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Jérémie 48

VOICI ce que le Seigneur des armées, le Dieu d’Israël, dit contre Moab : Malheur à Nabo ! parce qu’elle a été détruite, et qu’elle est tombée dans la confusion. Cariathaïm a été prise, la ville forte a été couverte de confusion et pénétrée de frayeur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A Moab (ad Moab) ; ainsi les Septante ; la particule hébraïque correspondante signifie proprement à, vers (ad) ; mais elle a aussi quelquefois le sens de sur, touchant, au sujet de ; c’est vraisemblablement celui qui faut lui donner ici. ― Voici, etc. Cette prophétie regarde l’expédition contre les Moabites pendant le siège de Tyr, quelques années après la prise de Jérusalem. ― Nabo ; ville. Voir Isaïe, 15, 2. ― Cariathaïm ; ville qui appartenait anciennement aux Israélites. Voir Nombres, 32, 37 ; Josué, 13, 19 ; Ezéchiel, 25, 9.

Moab ne se glorifiera plus d’Hésébon : les ennemis ont fait dessein de la perdre. Venez, ont-ils dit, exterminons-la du nombre des peuples. Vous serez donc réduite au silence, et l’épée vous suivra partout.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Hésébon ; ville. Voir Isaïe, 15, 4.

Un grand cri s’élève d’Oronaïm, le bruit d’un pillage et d’une grande défaite.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Oronaïm ; ville. Voir Isaïe, 15, 5.

Moab est détruite : apprenez à ses petits enfants à jeter de grands cris.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Moab, etc. Le mot Moab est considéré tantôt comme un nom de peuple, nom collectif, et tantôt comme un nom de ville ; voilà pourquoi il est employé alternativement comme masculin, comme féminin et comme pluriel, tant dans l’hébreu que dans la Vulgate.

Elle montera tout éplorée par la colline de Luith ; parce que les ennemis ont entendu dans la descente d’Oronaïm les cris et les hurlements de son peuple taillé en pièces.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Luith. Voir Isaïe, 15, 5.

Fuyez, sauvez vos âmes, et cachez-vous comme des bruyères dans le désert.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jérémie, 17, 6. ― Vos âmes ; c’est-à-dire vos personnes, vous.

Parce que vous avez mis votre confiance dans vos fortifications et dans vos trésors, vous serez prise aussi comme les autres, et Chamos sera mené captif avec ses prêtres et ses princes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Chamos ; était la principale divinité des Moabites.

Il n’y aura point de ville qui ne soit attaquée par l’ennemi ; il n’y aura point de ville qui échappe. Les vallées seront au pillage, et les campagnes seront ravagées, parce que c’est le Seigneur qui l’a dit.

Quelque florissante que soit Moab, elle sera au milieu de tout son éclat emmenée captive ; ses villes seront désertes et inhabitées.

Maudit celui qui fait l’œuvre de Dieu avec fraude et déguisement ! maudit celui qui retient son épée, et qui l’empêche de verser le sang !

Moab dès sa jeunesse a été dans l’abondance ; il s’est reposé sur sa lie ; on ne l’a point fait passer d’un vaisseau dans un autre, et il n’a point été emmené captif. C’est pourquoi son goût lui est toujours demeuré, et son odeur ne s’est point changée.

Mais voici le temps, dit le Seigneur, où je lui enverrai des gens pour déranger et pour renverser ses vases pleins de vin. Ils le renverseront lui-même ; ils videront ses vaisseaux, et ils briseront jusqu’à ses petits vases.

Et Chamos donnera de la confusion à Moab, comme Bethel est devenu le sujet de la confusion de la maison d’Israël, qui y avait mis sa confiance.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Chamos. Voir le verset 7. ― Béthel ; ville sur les confins des tribus d’Ephraïm et de Benjamin, et dans laquelle Jéroboam introduisit un culte idolâtrique (voir 3 Rois, 12, 29).

Comment dites-vous : Nous sommes forts, et nous sommes vaillants pour combattre ?

Moab a été détruit, ses villes ont été brûlées, les plus vaillants de ses jeunes gens ont été égorgés, dit le Roi qui a pour nom le Dieu des armées.

La destruction de Moab est proche, et sa ruine va venir très-promptement.

Consolez-le, vous tous qui êtes autour de lui ; vous tous qui avez entendu parler de son nom, dites : Comment ce sceptre si fort, ce sceptre de gloire a-t-il été brisé ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Verge, bâton ; c’est-à-dire sceptre. C’est par ironie que Jérémie emploie les mots puissant ou fort (fortis) et glorieux ; car les Moabites étaient le peuple le plus vain et le plus orgueilleux. Comparer au verset 29.

Descends de ta gloire, et repose-toi dans l’indigence et dans la soif, fille habitante de Dibon ; parce que l’ennemi qui a ravagé Moab, montera sur tes murs et renversera tes remparts.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Habitante ; littéralement et par métonymie habitation. ― La fille de Dibon. Les Orientaux appellent filles les villes d’un pays ; nous en avons déjà fait la remarque. Dibon avait de très belles eaux ; mais comme ces belles eaux devaient être remplies de sang, d’après une prophétie d’Isaïe (voir Isaïe, 15, 9), Jérémie lui prédit qu’elle sera obligée de se sauver dans le désert, dans des lieux secs et arides, où elle souffrira la soif.

