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Isaïe 8

LE Seigneur me dit : Prenez un grand livre, et écrivez-y en des caractères connus et lisibles : Hâtez-vous de prendre les dépouilles, prenez vite le butin.

Et je pris des témoins fidèles, Urie, sacrificateur, et Zacharie, fils de Barachie :

et m’étant approché de la prophétesse, elle conçut et enfanta un fils. Alors le Seigneur me dit : Appelez-le d’un nom qui signifie, Hâtez-vous de prendre les dépouilles, prenez vite le butin ;

parce qu’avant que l’enfant sache nommer son père et sa mère, on emportera la puissance de Damas et les dépouilles de Samarie en triomphe devant le roi des Assyriens.

Commentaire (versets 1 à 4) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 1 à 4 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

IIIe prophétie : Signe prochain de la délivrance de Juda dans la promesse du fils d’Isaïe. ― Dieu commande à Isaïe de donner un nom prophétique au fils qui va lui naître : Maher-schâlal-khasch-baz, c’est-à-dire, comme l’a traduit saint Jérôme, Hâte-toi d’enlever les dépouilles, verset 3. Avant qu’il sache parler, c’est-à-dire dans un an, Damas sera vaincue et le royaume d’Israël pillé par le roi d’Assyrie, verset 4. En effet, dans l’intervalle de temps marqué par le prophète, le roi de Damas, Rasin, fut battu et tué par Théglathpahalasar, voir 4 Rois, 16, 9, et le royaume de Phacée ravagé par le même prince, qui emmena captifs une partie des habitants de la Palestine du nord, voir 4 Rois, 15, 29. Tous ces faits, racontés par la Bible, sont confirmés par les fragments des annales assyriennes du roi de Ninive, retrouvés dans ces dernières années.

Le Seigneur me parla encore, et me dit :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Parla encore. Comparer à Isaïe, 7, 10.

Parce que ce peuple a rejeté les eaux de Siloé qui coulent paisiblement et en silence, et qu’il a mieux aimé s’appuyer sur Rasin et sur le fils de Romélie,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les eaux, etc.; c’est-à-dire la maison de David représentée par les eaux de Siloë, qui étaient au pied de la montagne de Sion, et dont le nom signifie envoyé (voir Jean, 9, 7). Les prophètes représentent assez ordinairement par les noms des fleuves les lieux adjacents. Ainsi ils parlent de l’Egypte sous le nom du Nil, et de Babylone sous celui de l’Euphrate, etc. Dans ce verset, Isaïe veut dire que le peuple de Juda, ayant jugé trop faibles pour le défendre les princes de la maison de David, a eu recours à des rois étrangers. ― Les eaux de Siloë qui coulent en silence. La fontaine de Siloë est intermittente et peu abondante. Voir Jean, note 9.7.

le Seigneur fera fondre sur lui le roi des Assyriens avec toute sa gloire, comme de grandes et de violentes eaux d’un fleuve rapide : il s’élèvera de tous côtés au-dessus de son lit ; il ira par-dessus tous ses bords,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les eaux violentes. La figure est tirée de l’inondation annuelle de l’Euphrate.

et inondant tout le pays, il se répandra dans la Judée jusqu’à ce qu’elle ait de l’eau jusqu’au cou. Il étendra ses ailes, et il en couvrira toute l’étendue de votre terre, ô Emmanuel !

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

O Emmanuel ; le prophète s’adresse ici au Messie qui devait naître dans la Judée et posséder le trône de David (voir Luc, 1, 32).

Assemblez-vous, peuples, et vous serez vaincus : peuples éloignés, peuples de toute la terre, écoutez : Réunissez vos forces, et vous serez vaincus ; prenez vos armes, et vous serez vaincus ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Soyez vaincus ; hébraïsme, pour : Et vous serez vaincus.

formez des desseins, et ils seront dissipés ; donnez des ordres, et ils ne s’exécuteront point : parce que Dieu est avec nous.

