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Job 2

OR les enfants de Dieu s’étant un jour présentés devant le Seigneur, et Satan étant venu aussi parmi eux se présenter devant le Seigneur,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Job n’était pas au terme de ses malheurs : 5° Satan revient à la charge contre lui, au bout d’un temps indéterminé, et demande à le frapper dans sa personne après l’avoir frappé dans ses biens. Dieu le lui permet, et le saint patriarche est atteint d’une des plus terribles maladies de peau qui désolent l’Orient, l’éléphantiasis. Devenu ainsi la proie de la lèpre, Job, doit se retirer hors du village qu’il habite, chapitre 2, versets 1 à 8.

le Seigneur lui dit : D’où viens-tu ? Il lui répondit : J’ai fait le tour de la terre, et je l’ai parcourue tout entière.

Le Seigneur lui dit encore : N’as-tu point considéré mon serviteur Job, qui n’a point d’égal sur la terre, qui est un homme simple et droit de cœur, qui craint Dieu et fuit le mal, et qui se conserve encore dans l’innocence, quoique tu m’aies porté à m’élever contre lui pour l’affliger sans qu’il l’ait mérité ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

En vain ; c’est-à-dire, c’est en vain que tu l’as fait éprouver ; cette épreuve n’a pas ébranlé sa fidélité. D’autres traduisent, sans motif, à tort, sans qu’il l’ait mérité.

Satan lui répondit : L’homme donnera toujours peau pour peau, et il abandonnera volontiers tout ce qu’il possède, pour sauver sa vie :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’homme donnera peau pour peau, etc. ; c’est-à-dire qu’il donnera volontiers la peau des autres pour conserver la sienne ; il donnera ses enfants même, ses bestiaux et tout ce qu’il possède pour sauver sa propre vie. Ainsi Job a perdu ses biens, ses enfants ; mais il espère en avoir d’autres. S’il était frappé en son propre corps, s’il venait à perdre sa santé, il ne soutiendrait pas cette épreuve ; sa fidélité en serait ébranlée.

mais étendez votre main, et frappez ses os et sa chair, et vous verrez s’il ne voue maudira pas en face.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Qu’il vous maudira. Voir Job, 1, 5.

Le Seigneur dit à Satan : Va, il est en ta main : mais ne touche point à sa vie.

Satan étant donc sorti de devant le Seigneur, frappa Job d’une effroyable plaie, depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Satan… frappa Job d’une plaie horrible. D’après tous les caractères de la maladie de Job disséminés dans le cours du livre, J. D. Michaelis a prouvé que la maladie dont Job fut frappé est l’éléphantiasis. Elle commence par l’éruption de pustules, qui ont comme la forme de nœuds, d’où son nom latin de lepra nodosa ; elle couvre ensuite comme un chancre toute la surface du corps et le ronge de telle façon que tous les membres semblent s’en détacher. Les pieds et les jambes s’enflent et se couvrent de croûtes au point d’être pareils à ceux de l’éléphant, d’où le nom d’éléphantiasis. Le visage est boursouflé et luisant, comme si on l’avait oint avec du suif, le regard est fixe et hagard, la voix faible ; le malade finit quelquefois par tomber dans un mutisme complet. En proie à d’atroces douleurs, objet de dégoût pour lui-même et pour les autres, éprouvant une faim insatiable, accablé de tristesse, ne pouvant dormir ou bien tourmenté par d’affreux cauchemars, il ne trouve aucun remède au mal qui le ronge. Ce cruel état peut durer vingt ans et plus. Il meurt quelquefois subitement, après une fiable fièvre ou étouffé par la maladie.

Et Job s’étant assis sur un fumier, ôtait avec un morceau d’un pot de terre la pourriture qui sortait de ses ulcères.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Assis sur le fumier. Voir la note 18 à la fin du volume.

Alors sa femme vint lui dire : Quoi ! vous demeurez encore dans votre simplicité ? Maudissez Dieu, et mourez.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dieu ménage à Job une nouvelle épreuve : les reproches de sa femme. C’est là sa sixième épreuve. Au lieu de l’encourager à la patience, elle voudrait le pousser au désespoir, mais il lui fait cette réponse admirable : Si nous avons reçu les biens de la main de Dieu, pourquoi n’en recevrions-nous pas aussi les maux ?

Job lui répondit : Vous parlez comme une femme qui n’a point de sens. Si nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, pourquoi n’en recevrons-nous pas aussi les maux ? Ainsi dans toutes ces choses Job ne pécha point par ses lèvres.

Cependant trois amis de Job apprirent tous les maux qui lui étaient arrivés, et étant partis chacun de leur pays, vinrent le trouver, Eliphaz de Théman, Baldad de Suh, et Sophar de Naamath. Car ils s’étaient donné jour pour venir ensemble le voir et le consoler.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La septième épreuve de Job fut la visite de ses amis. C’est d’abord une visite muette. Elle prépare la discussion ou le combat qui va être l’objet de la majeure partie du poème. La suite nous montrera que cette épreuve fut la plus difficile par laquelle Job eut à passer. Ils viennent pour le consoler, mais au lieu d’adoucir ses peines, ils ne font que les aggraver par les accusations injustes dont ils le chargent. Il est probable que quelque temps s’était écoulé entre le moment où Job fut frappé et l’arrivée de ses amis.

Lors donc que de loin ils eurent levé les yeux pour le considérer, ils ne le reconnurent point ; et ayant jeté un grand cri, ils commencèrent à pleurer. Ils déchirèrent leurs vêtements, ils jetèrent de la poussière en l’air pour la faire retomber sur leur tête.

Ils demeurèrent avec lui assis sur la terre durant sept jours et durant sept nuits, et nul d’eux ne lui dit aucune parole : car ils voyaient que sa douleur était excessive.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le deuil durait sept jours ; mais il ne faut pas croire que les amis de Job ne l’aient pas quitté un seul instant, pendant tout ce temps, et qu’ils ne lui avaient pas adressé une seule parole. Ce sont là des expressions hyperboliques que l’on trouve assez souvent dans la Bible, et en général dans les écrivains orientaux. ― Ils s’assirent avec lui. Quand ils le voient, ils le saluent à distance, avec ces marques extraordinaires de douleur qui sont en usage en Orient, et ils passent sept jours et sept nuits sans proférer une parole. Ce silence si prolongé prouve qu’à la vue de tant de maux, ils ne sentent pas la force de le consoler. Il faut que Job ouvre le premier la bouche, et ne recevant d’eux aucun mot d’encouragement, il ne peut qu’exhaler ses plaintes.