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Isaïe 7

AU temps d’Achaz, fils de Joathan, fils d’Ozias, roi de Juda ; Rasin, roi de Syrie, et Phacée, fils de Romélie, roi d’Israël, vinrent à Jérusalem pour l’assiéger : et ils ne purent la prendre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 4 Rois, 16, 5. ― IIe groupe : Prophéties du temps d’Achaz ou la prophétie d’Emmanuel, du chapitre 7 au chapitre 12. ― La seconde période du ministère prophétique d’Isaïe comprend les oracles prononcés sous le règne d’Achaz. Achaz régna 16 ans (742-727). Trois circonstances de son histoire doivent être principalement notées pour l’intelligence des prophéties d’Isaïe à cette époque. ― 1° Achaz, au lieu de maintenir le culte de Dieu, comme Ozias et Joathan, favorisa ouvertement l’idolâtrie. ― 2° Phacée d’Israël et Rasin de Damais continuèrent contre lui les hostilités qu’ils avaient commencées contre Joathan, voir 4 Rois, 15, 37. Les détails de la guerre contre Achaz sont donnés dans 4 Rois, 16, 5-9 et 2 Paralipomènes, 28, 5-21. Plusieurs pensent que la guerre fut courte, mais cette opinion est peu vraisemblable. Les confédérés ne purent exécuter qu’en plusieurs campagnes tout ce qui est racontés dans les Rois et les Paralipomènes. Dans une première campagne, résumée par Isaïe, 7, 1, ils assiégèrent sans succès Jérusalem, voir 4 Rois, 16, 5. C’est alors qu’Isaïe fit la prophétie du chapitre 7, versets 1 à 9. ― 3° Comme Phacée et Rasin continuèrent, probablement chacun de leur côté, à ravager le royaume de Juda, Rasin poussant jusqu’à la mer Rouge, voir 4 Rois, 16, 6, et emportant un grand butin, voir 2 Paralipomènes, 28, 5 ; Phacée ravageant aussi Juda, faisant périr cent vingt mille hommes, emmenant deux cent mille captifs, voir 2 Paralipomènes, 28, vv. 5-6, 8, Achaz manqua de confiance en Dieu ; et ne se sentant pas de force à lutter contre ces deux ennemis que soutenaient encore les Iduméens et les Philistins, voir 4 Rois, 16, 6 ; 2 Paralipomènes, 28, 17-18, il appela à son aide Téglathphalasar, roi d’Assyrie. Isaïe fit les prophéties du chapitre 7, verset 10 au chapitre 12, à la suite de cet appel à l’étranger. ― C’est au moment où le bruit de la marche des Israélites et des Syriens vient d’arriver dans la capitale, et la remplit de terreur, qu’Isaïe commence les prophéties contenues dans les chapitres 7 à 12. Elles forment ce qu’on a appelé le livre d’Emmanuel, parce qu’Emmanuel ou le Messie en est le sujet principal. Elles ont cela de commun, qu’elles ont toutes été faites à l’occasion de la guerre de Phacée et de Rasin contre Juda.

Et la maison de David ayant appris que la Syrie s’était jointe avec Ephraïm pour la combattre, le cœur d’Achaz et le cœur de son peuple fut saisi et trembla de crainte, comme les arbres des forêts tremblent lorsqu’ils sont agités des vents.

Alors le Seigneur dit à Isaïe : Allez au-devant d’Achaz, vous et Jasub, votre fils qui vous est resté, au bout du canal qui conduit l’eau dans la piscine supérieure sur le chemin du champ du foulon ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Jasub ; signifie en hébreu un reste reviendra ; nom mystérieux, et que Dieu, autant qu’on peut en juger, avait fait donner à cet enfant, comme preuve que Juda serait délivré de l’oppression de ce règne, et que les restes du peuple se convertiraient sous le règne d’Ezéchias. Comparer à Isaïe, 10, 21-22. ― La piscine supérieure ; elle était au pied des murs de Jérusalem, à l’orient. ― La situation de la piscine supérieure est controversée, mais on la place aujourd’hui le plus communément à l’ouest de la ville, et on l’identifie avec le Birket-Mamilla.

et dites-lui : Ayez soin de demeurer dans le silence, ne craignez point, et que votre cœur ne se trouble point devant ces deux bouts de tisons fumants de colère et de fureur, Rasin, roi de Syrie, et le fils de Romélie :

parce que la Syrie, Ephraïm, et le fils de Romélie ont conspire ensemble pour vous perdre, en disant :

Allons contre Juda ; faisons-lui la guerre ; rendons-nous-en les maîtres, et établissons-y pour roi le fils de Tabéel.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le fils de Tabéel. On lit dans une inscription du roi d’Assyrie Téglathphalasar le nom d’un personnage qui s’appelle Itibil ou Tibil et qui peut être le Tabéel d’Isaïe ; mais l’inscription est malheureusement si mutilée que nous ne savons pas ce qu’était ce personnage.

Mais voici ce que dit le Seigneur Dieu : Ce dessein ne subsistera pas, et leurs pensées n’auront point d’effet.

