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Ézéchiel 31

LE premier jour du troisième mois de l’année onzième, le Seigneur me parla encore, et me dit :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La onzième année. Voir Ezéchiel, 30, 20. ― Troisième mois de l’année sacrée et le neuvième de l’année civile. Il commençait à la nouvelle lune de mai, selon les rabbins, mais c’était plutôt à celle de juin. ― Disant (dicens). Voir Ezéchiel, 3, 16.

Fils de l’homme, dites à Pharaon, roi d’Egypte, et à son peuple : A qui ressemblez-vous dans votre grandeur ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A Pharaon, Apriès. Ezéchiel fait cette prophétie contre l’Egypte trente-huit jours avant la prise de Jérusalem, pour montrer aux Juifs captifs à Babylone, qui espéraient encore que l’armée égyptienne délivrerait Jérusalem, combien leur espérance est vaine.

Considérez Assur ; il était comme un cèdre sur le Liban : ses branches étaient belles et touffues ; il était fort haut, et son sommet s’élevait au milieu de ses branches épaisses.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Assur ; le roi d’Assyrie et son royaume.

Les pluies l’avaient nourri ; un grand amas d’eaux l’arrosant, l’avait fait pousser en haut ; les fleuves coulaient tout autour de ses racines, et il avait envoyé ses ruisseaux à tous les arbres de la campagne.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Des eaux ; ce sont les richesses et la puissance des Assyriens. ― L’abîme, ses fleuves ; c’est-à-dire les nations diverses qui payaient le tribut aux rois d’Assyrie. ― Ses ruisseaux ; figurent les princes et les gouverneurs qu’il envoyait dans les provinces, à qui il faisait part de ses richesses et de son autorité.

C’est pourquoi il avait surpassé en hauteur tous les arbres du pays ; son bois avait poussé fortement, et ses branches s’étaient étendues à cause des grandes eaux qui l’arrosaient.

Et comme son ombre s’étendait fort loin, tous les oiseaux du ciel avaient fait leur nid sur ses branches, toutes les bêtes des forêts avaient fait leurs petits sous ses feuilles, et un grand nombre de nations habitaient sous l’ombre de ses rameaux.

Il était parfaitement beau dans sa grandeur et dans l’étendue de son bois, parce que sa racine était près des grandes eaux.

Il n’y avait point de cèdres dans le jardin de Dieu qui fussent plus hauts que celui-là ; les sapins ne l’égalaient point dans sa hauteur, ni les platanes dans l’étendue de ses branches : il n’y avait point d’arbre dans le jardin de Dieu qui ressemblât à celui-là, ni qui lui fût comparable en beauté.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le paradis de Dieu ; allusion au paradis terrestre (voir Genèse, 2, 8).

Comme je l’avais fait si beau, et qu’il avait poussé tant de branches et si épaisses, tous les arbres les plus délicieux qui étaient dans le jardin de Dieu, lui portaient envie.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tous les arbres, littéralement et tous. Voir Ezéchiel, 29, 7.

Mais voici ce que dit le Seigneur Dieu : Parce que ce cèdre s’est élevé dans sa hauteur ; qu’il a poussé si haut la pointe de ses rameaux verts et touffus, et que son cœur s’est élevé dans sa grandeur ;

je l’ai livré entre les mains du plus fort d’entre les peuples, qui le traitera comme il lui plaira ; je l’ai chassé comme son impiété le méritait.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’homme ; mot évidemment sous-entendu ; parce que l’adjectif masculin le plus fort (fortissimi) ne saurait se rapporter à nations (gentium), qui est du féminin en latin aussi bien qu’en français. Cet homme est Nabopolassar, père de Nabuchodonosor, lequel détruisit la monarchie assyrienne et fonda celle des Chaldéens. ― Qui agira, etc. ; littéralement et par hébraïsme, agissant agira (faciens faciet).

Des étrangers, et les plus cruels de tous les peuples, le couperont par le pied, et le jetteront sur les montagnes. Ses branches tomberont de toutes parts le long des vallées, ses rameaux seront rompus sur toutes les roches de la terre ; et tous les peuples du monde se retireront de dessous son ombre, et l’abandonneront.

Tous les oiseaux du ciel habiteront dans ses ruines ; et toutes les bêtes de la terre se retireront dans ses branches.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans ses ruines, etc. Les peuples soumis à l’empire d’Assyrie sont demeurés dans le même assujettissement, mais sous un autre maître. Ils sont restés dans leurs provinces et dans leurs demeures, mais sous un prince différent.

C’est pourquoi tous les arbres plantés sur les eaux ne s’élèveront plus dans leur grandeur ; ils ne pousseront plus la pointe de leurs rameaux au-dessus de leurs branches épaisses ; et tous ceux qui seront arrosés des eaux ne se soutiendront plus dans leur élévation ; parce qu’ils ont tous été livrés à la mort, et jetés au fond de la terre au milieu des enfants des hommes, parmi ceux qui descendent au fond de la fosse.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Au fond de la terre ; c’est le sens de l’expression dans la terre dernière (ad terram ultimam) de la Vulgate expliquée par l’hébreu. ― La fosse ; le tombeau.

Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Au jour qu’il est descendu aux enfers, j’ai fait faire un grand deuil ; je l’ai couvert de l’abîme ; j’ai arrêté les fleuves qui l’arrosaient, et j’en ai retenu les grandes eaux. Le Liban s’est attristé de sa chute, et tous les arbres des champs ont tremblé de crainte.

J’ai épouvanté les nations par le bruit de sa ruine, lorsque je le conduisais dans l’enfer avec ceux qui étaient descendus au fond de la fosse ; et tous les arbres du jardin de délices, les plus grands et les plus hauts du Liban, qui avaient été arrosés d’eau, se sont consolés au fond de la terre.

Car ils descendront aussi eux-mêmes dans l’enfer, parmi ceux qui ont été tués par l’épée : et chacun d’eux qui lui avait servi de bras et d’appui, sera assis sous son ombre au milieu des nations.

Commentaire (versets 15 à 17) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 15 à 17 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Les enfers, l’enfer ; en hébreu scheôl. Par ce mot il faut entendre, non le sépulcre, le tombeau, qui se dit en hébreu kéber, mais ce lieu souterrain que les Hébreux regardaient comme le séjour des âmes après la mort. Ainsi c’est à tort que quelques interprètes catholiques traduisent les termes infernus, inferi de la Vulgate, par tombeau, sépulcre.

A qui donc ressemblez-vous, vous qui êtes si grand et si élevé parmi tous les arbres du jardin de délices ? Vous serez enfin précipité avec tous ces arbres délicieux au fond de la terre ; vous dormirez au milieu des incirconcis, avec ceux qui ont été tués par l’épée. Tel sera le sort de Pharaon, et de tout son peuple, dit le Seigneur Dieu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sa multitude ; c’est-à-dire son peuple.