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Isaïe 14
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Car Yahweh aura pitié de Jacob, et il choisira encore Israël ; il les rétablira dans leur pays ; les étrangers s’adjoindront à eux, et s’attacheront à la maison de Jacob.
Les peuples les prendront et les ramèneront chez eux, et la maison d’Israël se les appropriera, sur la terre de Yahweh, comme serviteurs et comme servantes ; ils feront captifs ceux qui les avaient faits captifs, et ils domineront sur leurs oppresseurs.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les peuples, etc. Les livres d’Esdras contiennent le récit de l’accomplissement de cette prophétie.
Et au jour où Yahweh te fera reposer de ton labeur, de tes anxiétés, et de la dure servitude qu’on t’avait imposée,
tu entonneras cette satire contre le roi de Babylone, et tu diras : Comment a fini le tyran, a cessé l’oppression ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Cette parabole, en hébreu maschal, nom qui désigne une espèce de poème. Les versets 4b à 21 contiennent en effet une ode ou un chant poétique sur la chute du roi de Babylone. Ce chant peut se partager en cinq strophes : versets 4b à 8 ; 9 à 11 ; 12 à 15 ; 16 à 19 et 20 et 21. Les versets 22 et 23 peuvent être considérés comme un épilogue du poème. On regarde avec raison ce maschal comme un chef-d’œuvre littéraire. « Que de beautés ! Si l’auteur n’était qu’un poète, je dirais que c’est son chef-d’œuvre. Vous trouverez dans quelques autres chapitres autant et peut-être plus de richesses ; mais il n’en est aucun, ce me semble, où la grandeur de l’ordonnance réponde mieux à la majesté des détails. Ce n’est pas un simple morceau détaché ; ce n’est pas même une ode ; c’est un poème. Plus vous l’étudierez, plus vous verrez que rien n’y manque. » (Paroles mises par Bungener dans la bouche de Bossuet.)
Yahweh a brisé le talon des méchants, le sceptre des dominateurs !
Il frappait avec fureur les peuples, de coups sans relâche ; dans sa colère, il tenait les nations sous le joug par une persécution sans répit.
Toute la terre est en repos, elle est tranquille, elle éclate en cris d’allégresse.
Les Cyprès mêmes se réjouissent de ta chute, avec les cèdres du Liban : « Depuis que tu es couché là, personne ne monte plus pour nous abattre ! »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Tu dors ; c’est-à-dire tu es mort. ― Personne qui nous abatte. Les vainqueurs signalaient ordinairement leur domination sur les provinces conquises en abattant les forêts. Comparer à Isaïe, 37, 24. ― Les arbres du Liban interviennent, parce que le roi de Babylone les avait fait couper pour construire son palais.
Le schéol dans ses profondeurs s’émeut à ton sujet, pour venir à ta rencontre ; il réveille pour toi les ombres, tous les monarques de la terre ; il fait lever de leurs trônes tous les rois des nations.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
L’enfer, le scheôl, par une figure très hardie, est personnifié. ― Les géants sont la traduction de rephaïm qui, dans l’original, désigne les morts qui habitent dans le scheôl. Une race de géants est appelée aussi dans l’Ancien Testament rephaïm ; mais ici ce mot est appliqué aux trépassés, pour exprimer des êtres faibles et sans force, de la racine râfâh, « défaillir. » Les Rephaïm sont privés d’une partie de la force vitale ; ils ne sont cependant pas privés de toute force ni de tout sentiment.
Tous, ils prennent la parole pour te dire : « Toi aussi, tu es déchu comme nous, et te voilà semblable à nous ! »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Elèveront la voix ; vrai sens du respondebunt de la Vulgate expliqué par l’hébreu.
Ton faste est descendu au schéol, avec le son de tes harpes ; sous toi sont répandus les vers, et la vermine est ta couverture !
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ta couverture. Les tapis de Babylone étaient particulièrement renommés dans l’antiquité.
Comment es-tu tombé du ciel, astre brillant, fils de l’aurore ? Comment es-tu renversé par terre, toi, le destructeur des nations ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Lucifer ; Nabuchodonosor, d’après les uns, Balthasar, suivant les autres, et Sennachérib, selon d’autres ; mais le plus grand nombre des Pères l’entend du démon, qui a voulu devenir semblable au Très-Haut. Jésus-Christ semble fait allusion à ce passage dans Luc, 10, 18. Comparer à Apocalypse, 12, 9. ― Comment es-tu tombé du ciel, Lucifer. Nous n’avons pas seulement ici une poésie d’un éclat incomparable ; nous avons encore des allusions aux croyances et aux coutumes babyloniennes. Le nom de Lucifer correspond à mustilil, le nom assyrien de l’étoile du matin. On sait que les Babyloniens adoraient les astres et étaient très adonnés à l’astronomie et à l’astrologie.
