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Job 38
ALORS le Seigneur parla à Job du milieu d’un tourbillon, et lui dit :
Qui est celui-là qui enveloppe de grands sens sous des paroles peu réfléchies ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Discours de Dieu, du chapitre 38 au chapitre 41. ― Il se divise en trois parties. La première renferme la description des phénomènes de l’ordre physique, la seconde la description du règne animal, la troisième celle de deux animaux particulièrement remarquables, l’hippopotame et le crocodile. La première et la seconde partie sont à peu près d’égale longueur, chapitre 38, versets 1 à 38 ; du chapitre 38, verset 39, au chapitre 39, verset 30 ; la troisième a près du double de longueur, chapitres 40 et 41. ― Ire partie, chapitre 38, versets 1 à 38. ― 1° Dieu interroge Job. Lui qui veut disputer avec le Tout-Puissant, a-t-il assisté à la création, à l’emprisonnement de l’océan et à l’asservissement de la lumière ? Versets 2 à 15. ― 2° A-t-il découvert le secret des mystères de la nature, versets 16 à 30, et ― 3°, en particulier des lois qui régissent les astres ? Versets 31 à 38.
Ceignez vos reins comme un homme ferme ; je vous interrogerai, et vous me répondrez.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ceins, etc. Ceindre ses reins se disait chez les anciens Hébreux d’un homme qui entreprend un voyage, ou qui va au combat. ― Et tu me répondras ; littéralement et par hébraïsme : Et réponds-moi.
Où étiez-vous quand je jetais les fondements de la terre ? dites-le-moi, si vous avez de l’intelligence.
Savez-vous qui en a réglé toutes les mesures, ou qui a tendu sur elle le cordeau ?
Savez-vous sur quoi ses bases sont affermies, ou qui en a posé la pierre angulaire ?
Où étiez-vous lorsque les astres du matin me louaient tous ensemble, et que tous les enfants de Dieu étaient transportés de joie ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les fils de Dieu ; c’est-à-dire les anges. Comparer à Job, 1, 6.
Qui a mis des digues à la mer pour la tenir enfermée, lorsqu’elle se débordait en sortant comme du sein de sa mère,
lorsque pour vêtement je la couvrais d’un nuage, et que je l’enveloppai s d’obscurité comme on enveloppe de bandelettes les petits enfants ;
lorsque je l’ai resserrée dans les bornes que je lui ai marquées, que j’y ai mis des portes et des barrières,
et que je lui ai dit : Vous viendrez jusque-là, et vous ne passerez pas plus loin, et vous briserez ici l’orgueil de vos flots ?
Est-ce vous qui depuis que vous êtes au monde, avez donné les ordres à l’étoile du matin, et qui avez montré à l’aurore le lieu où elle doit naître ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Son lieu ; le lieu où elle doit naître.
Est-ce vous qui tenant en votre main les extrémités de la terre, l’avez ébranlée, et en avez comme secoué et rejeté les impies ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
As-tu tenu, en les ébranlant, les extrémités de la terre, comme on saisit les deux bords d’un manteau ou d’un tapis pour le secouer.
La figure empreinte se rétablira comme l’argile, et elle demeurera comme un vêtement.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Elle ; c’est-à-dire la terre. Cette explication, donnée par beaucoup d’interprètes, paraît la plus simple, la plus naturelle et la mieux liée à ce qui précède ; mais alors il faut supposer que dans la Vulgate, le substantif signaculum est mis pour l’adjectif signatorium, sorte d’hébraïsme qu’elle imite d’ailleurs assez souvent. Le sens de ce passage expliqué grammaticalement de cette manière sera donc que la terre, après que les méchants en auront disparu, reprendra son ancienne forme, comme une terre molle reprend la sienne, après qu’on y a appliqué un cachet, parce qu’elle n’a pas assez consistance pour conserver l’empreinte du cachet. ― Un vêtement magnifique, splendide ; c’est le sens de l’hébreu. ― Une terre molle de cachet. Les Orientaux se servent encore aujourd’hui, en guise de cire à sceller, d’une argile particulière.
La lumière des impies leur sera ôtée : et leur bras, quelque élevé qu’il puisse être, sera brisé.
Etes-vous entré jusqu’au fond de la mer ? et avez-vous parcouru les réduits les plus secrets de l’abîme ?
Les portes de la mort vous ont-elles été ouvertes ? les avez-vous vues, ces portes noires et ténébreuses ?
Avez-vous considéré toute l’étendue de la terre ? Déclarez-moi toutes ces choses, si vous en avez la connaissance.
Dites-moi quelle est la voie qui conduit où habite la lumière, et quel est le lieu des ténèbres :
afin que vous conduisiez cette lumière et ces ténèbres chacune en son propre lieu, ayant connu le chemin et les routes de leur demeure.
Saviez-vous alors que vous deviez naître ? et connaissiez-vous le nombre de vos jours ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Alors ; quand j’ai créé toutes ces choses.
Etes-vous entré dans les trésors de la neige ? ou avez-vous vu les trésors de la grêle,
que j’ai préparés pour le temps de l’ennemi, pour le jour de la guerre et du combat ?
