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Ézéchiel 21
LE Seigneur me parla encore en cette manière :
Fils de l’homme, tournez le visage contre Jérusalem ; parlez au sanctuaire, et prophétisez contre la terre d’Israël :
vous direz donc à la terre d’Israël : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je viens à vous, je vais tirer mon épée hors du fourreau, et je tuerai dans vous le juste et l’impie.
Et parce que je dois exterminer dans vous le juste et l’impie, mon épée sortira hors du fourreau, pour attaquer toute chair, depuis le midi jusqu’au septentrion ;
afin que toute chair sache que c’est moi qui ai tiré mon épée hors du fourreau pour ne l’y remettre plus, moi qui suis le Seigneur.
Vous donc, fils de l’homme, poussez des soupirs jusqu’à vous rompre les reins, et gémissez en leur présence dans l’amertume de votre cœur ;
et lorsqu’ils vous diront, Pourquoi soupirez-vous ? vous leur direz : Je soupire, parce que j’entends l’ennemi qui vient. Tous les cœurs sécheront de crainte, toutes les mains seront sans force, tous les esprits s’abattront, et l’eau coulera le long de tous les genoux. Le voici qui vient, et ce que j’ai prédit arrivera, dit le Seigneur Dieu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Qui vient ; littéralement, parce qu’il vient ; mais c’est un pur hébraïsme dont le vrai sens est celui que nous avons rendu dans notre traduction. ― L’eau coulera, etc. Voir Ezéchiel, 7, 17.
Le Seigneur me parla encore, et me dit :
Fils de l’homme, prophétisez, et dites : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Parlez : L’épée, oui, l’épée est aiguisée, elle est polie.
Elle est aiguisée pour tuer les victimes, elle est polie pour jeter un grand éclat. C’est vous, ô épée ! qui renverserez le sceptre de mon fils, qui couperez par le pied tous les arbres.
J’ai donné cette épée à polir pour la tenir à la main : elle est aiguisée, elle est polie, afin qu’elle soit dans la main de celui qui doit faire le carnage.
Criez, fils de l’homme, et poussez des hurlements ; parce que cette épée est tirée contre mon peuple, contre tous les princes d’Israël, qui fuiront devant elle : ils sont tous livrés à cette épée avec mon peuple : frappez-vous donc la cuisse dans votre douleur ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Frappe sur ta cuisse. Ce geste se fait souvent dans l’admiration, mais ici il marque la douleur. Comparer à Jérémie, 31, 19.
parce que cette épée agira par mon ordre, lors même qu’elle brisera le sceptre de Juda, qui ne subsistera plus, dit le Seigneur Dieu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ce sceptre. Voir verset 10. ― Lorsqu’il ; c’est-à-dire le glaive.
Vous donc, fils de l’homme, prophétisez, frappez de vos mains l’une contre l’autre. Que cette épée meurtrière double et triple sa violence. C’est là cette épée qui doit faire un si grand carnage, qui frappera les esprits d’étonnement,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Frappe des mains ; littéralement, de main à main ; soit en signe d’applaudissement aux vengeances du Seigneur (voir verset 17), soit en signe de douleur et d’indignation contre les infidélités du peuple (voir Ezéchiel, 22, 13). ― Qu’il soit triplé, etc. Saint Jérôme voit dans ces mots les trois invasions de Nabuchodonosor : l’une, qui eut lieu lorsque ce prince se rendit Joakim tributaire (voir 4 Rois, 24, 1) ; la seconde, lorsqu’il fit Joachin captif (voir 4 Rois, 24, 15), et la troisième, lorsqu’il transporta Sédécias à Babylone (voir 4 Rois, 25, 27).
qui fera sécher les cœurs, et multipliera les meurtres et les ruines. Je jetterai l’épouvante à toutes leurs portes devant cette épée perçante, polie pour briller, et affilée pour tuer.
O épée ! aiguisez votre pointe ; allez à droite ou à gauche partout où le désir des meurtres vous appellera.
Je vous applaudirai moi-même en frappant des mains, et je satisferai par vous ma colère. C’est moi qui ai parlé, moi qui suis le Seigneur.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Je frapperai des mains. Comparer au verset 14.
Alors le Seigneur me parla de nouveau, et me dit :
Fils de l’homme, représentez-vous deux chemins par où l’épée du roi de Babylone pourra venir : que ces chemins sortent tous deux d’un même pays ; et ce prince étant à la tête de ces deux chemins, tirera au sort dans la main, pour reconnaître vers quelle ville il doit marcher.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Pose-toi ; c’est-à-dire représente, trace. ― C’est de la main, etc. La manière de conjecturer, de deviner par la main, ou de tirer au sort, est décrite au verset 21.