Toi qui disais en ton cœur : « Je monterai dans les cieux ; au-dessus des étoiles de Dieu, j’élèverai mon trône ; je m’assiérai sur la montagne de l’assemblée, dans les profondeurs du septentrion ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La montagne du testament ; ou de l’alliance, c’est la montagne où était bâti le temple, dépositaire des tables de l’alliance que l’on conservait dans l’arche, au milieu du sanctuaire. ― Aux côtés de l’aquilon. Comparer à Psaumes, 47, 3. ― Selon une autre interprétation : Je m’assiérai sur la montagne de l’assemblée des dieux aux extrémités du nord, sur le mont Rowandiz, au nord-est de Babylone. Les Babyloniens considéraient cette montagne comme le séjour des dieux, le ciel. Les Sabéens de Harran se tournaient vers le nord pour prier.
je monterai sur les sommets des nues, je serai semblable au Très-Haut !… »
Et te voilà descendu au schéol, dans les profondeurs de l’abîme !
Ceux qui te voient fixent sur toi leurs regards, ils te considèrent avec attention : « Est-ce là l’homme qui troublait la terre, qui ébranlait les royaumes,
qui faisait du monde un désert, détruisait les villes, et ne laissait pas ses captifs revenir chez eux ?
Tous les rois des nations, tous, reposent avec honneur, chacun dans sa maison ;
mais toi, on t’a jeté loin de ton sépulcre, comme un rameau qu’on méprise, couvert de morts, égorgés par l’épée, et précipités dans les flancs rocheux de l’abîme, comme un cadavre qu’on foule aux pieds.
Commentaire (versets 15 à 19) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 15 à 19 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
De la fosse (laci) ; c’est-à-dire du tombeau. Comparer à Psaumes, 27, 1.
Tu ne seras pas avec eux dans la tombe car tu as ruiné ton pays, tu as fait périr ton peuple ! On ne nommera plus jamais la race des méchants.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
N’existera pas ; littéralement, et par hébraïsme, ne sera pas appelé ; son nom ne sera pas prononcé.
Préparez à ses fils un massacre, pour le crime de leurs pères. Qu’ils ne se relèvent pas pour conquérir la terre, qu’ils ne couvrent pas de villes la face du monde !
Je me lèverai contre eux, — oracle de Yahweh des armées, — et j’anéantirai de Babylone le nom et le reste, la race et le rejeton, — oracle de Yahweh.
Et j’en ferai un nid de hérissons, et un étang d’eaux, et je la balaierai avec le balai de la destruction, — oracle de Yahweh des armées.
Commentaire (versets 22 à 23) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 22 à 23 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Le chant est fini. Ces deux versets étendent à toute la Babylonie le châtiment du roi de Babylone. Du hérisson, qui est commun à l’embouchure de l’Euphrate. Quelques modernes croient cependant qu’il s’agit ici, non du hérisson, mais du butor, qui abonde dans les marais pleins de joncs de l’Euphrate et dont le cri sourd a quelque chose de sinistre et de lugubre.
Yahweh des armées a juré en disant : « Oui, le dessein qui est arrêté s’accomplira, et ce que j’ai décidé se réalisera.
Je briserai Assur dans ma terre, et je le foulerai sur mes montagnes. Alors son joug sera ôté de dessus eux, et son fardeau sera enlevé de leurs épaules.
C’est là le dessein qui est arrêté contre toute la terre, et c’est là la main qui est étendue contre toutes les nations !
Car Yahweh des armées a décidé, et qui l’empêcherait ? Sa main est étendue, et qui la détournerait ? »
Commentaire (versets 24 à 27) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 24 à 27 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Prophétie contre les Assyriens.
L’année de la mort du roi Achaz, cet oracle fut prononcé :
Ne te livre pas à la joie, Philistie tout entière, de ce que la verge qui te frappait a été brisée ; car de la race du serpent sortira un basilic, et son fruit sera un dragon volant.
Alors les plus pauvres trouveront leur pâture, et les malheureux reposeront en sécurité ; mais je ferai périr ta race par la faim, et ce qui restera de toi sera exterminé. —
Hurle, ô porte ! Pousse des cris, ô ville ! Pâme-toi de frayeur, Philistie tout entière ! Car du septentrion vient une fumée, et nul ne se débande dans ses bataillons.
Que répondra-t-on aux envoyés de la nation ? Que Yahweh a fondé Sion, et que les affligés de son peuple y trouvent un refuge.
Commentaire (versets 28 à 32) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 28 à 32 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Prophétie contre les Philistins. Vaincus sous Ozias, voir 2 Paralipomènes, 28, 5, ils étaient redevenus indépendants sous Achaz. Aux messagers de la nation (gentis) ; ou bien des nations, en supposant, ce qui a lieu souvent surtout dans les noms collectifs, que le singulier est mis ici pour le pluriel ; et en supposant aussi qu’il est fait allusion à la coutume d’envoyer des messagers aux rois, pour les complimenter quand il leur arrivait quelque chose d’avantageux ou de fâcheux. ― Que c’est le Seigneur, etc. C’est la réponse que les envoyés de Sennachérib reçurent de Juda. Voir 4 Rois, chapitre 19 ( ?).
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Son temps ; le temps de la ruine de Babylone. ― Ne seront pas différés ; c’est le sens du latin elongabuntur, expliqué par le texte hébreu. Comparer à Ezéchiel, 12, vv. 25, 28. ― Les ; c’est-à-dire les Israélites. ― L’étranger, etc. Au retour de la captivité de Babylone, beaucoup de gentils embrassèrent la religion des Juifs. Voir 2 Esdras, chapitre 10.