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Actes des Apôtres 17
ILS passèrent de là par Amphipolis et par Apollonie, et vinrent à Thessalonique, ou les Juifs avaient une synagogue.
Paul y entra, selon sa coutume ; et il les entretint des Écritures durant trois jours de sabbat ;
leur découvrant et leur faisant voir, qu’il avait fallu que le Christ souffrît, et qu’il ressuscitât d’entre les morts : et ce Christ, leur disait-il, est Jésus que je vous annonce.
Quelques-uns d’entre eux crurent, et se joignirent à Paul et à Silas ; comme aussi une grande multitude de Grecs craignant Dieu, et plusieurs femmes de qualité.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Silas. Voir Actes des Apôtres, 15, 22.
Mais les Juifs, poussés d’un faux zèle, prirent avec eux quelques méchants hommes de la lie du peuple ; et ayant excité un tumulte, ils troublèrent toute la ville, et vinrent assiéger la maison de Jason, voulant enlever Paul et Silas, et les mener devant le peuple.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Jason était probablement le parent de saint Paul mentionné dans Romains, 16, 21.
Mais ne les ayant point trouvés, ils traînèrent Jason, et quelques-uns des frères, devant les magistrats de la ville, en criant : Ce sont là ces gens qui sont venus ici troubler notre ville ;
et Jason les a reçus chez lui. Ils sont tous rebelles aux ordonnances de César, en soutenant qu’il y a un autre Roi, qu’ils nomment Jésus.
Ils émurent donc la populace, et les magistrats de la ville qui les écoutaient.
Mais Jason et les autres ayant donné caution, les magistrats les laissèrent aller.
Dès la nuit même, les frères conduisirent hors de la ville Paul et Silas, pour aller à Bérée ; où étant arrivés, ils entrèrent dans la synagogue des Juifs.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Bérée, ville de la troisième subdivision de la Macédoine, non loin de Pella, au pied du mont Bermius. Sosipatre, qui fut un des compagnons de saint Paul, était de Bérée, s'il est le même que Sopater d'Actes des Apôtres, 20, 4, comme cela est probable.
Or ces Juifs de Bérée étaient de plus honnêtes gens que ceux de Thessalonique ; et ils reçurent la parole de Dieu avec beaucoup d’affection et d’ardeur, examinant tous les jours les Écritures, pour voir si ce qu’on leur disait était véritable :
de sorte que plusieurs d’entre eux, et beaucoup de femmes grecques de qualité, et un assez grand nombre d’hommes, crurent en Jésus-Christ.
Mais quand les Juifs de Thessalonique surent que Paul avait aussi annoncé la parole de Dieu à Bérée, ils y vinrent émouvoir et troubler le peuple.
Aussitôt les frères se hâtèrent de faire sortir Paul, pour le conduire jusqu’à la mer ; et Silas avec Timothée demeurèrent à Bérée.
Mais ceux qui conduisaient Paul, le menèrent jusqu’à Athènes, où ils le quittèrent, après avoir reçu ordre de lui, de dire à Silas et à Timothée, qu’ils vinssent le trouver au plus tôt.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Athènes, la célèbre ville de l'Attique, faisait partie du temps de saint Paul de la province romain d'Achaïe ; mais c'était une ville libre, jouissant à ce titre de beaucoup de privilèges et en particulier de celui de diriger elle-même ses affaires intérieures. Il y avait à Athènes quatre collines, dont trois, au nord, formaient une espèce de demi-cercle : l'Acropole, à l'est, rocher d'environ 45 mètres de hauteur ; à l'ouest, l'Aréopage ou colline de Mars (Arès), moins élevé que l'Acropole, et ensuite le Pnyx où se tenaient les assemblées du peuple. La quatrième colline, appelée le Muséum, était au sud. L'agora ou place publique (verset 17) qui servait de lieu de réunion et de marché était dans la vallée entre les quatre éminences. Saint Paul fut pris de l'agora pour être conduit sur la colline de l'Aréopage (verset 19) où le grand tribunal auquel la colline donnait son nom tenait ses séances. Saint Paul est conduit sur la colline de l'Aréopage (non devant le tribunal pour y être jugé) afin d'exposer sa doctrine devant la multitude. Ces faits se passaient en l'an 53.
Pendant que Paul les attendait à Athènes, son esprit se sentait ému et comme irrité en lui-même, voyant que cette ville était si attachée à l’idolâtrie.
Il parlait donc dans la synagogue avec les Juifs, et avec ceux qui craignaient Dieu, et tous les jours dans la place avec ceux qui s’y rencontraient.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Prosélytes. Voir Actes des Apôtres, 2, 11.