Commentaire (versets 22 à 23) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 22 à 23 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Dieu tient la foudre, la neige, la grêle, les vents, la tempête, comme des armes toutes prêtes à agir contre ses ennemis. Comparer à Psaumes, 32, 7 ; 134, 7 ; Jérémie, 10, 13 ; 50, 25.
Savez-vous par quelle voie la lumière descend du ciel, et la chaleur se répand sur la terre ?
Qui a donné cours aux pluies impétueuses, et un passage au bruit éclatant du tonnerre,
pour faire pleuvoir dans une terre qui est sans homme, dans un désert où personne ne demeure,
pour inonder des champs affreux et inhabités, et pour y produire des herbes vertes ?
Qui est le père de la pluie ? et qui a produit les gouttes de la rosée ?
Du sein de qui la glace est-elle sortie ? et qui a produit la gelée qui tombe du ciel ?
Les eaux se durcissent comme la pierre, et la surface de l’abîme se presse et devient solide.
Pourrez-vous joindre ensemble les étoiles brillantes des Pléiades, et détourner l’Ourse de son cours ?
Est-ce vous qui faites paraître en son temps sur les enfants des hommes l’étoile du matin, ou qui faites lever ensuite l’étoile du soir ?
Savez-vous l’ordre et les mouvements du ciel ? êtes-vous l’auteur des influences qu’il exerce sur la terre ?
Elèverez-vous votre voix jusqu’aux nues, et répandront-elles aussitôt sur vous leurs eaux avec abondance ?
Commanderez-vous aux tonnerres, et partiront-ils dans l’instant ? et en revenant ensuite, vous diront-ils : Nous voici ?
Qui a mis la sagesse dans le cœur de l’homme ? ou qui a donné au coq l’intelligence ?
Qui expliquera toute la disposition des cieux ? ou qui fera cesser l’harmonie du ciel ?
Lorsque la poussière se répandait sur la terre, et que les mottes se formaient et se durcissaient, où étiez-vous ?
Prendrez-vous la proie pour la lionne ? et en rassasierez-vous la faim de ses petits,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Empliras-tu l’âme ; c’est-à-dire rassasieras-tu la faim. ― IIe partie du discours de Dieu, du chapitre 38, verset 39 au chapitre 39, verset 35. Description du règne animal. ― 1° Nourriture du lion et du corbeau, enfantement de la biche, du chapitre 38, verset 39 au chapitre 39, verset 4. ― 2° Comparaison des animaux domestiques avec les animaux sauvages, du buffle avec le bœuf, de l’onagre avec l’âne, chapitre 39, versets 5 à 12. ― 3° Description de l’autruche, versets 13 à 18. ; ― 4° du cheval, versets 19 à 25 ; ― 5° de l’aigle, versets 26 à 30. ― Après ce tableau de sa puissance, Dieu demande à Job s’il va lui répondre. Job confesse qu’il a parlé avec légèreté et qu’il aurait dû se taire, versets 31 à 35.
lorsqu’ils sont couchés dans leurs antres, et qu’ils épient les passants du fond de leurs cavernes ?
Qui prépare au corbeau sa nourriture, lorsque ses petits crient vers Dieu, et qu’ils vont errants, n’ayant rien à manger ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Psaumes, 146, 9.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
IVe partie : Apparition et discours de Dieu, du chapitre 38 au chapitre 41. ― Ce que Job avait si ardemment souhaité, voir Job, 13, 22, arrive enfin : Dieu apparaît. Le mystère de la souffrance n’a pas encore été complètement éclairci. Il est démontré que la thèse des trois premiers adversaires de Job est insoutenable ; il est établi que les idées de Job ne sont pas non plus toutes également justes ; cependant Eliu lui-même n’a pas dit le dernier mot. Les souffrances du saint patriarche ont eut pour but de manifester la sincérité de sa vertu et de démontrer que la fidélité au devoir peut subsister dans la mauvaise comme dans la bonne fortune, mais aucun des interlocuteurs ne l’a soupçonné, et, à vrai dire, ce but ne pouvait être connu que par une révélation. A Dieu seul il appartient de trancher le différend ; lui seul peut distribuer à chacun le blâme et l’éloge, déclarer Job innocent, tout en lui reprochant les excès de parole dans lesquels il s’est laissé entraîner ; faire sentir à ses trois amis leur dureté et leur opiniâtreté. Il semble que Dieu ne saurait intervenir sans s’abaisser, et cependant comme il apparaît en maître souverain ! Il ne se justifie pas, il ne dit pas un seul mot pour expliquer sa conduite, il dédaigne de parler des questions spéculatives qui ont été l’objet du débat ; il a fait résoudre le problème en tête du livre par l’écrivain inspiré, qui nous a découvert le secret divin dans le prologue. Maintenant les choses se passent tout autrement que Job ne l’avait imaginé, quand il réclamait la présence de Dieu. Surpris, accablé par les questions que son Seigneur lui adresse, il comprend quelle a été sa présomption et son imprudence, il s’humilie et se tait. Dieu veut nous rappeler notre ignorance, nous apprendre à nous abaisser devant lui et à reconnaître que la véritable sagesse consiste à ne pas tenter de pénétrer ce qui est impénétrable. Comment pourrions-nous sonder les plans du Seigneur et scruter ses desseins, puisqu’il est si grand et que nous sommes si petits ?