Habitante d’Aroër, tenez-vous sur le chemin, et regardez ce qui se passe ; interrogez celui qui s’enfuit, et dites à celui qui se sauve : Qu’est-il arrivé ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Habitante. Voir le verset précédent. ― Aroër ; ville située sur l’Arnon à l’extrémité méridionale du pays de Moab. ― Aroër sur l’Arnon, aujourd’hui Araîr, appartenait à la tribu de Ruben, dont l’Arnon formait la frontière méridionale. Nous voyons par ce passage que Moab s’était rendu maître de cette ville, qui était située vis-à-vis d’Ar Moab.

Moab est confus, parce qu’il a été vaincu. Hurlez, criez, publiez sur l’Arnon, que la grande Moab a été détruite.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Arnon ; fleuve sur la frontière septentrionale de Moab, entre les Moabites et les Amorrhéens (voir Nombres, 21, 13).

Le jugement de Dieu est tombé sur la campagne, sur Hélon, sur Jasa, sur Méphaath,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Hélon, Jasa, Méphaath ; villes de Moab, qui appartenaient autrefois à la tribu de Ruben.

sur Dibon, sur Nabo, sur la maison de Déblathaïm,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Déblathaïm ; en hébreu Beth-Déblathaïm ; c’est-à-dire maison de Déblathaïm, est peut-être la même que Helmon-Déblathaïm (voir Nombres, 33, 46).

sur Cariathaïm, sur Bethgamul, sur Bethmaon,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Cariathaïm. Voir le verset 1. ― Bethgamul ; inconnue d’ailleurs. ― Bethmaon ; peut-être la même que Béelméon, près de l’Arnon (voir 1 Paralipomènes, 5, 8 ; Ezéchiel, 25, 9).

sur Carioth, sur Bosra, et sur toutes les villes de Moab, ou voisines, ou éloignées.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Carioth ; selon plusieurs la même que Carioth, mentionnée plus bas, voir verset 41. Voir Josué, 15, 25 et Amos, 2, 2. ― Bosra. C’est, selon les uns, la même que Bosra, ville célèbre de l’Idumée dont il est question plus loin, voir Jérémie, 49, 13 ; Genèse, 36, 33, etc., par la raison qu’elle était située sur les confins de Moab et de l’Idumée, et qu’elle avait été occupée par les Moabites et par les Iduméens ; mais, selon les autres, c’était une ville différente de celle-là. ― Bosra ou Bostra, dans le Hauran, est identifiée par plusieurs savants avec Astaroth-Carnaïm.

La corne de Moab a été rompue, et son bras a été brisé, dit le Seigneur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La corne ; chez les Hébreux, symbole de la force.

Enivrez Moab, parce qu’il s’est élevé contre le Seigneur ; qu’il se blesse la main en tombant sur ce qu’il avait vomi ; et qu’il devienne lui-même le sujet de la moquerie des hommes.

Car vous vous êtes, ô Moab ! moqué d’Israël, comme d’un voleur qui est surpris au milieu de ses complices, et vous serez vous-même mené captif, à cause de la dureté avec laquelle vous avez parlé de lui.

Abandonnez les villes, et demeurez dans les roches, habitants de Moab. Soyez comme la colombe qui fait son nid dans les plus hautes ouvertures des rochers.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Habitez dans la pierre ; dans les cavernes qui sont nombreuses dans le pays de Moab comme en Palestine et où l’on cherchait un refuge en temps de guerre.

Nous avons appris l’orgueil de Moab, il est extraordinairement superbe ; nous connaissons son élèvement, son insolence, son orgueil et la fierté de son cœur altier.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 16, 6.

Je sais, dit le Seigneur, quelle est sa présomption ; que sa force ne répond pas à sa vanité, et que ses efforts ont été beaucoup au delà de son pouvoir.

C’est pourquoi je répandrai des larmes sur Moab, j’adresserai mes cris à toute la ville de Moab ; je joindrai mes pleurs à ceux des habitants de ses murailles de brique.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Hommes, c’est-à-dire habitants. ― Mur de briques ; est la traduction du nom de la ville de Kirkhérés, aujourd’hui Kerak, une des places les plus fortes de Moab.

O vigne de Sabama ! je vous pleurerai comme j’ai pleuré Jazer. Vos rejetons ont passé la mer, ils se sont étendus jusqu’à la mer de Jazer. L’ennemi a ravagé vos blés et vos vignes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Du pleur, etc. Voir sur ce verset, Isaïe, 16, 9. ― Jazer. Voir Nombres, note 21.32.

