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Job 42
JOB répondit au Seigneur, et lui dit :
Je sais que vous pouvez toutes choses, et qu’il n’y a point de pensée qui vous soit cachée.
Qui est celui-là qui cache les desseins de Dieu sous des paroles dont il n’a pas l’intelligence ? C’est pourquoi j’avoue que j’ai parlé indiscrètement, et de choses qui surpassaient sans comparaison toute la lumière de ma science.
Écoutez-moi, disais-je, et je parlerai ; je vous interrogerai, et répondez-moi, je vous prie.
Mais alors j’avais seulement entendu parler de vous ; maintenant je vous vois de mes propres yeux.
C’est pourquoi je m’accuse moi-même, et je fais pénitence dans la poussière et dans la cendre.
Le Seigneur ayant parlé à Job de cette sorte, dit à Eliphaz de Théman : Ma fureur s’est allumée contre vous et contre vos deux amis : parce que vous n’avez point parlé devant moi dans la droiture de la vérité comme mon serviteur Job.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ve partie : Epilogue, versets 7 à 16. ― L’épreuve de Job est maintenant finie. Il a déjoué, sans le savoir, le plan de Satan : ― 1° Dieu proclame son innocence devant ses amis, et leur injustice n’est pardonnée que par son intercession, versets 7 à 9. ― 2° Job lui-même est récompensé : il saura que l’épreuve bien supportée devient une source de bonheur ; il reçoit le double des biens qu’il avait perdus, versets 10 à 15. ― 3° Il en jouit 140 ans et meurt plein de jours, verset 16.
Prenez donc sept taureaux et sept béliers, et allez à mon serviteur Job, et offrez-les pour vous en holocauste. Job, mon serviteur, priera pour vous ; je le regarderai et l’écouterai favorablement, afin que cette imprudence ne vous soit point imputée ; parce que vous n’avez point parlé dans la droiture de la vérité comme mon serviteur Job.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ce passage condamne formellement les hérétiques, qui s’élèvent contre l’intercession des saints reconnue par l’Eglise catholique, et qui prétendent qu’elle déroge à l’unique médiateur qui est Jésus-Christ. Car on voit ici Job établi de Dieu même, intercesseur, et en quelque sorte médiateur entre ses amis et Dieu irrité contre eux. On ne conçoit pas comment l’invocation ou l’intercession des saints, que l’Eglise catholique nous enseigne, déroge davantage à la médiation de Jésus-Christ. ― J’accueillerai sa face ; hébraïsme pour : Je l’accueillerai, je l’écouterai favorablement.
Eliphaz de Théman, Baldad de Suh, et Sophar de Naamath, s’en allèrent donc, et firent ce que le Seigneur leur avait dit ; et le Seigneur écouta Job en leur faveur.
Le Seigneur aussi se laissa fléchir à la pénitence de Job, lorsqu’il priait pour ses amis, et il lui rendit au double tout ce qu’il possédait auparavant.
Tous ses frères, toutes ses sœurs, et tous ceux qui l’avaient connu dans son premier état, vinrent le trouver et mangèrent avec lui dans sa maison. Ils lui témoignèrent leur compassion, et ils le consolèrent de toutes les afflictions que le Seigneur lui avait envoyées, et ils lui donnèrent chacun une brebis et un pendant d’oreille d’or.
Mais le Seigneur bénit Job dans son dernier état encore plus que dans le premier, et il eut quatorze mille brebis, six mille chameaux, mille paires de bœufs, et mille ânesses.
Commentaire (versets 10 à 12) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 10 à 12 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Job, en priant pour ses amis, selon l’ordre que Dieu lui en a donné, s’humilie lui-même en sa présence, et son humiliation, jointe à cette charité qui le portait à intercéder pour ceux qui l’avaient outragé, lui fit mériter pour récompense une grande augmentation dans tous ses biens. Mais, comme le remarque saint Augustin, (Epist. CXX, chap. X), c’eût été peu de choses pour Job que de recevoir temporellement le double de ce qu’il avait possédé auparavant, pour récompense de cette admirable fermeté avec laquelle il avait souffert une si terrible épreuve de sa vertu. C’est donc principalement la béatitude de l’autre vie que le Saint-Esprit a voulu nous figurer par cette prospérité beaucoup plus grande que la première dont le Seigneur récompensa sa fidélité.
Il eut aussi sept fils, et trois filles :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Et leur père leur donna, etc. ; c’est-à-dire que Job donna à ses filles leur part dans son héritage comme à ses fils. L’auteur du livre de Job, qui était Hébreu, fait cette remarque, parce que dans sa nation les filles n’héritaient pas, quand elles avaient des frères (voir Nombres, 27, 8). L’usage contraire était établi dans l’Arabie, nous le voyons confirmé par Mahomet dans le Coran. On voit la même chose parmi les Romains, dans les lois des douze Tables et dans leurs lois civiles.
et il appela la première Jémima, la seconde Cassia, et la troisième Kérenhappouc.
Il ne se trouva point dans tout le reste du monde de femmes aussi belles que ces filles de Job ; et leur père leur donna leur part dans son héritage comme à leurs frères.
Job vécut après cela cent quarante ans ; il vit ses fils et les enfants de ses fils jusqu’à la quatrième génération, et il mourut fort âgé et plein de jours.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Réponse de Job, versets 1 à 6. ― La seconde réponse de Job à Dieu est courte, mais complète, versets 1 à 6. Il savait que Dieu était grand et que sa conduite est incompréhensible, mais il ne le sentait pas assez ; il confesse qu’il a eu tort de vouloir se mesurer présomptueusement avec Dieu et il le prie de lui pardonner. La discussion se termine donc comme cela devait être, par la victoire complète de Dieu, victoire avouée et acceptée de l’homme qui ne peut en remporter lui-même d’autre que celle-là : reconnaître son néant en présence de son créateur.