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Actes des Apôtres 9

CEPENDANT Saul, ne respirant encore que menaces et carnage contre les disciples du Seigneur, vint trouver le grand prêtre,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Galates, 1, 13.

et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas ; afin que s’il trouvait quelques personnes de cette secte, hommes ou femmes, il les amenât prisonniers à Jérusalem.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De cette voie. Le mot voie est pris ici figurément, comme souvent ailleurs dans l'Ecriture, pour conduite, profession, religion, secte, doctrine. ― « Damas, à une soixante de lieues au nord-est de Jérusalem, avait été soumise par Pompée et était peut-être encore sous la domination romaine, au moment de la conversion de saint Paul ; mais bientôt après, elle tomba au pouvoir d'Arétas, roi d'Arabie, ainsi que le prouve une monnaie de cette ville, au type de ce prince. Comme la plupart des grandes cités de l'Asie Mineure et de l'empire, elle renfermait une nombreuse colonie juive, qui habitait un quartier à part, et avait non seulement des assemblées religieuses, mais ses lois, ses magistrats et sa justice propres : privilège dont les Juifs jouissent encore en plusieurs villes mahométanes. Le grand-prêtre de Jérusalem exerçait sur eux son autorité, en matière civile aussi bien que religieuse. C'est dans leurs rangs que se trouvaient ces nouveaux chrétiens, dont Saul prétendait châtier l'apostasie ; et peut-être quelques fidèles de Jérusalem étaient-ils venus y chercher un asile. L'endroit où le persécuteur fut terrassé et où il se soumit au divin maître, se trouve à cinq cent pas de la ville. Saint Augustin dit qu'il est bien connu et qu'on le montre aux voyageurs. Les chrétiens s'y rendent en procession chaque année, le 25 janvier. La rue droite traverse encore la ville dans toute sa longueur. » (L. BACUEZ.) ― Tous les voyageurs vantent à l'envi la beauté de Damas. « Je comprends, dit Lamartine, que les traditions arabes placent à Damas le site du paradis perdu : aucun lieu de la terre ne rappelle mieux l'Eden. La vaste et féconde plaine, les sept rameaux du fleuve bleu qui l'arrosent, l'encadrement majestueux des montagnes, les lacs éblouissants qui réfléchissent le ciel sur la terre, la perfection du climat, tout indique au moins que Damas a été une des premières villes bâties par les enfants des hommes… Tant que la terre portera des empires, Damas sera une grande ville. »

Mais lorsqu’il était en chemin, et qu’il approchait déjà de Damas, il fut tout d’un coup environné et frappé d’une lumière du ciel.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Actes des Apôtres, 22, 6 ; 1 Corinthiens, 15, 8 ; 2 Corinthiens, 12, 2.

Et tombant par terre, il entendit une voix qui lui disait : Saul ! Saul ! pourquoi me persécutez-vous ?

Il répondit : Qui êtes-vous, Seigneur ? Et le Seigneur lui dit : Je suis Jésus, que vous persécutez. Il vous est dur de regimber contre l’aiguillon.

Alors tout tremblant et tout effrayé, il dit : Seigneur ! que voulez-vous que je fasse ?

Le Seigneur lui répondit : Levez-vous, et entrez dans la ville ; on vous dira là ce qu’il faut que vous fassiez. Or les hommes qui l’accompagnaient, demeurèrent tout étonnés : car ils entendaient une voix ; mais ils ne voyaient personne.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ceci semble contradictoire avec ce qui est dit dans Actes des Apôtres, 22, 9. Mais cette contradiction, qui n'est qu'apparente, s'évanouit quand on considère qu'entendre signifie tout à la fois être frappé d'un son et comprendre.

Saul se leva donc de terre ; et ayant les yeux ouverts, il ne voyait point. Ainsi ils le conduisirent par la main, et le menèrent à Damas,

où il fut trois jours sans voir, sans manger et sans boire.

Or il y avait à Damas un disciple, nommé Ananie, à qui le Seigneur dit, dans une vision : Ananie ! Et il répondit : Me voici, Seigneur !

