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Actes des Apôtres 19

PENDANT qu’Apollon était à Corinthe, Paul ayant traversé les hautes provinces de l’Asie, vint à Éphèse, où ayant trouvé quelques disciples,

il leur dit : Avez-vous reçu le Saint-Esprit depuis que vous avez embrassé la foi ? Ils lui répondirent : Nous n’avons pas seulement entendu dire qu’il y ait un Saint-Esprit.

Et il leur dit : Quel baptême avez-vous donc reçu ? Ils lui répondirent : Le baptême de Jean.

Alors Paul leur dit : Jean a baptisé du baptême de la pénitence, en disant au peuple, qu’ils devaient croire en celui qui venait après lui, c’est-à-dire, en Jésus.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 3, 11 ; Marc, 1, 8 ; Luc, 3, 16 ; Jean, 1, 26 ; Actes des Apôtres, 1, 5 ; 11, 16.

Ce qu’ayant entendu, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus.

Et après que Paul leur eut imposé les mains, le Saint-Esprit descendit sur eux ; et ils parlaient diverses langues, et ils prophétisaient.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Imposé les mains : rite de la confirmation. ― Parler diverses langues, etc., voir 1 Corinthiens, 14, 2.

Ils étaient en tout environ douze.

Paul entra ensuite dans la synagogue, où il parla avec liberté et hardiesse pendant trois mois, conférant avec les Juifs, et s’efforçant de leur persuader ce qui regarde le royaume de Dieu.

Mais comme quelques-uns s’endurcissaient et demeuraient dans l’incrédulité, décriant devant tout le peuple la voie du Seigneur, il se retira, et sépara ses disciples d’avec eux ; et il enseignait tous les jours dans l’école d’un nommé Tyran :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un certain Tyran. Ce personnage est inconnu. D'après les uns, c'était un Juif, qui enseignait dans une de ces écoles qu'on annexait quelquefois aux synagogues ; d'après les autres, c'était un philosophe païen qui était à la tête d'une école profane.

ce qu’il continua durant deux ans ; de sorte que tous ceux qui demeuraient en Asie, tant Juifs que gentils, entendirent la parole du Seigneur Jésus.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

En Asie, dans la partie de l'Asie Mineure dont les Romains avaient fait sous ce nom une province proconsulaire. Durant deux ans : Pendant ce séjour de deux ans à Ephèse, Paul écrivit plusieurs épîtres : celle aux Galates, la première aux Corinthiens, etc. ― Tous ceux : hyperbole. ― L'Asie proconsulaire.

Et Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Par la main de Paul. Voir Actes des Apôtres, 5, 12.

jusque-là même que lorsque les mouchoirs et les linges qui avaient touché son corps, étaient appliqués aux malades, ils étaient guéris de leurs maladies, et les esprits malins sortaient du corps des possédés.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Des mouchoirs. Voir Luc, 19, 20.

Or quelques-uns des exorcistes juifs qui allaient de ville en ville, entreprirent d’invoquer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui étaient possédés des malins esprits, en leur disant : Nous vous conjurons par Jésus que Paul prêche.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

. Juifs exorcistes, Juifs vagabonds, qui faisaient profession de chasser les démons.

Ceux qui faisaient cela, étaient sept fils d’un Juif, prince des prêtres, nommé Scéva.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Scéva était prince des prêtres, c'est-à-dire probablement chef d'une des vingt-quatre familles sacerdotales. Il n'est pas dit qu'il résidât lui-même à Ephèse.

Mais le malin esprit leur répondit : Je connais Jésus, et je sais qui est Paul ; mais vous, qui êtes-vous ?

Aussitôt l’homme qui était possédé d’un démon très-méchant, se jeta sur eux, et s’étant rendu maître, de deux d’entre eux, il les traita si mal qu’ils furent contraints de s’enfuir de cette maison tout nus et blessés.

Cet événement ayant été su de tous les Juifs et de tous les gentils qui demeuraient à Éphèse, ils furent tous saisis de crainte ; et le nom du Seigneur Jésus fut glorifié.

Plusieurs même de ceux qui avaient cru, venaient confesser et déclarer ce qu’ils avaient fait de mal.

Il y en eut aussi beaucoup de ceux qui avaient exercé les arts curieux, qui apportèrent leurs livres, et les brûlèrent devant tout le monde ; et quand on en eut supputé le prix, on trouva qu’il montait à cinquante mille pièces d’argent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les arts curieux ou magiques. La magie était en si grand honneur à Ephèse, que les formules magiques qu'on portait en Orient comme amulettes s'appelaient lettres éphésiennes. ― Leurs livres, qui traitaient de la magie et en renfermaient les formules. ― Cinquante mille deniers, 43.5 francs (en 1 900).

Ainsi la parole de Dieu se répandait de plus en plus, et se fortifiait puissamment.

Après cela Paul se proposa par le mouvement du Saint-Esprit, de passer par la Macédoine et par l’Achaïe, et d’aller ensuite à Jérusalem, disant : Lorsque j’aurai été là, il faut que je voie aussi Rome.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La Macédoine et l'Achaïe. Voir Actes des Apôtres, 16, 9 et 18, 12. ― Rome, la capitale de l'empire, avait déjà des chrétiens assez nombreux dans son sein.

