Confort de lecture
Ces réglages restent sur cet appareil et valent pour toutes les pages de lecture du site.
Job 19
LORS Job répondit à Baldad, et lui dit :
Jusqu’à quand affligerez-vous mon âme, et me tourmenterez-vous par vos discours ?
Voilà déjà dix fois que vous voulez me confondre, et que vous ne rougissez point de m’accabler.
Quand Je serais dans l’ignorance, mon ignorance ne regarde que moi seul.
Mais vous vous élevez contre moi, et vous prétendez que l’état humiliant où je suis réduit, est une preuve que je suis coupable.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Vous m’accusez, etc. Vous prétendez que je suis coupable, parce que je souffre des opprobres.
Comprenez au moins maintenant que ce n’est point par un jugement de justice que Dieu m’a affligé, et m’a frappé de ses plaies.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ce n’est pas en vertu d’un jugement de cette justice qui punit le crime et récompense la vertu que Dieu m’a affligé ; car je ne suis nullement coupable, comme vous l’entendez ; mais c’est en sa qualité de créateur tout-puissant et infiniment sage, qui traite ses créatures selon les desseins impénétrables de son infinie sagesse, et par conséquent sans qu’elles puissent comprendre ses desseins.
Si je crie dans la violence que je souffre, on ne m’écoutera point ; si j’élève ma voix, on ne me rendra point justice.
Le Seigneur a fermé de toutes parts le sentier que je suivais, et je ne puis plus passer ; et il a répandu des ténèbres dans le chemin étroit par où je marchais.
Il m’a dépouillé de ma gloire, et il m’a ôté la couronne de dessus la tête.
Il m’a détruit de tous côtés, et je péris ; il m’a ôté toute espérance, comme à un arbre qui est arraché.
Sa fureur s’est allumée contre moi, et il m’a traite comme son ennemi.
Il est venu accompagné de ses soldats ; ils m’ont foulé aux pieds, et ils ont assiégé ma tente de toutes parts.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ils se sont faits un chemin au travers de moi ; c’est le sens littéral de la Vulgate qu’on explique généralement par ils m’ont foulé aux pieds, en disant que tel est le sens de l’hébreu et du grec ; mais on semble oublier que la préposition hébraïque et grecque qu’on traduit par sur, au-dessus de, signifie également contre, et que ce dernier sens convient beaucoup mieux ici. Ainsi le sens de la phrase qui paraît le plus naturel est : Ils se sont frayé un chemin contre moi.
Il a écarté mes frères loin de moi, et mes amis m’ont fui comme ceux qui m’étaient les plus étrangers.
Mes proches m’ont abandonné, et ceux qui me connaissaient plus particulièrement m’ont oublié.
Mes domestiques et mes servantes m’ont regardé comme un inconnu, et je leur ai paru comme un étranger.
J’ai appelé mon serviteur, et il ne m’a point répondu, lors même que je le priais en lui parlant de ma propre bouche.
Ma femme a eu horreur de mon haleine, et j’usais de prières envers les enfants qui sont sortis de moi.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les enfants, etc. La plupart des interprètes pensent, d’après les Septante, qu’il s’agit ici des enfants que Job avait eus de ses femmes du second rang.
Les insensés mêmes me méprisaient, et je ne les avais pas plutôt quittés, qu’ils médisaient de moi.
Ceux du conseil desquels je me servais autrefois m’ont eu en exécration, et celui que j’aimais le plus, s’est déclaré mon ennemi.
Mes chairs ont été réduites à rien, mes os se sont collés à ma peau, et il ne me reste que les lèvres autour des dents.
Ayez pitié de moi, vous au moins ! qui êtes mes amis, ayez pitié de moi : car la main du Seigneur m’a frappé.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Saint Grégoire dit que Job appelle encore ses amis ceux qui l’accablent par leurs injures, soit afin de les obliger par ce terme de tendresse à user d’une meilleure conduite à son égard ; soit pour s’exciter lui-même à regarder leurs injures comme utiles à son salut (Greg. Moral., LXIV, c. 23).
