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Job 36

ELIU ajouta encore, et dit :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

IVe discours d’Eliu : Dieu afflige l’homme pour le garder du péché et l’exciter au repentir, chapitres 36 et 37. ― Dans son dernier discours, Eliu explose encore plus complètement les motifs pour lesquels Dieu permet que le juste soit affligé : c’est pour le tenir en garde contre le péché, ou, s’il a péché, pour l’exciter au repentir. ― 1° Son exorde annonce des raisons décisives en faveur de sa thèse, chapitre 36, versets 2 à 4. ― 2° Dieu est tout-puissant, mais il ne dédaigne personne, et c’est ce qu’il montre en éprouvant ceux qu’il aime, versets 5 à 12. ― 3° C’est pour le plus grand bien de Job que Dieu l’afflige ; il doit donc veiller à ne pas perdre par sa faute la bénédiction que Dieu veut répandre sur lui, versets 13 à 22. ― 4° L’homme doit louer humblement ce maître incomparable qui manifeste sa puissance et sa sagesse par ses œuvres merveilleuses et par les phénomènes atmosphériques, versets 23 à 33. ― 5° Eliu décrit en détail l’orage, sa magnificence et ses suites, chapitre 37, versets 1 à 13. ― 6° En face de pareils spectacles, Job peut bien reconnaître sa faiblesse et son ignorance, comme Eliu reconnaît la sienne, versets 14 à 24. C’est la conclusion naturelle des discours d’Eliu et la préparation de l’apparition de Dieu qui se manifeste maintenant au sein d’une de ces tempêtes que l’orateur vient de décrire.

Ecoutez-moi un peu, et je vous découvrirai ce que je pense : car j’ai encore à parler pour Dieu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ecoute-moi ; littéralement souffre-moi, supporte-moi.

Je reprendrai mon discours dès le commencement, et je prouverai que mon Créateur est juste.

Car il est certain qu’il n’y a point de mensonge dans mes discours, et vous serez convaincu qu’ils enferment une parfaite science.

Dieu ne rejette point les puissants, étant puissant lui-même.

Mais il ne sauve point les impies, et il fait justice aux pauvres.

Il ne retirera point ses yeux de dessus le juste, et il établit les rois sur le trône pour toujours, et les conserve dans leur élévation.

Si quelques-uns sont dans les chaînes, et resserrés par les liens de la pauvreté,

Dieu leur découvrira leurs œuvres et leurs crimes, parce qu’ils ont été violents.

II leur ouvrira aussi l’oreille pour les reprendre, et il leur parlera, afin qu’ils reviennent de leur iniquité.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il découvrira leur oreille ; c’est-à-dire il ouvrira. Comparer à Job, 33, 16. Le mot découvrir est aussi dans le texte hébreu ; il signifie proprement, écarter les cheveux ou toute autre chose qui couvre les oreilles.

S’ils l’écoutent et qu’ils observent ce qu’il leur dit, ils passeront tous les jours en joie, et leurs années en gloire.

Mais s’ils ne l’écoutent point, ils passeront par le tranchant de l’épée, et ils périront dans leur folie.

Ceux qui sont dissimulés et doubles de cœur, attirent sur eux la colère de Dieu : ils ne crieront point lorsqu’ils seront dans les chaînes.

Leur âme mourra d’une mort précipitée, et leur vie aura le même sort que les efféminés et les exécrables.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Leur âme. On a dû déjà remarquer que les Hébreux, comme les Arabes, prennent souvent l’âme pour la personne, l’individu. ― Dans la tempête d’une mort subite et violente.

Dieu tirera le pauvre des maux qui l’accablent, et il lui ouvrira l’oreille au jour de l’affliction.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il découvrira, etc. Comparer au verset 10.

Après vous avoir sauvé de l’abîme étroit et sans fond, il vous mettra fort au large ; et vous vous reposerez à votre table, qui sera pleine de viandes très-délicieuses.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La table… sera pleine de viandes grasses ; littéralement et par hypallage, figure grammaticale très familière aux écrivains sacrés : Le repas de ta table sera plein, etc.

Votre cause a été jugée comme celle d’un impie ; mais vous gagnerez votre cause, et l’on vous rendra la justice que vous demandez.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tu recevras, etc. Comme ta cause est très mauvaise, le jugement que tu subiras, sera proportionné à cette cause ; il sera très mauvais pour toi, très défavorable.

Que la colère donc ne vous surmonte point pour vous porter à opprimer l’innocent, et que la multitude des dons ne vous détourne point de la droite voie.

Abaissez votre grandeur sans que l’affliction vous y porte ; abaissez encore ceux qui abusent de l’excès de leur puissance.

N’allongez point la nuit et le temps du sommeil, afin que les peuples puissent monter jusqu’à tous au lieu de ces personnes puissantes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

N’allonge pas, etc. Ne prolonge pas le temps de ton sommeil ; lève-toi au contraire de bon matin, afin que les tribus de pasteurs puissent se présenter devant toi pour que tu leur rendes la justice, au lieu de ces dominateur insolents, (voir verset 19) dont tu aimes à t’environner.

Prenez garde de ne vous point laisser aller à l’iniquité : car vous avez commencé de la suivre, après que vous êtes tombé dans la misère.

Ne voyez-vous pas que Dieu est infiniment élevé dans sa puissance, et que nul de ceux qui ont imposé des lois aux hommes ne lui est semblable ?

Qui pourra approfondir ses voies ? ou qui peut lui dire : Vous avez fait une injustice ?

Souvenez-vous que vous ne connaissez point ses ouvrages, dont les hommes ont parlé dans leurs cantiques.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Son œuvre ; c’est-à-dire l’œuvre de la création, ou bien ses ouvrages en général, en supposant que l’opus de la Vulgate soit un nom collectif. ― Que les hommes ont chantée. Les anciens ne conservaient guère la mémoire des grands événements que par des cantiques composés exprès.

Tous les hommes le voient ; mais chacun d’eux ne le regarde que de loin.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tous les hommes le voient dans ses œuvres. ― Chacun le considère de loin, et par conséquent d’une manière imparfaite, confuse et avec une certaine obscurité. Comparer à 1 Corinthiens, 13, 12.

Certes Dieu est grand : il passe toute notre science, et ses années sont innombrables :

lui qui après avoir enlevé jusqu’aux moindres gouttes de la pluie, répand ensuite les eaux du ciel comme des torrents,

qui fondent des nues, dont toute la face du ciel est couverte :

lui qui étend les nuées quand il lui plaît pour s’en servir comme d’un pavillon ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

S’il veut étendre les nuées pour s’en servir comme d’une tente. On supposait que Dieu habitait dans une tente ou pavillon composé de nuées qui l’environnaient de toutes parts et en dérobaient la vue aux hommes.

qui fait éclater du ciel ses foudres et ses éclairs, et couvre la mer même d’une extrémité à l’autre.

Il exerce ainsi ses jugements sur les peuples, et distribue la nourriture à un grand nombre d’hommes.

Il cache la lumière dans ses mains ; et lui commande ensuite de paraître de nouveau.

Il fait connaître à celui qu’il aime, que la lumière est son partage, et qu’il pourra s’élever jusqu’à elle.