La joie et la réjouissance ont été bannies de ce Carmel, et de la terre de Moab. J’ai fait cesser le vin des pressoirs, et ceux qui foulaient les raisins ne chanteront plus leurs chansons ordinaires.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Au Carmel ; c’est-à-dire aux campagnes les plus fertiles. Comparer, sur ce verset, à Isaïe, 16, 10.

Les cris d’Hésébon ont pénétré jusqu’à Eléalé et jusqu’à Jasa : ils ont fait entendre leur voix depuis Ségor jusqu’à Oronaïm ; ils poussent des cris comme une génisse de trois ans : les eaux mêmes de Nemrim deviendront très-mauvaises.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Par un cri, etc. Ce verset a été expliqué dans Isaïe, 15, 5.

Et je bannirai de Moab, dit le Seigneur, tous ceux qui présentaient leurs oblations sur les hauts lieux, et qui sacrifiaient à ses dieux.

C’est pourquoi mon cœur poussera des soupirs sur Moab, et imitera les sons de la flûte ; mon cœur imitera ces sons en faisant retentir ses gémissements sur les habitants de ses murailles de brique. Ils se sont perdus, parce qu’ils ont voulu faire plus qu’ils ne pouvaient.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un son de flûte. Chez les Hébreux, comme chez d’autres peuples de l’antiquité, on jouait de la flûte aux funérailles et dans le deuil aussi bien que dans les fêtes et les réjouissances. ― Hommes. Voir le verset 31. ― Parce qu’il a fait, etc. ; c’est-à-dire parce que dans son orgueil et sa présomption, Moab a entrepris une chose très périlleuse pour lui, en s’opposant aux Chaldéens et en voulant mesurer ses forces avec ces vainqueurs de l’Asie.

Toutes les têtes seront sans cheveux, et toutes les barbes seront rasées ; ils auront tous les mains liées, et le cilice sur le dos.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 15, 2 ; Ezéchiel, 7, 18. ― Enumération des signes de deuil et de désolation.

On n’entendra que pleurs et soupirs sur tous les toits de Moab et dans toutes ses places ; parce que j’ai brisé Moab comme on brise un vase inutile, dit le Seigneur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sur tous les toits. Les toits étaient en plate-bande, on y montait dans les calamités publiques.

Comment la ville de Moab a-t-elle été vaincue ? Comment a-t-elle jeté tant de cris et de hurlements ? Comment a-t-elle enfin baissé la tête dans la confusion dont elle est couverte ? Moab deviendra un sujet de raillerie, et un exemple redoutable à tous ceux qui l’environnent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ont-ils ; par hébraïsme, Moab est prise ici pour les Moabites.

Voici ce que dit le Seigneur : L’ennemi va prendre son vol comme un aigle, il étendra ses ailes et viendra fondre sur Moab.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il volera, il étendra ; c’est-à-dire l’ennemi, Nabuchodonosor.

Carioth est prise, l’ennemi s’est saisi de ses remparts, et en ce jour-là le cœur des plus vaillants de Moab sera semblable à celui d’une femme qui est dans le travail de l’enfantement.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Carioth. Voir le verset 24.

Moab cessera d’être peuple, parce qu’il s’est glorifié contre le Seigneur.

La frayeur, la fosse et le piège vous attendent, ô habitant de Moab ! dit le Seigneur.

Qui aura fui dans son épouvante, tombera dans la fosse ; et qui se sera tire de la fosse, sera pris au piège. Car je vais faire venir sur Moab l’année où je les visiterai dans ma colère, dit le Seigneur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 24, 18. ― Leur visite ; leur châtiment, leur punition.

Ceux qui fuyaient le piège, se sont arrêtés à l’ombre d’Hésébon ; mais le feu est sorti d’Hésébon, et la flamme au milieu de Séhon : elle a dévoré une partie de Moab, et les principaux des enfants de confusion et de tumulte.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De Séhon ; c’est-à-dire, de la vallée de Séhon, d’Hésébon. Jérémie applique ici un ancien proverbe qui se lit dans le livre des Nombres (voir Nombres, 21, 27), et qui était fondé sur ce que Séhon, roi des Amorrhéens, dont la capitale était Hésébon, avait fait la guerre aux Moabites, et avait pris une partie de leur pays. Remarquons que dans le passage des Nombres, la Vulgate et les Septante lisent le mot ville, aussi bien que l’hébreu. ― Le sommet (verticem) ; l’élite. ― Des fils du tumulte ; des soldats.

Malheur à vous, ô Moab ! Vous êtes perdu, peuple de Chamos ; vos fils et vos filles ont été emmenés en captivité.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Peuple de Chamos ; c’est-à-dire, adorateurs de Chamos. Voir le verset 7.

Mais dans les derniers jours je ferai revenir les captifs de Moab, dit le Seigneur. Jusqu’ici ce sont les jugements du Seigneur contre Moab.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Mais je ramènerai, etc. Après la captivité de Babylone, comme on le croit assez généralement, les Moabites revinrent, comme les Juifs, dans leur patrie. Encore du temps de Jésus-Christ ils avaient un pays à eux, mais dans la suite ils se sont perdus dans les tribus arabes.