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Job 34

ELIU continuant encore de parler, prononça ce qui suit :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

IIe discours d’Eliu : Apologie de la justice divine, chapitre 34. ― Job ne lui répond rien. Eliu a consacré en partie son premier discours à montrer que Dieu n’est pas injuste envers l’homme ; il consacre le second tout entier à développer cette idée et à établir que Dieu gouverne le monde avec équité. ― 1° Il prie les assistants de l’écouter et de prononcer. Job accuse Dieu de ne pas le traiter avec justice, versets 2 à 9 ; ― 2° mais comment Dieu pourrait-il être injuste, puisqu’il créé et gouverne le monde librement ? Versets 10 à 18. ― 3° La justice de Dieu envers ses créatures éclate de toutes parts : sa toute-puissance et sa science infinie lui permettent de juger avec pleine justice, versets 19 à 28. ― 4° Comment pourrait-on calomnier les voies de Dieu, puisqu’il se propose comme but le bien des hommes ? On doit plutôt s’humilier devant lui, et c’est parce que Job ne le fait pas qu’il mérite le châtiment divin, versets 29 à 37.

Sages, écoutez mes paroles ; savants, soyez attentifs :

car l’oreille juge des discours par l’ouïe, comme le palais juge des viandes par le goût.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Job, 12, 11.

Convenons ensemble de ce qui est selon la justice, et voyons entre nous ce qui doit être regardé comme le meilleur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Formons-nous, etc. ; c’est-à-dire discutons, examinons ensemble, en commun, toute cette dispute, et voyons ce qui s’y trouve de plus vrai, de plus juste.

Car Job a dit : Je suis juste, et Dieu ne me traite pas selon l’équité.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Mon bon droit ; littéralement Mon jugement. Le mot jugement (judicium) de la Vulgate, comme le terme hébreu dont il est la traduction, signifie aussi juste jugement, cause juste, justice, etc. Job veut dont dire ici que Dieu, en l’affligeant, fait que sa juste cause paraît injuste.

Il y a de la fausseté et de l’abus dans le jugement que l’on a porté contre moi ; je suis percé de flèches très-cuisantes sans que j’aie péché.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Une flèche ardente, la maladie qui l’a blessé et couvert de plaies, comme s’il avait été frappé par une flèche qui produit des douleurs cuisantes.

Où trouvera-t-on un homme semblable à Job, qui insulte à Dieu avec une impiété qu’il avale comme l’eau ;

qui marche avec ceux qui commettent l’iniquité, et qui se joint avec les impies ?

Car il a dit : L’homme ne sera point agréable à Dieu, quand même il aurait couru dans sa voie.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il aurait couru avec lui, dans ses voies ; hébraïsme, pour se conformer à ses désirs, ne faire que sa volonté.

Vous donc qui avez du sens et de la sagesse, écoutez-moi : L’impiété est infiniment éloignée de Dieu ; et l’injustice, du Tout-Puissant :

car il rendra à l’homme selon ses œuvres, et il traitera chacun selon le mérite de sa vie.

Certainement Dieu ne condamne point sans sujet, et le Tout-Puissant ne renverse point la justice.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le bon droit. Voir le verset 5.

A-t-il donc commis à quelque autre le soin de la terre ? et qui est celui qu’il a établi pour gouverner au lieu de lui le monde qu’il a créé ?

S’il le regardait dans sa rigueur, il attirerait à soi dans l’instant l’esprit qui l’anime.

Toute chair périrait en même temps, et tous les hommes retourneraient en cendre.

Si vous avez donc de l’intelligence, écoutez ce que l’on vous dit, et soyez attentif à mes paroles :

Peut-on guérir celui qui n’aime point la justice ? Et comment condamnez-vous avec tant de hardiesse celui qui est souverainement juste ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Celui qui est juste par excellence, Dieu.

lui qui dit à un roi, Vous êtes un apostat ; qui appelle impies les grands, lorsqu’ils le sont ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Apostat, ellipse pour : Tu es un apostat. ― Le mot traduit par apostat est en hébreu Bélial, homme de rien, homme sans valeur, inutile.

qui n’a point d’égard à la personne des princes ; qui n’a point eu de considération pour le tyran lorsqu’il disputait contre le pauvre : parce que sa main a fait tous les hommes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Deutéronome, 10, 17 ; 2 Paralipomènes, 19, 7 ; Sagesse, 6, 8 ; Ecclésiastique, 35, 15 ; Actes des Apôtres, 10, 34 ; Romains, 2, 11 ; Galates, 2, 6 ; Ephésiens, 6, 9 ; Colossiens, 3, 25 ; 1 Pierre, 1, 17.

