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Jean 1
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Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement en Dieu.
Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe.
En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes,
Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.
Il y eut un homme, envoyé de Dieu ; son nom était Jean.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 3, 1 ; Marc, 1, 2.
Celui-ci vint en témoignage, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui :
non que celui-ci fût la lumière, mais il avait à rendre témoignage à la lumière.
La lumière, la vraie, celle qui éclaire tout homme, venait dans le monde.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jean, 3, 19.
Il (le Verbe) était dans le monde, et le monde par lui a été fait, et le monde ne l’a pas connu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Hébreux, 11, 3.
Il vint chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.
Mais quant à tous ceux qui l’ont reçu, Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom,
Qui non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu sont nés.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La chair et le sang indiquent, dans l’Ecriture, la nature humaine qui s’oppose à la grâce.
Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, (et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle qu’un fils unique tient de son Père) tout plein de grâce et de vérité.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 1, 16 ; Luc, 2, 7. ― Le Verbe a été fait chair, non que sa substance se soit changée en chair mais parce que le Verbe, en demeurant ce qu’il était, a pris la forme de serviteur (saint Chrysostome).
Jean lui rend témoignage, et s’écrie en ces termes : « Voici celui dont je disais : Celui qui vient après moi, est passé devant moi, parce qu’il était avant moi. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Parce qu’il était avant moi ; puisque comme Verbe, il était de toute éternité. ― D’autres traduisent : Parce qu’il était au-dessus de moi, bien plus que moi.
Et c’est de sa plénitude, que nous avons tous reçu, et grâce sur grâce ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 1 Timothée, 6, 17.
parce que la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
Dieu, personne ne le vit jamais : le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 1 Timothée, 6, 16 ; 1 Jean, 4, 12.
Et voici le témoignage que rendit Jean, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui êtes-vous ? »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le témoignage de Jean Baptiste.
Il déclara, et ne le nia point ; il déclara : « Je ne suis point le Christ. »
Et ils lui demandèrent : « Quoi donc ! Êtes-vous Élie ? » Il dit : « Je ne le suis point — Êtes-vous le prophète ? » Il répondit : « Non. —
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Es-tu Elie ? Et il dit : Non. « Dans un autre endroit (voir Matthieu, 11, 13-14), le Seigneur étant questionné par ses disciples sur la venue d’Elie, répondit : Elie est déjà venu, et si vous voulez le savoir, c’est Jean qui est Elie. Jean interrogé dit au contraire : Je ne suis pas Elie… C’est que Jean était Elie par l’esprit qui l’animait, mais il n’était pas Elie en personne. Ce que le Seigneur dit de l’esprit d’Elie, Jean le nie de sa personne. » (Saint GREGOIRE-LE-GRAND.)
Qui êtes-vous donc, lui dirent-ils, afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dites-vous de vous-même ? »
Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme l’a dit le prophète Isaïe. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 40, 3 ; Matthieu, 3, 3 ; Marc, 1, 3 ; Luc, 3, 4. ― Dans le désert de Judée. Voir Matthieu, 3, 1.
Or ceux qu’on lui avait envoyés étaient des Pharisiens.
Et ils l’interrogèrent, et lui dirent : « Pourquoi donc baptisez-vous, si vous n’êtes ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? »
Jean leur répondit : « Moi je baptise dans l’eau ; mais au milieu de vous il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 3, 11.
c’est celui qui vient après moi ; je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 1, 7 ; Luc, 3, 16 ; Actes des Apôtres, 1, 5 ; 11, 16 ; 19, 4. ― Qui a été avant moi. Voir au verset 15. ― Délier la courroie, etc. Voir Matthieu, 3, 11. ― La courroie de sa chaussure, de ses sandales. Voir Marc, 6, 9.
Cela se passait à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Béthanie, sur la rive orientale du Jourdain, à un endroit où le fleuve était guéable et qui, d’après plusieurs, s’appelait Bethabara ou maison du passage.
Le lendemain, Jean vit Jésus qui venait vers lui, et il dit : « Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui ôte le péché du monde.
C’est de lui que j’ai dit : un homme vient après moi, qui est passé devant moi, parce qu’il était avant moi.
Et moi, je ne le connaissais pas, mais c’est afin qu’il fût manifesté à Israël, que je suis venu baptiser dans l’eau. »
Et Jean rendit témoignage en disant : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe, et il s’est reposé sur lui.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 3, 16 ; Marc, 1, 10 ; Luc, 3, 22.
Et moi, je ne le connaissais pas ; mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et se reposer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit-Saint.
Et moi j’ai vu et j’ai rendu témoignage que celui-là est le Fils de Dieu. »
Le lendemain, Jean se trouvait encore là, avec deux de ses disciples.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Jean Baptiste avec deux de ses disciples, André et saint Jean l’Evangéliste. André est nommé au verset 40. Saint Jean, par humilité, ne se nomme jamais par son nom ni dans son Evangile, ni dans ses Epîtres, et quand il a besoin de parler de lui, il se désigne par une périphrase.
Et ayant regardé Jésus qui passait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. »
Les deux disciples l’entendirent parler, et ils suivirent Jésus.
Jésus s’étant retourné, et voyant qu’ils le suivaient, leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi (ce qui signifie Maître), où demeurez-vous ? »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Rabbi, qui veut dire Maître. C’est le titre que l’on donnait aux docteurs de la loi en Palestine et nous voyons par saint Jean, qui répète ce titre huit fois dans son Evangile, que c’était celui que les Apôtres donnaient à Jésus. Saint Matthieu et saint Marc ont rarement conservé le mot sémitique Rabbi : ces deux évangélistes ont ordinairement, et saint Luc a toujours traduit la signification de ce mot : Maître.