Vous figurerez un chemin par où cette épée irait attaquer Rabbath au pays des Ammonites, et un autre par où elle viendrait en Juda, pour assiéger la très-forte ville de Jérusalem.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Afin que vienne, etc. Nabuchodonosor veut aller à Rabbath, capitale des Ammonites, parce que les Ammonites, les Iduméens et les Moabites s’étaient ligués avec Sédécias contre le roi de Babylone, come nous l’apprend Jérémie (voir Jérémie, 27, 3).
Car le roi de Babylone s’est arrêté à la tête de deux chemins ; il a mêlé des flèches dans un carquois, pour en tirer un augure de la marche qu’il doit prendre : il a interrogé ses idoles, il a consulté les entrailles des bêtes mortes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mêlant les flèches. Lorsqu’un général voulait savoir quelle ville il devait d’abord attaquer, il écrivait sur les flèches d’un carquois les noms des différentes villes qu’il voulait attaquer, et il les mettait dans le carquois, et celle qu’il tirait indiquait la ville qui devait être prise la première. C’est ainsi que, la flèche qui portait le nom de Jérusalem ayant été tirée la première, Nabuchodonosor prit aussitôt le chemin de cette ville.
Le sort est tombé sur Jérusalem, et lui a fait prendre la droite, afin qu’il mène avec lui l’appareil d’un siège ; qu’il n’ait que le sang et le carnage dans la bouche ; qu’il excite les cris et les frémissements de son armée ; qu’il dresse des machines contre les portes de la ville ; qu’il fasse de grandes levées de terre, et qu’il bâtisse des forts autour de ses murs.
Cette consultation des oracles paraîtra un jeu aux enfants d’Israël, et ils s’imagineront que ce prince imite dans son oisiveté le repos des jours de sabbat : mais le souvenir de l’iniquité de Jérusalem le déterminera à venir la prendre.
C’est pourquoi, voici ce que dit le Seigneur Dieu : Parce que vous avez rendu si publique la mémoire de vos iniquités, que vous avez découvert vos perfidies, et que vos péchés et vos pensées criminelles ont paru devant tout le monde ; parce, dis-je, que vous avez signalé la mémoire de vos crimes, vous serez pris par vos ennemis.
Mais vous, profane ; vous, prince impie d’Israël, voici le jour que Dieu avait marqué pour la punition de vos injustices.
Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Otez-lui la tiare, ôtez-lui la couronne. N’est-ce pas cette couronne qui a élevé les petits et humilié les grands ?
J’en ferai voir l’injustice ; l’injustice, dis-je, l’extrême injustice ; mais j’attendrai jusqu’à ce que soit venu celui à qui appartient le jugement, et je la lui remettrai.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mais cela, etc. il est impossible de ne pas considérer cette phrase comme une parenthèse, les verbes étant au passé dans l’hébreu aussi bien que dans la Vulgate. C’est pour cela que nous l’avons mise entre des crochets.
Et vous, fils de l’homme, prophétisez et dites : Voici ce que dit le Seigneur Dieu aux enfants d’Ammon, pour répondre à leurs insultes : Vous leur direz : Epée, épée, sors du fourreau pour verser le sang : sois tranchante et claire, pour tuer et pour briller.
Pendant que les enfants d’Ammon n’ont que des visions fausses, et que leurs devins ne leur disent que des mensonges, sors, épée, pour tomber tout d’un coup sur la tête des impies, et les couvrir de plaies au jour qui a été marqué pour la punition de leurs injustices.
Apres cela, ô épée ! rentre dans ton fourreau au lieu où tu as été créée, et je te jugerai dans la terre de ta naissance.
Je répandrai mon indignation sur toi ; j’allumerai contre toi le feu de ma fureur ; et je t’abandonnerai entre les mains des hommes insensés qui ont conspiré ta mort.
Tu seras la pâture du feu, la terre nagera dans ton sang, et ton nom tombera dans un éternel oubli : car c’est moi qui ai parlé, moi qui suis le Seigneur.
Commentaire (versets 30 à 32) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 30 à 32 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Cette dernière prophétie regarde en partie Nabuchodonosor, et en partie ses successeurs et la monarchie même des Babyloniens, qui, après avoir été l’instrument des vengeances du Seigneur contre tant de peuples, fut elle-même ensuite détruite par Cyrus.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Disant (dicens). Voir, sur ce mot, Ezéchiel, 3, 16.