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Actes des Apôtres 27

APRÈS qu’il eut été résolu que Paul irait par mer en Italie, et qu’on le mettrait avec d’autres prisonniers entre les mains d’un nommé Jules, centenier dans une cohorte de la légion appelée Auguste,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La cohorte Augusta dont Julius était centurion, était composée probablement des hommes appelés Augustani, qu'on a supposé être les mêmes que les vétérans formant la garde du corps des empereurs. Le départ de saint Paul eut lieu l'an 60.

nous montâmes sur un vaisseau d’Adrumète, et nous levâmes l’ancre pour aller côtoyer les terres d’Asie ; ayant avec nous Aristarque, Macédonien, de Thessalonique.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Actes des Apôtres, 19, 29 ; 20, 4. ― D'Adrumette, port de mer de la Mysie (Asie Mineure), près de la rivière du Caïque. ― Aristarque. Voir Actes des Apôtres, 19, 29.

Le jour suivant nous arrivâmes à Sidon ; et Jules traitant Paul avec humanité, lui permit d’aller voir ses amis, et de pourvoir lui-même à ses besoins.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A Sidon, ville de la Phénicie, au sud de Tyr. ― D'aller chez ses amis, naturellement sous la garde d'un soldat.

Étant partis de là, nous prîmes notre route au-dessous de Cypre, parce que les vents étaient contraires.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De Chypre. Voir Actes des Apôtres, 11, 19.

Et après avoir traversé la mer de Cilicie et de Pamphylie, nous arrivâmes à Lystre de Lycie ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La mer de Cilicie et de Pamphylie est comprise entre l'île de Chypre et le littoral de l'Asie Mineure. ― Lystre, ville de Lycie. Le texte grec lit Myre, au lieu de Lystre qui était en Lycaonie, non en Lycie. Myre, que devait illustrer plus tard son évêque saint Nicolas, est en effet une ville de Lycie, en Asie Mineure, entre la Carie et la Pamphylie. Cette ville était un port de mer, à l'est de Patare.

où le centenier ayant trouvé un vaisseau d’Alexandrie, qui faisait voile en Italie, il nous y fit embarquer.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un navire d'Alexandrie (port de mer d'Egypte) avait été poussé à Myre par les vents contraires (verset 4). On pouvait aller en un jour de Myre à Cnide.

Nous allâmes fort lentement pendant plusieurs jours, et nous arrivâmes avec grande difficulté vis-à-vis de Gnide ; et parce que le vent nous empêchait d’avancer, nous côtoyâmes l’île de Crète, vers Salmone.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Devant Cnide, presqu'île et ville du même nom sur la côte de la Carie, entre l'île de Cos et celle de Rhodes. ― La Crète, île au sud ouest de Cnide. Le vent ayant empêché d'aborder à Cnide, le vaisseau aurait dû passer au nord de la Crète, mais à cause du temps, il alla passer au sud de l'île. ― Salmone est un promontoire à l'extrémité orientale de la Crète.

Et allant avec peine le long de la côte, nous abordâmes a un lieu nommé Bons-Ports, près duquel était la ville de Thalasse.

Mais parce que beaucoup de temps s’était écoulé, et que la navigation devenait périlleuse, le temps du jeûne étant déjà passé, Paul donna cet avis à ceux qui nous conduisaient :

Mes amis, leur dit-il, je vois que la navigation va devenir très-fâcheuse et pleine de péril, non-seulement pour le vaisseau et sa charge, mais aussi pour nos personnes et nos vies.

Commentaire (versets 9 à 10) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 9 à 10 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Les consolait, etc. ; les encourageait tout en les avertissant du danger qu'ils couraient pour leur vie. Le grec porte, en effet, conseiller, exhorter, etc. ― Du jeûne du Pardon (Kippour), ou de la fête des Expiations, qui avait lieu au commencement d'octobre. Passé cette date, les voyages maritimes devenaient dangereux ; on fermait alors la navigation, pour la rouvrir au mois de mars.

Mais le centenier ajoutait plus de foi aux avis du pilote et du maître du vaisseau, qu’à ce que disait Paul.

Et comme le port n’était pas propre pour hiverner, la plupart furent d’avis de se remettre en mer, pour tâcher de gagner Phénice, qui est un port de Crète, qui regarde les vents du couchant d’hiver et d’été, afin d’y passer l’hiver.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Phénice, port de Crète, au sud-ouest de l'île, probablement le Lutro actuel, protégé par des rochers contre les vents du sud-ouest, l'Africus, et du nord-ouest, le Corus.

Le vent du midi commençant à souffler doucement, ils pensèrent qu’ils viendraient à bout de leur dessein ; et ayant levé l’ancre d’Asson, ils côtoyèrent de près l’île de Crète.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Asson. Il y a bien en Crète un village d'Assos, mais ce n'est pas un port de mer. D'après l'interprétation commune, le traducteur latin a pris pour un nom propre un mot grec qui est en réalité un adverbe, asson, plus près, et il faut traduire : ayant levé l'ancre, ils longèrent la terre, la côte de Crète, de très près.

Mais il se leva peu après un vent impétueux d’entre le levant et le nord, qui donnait contre l’île ;

et comme il emportait le vaisseau, sans que nous pussions y résister, on le laissa aller au gré du vent.

Commentaire (versets 14 à 15) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 14 à 15 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Le vaisseau se dirigeait vers l'ouest. Après avoir doublé le cap Littino, il naviguait en sécurité dans la baie de Massara, lorsqu'il s'éleva un vent de typhon ou produisant des tourbillons, d'entre l'est et le nord ; la violence de ce vent emporta le navire sans qu'il fût possible d'y résister.