Car le Seigneur me tenant de sa main puissante, et m’instruisant afin que je ne marchasse point dans la voie de ce peuple, m’a dit :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Quand. Ce mot, qui n’est représenté par aucun terme dans le texte hébreu, nous a semblé la traduction la plus fidèle du sicut de la Vulgate, d’autant plus que les auteurs latins eux-mêmes lui ont donné ce sens. ― Disant (dicens), et dans l’hébreu en disant (dicendo), n’est pas un pur pléonasme, ou, comme on dit, un pléonasme vicieux, parce que les mots voici ce que m’a dit le Seigneur ayant pour complément ou régime les versets suivants, dont ils sont trop éloignés, on les en a rapprochés par la répétition du verbe dire. Cet idiotisme de la langue hébraïque a pour but d’écarter le plus possible toute obscurité dans le langage.

Ne dites point, vous autres : Faisons une conspiration tous ensemble : car tout ce que dit ce peuple n’est qu’une conspiration contre moi : ne craignez point leurs menaces, et ne vous épouvantez point.

Mais rendez gloire à la sainteté du Seigneur des armées ; qu’il soit lui-même votre crainte et votre terreur,

et il deviendra votre sanctification : et il sera une pierre d’achoppement, une pierre de scandale pour les deux maisons d’Israël ; un piège et un sujet de ruine à ceux qui habitent dans Jérusalem.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Luc, 2, 34 ; 1 Pierre, 2, 7. ― Il sera, etc. Jésus lui-même est devenu une pierre d’achoppement et de scandale (voir Romains, 9, 33 ; 1 Pierre, 2, 8). ― Saint Paul et saint Pierre ont appliqué ces paroles à Notre-Seigneur, parce que les Juifs n’ayant pas cru en lui, il devint pour eux une cause de réprobation.

Plusieurs d’entre eux se heurteront contre cette pierre : ils tomberont, et se briseront ; ils s’engageront dans le filet, et y seront pris.

Que ce que je vous déclare, demeure secret ; tenez ma loi scellée et comme cachetée parmi mes disciples.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Lie, etc. Quand les Hébreux écrivaient sur des tablettes quelque chose qu’ils voulaient tenir secret, ils les enveloppaient de lin, et y appliquaient le sceau par-dessus. ― Le témoignage et la loi ; c’est-à-dire les prédictions que le Seigneur a fait prononcer par le prophète.

J’attendrai donc le Seigneur qui cache son visage à la maison de Jacob, et je demeurerai dans cette attente.

Me voici, moi et les enfants que le Seigneur m’a donnés, pour être par l’ordre du Seigneur des armées qui habite sur la montagne de Sion, un prodige et un signe miraculeux dans Israël.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Me voici, etc. Comparer à Hébreux, 2, 13.

Et lorsqu’ils vous diront, Consultez les magiciens et les devins qui parlent tout bas dans leurs enchantements ; répondez-leur : Chaque peuple ne consulte-t-il pas son Dieu ? et va-t-on parler aux morts de ce qui regarde les vivants ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Pythoniens ; ou magiciens ; ils sont désignés aussi sous le nom de ayant un esprit de python. ― Moïse avait condamné la nécromancie comme une « abomination, » mais cette superstition, fondée sur la réalité d’une autre vie, était si enracinée dans le peuple, que nous voyons Isaïe l’attaquer, et peut-être avec peu de succès. La persistance de ces consultations superstitieuses, parmi les Israélites, à toutes les époques de leur histoire, est une preuve incontestable de leur foi à une autre vie.

C’est plutôt à la loi de Dieu qu’il faut recourir, et au témoignage qu’il rend de lui-même. S’ils ne parlent point de cette sorte, la lumière du matin ne luira point pour eux.

Ils seront vagabonds sur la terre, ils tomberont, ils souffriront la faim ; et dans cette faim ils se mettront en colère, ils maudiront leur Roi et leur Dieu, ils jetteront leurs yeux tantôt au ciel,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

D’elle (eam) ; de la terre de Juda.

et tantôt sur la terre, et ils ne verront partout qu’affliction, ténèbres, abattement, serrement de cœur, et une nuit sombre qui les persécutera, sans qu’ils puissent s’échapper de cet abîme de maux.