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Isaïe 10
MALHEUR à ceux qui établissent des lois d’iniquité, et qui font des ordonnances injustes,
pour opprimer les pauvres dans le jugement, pour accabler l’innocence des plus faibles de mon peuple par la violence, pour dévorer la veuve comme leur proie, et pour mettre au pillage le bien des pupilles !
Que ferez-vous au jour où Dieu vous visitera, au jour de l’affliction qui viendra de loin fondre sur vous ? A qui aurez-vous recours, et où laisserez-vous votre gloire,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
De loin ; de l’Assyrie, qui est désignée plus bas sous le nom d’Assur, nom qui est aussi donné au roi d’Assyrie et aux Assyriens eux-mêmes.
pour n’être pas accablés sous le poids des chaînes, pour ne tomber pas sous un monceau de corps morts ? Après tous ces maux sa fureur n’est point encore apaisée, et son bras est toujours levé.
Malheur à Assur ! c’est lui qui est la verge et le bâton de ma fureur ; j’ai rendu sa main l’instrument de ma colère.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sa main ; littéralement leur main ; parce qu’Assur, étant un nom collectif, équivaut à un pluriel. ― Est mon indignation ; c’est-à-dire qu’Assur est l’instrument de ma colère.
Je l’enverrai à une nation perfide, et je lui commanderai d’aller contre un peuple que je regarde dans ma fureur, afin qu’il en remporte les dépouilles, qu’il le mette au pillage, et qu’il le foule aux pieds comme la boue qui est dans les rues.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Une nation trompeuse ; les Israélites, qui se disaient le peuple de Dieu, et qui violaient ses lois, et rendaient une partie de leur culte aux idoles.
Mais Assur n’aura pas ce sentiment ; il ne sera pas dans cette pensée ; et son cœur ne respirera que les ravages et la destruction de beaucoup de peuples.
Car il dira : Les princes qui me servent, ne sont-ils pas autant de rois ?
Ne me suis-je pas assujetti Calane comme Charcamis, Emath comme Arphad, Samarie comme Damas ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mes princes ; les princes que j’ai vaincus. ― Est-ce que Calano, est. N’ai-je pas pris les villes les plus importantes, Calano aussi bien que Charcamis, etc. ? ― Calano, ville de Babylonie, la même que Chalamis, sur le Tigre, une des nécropoles de la Chaldée, aujourd’hui Zerghul, prise par les Assyriens en 738. ― Charcamis, aujourd’hui Djérablous, sur la rive droite de l’Euphrate, ville capitale des Héthéens, prise par les Assyriens, en 717. ― Emath, aujourd’hui Hamah, dans la Cœlésyrie. ― Arphad, aujourd’hui Tell-Er âd, au nord d’Alep, à une vingtaine de kilomètres environ de cette ville. Arphad est toujours nommée avec Emath et fut sans doute prise avec celle-ci en 720.
Comme mon bras a détruit les royaumes qui adorent les idoles, ainsi j’emporterai de Jérusalem comme de Samarie les statues qu’on y adore.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les royaumes des idoles. Les rois d’Assyrie emportaient comme trophée les idoles des peuples vaincus. Sargon emporta ainsi les idoles de la vile d’Azot ; Asaraddon prit les dieux des Arabes, fit écrire sur leurs statues l’éloge de son dieu Assur et les renvoya ensuite à ses adversaires.
Qui m’empêchera de traiter Jérusalem, avec les dieux qu’elle révère, comme j’ai traité Samarie avec ses idoles ?
Mais lorsque le Seigneur aura accompli toutes ses œuvres sur la montagne de Sion et dans Jérusalem : Je visiterai, dit-il, cette fierté du cœur insolent du roi d’Assur, et cette gloire de ses yeux altiers.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 4 Rois, 19, 35 ; Isaïe, 37, 36. ― Le fruit du cœur ; c’est-à-dire les œuvres.
Car il a dit en lui-même : C’est par la force de mon bras que j’ai fait ces grandes choses, et c’est ma propre sagesse qui m’a éclairé : j’ai enlevé les anciennes bornes des peuples, j’ai pillé les trésors des princes, et comme un conquérant j’ai arraché les rois de leurs trônes.
Les peuples les plus redoutables ont été pour moi comme un nid de petits oiseaux qui s’est trouvé sous ma main : j’ai réuni sous ma puissance tous les peuples de la terre, comme on ramasse quelques œufs que la mère a abandonnés ; et il ne s’est trouvé personne qui osât seulement remuer l’aile, et ouvrir la bouche, ou faire le moindre son.
La cognée se glorifie-t-elle contre celui qui s’en sert ? La scie se soulève-t-elle contre la main qui l’emploie ? C’est comme si la verge s’élevait contre celui qui la lève, et si le bâton se glorifiait, quoique ce ne soit que du bois.
C’est pour cela que le Dominateur, le Seigneur des armées, fera sécher de maigreur les forts de l’Assyrien ; et sous sa victoire il se formera un feu qui les consumera.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Il enverra, etc., c’est-à-dire il exténuera les soldats les plus forts et les plus robustes de l’armée assyrienne.