Il leur dit : « Venez et vous verrez. » Ils allèrent, et virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. Or, c’était environ la dixième heure.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La dixième heure ; c’est-à-dire environ quatre heures après midi.
Or, André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux qui avaient entendu la parole de Jean, et qui avaient suivi Jésus.
Il rencontra d’abord son frère Simon, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie (ce qui se traduit Christ). »
Et il l’amena à Jésus. Jésus, l’ayant regardé dit : « Toi, tu es Simon, fils de Jean ; tu seras appelé Céphas (ce qui se traduit Pierre). »
Le jour suivant, Jésus résolut d’aller en Galilée. Et il rencontra Philippe. Et Jésus lui dit : « Suis-moi. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
En Galilée. Voir la note 29 à la fin du volume.
Philippe était de Bethsaïde, la ville d’André et de Pierre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Bethsaïde de Galilée. Voir Matthieu, 11, 21.
Philippe rencontra Nathanaël et lui dit : « Nous avons trouvé celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les Prophètes : c’est Jésus, fils de Joseph de Nazareth. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 49, 10 ; Deutéronome, 18, 18 ; Isaïe, 40, 10 (?) ; 45, 8 ; Jérémie, 23, 5 ; Ezéchiel, 34, 23 ; 37, 24 ; Daniel, 9, 24-25. ― Nathanaël, c’est-à-dire Dieudonné. On croit communément que c’est celui qui devint l’apôtre saint Barthélémy, Nathanaël étant son nom propre et Barthélémy étant un surnom qui veut dire fils de Tolmaï.
Nathanaël lui répondit : « Peut-il sortir de Nazareth quelque chose de bon ? » Philippe lui dit : « Viens et vois. »
Jésus vit venir vers lui Nathanaël, et dit en parlant de lui : « Voici vraiment un Israélite, en qui il n’y a nul artifice. »
Nathanaël lui dit : « D’où me connaissez-vous ? » Jésus repartit et lui dit : « Avant que Philippe t’appelât, lorsque tu étais sous le figuier, je t’ai vu. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sous le figuier. Le figuier peut atteindre une grande hauteur en Palestine et son feuillage serré et touffu produit une ombre très épaisse. Les rabbins juifs allaient volontiers étudier la loi de Moïse à l’ombre des figuiers.
Nathanaël lui répondit : « Rabbi, vous êtes le Fils de Dieu, vous êtes le Roi d’Israël. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Rabbi ; c’est-à-dire Maître.
Jésus lui repartit : « Parce que je t’ai dit : Je t’ai vu sous le figuier, tu crois ! Tu verras de plus grandes choses que celle-là. »
Et il ajouta : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez désormais le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l’homme. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Et le Verbe était en Dieu. Comparer à Jean, 14, 10 : Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? ― « Le choix de ce mot, Verbe, Logos, n’a pas été fait au hasard par saint Jean, ni d’une manière arbitraire. Il paraît lui avoir été révélé. Que le Fils de Dieu l’ait fait connaître à saint Jean avant de sortir de ce monde, ou que la révélation en ait été faite à cet Apôtre au moment où il écrivait l’évangile, c’est ce que rien ne détermine avec certitude ; mais nous savons qu’à Patmos, saint Jean reçut des assurances à cet égard : « Le nom dont on l’appelle est le Verbe de Dieu, » lisons-nous dans l’Apocalypse. Certains passages de l’Ancien Testament pouvaient suffire pour en suggérer l’idée. Dans ces textes, la création est attribuée au Verbe ou à la parole de Dieu. Ce Verbe est personnel. Il s’identifie avec la Sagesse et avec l’Ange de Dieu. Quoi d’étonnant qu’au temps du Sauveur ce mot fût employé chez les Juifs pour désigner le Fils éternel de Dieu ? Saint Paul paraît sanctionner cet usage, aussi bien que saint Jean, en parlant de la parole de Dieu vivante et agissante, qui discerne les pensées de l’esprit et les intentions du cœur. Aussi la difficulté pour l’évangéliste n’était pas de faire reconnaître aux Juifs qu’il y a en Dieu un Verbe personnel et tout-puissant, mais de les convaincre que Jésus était ce Verbe. D’ailleurs, la connaissance de la doctrine révélée sur les trois personnes divines était donnée, le nom de Verbe ne devait-il pas s’offrir de lui-même à l’esprit pour désigner la seconde ? Les rapports du Père avec le Fils ont une analogie frappante avec ceux qui existent entre notre esprit et notre parole ou notre verbe. Il était naturel d’appeler le Fils de Dieu, la Parole du Père. Saint Jean n’avait donc pas d’emprunt à faire, ni à Platon (429-348), ni à Philon († 55). Et que leur aurait-il emprunté ? ― Si Platon parle de Logos dans sa théorie de la création ou plutôt de la disposition originelle des choses, il donne à ce terme un sens fort différent de celui de saint Jean. Le Logos du philosophe grec n’est pas une personne, mais une abstraction, la raison de Dieu, réceptacle de toutes ses idées. Il n’a pas conscience de son existence. ― Il en est de même de celui de Philon, autant qu’on peut saisir la pensée de cet auteur, dans les nuages de ses allégories, Philon ne le nomme pas Dieu, le vrai Dieu ; il ne l’identifie pas avec le Messie. Du reste, s’il avait une vraie connaissance du Verbe personnel, on devrait penser qu’il l’a puisée aussi dans la révélation, c’est-à-dire dans les écrits des prophètes et dans les traditions de leurs écoles. » (L. BACUEZ.)