont publié hautement leur péché comme Sodome, et ils ne l’ont point caché. Malheur à eux ! parce que Dieu leur a rendu le mal qu’ils s’étaient attiré.

Dites au juste, qu’il espère bien, parce qu’il recueillera le fruit de ses œuvres.

Commentaire (versets 8 à 10) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 8 à 10 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Inventions ; selon l’hébreu, actions, œuvres. Comparer à Deutéronome, 28, 20 ; Juges, 2, 19 ; Psaumes, 27, 4, etc.

Malheur à l’impie qui ne pense qu’au mal ! parce qu’il sera puni selon la mesure de ses crimes.

Mon peuple a été dépouillé par ses exacteurs, et des femmes les ont dominés. Mon peuple, ceux qui vous disent heureux, vous séduisent, et ils rompent le chemin par où vous devez marcher.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Des femmes ; c’est-à-dire probablement des hommes efféminés, tels qu’étaient les derniers rois de Juda, qui, à une affreuse tyrannie, joignaient la lâcheté, la faiblesse, l’incapacité de gouverner. Ils étaient de plus énervés par le plaisir et la débauche. Comparer à Jérémie, chapitres 22 et 23 ; Ezéchiel, chapitre 9. ― Les ont dominés. Le pronom pluriel les (eis) peut très bien se rapporter au mot singulier peuple, qui est un nom collectif.

Le Seigneur est près de juger ; il est près de juger les peuples.

Le Seigneur entrera en jugement avec les anciens et les princes de son peuple ; parce que vous avez mangé tout le fruit de la vigne, et que vos maisons sont pleines de la dépouille du pauvre.

Pourquoi foulez-vous aux pieds mon peuple ? Pourquoi meurtrissez-vous de coups le visage des pauvres ? dit le Seigneur, le Dieu des armées.

Le Seigneur a dit encore : Parce que les filles de Sion se sont élevées, qu’elles ont marché la tête haute, en faisant des signes des yeux et des gestes des mains, qu’elles ont mesuré tous leurs pas, et étudié toutes leurs démarches ;

le Seigneur rendra chauve la tête des filles de Sion, et il fera tomber tous leurs cheveux.

En ce jour-là le Seigneur leur ôtera leurs chaussures magnifiques, leurs croissants d’or,

leurs colliers, leurs filets de perles, leurs bracelets, leurs coiffes,

leurs rubans de cheveux, leurs jarretières, leurs chaînes d’or, leurs boîtes de parfum, leurs pendants d’oreilles,

leurs bagues, leurs pierreries qui leur pendent sur le front,

leurs robes magnifiques, leurs écharpes, leurs beaux linges, leurs poinçons de diamants,

leurs miroirs, leurs chemises de grand prix, leurs bandeaux et leurs habillements légers qu’elles portent en été.

Et leur parfum sera changé en puanteur, leur ceinture d’or en une corde ; leurs cheveux frisés en une tête nue et sans cheveux ; et leurs riches corps de jupes en un cilice.

Commentaire (versets 16 à 24) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 16 à 24 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Ici commence un nouveau discours de Dieu contre le luxe et la vanité des filles de Sion. Nous y trouvons l’énumération de vingt-et-un articles de toilette, dont quelques-uns sont encore portés par les femmes syriennes. Plusieurs d’entre eux sont d’origine étrangère (voir Sophonie, 1, 8), car le luxe a toujours fait des emprunts au dehors.

De même les hommes les mieux faits parmi vous passeront au fil de l’épée, et vos plus braves périront dans le combat.

Les portes de Sion seront dans le deuil et dans les larmes, et elle s’assiéra sur la terre toute désolée.