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Actes des Apôtres 23
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Paul, les regards fixés sur le Sanhédrin, dit : « Mes frères, je me suis conduit devant Dieu jusqu’à ce jour dans toute la droiture d’une bonne conscience… »
Le grand prêtre Ananie ordonna à ses satellites de le frapper sur la bouche.
Alors Paul lui dit : « Certainement, Dieu te frappera, muraille blanchie ! Tu sièges ici pour me juger selon la Loi, et, au mépris de la Loi, tu ordonnes qu’on me frappe ! »
Les assistants dirent : « Tu outrages le grand-prêtre de Dieu ! »
Paul répondit : « Je ne savais pas, mes frères, qu’il fût grand-prêtre ; car il est écrit : Tu ne proféreras pas d’injure contre un chef de ton peuple. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Exode, 22, 28. ― Saint Paul a pu aisément ne pas connaître le grand prêtre, attendu qu'alors le pontificat était une dignité variable selon le caprice ou la politique des Romains. Josèphe dit qu'il y eut trois grands prêtres la même année, et que l'un d'eux ne conserva sa dignité qu'un seul jour. Ainsi saint Paul a pu facilement être dans l'ignorance sur ce point. Ajoutons que le grand prêtre n'avait pas alors ses vêtements de pontife ; ils étaient renfermés dans la tour Antonia, d'où on ne les tirait qu'aux jours solennels. Enfin, en supposant que dans le lieu où se tenait le Sanhédrin, il y avait une place affectée pour le grand-prêtre, il ne s'en trouva assurément point de telle chez le tribun où se tint le conseil devant lequel comparut saint Paul.
Paul, sachant qu’une partie de l’assemblée était composée de Sadducéens et l’autre de Pharisiens, s’écria dans le Sanhédrin : « Mes frères, je suis Pharisien, fils de Pharisiens ; c’est à cause de l’espérance en la résurrection des morts que je suis mis en jugement. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Philippiens, 3, 5. ― Sadducéens, pharisiens. Voir Matthieu, note 3.7.
Dès qu’il eut prononcé ces paroles, il s’éleva une discussion entre les Pharisiens et les Sadducéens, et l’assemblée se divisa.
Car les Sadducéens disent qu’il n’y a point de résurrection, ni d’ange et d’esprit, tandis que les Pharisiens affirment l’un et l’autre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 22, 23.
Il y eut donc une bruyante agitation, et quelques Scribes du parti des Pharisiens, s’étant levés, engagèrent un vif débat, et dirent : « Nous ne trouvons rien à reprendre en cet homme ; si un esprit ou un ange lui avait parlé ?… »
Comme la discorde allait croissant, le tribun, craignant que Paul ne fût mis en pièces par eux, ordonna à des soldats de descendre pour l’enlever du milieu d’eux et de le ramener dans la forteresse.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
De descendre de la forteresse Antonia.
La nuit suivante, le Seigneur apparut à Paul et lui dit : « Courage ! De même que tu as rendu témoignage de moi dans Jérusalem, il faut aussi que tu me rendes témoignage dans Rome. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Rome étant la capitale du monde païen, l'Apôtre des gentils doit y prêcher le christianisme.
Dès que le jour parut, les Juifs ourdirent un complot et jurèrent avec des imprécations contre eux-mêmes, de ne manger ni boire jusqu’à ce qu’ils eussent tué Paul.
Il y en avait plus de quarante qui s’étaient engagés dans cette conjuration.
Ils allèrent trouver le prince des prêtres et les Anciens et dirent : « Nous avons solennellement juré de ne prendre aucune nourriture que nous n’ayons tué Paul.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les princes des prêtres, voit Matthieu, 2, 4. ― Les anciens, les membres du Sanhédrin.
Vous donc, maintenant, adressez-vous avec le Sanhédrin au tribun, pour qu’il l’amène devant vous, comme si vous vouliez examiner plus à fond sa cause ; et nous, nous sommes prêts à le tuer pendant le trajet. »
Le fils de la sœur de Paul ayant eu connaissance du complot, accourut à la forteresse et en donna avis à Paul.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La sœur de Paul. « En supposant qu'elle se soit mariée de bonne heure à Jérusalem, on s'explique que Paul ait été envoyé fort jeune dans cette ville, pour s'y consacrer aux études rabbiniques. Mais peut-être ce neveu de l'Apôtre y était-il venu, comme autrefois l'oncle, pour y faire ses études. » (CRAMPON)
Celui-ci appela un des centurions et lui dit : « Mène ce jeune homme vers le tribun, car il a quelque chose à lui révéler. »
Le centurion, prenant le jeune homme avec lui, le mena au tribun et dit : « Le prisonnier Paul m’a prié de t’amener ce jeune homme qui a quelque chose à te dire. »
Le tribun le prit par la main, et l’ayant tiré à part, il lui demanda : « Qu’as-tu à me communiquer ? »
Il répondit : « Les Juifs sont convenus de te prier de faire demain comparaître Paul devant le Sanhédrin, sous le prétexte d’examiner plus à fond sa cause.