Nous fûmes poussés au-dessous d’une petite île, appelée Caude, où nous pûmes à peine être maîtres de l’esquif.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le navire fut ainsi poussé au-dessous d'une île qui est appelée Cauda, aujourd'hui Gaudo, au sud de la Crète.

Mais l’ayant enfin tiré à nous, les matelots employèrent toutes sortes de moyens, et lièrent le vaisseau par-dessous, craignant d’être jetés sur des bancs de sable ; ils abaissèrent le mât, et s’abandonnèrent ainsi à la mer.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Lièrent ; littéralement ceignirent ; c'est-à-dire qu'ils firent au vaisseau comme une ceinture en le liant de bas en haut avec des câbles, afin d'ne consolider les flancs. ― En se faisant aider, autrement : En employant toutes sortes de moyens, comme les cordes, les crochets, etc. ; mais la première traduction paraît mieux fondée. ― Il y a deux syrtes ou bancs de sable sur la côte septentrionale de l'Afrique, la grande et la petite ; c'est de la dernière qu'il est ici question.

Et comme nous étions rudement battus de la tempête, le jour suivant ils jetèrent les marchandises dans la mer.

Trois jours après, ils y jetèrent aussi de leurs propres mains les agrès du vaisseau.

Le soleil ni les étoiles ne parurent point durant plusieurs jours ; et la tempête était toujours si violente, que nous perdîmes toute espérance de nous sauver.

Mais parce qu’il y avait longtemps que personne n’avait mangé, Paul se leva au milieu d’eux, et leur dit : Sans doute, mes amis, vous eussiez mieux fait de me croire, et de ne point partir de Crète, pour nous épargner tant de peine et une si grande perte.

Je vous exhorte néanmoins à avoir bon courage ; parce que personne ne périra, et il n’y aura que le vaisseau de perdu.

Car cette nuit même, un ange du Dieu à qui je suis, et que je sers, m’a apparu,

et m’a dit : Paul, ne craignez point : il faut que vous comparaissiez devant César ; et je vous annonce que Dieu vous a donné tous ceux qui naviguent avec vous.

C’est pourquoi, mes amis, ayez bon courage : car j’ai cette confiance en Dieu, que ce qui m’a été dit arrivera.

Mais nous devons être jetés contre une certaine île.

La quatorzième nuit, comme nous naviguions sur la mer Adriatique, les matelots crurent vers le minuit qu’ils approchaient de quelque terre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans l'Adriatique. Les anciens appliquaient ordinairement ce nom à la mer Ionienne, entre la Grèce et l'Italie méridionale.

Et ayant jeté la sonde, ils trouvèrent vingt brasses ; et un peu plus loin, ils n’en trouvèrent que quinze.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Brasses. La brasse a la longueur des deux bras étendus ; elle valait de cinq à six pieds grecs.

Alors craignant que nous n’allassions donner contre quelque écueil, ils jetèrent quatre ancres de la poupe, et ils attendaient avec impatience que le jour vînt.

Or, comme les matelots cherchaient à s’enfuir du vaisseau, et qu’ils descendaient l’esquif en mer, sous prétexte d’aller jeter des ancres du côté de la proue,

Paul dit au centenier et aux soldats : Si ces gens-ci ne demeurent dans le vaisseau, vous ne pouvez vous sauver.

Alors les soldats coupèrent les câbles de l’esquif, et le laissèrent tomber.

Sur le point du jour, Paul les exhorta tous à prendre de la nourriture, en leur disant : Il y a aujourd’hui quatorze jours que vous êtes à jeun, et que vous n’avez rien pris, en attendant la fin de la tempête.

C’est pourquoi je vous exhorte à prendre de la nourriture pour pouvoir vous sauver : car il ne tombera pas un seul cheveu de la tête d’aucun de vous.

Après avoir dit cela, il prit du pain, et ayant rendu grâces à Dieu devant tous, il le rompit, et commença à manger.

Tous les autres prirent courage à son exemple, et se mirent aussi à manger.

Or nous étions dans le vaisseau deux cent soixante et seize personnes en tout.

Quand ils furent rassasiés, ils soulagèrent le vaisseau en jetant le blé dans la mer.

Le jour étant venu, ils ne reconnurent point quelle terre c’était ; mais ils aperçurent un golfe où il y avait un rivage, et ils résolurent d’y faire échouer le vaisseau, s’ils pouvaient.

Ils retirèrent les ancres, et lâchèrent en même temps les attaches des gouvernails ; et s’abandonnant à la mer, après avoir mis la voile de l’artimon au vent, ils tiraient vers le rivage.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L'artimon ; d'autres traduisent voile du perroquet ou de misaine : petit mât arboré sur les hunes des autres mâts, et dont la voile sert moins à mouvoir qu'à diriger le navire.

Mais ayant rencontré une langue de terre qui avait la mer des deux côtés, ils y firent échouer le vaisseau ; et la proue s’y étant enfoncée, demeurait immobile ; mais la poupe se rompait par la violence des vagues.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 2 Corinthiens, 11, 25.

Les soldats étaient d’avis de tuer les prisonniers ; de peur que quelqu’un d’eux s’étant sauvé à la nage, ne s’enfuît.

Mais le centenier les en empêcha, parce qu’il voulait conserver Paul ; et il commanda que ceux qui pouvaient nager, se jetassent les premiers hors du vaisseau, et se sauvassent à terre.

Les autres se mirent sur des planches, ou sur des pièces du vaisseau. Et ainsi ils gagnèrent tous la terre, et se sauvèrent.