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Ézéchiel 1
EN la trentième année, le cinquième jour du quatrième mois, étant au milieu des captifs près du fleuve de Chobar, les cieux furent ouverts, et j’eus des visions divines.
Le cinquième jour de ce même mois, dans l’année qui fut la cinquième depuis que le roi Joachin fut transféré à Babylone,
le Seigneur adressa sa parole à Ezéchiel, prêtre, fils de Busi, dans le pays des Chaldéens, près du fleuve de Chobar ; et étant en ce lieu la main du Seigneur agit sur lui.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La main du Seigneur ; c’est-à-dire, l’action, la force, l’énergie de l’Esprit-Saint dit Théodoret.
Voici la vision qui me fut présentée : Un tourbillon de vent venait du côté de l’Aquilon, et une grosse nuée, et un feu qui l’environnait, et une lumière qui éclatait tout autour ; et au milieu, c’est-à-dire au milieu du feu, il y avait une espèce de métal très-brillant.
Et au milieu de ce même feu on voyait la ressemblance de quatre animaux qui étaient de cette sorte : On y voyait la ressemblance d’un homme.
Chacun d’eux avait quatre faces et quatre ailes.
Leurs pieds étaient droits, la plante de leurs pieds était comme la plante du pied d’un veau, et il sortait d’eux des étincelles comme il en sort de l’airain le plus luisant.
Il y avait des mains d’homme sous leurs ailes aux quatre côtés, et ils avaient chacun quatre faces et quatre ailes.
Les ailes de l’un étaient jointes aux ailes de l’autre. Ils ne se retournaient point lorsqu’ils marchaient ; mais chacun d’eux allait devant soi.
Pour ce qui est de la forme qui y paraissait, ils avaient tous quatre une face d’homme, tous quatre à droite une face de lion, tous quatre à gauche une face de bœuf, et tous quatre au-dessus une face d’aigle.
Leurs faces et leurs ailes s’étendaient en haut. Ils se tenaient l’un l’autre par deux de leurs ailes, et ils couvraient leurs corps par les deux autres.
Chacun d’eux marchait devant soi : ils allaient où les emportait l’impétuosité de l’esprit, et ils ne se retournaient point lorsqu’ils marchaient.
Et les animaux paraissaient, à les voir, comme des charbons de feu brûlants, et comme des lampes ardentes. On voyait courir au milieu des animaux des flammes de feu, et des éclairs qui sortaient du feu.
Et les animaux allaient et revenaient comme des éclairs qui brillent dans l’air.
Lorsque je regardais ces animaux, je vis paraître près d’eux une roue qui était sur la terre, et qui avait quatre faces.
A voir les roues et la manière dont elles étaient faites, elles paraissaient semblables à l’eau de la mer. Elles se ressemblaient toutes quatre, et elles paraissaient dans leur forme et dans leur mouvement comme si une roue était au milieu d’une autre roue.
Leurs quatre parties allaient toutes en même temps, et elles ne se retournaient point lorsqu’elles marchaient.
Les roues avaient aussi une étendue, une hauteur et une forme qui était horrible à voir, et tout le corps des quatre roues était plein d’yeux tout autour.
Lorsque les animaux marchaient, les roues marchaient aussi auprès d’eux ; et lorsque les animaux s’élevaient de terre, les roues s’élevaient aussi avec eux.
Partout où allait l’esprit et où l’esprit s’élevait, les roues s’élevaient aussi et le suivaient ; parce que l’esprit de vie était dans les roues.
Lorsque les animaux allaient, les roues allaient aussi : lorsqu’ils demeuraient, elles demeuraient : lorsqu’ils s’élevaient de terre, elles s’élevaient aussi avec eux et les suivaient ; parce que l’esprit de vie était dans les roues.
Au-dessus de la tête des animaux on voyait un firmament qui paraissait comme un cristal étincelant et terrible à voir, qui était étendu sur leurs têtes.
Sous ce firmament ils tenaient droites leurs ailes les unes vis-à-vis celles de l’autre : l’un couvrait son corps de deux de ses ailes, et l’autre le couvrait de même.
Le bruit que je leur entendais faire de leurs ailes, était comme le bruit des plus grandes eaux, et comme la voix que Dieu fait entendre du haut du ciel. Ils faisaient un bruit lorsqu’ils marchaient, comme le bruit d’une grande multitude et comme le bruit de toute une armée ; et quand ils s’arrêtaient, ils baissaient leurs ailes.
Car quand ils entendaient retentir la voix du firmament qui était au-dessus de leurs têtes, ils s’arrêtaient et baissaient leurs ailes.
Et sur ce firmament qui était au-dessus de leurs têtes, on voyait comme un trône qui ressemblait au saphir, et il paraissait comme un homme assis sur ce trône.