Ils mourront tout d’un coup, et au milieu de la nuit les peuples seront tout remplis de trouble ; ils passeront, et le violent sera emporté sans qu’on voie la main qui le frappe.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sans la main de l’homme ; sans que la main d’un homme le frappe, parce que Dieu lui-même l’enlève par la maladie, etc.

Car les yeux de Dieu sont sur les voies des hommes, et il considère toutes leurs démarches.

Il n’y a point de ténèbres, il n’y a point d’ombre de la mort, qui puissent dérober à ses yeux ceux qui commettent l’iniquité.

Car il n’est plus au pouvoir de l’homme de venir en jugement devant Dieu.

Il en exterminera une multitude innombrable, et il en établira d’autres en leur place.

Car il connaît leurs œuvres, et c’est pour cela qu’il répandra sur eux une nuit obscure, et qu’il les brisera.

Il les frappera de plaies comme des impies, à la vue de tout le monde,

eux qui ont fait un dessein formé de se retirer de lui, et qui n’ont pas voulu comprendre toutes ses voies :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Toutes ses voies. C’est ainsi qu’on traduit généralement ; selon nous, il serait plus exact de dire : Nulle, aucune de ses voies ; parce que, comme nous en avons déjà fait la remarque, le mot tout en hébreu, étant joint à une négation, signifie nul, aucun.

en sorte qu’ils ont fait monter jusqu’à lui les cris de l’indigent, et qu’il a entendu la voix des plaintes des pauvres.

Car s’il donne la paix, qui est celui qui le condamnera ? S’il cache une fois son visage, qui pourra le contempler dans sa conduite sur toutes les nations en général, et sur tous les hommes ?

C’est lui qui fait régner l’homme hypocrite, à cause des péchés du peuple.

Puis donc que j’ai parlé de Dieu, je ne vous empêcherai point de parler aussi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

J’ai parlé à Dieu ; c’est ainsi que porte la Vulgate, et le texte hébreu ; mais comme la particule hébraïque, traduite dans la Vulgate par ad ou à, signifie quelquefois de, au sujet de, surtout quand elle est jointe aux verbes parler, dire, la plupart des traducteurs lui ont donné ce dernier sens. Dans son discours, en effet, Eliu a parlé de Dieu dont il a entrepris la défense contre les prétendus blasphèmes de Job, mais sans s’adresser directement à lui.

Si je suis tombé dans quelque erreur, enseignez-moi ; si ce que j’ai dit n’est pas selon la justice, je ne dirai rien davantage.

Dieu ne vous redemandera-t-il point compte de ce que je puis avoir dit contre la justice, qui vous a déplu ? car c’est vous qui avez commencé à parler, et non pas moi. Si vous savez quelque chose de meilleur, parlez vous-même.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

N’est-ce pas à toi, etc. ; selon d’autres : Est-ce à toi, etc. ; mais ce qui suit immédiatement : Car c’est toi qui as commencé, etc., s’oppose évidemment, selon nous, à cette dernière interprétation.

Que des personnes intelligentes me parlent, et qu’un homme sage m’écoute.

Mais Job a parlé inconsidérément, et il ne paraît point de sagesse dans ses discours.

Mon Père ! que Job soit éprouvé jusqu’à la fin, ne cessez point de frapper un homme injuste ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Mon père, c’est-à-dire, mon Dieu, selon la version chaldaïque et plusieurs interprètes. Sanchez pense qu’Eliu appelle ainsi Eliphaz à cause de son grand âge et du respect dont il était environné. Cette explication semble mieux s’accorder avec ce qui suit.

parce qu’il ajoute le blasphème à ses péchés : qu’il soit cependant pressé de nouveau par nos raisons, et qu’après cela il appelle Dieu en jugement par ses discours.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ses, omis dans la Vulgate, est exprimé en hébreu.