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Jérémie 2

LE Seigneur me parla un jour, et me dit :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Disant (dicens). Voir, sur ce mot, Jérémie, 1, 4.

Allez, et criez aux oreilles de Jérusalem ; dites-lui : Voici ce que dit le Seigneur : Je me suis souvenu de vous, de la compassion que j’ai eue de votre jeunesse, de l’amour que j’eus pour vous, lorsque je vous pris pour mon épouse, quand vous me suivîtes dans le désert, dans une terre qui n’était point semée.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Je me suis souvenu, etc. La plupart des interprètes expliquent ainsi ce passage : Je me souviens des premiers temps de ton alliance avec moi, et j’ai la douleur de me voir forcé aujourd’hui de te faire des reproches d’infidélité, et de te répudier, après les bontés que j’ai eues pour toi, et la tendresse que je t’ai témoignée dans le temps que je te conduisais dans les déserts d’Arabie.

Israël fut alors consacré au Seigneur, il fut choisi pour être les prémices de ses fruits. Tous ceux qui le dévorent font un crime ; les maux viendront fondre sur eux, dit le Seigneur.

Ecoutez la parole du Seigneur, maison de Jacob, et toutes les familles de la maison d’Israël.

Voici ce que dit le Seigneur : Quelle injustice vos pères avaient-ils trouvée en moi, lorsqu’ils se sont éloignés de moi ; lorsqu’ils ont suivi la vanité, et qu’ils sont devenus vains eux-mêmes ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Michée, 6, 3.

Et ils n’ont point dit : Où est le Seigneur qui nous a fait monter de la terre d’Egypte, qui nous a conduits par le désert au travers d’une terre inhabitée et inaccessible, d’une terre sèche et aride, qui était l’image de la mort, d’une terre par où jamais homme n’a passé, et où jamais homme n’a demeuré ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A travers le désert du Sinaï, qui est aride et presque inhabitable.

Je vous ai fait entrer dans une terre de délices pour en manger les fruits et pour jouir de ses biens ; et après y être entrés, vous avez souillé ma terre, et vous avez fait de mon héritage un lieu d’abomination.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Une terre de carmel ; une terre très fertile. On donne le nom de Carmel à plusieurs endroits de la Palestine, à cause de leur grande fertilité.

Les prêtres n’ont point dit : Où est le Seigneur ? Les dépositaires de la loi ne m’ont point connu ; les pasteurs ont été les violateurs de mes préceptes ; les prophètes ont prophétise au nom de Baal, et ils ont adoré et suivi des idoles.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Baal ; le Dieu des Chananéens. Plusieurs faux prophètes prophétisaient en son nom.

C’est pourquoi j’entrerai encore en jugement avec vous, dit le Seigneur, et je soutiendrai la justice de ma cause contre vos enfants.

Passez aux îles de Céthim, et voyez ce qui s’y fait ; envoyez en Cédar, et considérez bien ce qui s’y passe ; et voyez s’il s’y est fait quelque chose de semblable :

s’ils ont changé leurs dieux qui certainement ne sont point des dieux. Et cependant mon peuple a changé sa gloire en une idole.

O cieux ! frémissez d’étonnement sur ceci ; pleurez, portes du ciel, et soyez inconsolables, dit le Seigneur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Portes du ciel ; c’est ainsi qu’on traduit généralement les mots de la Vulgate portæ ejus, en supposant que ejus est mis pour eorum. Il est certain que cet énallage de nombre n’est pas rare dans la Bible.

Car mon peuple a fait deux maux : ils m’ont abandonné, moi qui suis une source d’eau vive ; et ils se sont creusé des citernes entr’ouvertes, des citernes qui ne peuvent retenir l’eau.

Israël est-il un esclave, ou un enfant d’esclave ? Pourquoi a-t-il donc été exposé en proie ?

Les lions se sont jetés sur lui en rugissant, ils l’ont attaqué avec de grands cris : sa terre a été réduite en un désert ; ses villes ont été brûlées, sans qu’il y ait personne qui y demeure.

Les enfants de Memphis et de Taphnès, ô Jérusalem ! vous ont corrompue depuis la plante des pieds jusqu’à la tête.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Memphis et Taphnès, appelée ailleurs Taphnis, les deux villes principales d’Egypte.

Et d’où cela vous est-il arrivé, sinon de ce que vous avez abandonné le Seigneur, votre Dieu, lorsqu’il vous conduisait lui-même dans votre chemin ?

Maintenant donc qu’allez-vous chercher dans la voie de l’Egypte ? est-ce pour y boire de l’eau bourbeuse du Nil ? Et qu’allez-vous chercher dans la voie des Assyriens ? est-ce pour y boire de l’eau du fleuve de l’Euphrate ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De l’eau bourbeuse ; c’est-à-dire du Nil. ― D’un fleuve ; de l’Euphrate. ― L’eau du Nil est ordinairement trouble et limoneuse.

Votre malice vous accusera, et votre éloignement de moi s’élèvera contre vous. Sachez et comprenez quel mal c’est, et combien il vous est amer d’avoir abandonné le Seigneur, votre Dieu, et de n’avoir plus ma crainte devant les yeux, dit le Seigneur, le Dieu des armées.

Vous avez brisé mon joug depuis longtemps ; vous avez rompu mes liens ; vous avez dit : Je ne servirai point. Vous vous êtes prostituée comme une femme impudique sur toutes les collines élevées, et sous tous les arbres chargés de feuillage.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jérémie, 3, 6.

Pour moi, je vous avais plantée comme une vigne choisie où je n’avais mis que de bon plant. Comment donc êtes-vous devenue pour moi un plant bâtard, ô vigne étrangère ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 5, 1 ; Matthieu, 21, 33.

