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Actes des Apôtres 8

EN ce même temps il s’éleva une grande persécution contre l’Église de Jérusalem ; et tous les fidèles, excepté les apôtres, furent dispersés en divers endroits de la Judée et de la Samarie.

Or quelques hommes qui craignaient Dieu, prirent soin d’ensevelir Étienne, et firent ses funérailles avec un grand deuil.

Cependant Saul ravageait l’Église ; et entrant dans les maisons, il en tirait par force les hommes et les femmes, et les faisait mettre en prison.

Mais ceux qui étaient dispersés, annonçaient la parole de Dieu dans tous les lieux où ils passaient.

Philippe étant donc venu dans la ville de Samarie, y prêchait Jésus-Christ.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans la ville de Samarie, ville de la tribu d'Ehpraïm fondée par le roi d'Israël Amri, qui en fit sa capitale. Elle donna plus tard son nom au pays de Samarie et aux Samaritains. Détruite par les Assyriens en 721 avant Jésus-Christ, rebâtie et de nouveau renversée par Jean Hyrcan, elle fut encore relevée de ses ruines et l'empereur Auguste la donna à Hérode-le-Grand qui l'appela Sébaste (ou Auguste) en l'honneur de son bienfaiteur. C'est aujourd'hui un village sans importance appelé Sébastiéh.

Et les peuples étaient attentifs aux choses que Philippe leur disait, et l’écoutaient tous avec une même ardeur, voyant les miracles qu’il faisait.

Car les esprits impurs sortaient des corps de plusieurs possédés, en jetant de grands cris.

Et beaucoup de paralytiques et de boiteux furent aussi guéris.

Ce qui remplit la ville d’une grande joie. Il y avait en la même ville un homme, nommé Simon, qui y avait exercé la magie auparavant, et qui avait séduit le peuple de Samarie, se disant être quelque chose de grand ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Simon le magicien. « Le premier crime de Simon fut de vouloir acheter l'épiscopat, de prétendre trafiquer des dons de Dieu, et faire servir à ses intérêts les pouvoirs surnaturels que Dieu confère à ses ministres pour le salut des âmes. Loin de l'associer aux Apôtres, saint Pierre donna à ses successeurs l'exemple de la sévérité dont ils devaient user contre le trafic des choses saintes, en retranchant ce fourbe ambitieux de la société des fidèles et en le menaçant du sort le plus funeste ; mais ni cette menace, ni cette peine ne purent le ramener. ― Opposé en tout à Simon Pierre, Simon de Samarie se mit bientôt à dogmatiser et devint le premier des hérésiarques. Saint Justin, qui était de la même ville que lui et qui devait connaître son histoire, nous apprend plusieurs particularités de sa vie et de sa doctrine. Ce séducteur se posait en antagoniste du Messie et s'attribuait à lui-même la divinité. Il opérait des prodiges au moyen de la magie. Il publiait, sous le titre d'Exposition, un livre qui contenait le germe des rêveries gnostiques, cette généalogie d'Eons, descendant d'un principe unique et subordonnés les uns aux autres, jusqu'au dernier qui est le monde. Pour la morale, il ne reconnaissait aucune distinction de vice et de vertu, et ne voyait de vérité ni de perfection que dans la gnose qu'il opposait à la foi. Mettant d'ailleurs sa conduite en harmonie avec ses principes, il vivait d'une manière fort répréhensible. Sa secte se perpétua jusqu'au cinquième siècle. La découverte des Philosphumena a confirmé ce que saint Justin et saint Irénée nous apprennent de ses caractères et de son importance. Simon fut, aux yeux des premiers fidèles, comme l'hérésie personnifiée, le type et le père de tous les hérésiarques. » (L. BACUEZ.)

de sorte qu’ils le suivaient tous, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, et disaient : Celui-ci est la grande vertu de Dieu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Est la grande vertu ; littéralement : La vertu qui est appelée grande. Nous avons déjà fait remarquer qu'en hébreu l'expression être appelé signifie aussi simplement être.

Et ce qui les portait à le suivre, c’est qu’il y avait déjà longtemps qu’il leur avait renversé l’esprit par ses enchantements.

Mais ayant cru ce que Philippe leur annonçait du royaume de Dieu, ils étaient baptisés, hommes et femmes, au nom de Jésus-Christ.

Alors Simon crut aussi lui-même ; et après qu’il eut été baptisé, il s’attachait à Philippe ; et voyant les prodiges et les grands miracles qui se faisaient, il en était dans l’admiration et dans le dernier étonnement.

Les apôtres qui étaient à Jérusalem, ayant appris que ceux de Samarie avaient reçu la parole de Dieu, ils leur envoyèrent Pierre et Jean ;

qui étant venus, firent des prières pour eux, afin qu’ils reçussent le Saint-Esprit :

car il n’était point encore descendu sur aucun d’eux ; mais ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus.

Alors ils leur imposèrent les mains, et ils reçurent le Saint-Esprit.

Lorsque Simon eut vu que le Saint-Esprit était donné par l’imposition de la main des apôtres, il leur offrit de l’argent,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il leur offrit de l'argent. C'est pour cela qu'on appelle simoniaques ceux qui achètent ou vendent à prix d'argent les choses spirituelles.

et leur dit : Donnez-moi aussi ce pouvoir, que ceux à qui j’imposerai les mains, reçoivent le Saint-Esprit. Mais Pierre lui dit :

Que votre argent périsse avec vous, vous qui avez cru que le don de Dieu peut s’acquérir avec de l’argent !