Et ayant envoyé en Macédoine deux de ceux qui le servaient dans son ministère, Timothée et Éraste, il demeura encore quelque temps en Asie.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Timothée. Voir Actes des Apôtres, 16, 1. ― Eraste est probablement le même qui est nommé dans la seconde Epître à Timothée (4, 20), mais il n'est pas possible de savoir si c'est celui qui est qualifié de trésorier de Corinthe dans l'Epître aux Romains, 16, 23.

Mais la voie du Seigneur fut alors traversée par un grand trouble.

Car un orfèvre, nommé Démétrius, qui faisait de petits temples d’argent de la Diane d’Ephèse, et qui donnait beaucoup à gagner à ceux de ce métier,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Démétrius faisait fabriquer de petits édicules qui représentaient le célèbre temple de Diane d'Ephèse, considéré par les anciens comme l'une des merveilles du monde. ― La Diane d'Ephèse différait de la Diane grecque. Elle se rapprochait de l'Astarté syrienne et par conséquent de Vénus.

les assembla avec d’autres qui travaillaient à ces sortes d’ouvrages, et leur dit : Mes amis, vous savez que c’est de ces ouvrages que vient tout notre gain ;

et cependant vous voyez vous-mêmes, et vous entendez dire, que ce Paul a détourné un grand nombre de personnes du culte des dieux, non-seulement à Éphèse, mais presque par toute l’Asie, en disant que les ouvrages de la main des hommes ne sont point des dieux.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Presque toute l'Asie proconsulaire. Voir Actes des Apôtres, 16, 6.

Et il n’y a pas seulement à craindre pour nous, que notre métier ne soit décrié, mais même que le temple de la grande déesse Diane ne tombe dans le mépris, et que la majesté de celle qui est adorée dans toute l’Asie, et même dans tout l’univers, ne s’anéantisse peu à peu.

Ayant entendu ce discours, ils furent transportés de colère, et ils s’écrièrent : Vive la grande Diane des Éphésiens !

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Grande était le titre spécial de la Diane des Ephésiens.

Toute la ville fut aussitôt remplie de confusion ; et ces gens-là coururent en foule à la place publique, où était le théâtre, entraînant Gaïus et Aristarque, Macédoniens, qui avaient accompagné Paul dans son voyage.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Gaïus, inconnu, différent du Gaïus d'Actes des Apôtres, 20, 4. ― Aristarque était de Thessalonique. Il était avec saint Paul à Rome (voir Actes des Apôtres, 27, 2) et il est mentionné comme collaborateur de l'Apôtre et prisonnier avec lui, voir Colossiens, 4, 10 et Philémon, 1, 24. D'après la tradition, il devint évêque d'Apamée.

Paul voulait aller se présenter à ce peuple ; mais les disciples l’en empêchèrent.

Et quelques-uns aussi des asiarques, qui étaient de ses amis, l’envoyèrent prier de ne se présenter point au théâtre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les Asiarques étaient les pontifes païens de l'Asie ; on les choisissait parmi les plus riches et les plus considérables de la province.

Cependant les uns criaient d’une manière, et les autres d’une autre : car tout ce concours de peuple n’était qu’une multitude confuse ; et la plupart même ne savaient pas pourquoi ils étaient assemblés.

Alors Alexandre fut tiré de la foule, étant aidé par les Juifs qui le poussaient devant eux ; et étendant la main, il demanda audience, pour se justifier devant le peuple.

Mais ayant reconnu qu’il était Juif, ils s’écrièrent tous comme d’une seule voix, durant près de deux heures : Vive la grande Diane des Éphésiens !

Après quoi le greffier de la ville les ayant apaisés, il leur dit : Seigneurs éphésiens, y a-t-il quelqu’un qui ne sache pas que la ville d’Éphèse rend un culte particulier à la grande Diane, fille de Jupiter ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le scribe d'Ephèse était un fonctionnaire public chargé de la rédaction et de la garde des actes administratifs.

Puis donc qu’on ne peut pas disconvenir de cela, vous devez demeurer en paix, et ne rien faire inconsidérément.

Car ceux que vous avez amenés ici, ne sont ni sacrilèges, ni blasphémateurs de votre déesse.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ni des blasphémateurs de votre déesse : « Paul et les siens avaient évité, par prudence, toute attaque directe contre le culte de Diane ; la simple exposition de la doctrine évangélique suffisait à leur cause. » (CRAMPON)

Si Démétrius, et les ouvriers qui sont avec lui, ont quelque plainte à faire contre quelqu’un, on tient l’audience, et il y a des proconsuls ; qu’ils s’appellent en justice les uns les autres.

Si vous avez quelque autre affaire à proposer, elle pourra se terminer dans une assemblée légitime.

Car nous sommes en danger d’être accusés de sédition pour ce qui s’est passé aujourd’hui, ne pouvant alléguer aucune raison pour justifier ce concours tumultuaire du peuple. Ayant dit cela, il congédia toute l’assemblée.