La lumière d’Israël sera le feu, et le Saint d’Israël sera la flamme, qui embrasera et dévorera en un même jour les épines et les ronces d’Assur.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le feu, la flamme ; littéralement et par hébraïsme, dans le feu (in igne), dans la flamme (in flamma), ou plutôt comme la flamme. Nous disons nous-mêmes, en français agir en homme ou comme un homme.
La gloire de ses forêts et de ses champs délicieux sera consumée : tout périra depuis l’âme jusqu’au corps ; il prendra la fuite dans la frayeur qui le saisira.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Carmel désigne ici un lieu planté d’arbres fruitiers choisis, vignes et oliviers.
Et il restera si peu de grands arbres de sa forêt, qu’on les compterait sans peine, et qu’un enfant en ferait le dénombrement.
En ce temps-là ceux qui seront restés d’Israël, et ceux de la maison de Jacob qui auront échappé, ne s’appuieront plus sur celui qui les frappait ; mais ils s’appuieront sincèrement sur le Seigneur, le Saint d’Israël.
Les restes se convertiront, les restes, dis-je, de Jacob se convertiront au Dieu fort.
Car quand votre peuple, ô Israël ! serait aussi nombreux que sont les sables de la mer, un petit reste seulement se convertira à Dieu ; et ce qui restera répandra la justice avec abondance.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 11, 11. ― Lors même, etc. Ce qui est dit dans ce verset arriva sous Ezéchias. Saint Paul applique ce passage aux Juifs du temps de Jésus-Christ, en suivant le texte des Septante (voir Romains, 9, 27-28).
Car le Seigneur, le Dieu des armées, fera un grand retranchement au milieu de toute la terre, et il réduira son peuple à un petit nombre.
C’est pourquoi, voici ce que dit le Seigneur, le Dieu des armées : Mon peuple, qui habitez dans Sion, ne craignez point Assur ; il vous frappera avec sa verge, et il lèvera le bâton sur vous, sur le chemin de l’Egypte.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans la voie de l’Egypte ; comme firent autrefois les Egyptiens, quand vous sortîtes de l’Egypte. ― Ou plutôt, sans doute, comme nous l’apprennent les documents assyriens, Assur te frappera en se rendant en Egypte pour faire la guerre à ce pays.
Mais encore un peu, encore un moment, et je vais punir leurs crimes dans toute l’étendue de mon indignation et de ma fureur.
Le Seigneur des armées lèvera sa main sur lui pour le frapper, comme il frappa autrefois Madian à la pierre d’Oreb, et comme il leva sa verge sur la mer Rouge pour perdre les Egyptiens, il la lèvera de même sur le chemin de l’Egypte, pour perdre les Assyriens.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 37, 36. ― A la pierre d’Oreb. Voir Juges, 7, 25. ― Dans la voie de l’Egypte. Sennachérib allait faire la guerre contre l’Egypte, en même temps qu’il faisait assiéger Jérusalem, comme nous l’apprennent ses inscriptions, et c’est alors que son armée fut frappée par l’ange exterminateur.
En ce temps-là on vous citera le fardeau d’Assur qui vous chargeait les épaules, et son joug qui vous accablait le cou ; et ce joug sera comme réduit en poudre par l’abondance de l’huile.
Il viendra à Aïath, il passera par Magron ; il laissera son bagage à Machmas.
Ils passeront comme un éclair, ils camperont à Gaba ; Rama sera dans l’épouvante ; Gabaath, ville de Satil, prendra la fuite.
Fille de Gallim, faites retentir vos cris ; faites entendre les vôtres jusqu’à Laïsa, pauvre ville d’Anathoth.
Médéména a déjà abandonné ses murailles : vous, habitants de Gabim, ralliez-vous.
Il ne lui faut plus qu’un jour pour être à Nobé ; il menacera de la main la montagne de Sion, et la colline de Jérusalem.
Commentaire (versets 28 à 32) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 28 à 32 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Ces versets décrivent la marche d’un des corps d’armée de Sennachérib, lorsqu’il envahit le royaume de Juda. Comparer à 4 Rois, 18, 14. Il est encore jour (adhuc dies est). L’article déterminatif qui se trouve en hébreu devant le mot jour ne permet aucune autre traduction. ― Nobé, voir 1 Rois, note 21.1.
Mais le Dominateur, le Seigneur des armées, va briser le vase de terre par son bras terrible : ceux qui étaient les plus hauts seront coupés par le pied, et les grands seront humiliés.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Prédiction du désastre de l’armée de Sennachérib. La métaphore est bien suivie dans l’hébreu. Au lieu de la petite bouteille, il porte les rameaux des arbres.
Les forêts les plus épaisses seront abattues par le fer, et le Liban tombera avec ses hauts cèdres.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
7 Le fardeau d’Assur, etc. Dans un sens plus élevé cela s’entend de Jésus-Christ, qui a remporté la victoire sur le démon, et qui nous a délivrés du joug dont nous étions accablés. ― A cause de l’huile ; c’est-à-dire selon l’interprétation la plus naturelle, à cause du manque d’huile.