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Job 4

ALORS Eliphaz de Théman, prenant la parole, dit à Job :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Après le monologue de Job, ses trois amis vont paraître successivement en scène. Ils défendront tous la même thèse : que l’on n’est malheureux que par sa faute et en punition de ses péchés. 1° Eliphaz, vrai scheik patriarcal, grave, digne, plus calme et plus réfléchi que ses deux amis, est nommée le premier et prend le premier la parole, parce qu’il est le plus âgé de tous, voir Job, 15, 10, et peut-être aussi parce qu’il est de Théman, dont la sagesse est célèbre, voir Jérémie, 49, 7 ; Abdias, 1, 8 ; Baruch, 3, 22-23. Il témoigne d’abord à Job dans son premier discours, plus d’affection et de sympathie que ses deux compagnons, mais, trompé par une foi aveugle à une opinion qu’il n’a jamais entendu contester (contestée ?), savoir que l’on souffre jamais que parce qu’on l’a mérité, il ne croit pas à l’innocence de celui qu’il est venu consoler, et ne tarde pas à se montrer dur et injuste à son égard. La vérité qu’il s’attache le plus à faire ressortir dans son langage, c’est la majesté et la pureté de Dieu, voir Job, 4, 12-21 ; 15, 12-16. ― Eliphaz ouvre la discussion avec la confiance qu’inspire l’expérience et sur le ton d’un prophète. C’est dans son premier discours qu’il parle avec le plus d’assurance. Le fond de son langage est vrai d’ailleurs ; il n’est faux que dans l’application exagérée qu’il en fait au cas présent. Tout se lie très bien dans ce que dit Eliphaz : au point de vue de la disposition oratoire et de l’arrangement des parties, ce discours est le plus parfait du poème. La révélation et l’expérience, les habitants du ciel et ceux de la terre lui ont appris à quoi s’en tenir sur le problème de la souffrance : 1° Job ne doit pas oublier qu’il a consolé autrefois des malheureux en leur disant que ce ne sont que les méchants, non les justes qui périssent, chapitre 4, versets 2 à 11. ― 2° Une vision nocturne lui a appris à lui-même que personne n’est juste devant Dieu, versets 12 à 21. ― 3° Le chagrin qui empêche Job de recourir à l’intercession des anges est la cause de la ruine des insensés, chapitre 5, versets 1 à 7. ― 4° Il doit se tourner vers Dieu, le juge équitable du juste et de l’impie, versets 8 à 16. ― 5° Heureux celui que Dieu châtie ! Dieu, par ce châtiment, veut lui préparer un grand bonheur, versets 17 à 27. Chacune de ces cinq pensées est tout à la fois une thèse et un reproche contre Job.

Vous trouverez peut-être mauvais si nous vous parlons ; mais qui pourrait retenir ses paroles en une telle rencontre ?

Vous en avez autrefois instruit plusieurs, et vous avez soutenu les mains lasses et affaiblies.

Vos paroles ont affermi ceux qui étaient ébranlés, et vous avez fortifié les genoux tremblants.

Et maintenant à peine la plaie est-elle venue sur vous, que vous perdez courage ; Dieu vous frappe, et vous êtes dans le trouble.

Où est cette crainte de Dieu ? où est cette force, cette patience, et cette perfection qui a paru dans toutes vos voies ?

Considérez, je vous prie, si jamais un innocent est péri, ou si ceux qui avaient le cœur droit ont été exterminés.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Qui a jamais péri, etc. On peut être innocent et périr en cette vie ; on peut être éprouvé par des malheurs et cependant être juste et innocent. Plusieurs prophètes et les martyrs en offrent un exemple sensible.

Ne voyons-nous pas au contraire que ceux qui travaillent tant à faire des injustices, qui sèment les maux et qui les recueillent,

sont renversés tout d’un coup par le souffle de Dieu, et sont emportés par le tourbillon de sa colère ?

Le rugissement du lion, et la voix de la lionne, ont été étouffés, et les dents des lionceaux ont été brisées.

Le tigre est mort, parce qu’il n’avait point de proie, et les petits du lion ont été dissipés.

Cependant une parole m’a été dite en secret, et à peine en ai-je entendu les faibles sons qui se dérobaient à mon oreille.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La suite ; littéralement les veines. Il paraît certain que saint Jérôme a donné ici au latin vena le sens qu’on lui trouve dans le moyen âge, celui de série, ordre, ordo, series.

Dans l’horreur d’une vision de nuit, lorsque le sommeil assoupit davantage tous les sens des hommes,

je fus saisi de crainte et de tremblement, et la frayeur pénétra jusque dans mes os.

Un esprit vint se présenter devant moi, et les cheveux m’en dressèrent à la tête.

Je vis quelqu’un dont je ne connaissais point le visage, un spectre parut devant mes yeux, et j’entendis une voix faible comme un petit souffle, qui me dit :

L’homme osera-t-il se dire juste en se comparant à Dieu ? et sera-t-U plus pur que celui qui l’a créé ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Job, 25, 4.

Ceux mêmes qui servaient Dieu n’ont pas été stables, et il a trouvé du déréglement jusque dans ses anges.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Job, 15, 15 ; 2 Pierre, 2, 4 ; Jude, 1, 6. ― Ceux qui le servent, etc. ; c’est-à-dire les anges ne sont pas par eux-mêmes et sans un secours divin capables de se maintenir dans le bien. ― Dans ses anges ; déchus, qui quoique si purs et si parfaits, sont cependant tombés dans l’orgueil et l’infidélité.

Comment donc ceux qui habitent dans des maisons de boue, qui n’ont qu’un fondement de terre, ne seront-ils pas beaucoup plutôt consumés et comme rongés des vers ?

Du matin au soir ils seront exterminés ; et parce que nul d’eux n’a l’intelligence, ils périront pour jamais.

Ceux qui seront restés de leurs races seront emportés, et ils mourront, parce qu’ils n’ont point eu la sagesse.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Non dans la sagesse ; dans leur folie, en insensés.