Vous n’avez point de part, et vous ne pouvez rien prétendre à ce ministère : car votre cœur n’est pas droit devant Dieu.

Faites donc pénitence de cette méchanceté et priez Dieu, afin que, s’il est possible, il vous pardonne cette mauvaise pensée de votre cœur :

car je vois que vous êtes rempli d’un fiel amer, et engagé dans les liens de l’iniquité.

Simon répondit : Priez, vous autres, le Seigneur pour moi, afin qu’il ne m’arrive rien de ce que vous avez dit.

Pierre et Jean, après avoir rendu témoignage à la vérité, et annoncé la parole du Seigneur, s’en retournèrent à Jérusalem, prêchant l’Évangile en plusieurs cantons des Samaritains.

Or l’ange du Seigneur parla à Philippe, et lui dit : Levez-vous, et allez vers le midi, au chemin qui descend de Jérusalem à Gaze, qui est déserte.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Celle qui est déserte. Il y avait deux villes de Gaza ; l'une ancienne, qui était abandonnée, et la nouvelle, bâtie plus près de la mer. ― Gaza. Pour se rendre de Jérusalem en Egypte et en Ethiopie, on passait par Gaza, ancienne ville philistine, située à la frontière sud-ouest de la Palestine, à onze milles de Jérusalem.

Philippe partit aussitôt, et s’y en alla. Or un Éthiopien, eunuque, l’un des premiers officiers de Candace, reine d’Éthiopie, et surintendant de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Candace. Ce nom ou ce titre était porté par toutes les reines qui gouvernaient la partie de l'Ethiopie dont la capitale était Napata, comme celui de Ptolémée était porté par tous les rois grecs d'Egypte. Eusèbe raconte que le trésorier éthiopien converti par saint Philippe prêcha à son retour le christianisme en Ethiopie. ― L'eunuque de la reine Candace. « L'Ethiopie s'étendait alors dans la vallée du Nil, vers le sud. Candace était un titre dynastique, comme Arétas, Pharaon, Ptolémée, etc. L'eunuque de la reine d'Ethiopie n'était pas étranger à la religion juive ; autrement Corneille n'aurait pas été le premier Gentil baptisé ; c'était ou un Israélite d'origine, ou un prosélyte venu des [bords] du Nil à Jérusalem pour adorer le vrai Dieu, et prendre part aux solennités de son culte. On croit qu'il devint l'Apôtre de l'Ethiopie et qu'il prépara ses compatriotes à embrasser le christianisme. Quant à la voix qui se fait entendre à Philippe, aux lumières surnaturelles qui éclairent le prosélyte, à la promptitude avec laquelle l'évangéliste lui confère le baptême, à la disparition subite de celui-ci et aux consolations dont l'âme du néophyte est remplie, on peut voir dans l'histoire des saints une multitude de faits analogues. La ville de Gaza dont il est ici parlé, est celle dont Samson enleva les portes et où il fit périr un si grand nombre de Philistins. » (L. BACUEZ.)

Et s’en retournant, il était assis dans son chariot, et lisait le prophète Isaïe. ;

Alors l’Esprit dit à Philippe : Avancez, et approchez-vous de ce chariot.

Aussitôt Philippe accourut ; et ayant entendu que l’eunuque lisait le prophète Isaïe, il lui dit : Croyez-vous entendre ce que vous lisez ?

Il lui répondit : Comment pourrais-je l’entendre, si quelqu’un ne me l’explique ? Et il pria Philippe de monter, et de s’asseoir près de lui.

Or le passage de l’Écriture qu’il lisait, était celui-ci : Il a été mené comme une brebis à la boucherie, et il n’a point ouvert la bouche, non plus qu’un agneau qui demeure muet devant celui qui le tond.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 53, 7.

Dans son abaissement il a été délivré de la mort, à laquelle il avait été condamné. Qui pourra compter sa postérité, après que sa vie aura été retranchée de la terre ?

L’eunuque dit donc à Philippe : Je vous prie de me dire de qui le prophète entend parler : si c’est de lui-même, ou de quelque autre.

Alors Philippe prenant la parole, commença par cet endroit de l’Écriture à lui annoncer Jésus.

Après avoir marché quelque temps, ils rencontrèrent de l’eau ; et l’eunuque lui dit : Voilà de l’eau ; qu’est-ce qui empêche que je ne sois baptisé ?

Philippe lui répondit : Vous pouvez l’être, si vous croyez de tout votre cœur. Il lui repartit : Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu.

Il commanda aussitôt qu’on arrêtât son chariot, et ils descendirent tous deux dans l’eau, et Philippe baptisa l’eunuque.

Étant remontés hors de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l’eunuque ne le vit plus ; mais il continua son chemin, étant plein de joie.

Quant à Philippe, il se trouva dans Azot ; d’où étant sorti, il annonça l’Évangile à toutes les villes par où il passa, jusqu’à ce qu’il vînt à Césarée.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Azot, une des cinq principales villes philistines, entre Ascalon et Jamnia, non loin de la Méditerranée, aujourd'hui petit village, appelé Esdûd. ― Césarée. Voir plus loin, Actes des Apôtres, 9, 30.