Pourquoi me persécutez-vous comme Dieu, et vous plaisez-vous à vous rassasier de ma chair ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Pourquoi… vous rassasiez-vous de ma chair ? Pourquoi me calomniez-vous ou dites-vous du mal de moi ? Cette image se retrouve, sous des formes plus ou moins différentes, dans toutes les langues, quoique nous ne soyons pas habitués à la forme hébraïque. Un passage d’une lettre de Machiavel à Julien de Médicis permet de se rendre bien compte de cette figure de langage. « Je vous envoie, Julien, quelques grives… Si vous avez autour de vous quelqu’un qui se plaise à me mordre, vous pourrez lui en jeter une aux dents : en mangeant cet oiseau il oubliera de déchirer son prochain… De ma pauvre chair, mes ennemis tirent de bonnes bouchées. »
Qui m’accordera que mes paroles soient écrites ? Qui me donnera qu’elles soient tracées dans un livre ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Un livre. C’est ainsi que porte la version grecque. A la vérité, l’hébreu lit le livre dans ce passage ; mais dans un des endroits parallèles, comme Isaïe, 30, 8 ; Jérémie, 30, 2, il n’a pas l’article déterminatif.
qu’elles soient gravées sur une lame de plomb avec une plume de fer, ou sur la pierre avec le ciseau ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
On gravait des inscriptions sur le métal et sur la pierre dès une haute antiquité dans le pays que Job habitait.
Car je sais que mon Rédempteur est vivant, et que je ressusciterai de la terre au dernier jour,
que je serai encore revêtu de ma peau, et que je verrai mon Dieu dans ma chair ;
que je le verrai, dis-je, moi-même et non un autre, et que je le contemplerai de mes propres yeux. C’est là l’espérance que j’ai, et qui reposera toujours dans mon cœur.
Commentaire (versets 25 à 27) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 25 à 27 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Presque tous les Pères ont reconnu dans ces paroles de Job une profession de foi très claire à la résurrection des corps, et dans les premiers siècles de l’Eglise, après les persécutions, de pieux chrétiens ont fait graver sur leurs tombeaux cet acte de foi comme une expression de leur propre croyance.
Pourquoi donc dites-vous : Persécutons-le, et cherchons en lui des prétextes pour le décrier ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Une parole fondamentale ; littéralement une racine, un fondement de parole, une parole radicale.
Fuyez donc de devant l’épée qui vous menace, parce qu’il y a une épée vengeresse de l’iniquité ; et vous devez savoir qu’il y a un juge au-dessus des hommes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
VIe discours de Job : IIe réponse à Baldad, chapitre 19. C’est le discours le plus important de Job, et, à certains égards, du livre. Comme il ne peut plus compter sur ses amis, Job cherche à se consoler sans leur secours et se tourne plus que jamais vers Dieu. ― 1° Reproches à ses amis, versets 2 à 5. ― 2° Ils doivent songer que c’est Dieu lui-même qui le tourmente d’une manière si terrible, versets 6 à 12. ― 3° C’est pourquoi il lui a retiré l’appui de tous ceux qui l’avaient autrefois soutenu, versets 13 à 20. ― 4° Ils n’en devraient avoir que plus de compassion pour lui, car son droit demeure inébranlable ; aussi, il en est certain, il sera vengé dans une autre vie et le dernier jugement lui rendra justice, versets 21 à 29. C’est là le point culminant de la discussion. La vue de son Rédempteur attendrit le saint patriarche ; désormais sa fougue est tombée ; il n’a plus la même impétuosité et ne se plaint qu’avec calme ; mettant toute sa confiance en Dieu, il cherche moins à se défendre lui-même et se préoccupe plutôt de réfuter la thèse de ses adversaires.