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Ézéchiel 26

LE premier jour du premier mois de la onzième année, le Seigneur me dit ces paroles :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La onzième année de la captivité de Jéchonias et du règne de Sédécias, l’année même de la prise de Jérusalem (voir 4 Rois, 25, verset 2 et suivants ; Jérémie, 52, verset 5 et suivants). ― Du mois ; ce mois n’étant désigné ni dans le texte original, ni dans les versions, les interprètes se sont livrés à diverses conjectures, dont aucune ne paraît entièrement satisfaisante. ― Disant (dicens). Voir, sur ce mot, Ezéchiel, 3, 16.

Fils de l’homme, parce que Tyr a dit de Jérusalem avec des cris de joie, Les portes de cette ville si pleine de peuples sont brisées ; ses habitants viendront à moi, et je m’agrandirai de ses ruines maintenant qu’elle est déserte :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les portes des peuples. Ces mots, qui s’appliquent à Jérusalem et qui sont mis dans la bouche des Tyriens, indiquent que les Phéniciens avaient pris ombrage du commerce que les habitants de Jérusalem faisaient avec les peuples voisins, et pour ce motif, ils applaudissent à la ruine de la cité sainte.

voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je viens contre vous, ô Tyr ! et je ferai monter contre vous plusieurs peuples, comme la mer fait monter ses flots.

Ils détruiront les murs de Tyr, et ils abattront ses tours ; j’en raclerai jusqu’à la poussière, et je la rendrai comme une pierre luisante et toute nue.

Elle deviendra au milieu de la mer un lieu pour servir à sécher les rets ; parce que c’est moi qui ai parlé, dit le Seigneur Dieu ; et elle sera livrée en proie aux nations.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Suivant les récits des voyageurs, de nos jours même, les pêcheurs étendent réellement et font sécher leurs filets sur l’emplacement où s’élevait Tyr. ― Au milieu de la mer. L’ancienne Tyr était située sur le continent, et la nouvelle dans une île ; mais elles ne constituaient toutes deux qu’une seule république, et en quelque sorte qu’une même ville.

Ses filles qui sont dans les champs, seront aussi passées au fil de l’épée ; et ils sauront que c’est moi qui suis le Seigneur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ses filles ; les villes de sa dépendance.

Car voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je vais faire venir à Tyr des pays du septentrion, Nabuchodonosor, roi de Babylone, ce roi des rois. Il viendra avec des chevaux, des chariots de guerre, de la cavalerie, et de grandes troupes composées de divers peuples.

Il fera tomber par le fer vos filles qui sont dans les champs : il vous environnera de forts et de terrasses, et il lèvera le bouclier contre vous.

Il dressera contre vos murs ses mantelets et ses béliers, et il détruira vos tours par la force de ses armes.

La multitude de ses chevaux vous couvrira d’un nuage de poussière, et le bruit de sa cavalerie, des roues et des chariots, fera trembler vos murailles, lorsqu’il entrera dans vos portes comme par la brèche d’une ville prise.

Le pavé de toutes vos rues sera foulé par les pieds de ses chevaux. Il fera passer votre peuple par le tranchant de l’épée, et il renversera par terre vos belles statues.

Ils feront leur butin de vos richesses, ils pilleront vos marchandises : ils renverseront vos murailles, ils ruineront vos maisons magnifiques ; et ils jetteront au milieu des eaux les pierres, le bois, et la poussière même de vos bâtiments.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ta poussière ; c’est-à-dire la poussière de tes bâtiments.

Je ferai cesser tous vos concerts de musique, et l’on n’entendra plus parmi vous le son de vos harpes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jérémie, 7, 34.

Je vous rendrai comme une pierre lissée : vous deviendrez un lieu à sécher les rets ; et vous ne serez plus rebâtie à l’avenir ; parce que c’est moi qui ai parlé, dit le Seigneur Dieu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tu serviras, etc. Voir le verset 5. ― Tu ne seras plus rebâtie. L’ancienne Tyr, prise par Nabuchodonosor, ne fut jamais rebâtie. Quant à la prédiction d’Isaïe (voir Isaïe, 23, 17), que Tyr, après un oubli de soixante-dix années, serait visitée par le Seigneur, et mise en état de recommencer son premier commerce, elle peut s’expliquer en l’appliquant à Tyr la nouvelle, qui fut élevée par les habitants de l’ancienne, lorsqu’ils se réfugièrent dans l’île pendant le siège.

Voici ce que le Seigneur Dieu dit à Tyr : Les îles ne trembleront-elles pas au bruit de votre chute, et aux cris lugubres de ceux qui seront tués dans le carnage qui se fera au milieu de vous ?

Tous les princes de la mer descendront de leurs trônes ; ils quitteront les marques de leur grandeur, ils rejetteront leurs habits superbes et éclatants par la variété de leurs couleurs ; ils seront remplis de frayeur ; ils s’assiéront sur la terre ; et frappés d’un profond étonnement de votre chute soudaine,

ils feront sur vous des plaintes mêlées de pleurs, et vous diront : Comment êtes-vous tombée si malheureusement, vous qui habitiez dans la mer, ô ville superbe ! vous qui étiez si forte sur la mer avec tous vos habitants qui s’étaient rendus redoutables à tout le monde ?

Les vaisseaux maintenant trembleront, en vous voyant vous-même saisie de frayeur, et les îles seront épouvantées dans la mer, en voyant que personne ne sort de vos portes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Personne, etc. ; parce que tu es déserte, sans habitants.

Car voici ce que dit le Seigneur Dieu : Lorsque je vous aurai rendue toute déserte comme les villes qui ne sont plus habitées, que j’aurai fait fondre une mer sur vous, et que je vous aurai couverte d’un déluge d’eaux ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Que j’aurai amené, etc. C’est une figure de la multitude des troupes de Nabuchodonosor. Les armées sont souvent représentées dans l’Ecriture sous l’image des flots de la mer, des grandes eaux.

lorsque je vous aurai précipitée avec ceux qui descendent dans la fosse profonde, pour vous joindre à la multitude des morts éternels ; lorsque je vous aurai placée au fond de la terre, avec ceux qui sont descendus dans le tombeau, pour être toujours inhabitée comme les solitudes de plusieurs siècles, et qu’en même temps j’aurai fait éclater ma gloire dans la terre des vivants ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La fosse (lacum) ; le sépulcre, le tombeau. ― Le peuple éternel ; les morts destinés à des supplices éternels. ― Une terre très profonde (terra novissima), très cachée ; ce qui peut s’entendre de l’enfer. ― Les solitudes anciennes ; les ruines séculaires dont il ne reste plus de traces. ― Que j’aurai, etc. Lorsque j’aurai rétabli Israël dans sa première gloire. ― La terre des vivants. La terre d’Israël est ainsi appelée, soit parce que le vrai Dieu, le Dieu vivant y était adoré, soit parce que les justes qui y étaient ensevelis devaient en leur temps être rendus à la vie éternelle.

je vous réduirai à rien, vous ne serez plus : et quoiqu’on vous cherche, on ne vous trouvera plus jamais, dit le Seigneur Dieu.