Le Seigneur ajouta : Levez-vous, et vous en allez dans la rue qu’on appelle Droite ; cherchez en la maison de Judas un nommé Saul, de Tarse : car il y est en prière.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La rue qu'on appelle Droite. « La rue Droite subsiste encore dans toute sa longueur ; c'est la plus grande de la ville. Elle la traverse d'une extrémité à l'autre, d'orient en occident. Ses édifices de chaque côté sont presque autant de boutiques ou de magasins dans lesquels sont étalées les plus riches marchandises soit d'Europe, soit des diverses parties de l'Asie, qu'y ont apportés les caravanes des pèlerins. » (DE GERAMB.) ― Saul de Tarse. Sur tarse, voir verset 30.

(Et au même temps Saul voyait en vision un homme, nommé Ananie, qui entrait et lui imposait les mains, afin qu’il recouvrât la vue.)

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Saul vit aussi un homme. Pendant que le Seigneur faisait entendre sa voix à Ananie, il le montrait à Saul dans une vision.

Ananie lui répondit : Seigneur ! j’ai entendu dire à plusieurs, combien cet homme a fait de maux à vos saints dans Jérusalem.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les premiers chrétiens étaient communément appelés saints, soit parce qu'ils avaient été sanctifiés par la grâce des sacrements, soit parce que la pureté de leurs mœurs et la sainteté de leur vie les rendaient dignes de cette glorieuse dénomination.

Et même il est venu en cette ville, avec un pouvoir des princes des prêtres, pour emmener prisonniers tous ceux qui invoquent votre nom.

Le Seigneur lui repartit ; Allez le trouver ; parce que cet homme est un instrument que j’ai choisi pour porter mon nom devant les gentils, devant les rois, et devant les enfants d’Israël :

car je lui montrerai combien il faudra qu’il souffre pour mon nom.

Ananie s’en alla donc ; et étant entré en la maison où était Saul, il lui imposa les mains, et lui dit : Saul, mon frère, le Seigneur Jésus, qui vous est apparu dans le chemin par où vous veniez, m’a envoyé, afin que vous recouvriez la vue, et que vous soyez rempli du Saint-Esprit.

Aussitôt il tomba de ses yeux comme des écailles, et il recouvra la vue ; et s’étant levé, il fut baptisé.

Ayant ensuite mangé, il reprit des forces ; et il demeura durant quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas.

Et il se mit aussitôt à prêcher Jésus dans les synagogues, assurant qu’il était le Fils de Dieu.

Tous ceux qui l’écoutaient, étaient frappés d’étonnement, et ils disaient : N’est-ce pas là celui qui persécutait avec tant d’ardeur dans Jérusalem, ceux qui invoquaient ce nom, et qui est venu ici pour les emmener prisonniers aux princes des prêtres ?

Mais Saul se fortifiait de plus en plus, et confondait les Juifs qui demeuraient à Damas, leur prouvant que Jésus était le Christ.

Longtemps après, les Juifs résolurent ensemble de le faire mourir.

Mais Saul fut averti du dessein qu’ils avaient formé contre sa vie ; et comme ils faisaient garde jour et nuit aux portes pour le tuer,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 2 Corinthiens, 11, 32.

les disciples le prirent et le descendirent durant la nuit par la muraille dans une corbeille.

Étant venu à Jérusalem, il cherchait à se joindre aux disciples ; mais tous le craignaient, ne croyant pas qu’il fût lui-même disciple.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A Jérusalem, pour la première fois depuis sa conversion. Quoiqu'il eût reçu immédiatement de Jésus-Christ sa mission apostolique, il sentait qu'il devait se rattacher au chef visible de l'Eglise. Voir Galates, 1, 18.

Alors Barnabé l’ayant pris avec lui, l’amena aux apôtres, et leur raconta comment le Seigneur lui était apparu dans le chemin, et ce qu’il lui avait dit, et comme depuis il avait parlé librement et fortement dans la ville de Damas au nom de Jésus.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Aux Apôtres, Pierre et Jacques, qui se trouvaient alors à Jérusalem. ― Barnabé. Voir Actes des Apôtres, 4, 36.