Ne les écoute pas, car plus de quarante d’entre eux lui dressent des embûches, et se sont engagés, avec des imprécations contre eux-mêmes, à ne manger ni boire avant qu’ils ne l’aient tué. Ils sont tout prêts et n’attendent que ton ordre. »
Le tribun renvoya ce jeune homme, après lui avoir recommandé de ne dire à personne qu’il lui avait fait ce rapport.
Et ayant appelé deux centurions, il leur dit : « Tenez prêts, dès la troisième heure de la nuit, deux cents soldats avec soixante-dix cavaliers et deux cents lanciers, pour aller jusqu’à Césarée.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La troisième heure de la nuit ; c'est-à-dire le milieu de l'intervalle entre le coucher du soleil et minuit. ― A Césarée, résidence ordinaire du gouverneur romain. Voir Actes des Apôtres, 9, 30.
Préparez aussi des chevaux pour y faire monter Paul, afin de le conduire sain et sauf au gouverneur Félix. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Félix. « L'historien profane le mentionne, comme ayant gouverné la Judée (52-59), sous le règne de Néron, pendant le pontificat d'Ananie, immédiatement avant Festus. Tacite, Suétone et Josèphe nous apprennent quelques particularités de sa vie. Il était frère de Pallade, et comme lui, un affranchi de la maison de Claude. Suivant Tacite, il gardait dans sa fortune les sentiments de sa première condition. Josèphe ajoute qu'il vivait en adultère, et qu'il s'était rendu fameux par ses concussions. Une fois déjà, les plaintes causées par sa rapacité l'avaient fait mander à Rome, et c'est grâce au crédit de son frère qu'il avait été absous. Les Actes confirment ce que l'histoire profane nous apprend de son avarice et de sa vie licencieuse. Cet esclave débauché eut successivement pour femmes trois filles de rois. La dernière était Drusille, fille d'Hérode Agrippa I, sœur de Bérénice et d'Agrippa II. Félix l'avait enlevée à Azize, roi d'Emèse, grâce aux artifices d'un magicien juif, nommé Simon. Elle lui donna un fils, qui périt avec sa mère, dans l'éruption du Vésuve, sous le règne de Titus, en 79. Il fallait l'intrépidité de l'Apôtre pour oser parler de chasteté et de justice (voir Actes des Apôtres, 24, 25) devant un pareil juge, qui pouvait l'envoyer à la mort. Saint Paul fit plus. Il lui annonça hautement le jugement dernier où les vertus auront leur récompense et les vices leur châtiment. Si Félix ne se rendit pas, il ne put du moins se défendre d'un sentiment de terreur. »
Il avait écrit une lettre ainsi conçue :
« Claude Lysias, au très excellent gouverneur Félix, salut.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Claude Lysias était probablement grec de naissance, comme semble l'indiquer son nom et c'est pour cela qu'il avait été obligé d'acheter le titre de citoyen romain. Voir Actes des Apôtres, 22, 28.
Les Juifs s’étaient saisis de cet homme et allaient le tuer, lorsque je survins avec des soldats et l’arrachai de leurs mains, ayant appris qu’il était Romain.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Lysias altère ici la vérité à son profit et dissimule habilement ses torts envers saint Paul : voir Actes des Apôtres, 22, 29.
Voulant savoir de quel crime ils l’accusaient, je le menai devant leur assemblée,
et je trouvai qu’il était accusé au sujet de questions relatives à leur loi, mais n’avait commis aucun crime qui méritât la mort ou la prison.
Informé que les Juifs lui dressaient des embûches, je te l’ai immédiatement envoyé, en faisant savoir à ses accusateurs qu’ils eussent à s’expliquer devant toi à son sujet. [Adieu.] »
Les soldats ayant donc pris Paul, selon l’ordre qu’ils avaient reçu, le conduisirent pendant la nuit à Antipatris.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Antipatride, autrefois Kapharsaba, aujourd'hui Kefr Saba, dans une plaine fertile et bien arrosée, entre Jérusalem et Césarée, à quarante-deux milles romains de Jérusalem et vingt-six de Césarée. Hérode le Grand, qui restaura Kapharsaba, lui donna le nom d'Antipatride en l'honneur de son père Antipater.
Le lendemain, laissant les cavaliers poursuivre la route avec le prisonnier, ils retournèrent à la forteresse.
Arrivés à Césarée, les cavaliers remirent la lettre au gouverneur et lui présentèrent Paul.
Le gouverneur, après avoir lu la lettre, demanda de quelle province était Paul, et apprenant qu’il était de Cilicie :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
De Cilicie. Voir Actes des Apôtres, 6, 9.
« Je t’entendrai, dit-il, quand tes accusateurs seront venus. » Et il ordonna de le garder dans le prétoire d’Hérode.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le prétoire d'Hérode. Palais construit par Hérode le Grand et habité par le gouverneur romain.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ananie, fils de Nébédée, avait reçu le souverain pontificat d'Hérode, roi de Chalcis, l'an 48 de notre ère, à la place de Joseph, fils de Camithas. Le procurateur romain Cumanus l'envoya à Rome en 52 pour répondre aux accusations portées contre lui par les Samaritains. Ananie fut acquitté et conserva sa dignité jusqu'en 59 où il dut la céder à Ismaël, fils de Phabi. Il périt de la main des sicaires qui lui firent expier ainsi ses liaisons avec les Romains, en 66 ou 67.