Mais Damas demeurera la capitale de Syrie, et Rasin régnera dans Damas : et dans soixante et cinq ans Ephraïm périra, et cessera d’être au rang des peuples.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ce verset 8, dans lequel est annoncée la ruine complète d’Ephraïm, c’est-à-dire du royaume des dix tribus, au bout de 65 ans, offre plusieurs difficultés. ― 1° On soutient qu’il est une interpolation ou bien qu’il est une prophétie faite après coup, comme s’il était plus difficile à Dieu de révéler une date en particulier que l’avenir en général ! On affirme, il est vrai, mais à tort, que les prédictions de l’Ancien Testament ne sont jamais aussi précises. Cet exemple n’est pas isolé, nous en rencontrons beaucoup d’autres. ― 2° On a prétendu aussi que ce chiffre de 65 est faux. Il n’en est rien. Il serait inexact, s’il s’agissait de la prise de Samarie par Salmanasar et Sargon, laquelle eut lieu, en effet peu d’années après, mais Isaïe ne parle pas de l’époque où Ephraïm cessa d’être un royaume, il parle du temps où il cessa d’être un peuple, ce qui, d’après des calculs fort probables, eut lieu du temps d’Assaraddon, la 6e année du règne de ce roi d’Assyrie, la 20e de celui de Manassé de Juda. Le monarque ninivite fit transporter en divers pays les derniers restes d’Israël, comme nous pouvons le conclure de 1 Esdras, 4, 2. Or, de la 1re année d’Achaz, date de la prophétie d’Isaïe, à la 20e année de Manassé, il y a juste 65 ans : 16 années d’Achaz + 29 d’Ezéchias + 20 de Manassé = 65.

Samarie sera la capitale d’Ephraïm, et le fils de Romélie régnera dans Samarie. Si vous n’avez une ferme foi, vous ne persévérerez point.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Samarie. Voir 3 Rois, note 16.24.

Le Seigneur continua de parler à Achaz, et lui dit :

Demandez au Seigneur, votre Dieu, qu’il vous fasse voir un prodige, ou du fond de la terre, ou du plus haut du ciel.

Achaz répondit : Je ne demanderai point de prodige, et je ne tenterai point le Seigneur.

Et Isaïe dit : Ecoutez donc, maison de David : Ne vous suffit-il pas de lasser la patience des hommes, sans lasser encore celle de mon Dieu !

C’est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même un prodige. Une vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel.

Il mangera le beurre et le miel, en sorte qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien.

Car avant que l’enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, les deux pays que vous détestez à cause de leurs deux rois, seront abandonnés à leurs ennemis.

Mais le Seigneur fera venir sur vous, sur votre peuple, et sur la maison de votre père, par les armes du roi des Assyriens, des temps si malheureux qu’on n’en aura jamais vu de semblables, depuis la séparation d’Ephraïm d’avec Juda.

En ce temps-là le Seigneur appellera comme d’un coup de sifflet la mouche qui est à l’extrémité des fleuves de l’Egypte, et l’abeille qui est au pays d’Assur ;

et elles viendront toutes se reposer dans les torrents des vallées, et dans les creux des rochers, sur tous les arbrisseaux, et dans tous les trous.

En ce jour-là le Seigneur se servira des peuples qui sont au delà du fleuve, et du roi des Assyriens, comme d’un rasoir qu’il aura loué pour raser la tête, le poil des pieds, et toute la barbe.

En ce temps-là un homme qui n’aura qu’une vache et deux brebis,

en aura tant de lait, qu’il se nourrira de beurre ; et quiconque sera demeuré sur la terre, y mangera le beurre et le miel.

Il viendra un temps auquel dans tous les lieux où l’on avait vendu mille pieds de vigne mille pièces d’argent, il ne croîtra que des ronces et des épines.

On n’y entrera qu’avec l’arc et les flèches, parce que les ronces et les épines couvriront toute la terre.

Et toutes les montagnes, après avoir été sarclées et cultivées, ne craindront point les ronces et les épines ; mais elles serviront de pâturages aux bœufs, et les troupeaux y viendront en foule.

Commentaire (versets 10 à 25) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 10 à 25 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

IIe prédiction de la naissance d’Emmanuel, chapitre 7, versets 10 à 25. ― Cette seconde prophétie date probablement de la même année que la précédente (742), et ne lui est postérieure que de peu de temps. Elle est une des plus importantes de l’Ancien Testament, parce qu’elle annonce la naissance miraculeuse du fils de la Vierge, Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous ». Elle se divise en quatre parties : 1° chapitre 7, versets 10 à 13. Isaïe fait connaître les circonstances de la prophétie. Au moment, semble-t-il, où Achaz songe à appeler Téglathphalasar à son secours, le prophète, pour lui prouver que Juda peut se reposer sur Dieu de sa défense, dit au roi qu’il peut demander comme gage de cette protection un signe ou un miracle. Le prince le refuse. ― 2° Isaïe n’en donne pas moins de signe : la naissance du fils de la Vierge, versets 14 à 17. Ce signe est accompagné de l’assurance qu’en deux ou trois ans Juda sera délivré de la Syrie et d’Israël, mais il sera puni lui-même d’avoir appelé l’Assyrien. ― 3° Un événement prochain, l’invasion de la Palestine par les armées égyptienne et ninivite, conformera la vérité de l’oracle divin, versets 18 à 20. ― 4° Tableau de la désolation produite par cette invasion, versets 21 à 25.