Saul demeura donc dans Jérusalem, vivant avec eux, et parlant avec force et liberté au nom du Seigneur Jésus.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Demeurait, etc. ; littéralement : Entrait et sortait ; hébraïsme. Voir Actes des Apôtres, 1, 21.

Il parlait aussi aux gentils, et il disputait avec les Juifs grecs ; et eux cherchaient un moyen de le tuer.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les Grecs, dans le texte original : les Hellénistes, le nom désigne les Juifs qui, nés en pays étranger, parlaient la langue grecque.

Ce que les frères ayant reconnu, ils le menèrent à Césarée, et l’envoyèrent à Tarse.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

« Césarée de Palestine, qu'il faut distinguer de Césarée de Philippe, était une place forte, bâtie par Hérode, sur les bords de la mer, en l'honneur de César-Auguste, et munie d'un port de première importance. Le gouverneur romain résidait dans ses murs, avec un corps de troupe italien sur la fidélité duquel il pouvait compter. Le diacre Philippe s'y établit. Deux siècles et demi plus tard (315-340), cette ville avait pour évêque le premier historien de l'Eglise, Eusèbe, et la maison du centurion Corneille, transformée en église, était devenue un lieu de pèlerinage. » (L. BACUEZ.) ― « Césarée, l'ancienne et splendide capitale d'Hérode, n'a plus un seul habitant, raconte Lamartine. Ses murailles, relevées par saint Louis pendant sa croisade, sont néanmoins intactes, et serviraient encore aujourd'hui de fortifications excellentes à une ville moderne. Nous franchîmes le fossé profond qui les entoure, sur un pont de pierre à peu près au milieu de l'enceinte, et nous entrâmes dans le dédale de pierres, de caveaux entrouverts, de restes d'édifices, de fragments de marbre et de porphyre dont le sol de l'ancienne ville est jonché. Nous fîmes lever trois chacals du sein des décombres qui retentissaient sous les pieds de nos chevaux ; nous cherchions la fontaine qu'on nous avait indiquée, nous la trouvâmes avec peine à l'extrémité orientale de ces ruines ; nous y campâmes. Vers le soir, un jeune pasteur arabe y arriva avec un troupeau innombrable de vaches noires, de moutons et de chèvres ; il passa environ deux heures à puiser constamment de l'eau de la fontaine pour abreuver ses animaux, qui attendaient patiemment leur tour, et se retiraient en ordre après avoir bu, comme s'ils eussent été dirigés par des bergers. Cet enfant, absolument nu, était monté sur un âne ; il sortit le dernier des ruines de Césarée, et nous dit qu'il venait ainsi tous les jours d'environ deux lieues, conduire à l'abreuvoir les troupeaux de sa tribu établie dans la montagne. Voilà la seule rencontre que nous fîmes à Césarée, dans cette ville où Hérode, suivant Josèphe, avait accumulé toutes les merveilles des arts grecs et romains. » ― « Tarse, sur les bords du Cydnus, était la capitale de la Cilicie. C'était une ville libre, qui élisait ses magistrats ; mais il n'est pas certain qu'elle fût colonie romaine, ni qu'elle jouît du droit de municipe. Aussi croit-on que le titre de citoyen romain, acquis à saint Paul dès sa naissance, était un privilège de sa famille et non de sa patrie. Il est certain qu'il y avait en Asie, en particulier à Ephèse et à Sardes, des Juifs qui avaient reçu ce titre, soit pour leurs services militaires, soit pour quelque autre motif. La proximité de la mer et le voisinage de Chypre permettait à Tarse d'étendre son commerce et d’écouler les produits de son industrie. Ses écoles, que saint Paul avait pu fréquenter dans sa jeunesse, étaient célèbres en Orient et rivalisaient, dit-on, avec celles d'Athènes et d'Alexandrie. » (L. BACUEZ.)