Je vis comme un métal très-brillant et semblable au feu, tant au dedans qu’autour de lui. Depuis ses reins jusqu’en haut, et depuis ses reins jusqu’en bas, je vis comme un feu qui jetait sa lumière tout autour ;
et comme l’arc qui paraît au ciel dans une nuée en un jour de pluie. C’est à quoi ressemblait la lumière qui brillait tout autour.
Commentaire (versets 4 à 28) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 4 à 28 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Les trois premiers grands prophètes reçurent chacun leur mission dans une vision qui en marque le caractère spécial, voir Isaïe, chapitre 6 ; Jérémie, chapitre 1 ; Ezéchiel, du chapitre 1 au chapitre 3, verset 21. Eloigné du temple et de la cité sainte, Ezéchiel vit en exil, près du fleuve Chobar, en Chaldée. Là se trouvaient une partie des Juifs qui avaient été déportés en même temps que le roi Jéchonias, par Nabuchodonosor, lors de son second siège contre Jérusalem. Le but que s’était proposé la Providence, en condamnant son peuple à la captivité, avait été, non pas de l’abandonner, mais de le convertir et de le purifier. Elle suscita donc un prophète destiné à rappeler aux captifs que le Dieu de leurs pères ne les délaisserait pas, mais qu’il tiendrait fidèlement toutes les promesses qu’il leur avait faites, et enverrait un jour à leurs enfants le libérateur qu’il leur avait annoncé. ― Aux enfants de Jacob, transplantés sur une terre étrangère, Dieu fait parler par son Prophète un nouveau langage. C’est en hébreu qu’il s’adresse encore aux captifs ; mais les images dont il va se servir sont empruntées en grand nombre au spectacle nouveau qu’ils ont sous les yeux, aux monuments de l’art assyro-chaldéen en particulier. ― Dieu se révèle à son Prophète sous une forme humaine assez semblable à celle par laquelle les Assyro-Chaldéens représentaient le Dieu suprême. Il était porté sur ce qu’on a appelé improprement char, d’où le nom de vision du char que les rabbins donnent à cette théophanie ou manifestation divine. Des anges, d’une forme extraordinaire, apparaissent à Ezéchiel, comme les ministres des volontés du Seigneur. Il les décrit comme des animaux symboliques, sans les désigner par un nom particulier ; il apprit plus tard qu’ils s’appelaient chérubins. On a découvert ces dernières années, dans les ruines des palais de l’Assyrie, des animaux sculptés qui portent précisément le même nom et ressemblent d’une manière frappante aux animaux décrits par le Prophète. Les chérubins avaient la forme de quatre animaux distincts. Ils avaient un corps de lion à droite et un corps de taureau à gauche, avec des pieds droits ; une figure d’homme et des aigles d’ailes. Ils se regardaient deux à deux, face à face, comme dans les palais royaux et les temples d’Assyrie, et ils produisaient ainsi l’impression que décrit le Prophète : « Ils ne se retournaient pas quand ils marchaient, mais chacun d’eux allait devant sa face. » En réunissant en eux les caractères des quatre rois de la création animée, ils nous apparaissent comme l’emblème de toutes les qualités physiques et morales.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Ezéchiel, 3, 23 ; 10, 20 ; 43, 3. ― Trentième année d’Ezéchiel, selon les uns, de la découverte du livre de la loi sous Josias, suivant les autres, ou selon d’autres, parmi lesquels l’auteur de la Paraphrase chaldaïque, du commencement du règne de Nabopolassar, père de Nabuchodonosor ; manière de calculer les années qui étaient en usage chez les Babyloniens. ― Quatrième mois de l’année sacrée, et le dixième de l’année civile. Il commençait à la nouvelle lune de juin, selon les rabbins, mais c’était plus probablement à celle de juillet. ― Chobar ; en hébreu Chêbar ; fleuve qui prend sa source dans la Mésopotamie et se jette dans l’Euphrate. ― Il est assez difficile de savoir au juste quel est ce fleuve Chobar, Kebâr. Ce n’est pas le Chaboras, Khâbor, de Gozan, qui se jette dans le Tigre, voir 4 Rois, 17, 6, puisque ce nom est écrit différemment ; c’est, d’après la plupart des anciens interprètes, le Khabour actuel, qui arrose la haute Mésopotamie et se jette dans l’Euphrate ; il est cependant plus vraisemblable que ce nom désigne ici un des canaux de l’Euphrate, dans les environs de Babylone, parce que le texte ajoute, verset 3, dans la terre des Chaldéens, désignation qu’on ne peut appliquer au Khabour, qui coule au nord de Babylone, tandis que la Chaldée était située au sud de cette ville.