Quand vous vous laveriez avec du nitre, et que vous vous purifieriez avec une grande abondance d’herbe de borith, vous demeurerez toujours souillée devant moi dans votre iniquité, dit le Seigneur Dieu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Nitre, borith. Le nitre dont il est question ici est le natron ou carbonate de soude natif. On le trouve dans plusieurs lacs d’Egypte, en particulier dans le désert de Nitrie auquel il donnait son nom ; il forme des efflorescences ou des croûtes blanchâtres et jaunâtres, ou bien des souches de 0,50 centimètre à 1 mètre. On s’en est toujours servi en Egypte comme de savon. On s’en servait aussi en Palestine pour le même usage. Mais outre ce savon minéral, on employait aussi un savon végétal, produit par la plante appelée en hébreu borith. On ne sait pas d’ailleurs d’une manière certaine quelle est la plante ainsi nommée. D’après les uns, c’est une espèce de saponaire, servant à laver et produisant, quand elle est frottée avec de l’eau, une mousse savonneuse ; d’après d’autres, c’est, soit le salsola kali, soit la salicorne, qu’on trouve en abondance dans les environs de la mer Morte, et dont les cendres fournissent la matière première du savon.

Comment dites-vous : Je ne me suis point corrompue, je n’ai point couru après Baal ? Voyez les traces de vos pas qui sont encore dans la vallée, et considérez ce que vous y avez fait. Jérusalem est comme un chevreuil qui poursuit sa course avec une extrême légèreté.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Baalim ; pluriel hébreu de Baal, c’est-à-dire maître, seigneur, désigne les idoles de ce faux dieu. ― La vallée ; probablement la vallée dite du fils d’Ennom, où l’on sacrifiait les enfants à Moloch. Comparer à Jérémie, 7, 32 ; 19, 2. ― Coureur ; selon l’hébreu, jeune femelle de chameau. ― Etendant ses voies ; courant d’un mâle à l’autre.

C’est un âne sauvage accoutumé à vivre dans le désert, qui sentant de loin ce qu’il aime, court après avec ardeur, sans que rien puisse l’en détourner. Tous ceux qui la cherchent n’auront point de peine à la trouver : car ils la trouveront dans ses souillures.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Anesse sauvage. La Vulgate, comme le texte hébreu, fait ce nom masculin et féminin parce qu’il est épicène, c’est-à-dire, commun aux deux sexes. ― Le vent de son amour ; c’est-à-dire, le mâle. ― Tous ceux qui la cherchent, etc. ; les mâles pourront la suivre aisément à la piste, parce qu’elle répand une liqueur semblable à celle qu’on appelle hippomanès, dans les juments.

Je vous ai dit : Empêchez que votre pied ne marche nu, et que votre gorge ne devienne toute sèche de soif à force de courir. Vous avez répondu : J’ai perdu toute espérance, je n’en ferai rien : car j’aime les étrangers avec passion, et ce sont eux que je veux suivre.

Comme un voleur est confus lorsqu’il est surpris, ainsi la maison d’Israël, ses rois, ses princes, ses prêtres et ses prophètes ont été couverts de confusion.

Car ayant dit au bois, Vous êtes mon père ; et à la pierre, Vous m’avez donné la vie ; ils m’ont tourné le dos, et non le visage : et au temps de leur affliction ils viendront me dire : Hâtez-vous de nous délivrer.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jérémie, 32, 33. ― Au bois, et à la pierre ; c’est-à-dire aux idoles de bois et de pierre.

Alors je leur répondrai : Où sont vos dieux que vous vous êtes faits ? Qu’ils se hâtent de vous délivrer maintenant que vous êtes dans l’affliction. Car il s’est trouvé dans vous, ô Juda ! autant de dieux que de villes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jérémie, 11, 13.

Pourquoi voulez-vous entrer avec moi en jugement ? Vous m’avez tous abandonné, dit le Seigneur.

C’est en vain que j’ai frappé vos enfants : ils n’ont point reçu le châtiment. Votre épée s’est enivrée du sang de vos prophètes ; votre race est comme un lion qui ravage tout.

Ecoutez, peuple, la parole du Seigneur : Suis-je devenu pour Israël un désert stérile, et une terre tardive, qui ne porte point de fruit ? Pourquoi donc mon peuple a-t-il dit : Nous nous retirons, nous ne viendrons plus à vous ?

Une fille peut-elle oublier les ornements dont elle se pare, ou une épouse l’écharpe qu’elle porte sur son sein ? Et cependant mon peuple m’a oublié durant un temps infini.

Pourquoi voulez-vous justifier votre conduite pour rentrer en grâce avec moi ; puisque vous avez même enseigné aux autres le mal que vous faites ;

et qu’on a trouvé dans vos mains le sang des âmes pauvres et innocentes ? Je les ai trouvées assassinées, non dans les fosses, mais dans les mêmes lieux dont j’ai parlé auparavant.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans tous les lieux, etc. Voir les versets 20 et 23.

Et cependant vous avez dit : Je suis sans péché ; je suis innocente : que votre fureur s’éloigne de moi. Je vais donc entrer en jugement avec vous, puisque vous dites : Je n’ai point péché.

Combien êtes-vous devenue méprisable en retombant dans vos premiers égarements ! Vous serez confondue par l’Egypte, comme vous l’avez été déjà par l’Assyrie.

Car vous sortirez de l’Egypte tout éplorée, tenant vos mains sur votre tête ; parce que le Seigneur brisera cet appui où vous avez mis votre confiance, et que vous ne pourrez en tirer aucun avantage.