Il y eut aussi quelques philosophes épicuriens et stoïciens qui conférèrent avec lui ; et les uns disaient : Qu’est-ce que veut dire ce discoureur ? Et les autres : Il semble qu’il prêche de nouveaux dieux. Ce qu’ils disaient à cause qu’il leur annonçait Jésus et la résurrection.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Des dieux ; littéralement : des démons. Mais, sous le nom de démons, les Grecs entendaient des dieux à leur manière. ― Quelques philosophes épicuriens et stoïciens. Les Epicuriens (disciples d'Epicure, né à Samos (341-270 avant Jésus-Christ), mais d'origine athénienne et ayant passé la plus grande partie de sa vie à Athènes), faisaient consister le bien moral dans le plaisir et croyaient que les dieux ne s'occupaient pas des hommes. Leur doctrine était donc en opposition complète avec l'Evangile. Les Stoïciens, ainsi appelés du portique (stoa en grec) où leur fondateur Zénon (IVe siècle avant Jésus-Christ) enseignait à Athènes, faisaient consister la sagesse dans la résignation et le mépris de la douleur. Leur enseignement favorisait l'orgueil et était ainsi en contradiction avec le christianisme.
Enfin ils le prirent et le menèrent à l’Aréopage, en lui disant : Pourrions-nous savoir de vous, quelle est cette nouvelle doctrine que vous publiez ?
Car vous nous dites de certaines choses dont nous n’avons point encore entendu parler. Nous voudrions donc bien savoir ce que c’est.
Or tous les Athéniens, et les étrangers qui demeuraient à Athènes, ne passaient tout leur temps qu’à dire et à entendre quelque chose de nouveau.
Paul étant donc au milieu de l’Aréopage, leur dit : Seigneurs athéniens, il me semble qu’en toutes choses vous êtes religieux jusqu’à l’excès.
Car ayant regardé en passant les statues de vos dieux, j’ai trouvé même un autel, sur lequel il est écrit : Au Dieu inconnu. C’est donc ce Dieu que vous adorez sans le connaître, que je vous annonce.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Pausanias, dans sa description d'Athènes, dit que l'autel au Dieu inconnu était près de Phalère où peut-être saint Paul avait débarqué.
Dieu qui a fait le monde, et tout ce qui est dans le monde, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite point dans les temples bâtis par les hommes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 1, 1 ; Actes des Apôtres, 7, 48. ― La divinité n'est point renfermée dans les temples, comme en ayant besoin pour sa demeure, ou pour d'autres usages, ainsi que les païens le croyaient. Mais, comme elle est présente en tout lieu, elle se trouve là, comme ailleurs.
Il n’est point honoré par les ouvrages de la main des hommes, comme s’il avait besoin de ses créatures, lui qui donne à tous la vie, la respiration, et toutes choses.
Il a fait naître d’un seul toute la race des hommes ; et il leur a donné pour demeure toute l’étendue de la terre, ayant marqué l’ordre des saisons, et les bornes de l’habitation de chaque peuple :
afin qu’ils cherchassent Dieu, et qu’ils tâchassent de le trouver comme avec la main et à tâtons, quoiqu’il ne soit pas loin de chacun de nous.
Car c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être ; et comme quelques-uns de vos poëtes ont dit : Nous sommes même les enfants et la race de Dieu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Quelques-uns de vos poètes, Aratus, poète cilicien, compatriote de saint Paul, et Cléante, disciple de Zénon. Ces deux poètes vivaient au troisième siècle avant Jésus-Christ.
Puis donc que nous sommes les enfants et la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la Divinité soit semblable à de l’or, à de l’argent, ou à de la pierre, dont l’art et l’industrie des hommes a fait des figures.
Mais Dieu ayant laissé passer et comme dissimulé ces temps d’ignorance, fait maintenant annoncer à tous les hommes et en tous lieux, qu’ils fassent pénitence :
parce qu’il a arrêté un jour auquel il doit juger le monde selon la justice, par celui qu’il a destiné à en être le juge ; de quoi il a donné à tous les hommes une preuve certaine, en le ressuscitant d’entre les morts.
Mais lorsqu’ils entendirent parler de la résurrection des morts, les uns s’en moquèrent, et les autres dirent : Nous vous entendrons une autre fois sur ce point.
Ainsi Paul sortit de leur assemblée.
Quelques-uns néanmoins se joignirent à lui, et embrassèrent la foi ; entre lesquels fut Denys, sénateur de l’Aréopage, et une femme nommée Damaris, et d’autres avec eux.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Denys l'aréopagite, c'est-à-dire juge au tribunal de l'Aréopage, selon la tradition de l'Eglise, devint le premier évêque de Paris et fut martyrisé à Montmartre. ― Damaris. La mention qui est faite ici d'elle prouve qu'elle était de haut rang. On a supposé sans preuve que c'était la femme de Denys l'Aréopagite.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Amphipolis, ville de Macédoine sur le Strymon, qui l'entourait, colonie athénienne, métropole sous les Romains de la première subdivision de la Macédoine. ― Apollonie, autre ville de Macédoine, dans le district de Mydonie, dédiée à Apollon, d'où elle tirait son nom. Elle était située entre Amphipolis et Thessalonique, à trente milles romains de la première et à trente-six milles de la seconde. ― Thessalonique, métropole de la seconde partie de la Macédoine, port de mer sur le golfe Thermaïque, ville très peuplée et très florissante au temps de saint Paul. Elle tirait son nom de Thessalonica, sœur d'Alexandre-le-Grand et femme de Cassandre, qui l'avait bâtie.