Cependant l’Église était en paix par toute la Judée, la Galilée et la Samarie : et elle s’établissait, marchant dans la crainte du Seigneur, et était remplie de la consolation du Saint-Esprit.

Or Pierre, visitant de ville en ville tous les disciples, vint aussi voir les saints qui habitaient à Lydde.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les saints. Voir verset 13. ― Lydde, bourgade de la tribu de Benjamin, appelée aussi Diospolis du temps des Romains, à peu de distance de la Méditerranée.

Il y trouva un homme, nommé Énée, qui depuis huit ans était couché sur un lit, étant paralytique ;

et Pierre lui dit : Énée, le Seigneur Jésus-Christ vous guérit ; levez-vous, et faites vous-même votre lit. Et aussitôt il se leva.

Tous ceux qui demeuraient à Lydde et à Sarone, virent cet homme guéri, et ils se convertirent au Seigneur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sarone. C'est la plaine de Saron qui est ici désignée. Elle s'étendait de Césarée de Palestine jusqu'à Joppé. Elle était très fertile et par conséquent peuplée.

Il y avait aussi à Joppé entre les disciples une femme, nommée Tabithe, ou Dorcas, selon que les Grecs expliquent ce nom ; elle était remplie de bonnes œuvres et des aumônes qu’elle faisait.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tabitha en syriaque, et en grec Dorcas, veut dire gazelle. ― Joppé, aujourd'hui Jaffa, dont le nom signifie belle, sur la Méditerranée, aux confins de la tribu de Dan et d'Ephraïm. Les princes Asmonéens avaient rétabli son port. Incorporée par Pompée à la province de Syrie, cette ville fut rendue à Hyrcan II par Jules César. Plus tard elle fut sous la domination d'Hérode-le-Grand et d'Archélaüs. Unie de nouveau à la Syrie, elle fut depuis ruinée par Cestius Gallus et par Vespasien. Il y a peu de villes qui aient été aussi souvent saccagées, brûlées et reconstruites. Au siècle dernier, elle était presque déserte, aujourd'hui elle est florissante et compte une quinzaine de mille habitants, grâce à son port, qui est le port de Jérusalem, quoiqu'il soit peu sûr et que le débarquement y soit fort difficile. Les jardins qui entourent Jaffa sont bien arrosés et d'une fertilité merveilleuse. Il y a encore des tanneries sur le bord de la mer et l'on y montre la maison de Simon le Corroyeur (voir Actes des Apôtres, 9, 43 ; 10, 6) de même que le tombeau de Tabitha.

Or il arriva en ce temps-là, qu’étant tombée malade elle mourut ; et après qu’on l’eut lavée, on la mit dans une chambre haute.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Chambre haute, hyperôon. Voir Marc, 2, 4.

Et comme Lydde était près de Joppé, les disciples ayant appris que Pierre y était, ils envoyèrent vers lui deux hommes, pour le prier de prendre la peine de venir jusque chez eux.

Pierre partit aussitôt, et s’en alla avec eux. Lorsqu’il fut arrivé, ils le menèrent à la chambre haute, où toutes les veuves se présentèrent à lui en pleurant, et lui montrant les tuniques et les robes que Dorcas leur faisait.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans le cénacle. Voir Actes des Apôtres, 1, 13. Dorcas avait formé une réunion de veuves pieuses, qui passaient avec elles les journées à tisser des habits pour les indigents.

Alors Pierre ayant fait sortir tout le monde, se mit à genoux et en prière : et se tournant vers le corps, il dit : Tabithe, levez-vous. Elle ouvrit les yeux au même instant ; et ayant vu Pierre, elle se mit sur son séant.

Il lui donna aussitôt la main, et la leva ; et ayant appelé les saints et les veuves, il la leur rendit vivante.

Ce miracle fut su de toute la ville de Joppé ; et plusieurs crurent au Seigneur.

Et Pierre demeura plusieurs jours dans Joppé, chez un corroyeur, nommé Simon.