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Sagesse 14

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Crédits

Enregistrement réalisé par Jean-Marie Weber, mission-web.com, d'après la Bible Crampon (1923).

Mis à disposition sous licence Creative Commons Attribution, Pas d'utilisation commerciale, Pas de modification 2.0 France, dont les conditions sont :

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En voici un autre qui pense à prendre la mer, et se dispose à voyager sur les flots en fureur : il invoque un bois plus fragile encore que le vaisseau qui le porte ;

car, ce vaisseau, c’est la passion du lucre qui l’a inventé, et c’est l’habileté de l’ouvrier qui l’a construit.

Mais, ô Père, c’est votre providence qui le gouverne, vous qui avez même ouvert un chemin dans la mer, et une route sûre au milieu des flots,

montrant par là que vous pouvez délivrer de tout péril, afin que, même sans la science de la navigation, on puisse se mettre en mer. Vous ne voulez pas que les œuvres de votre sagesse restent inutiles ; c’est pourquoi les hommes, confiant leur vie à un bois fragile,

traversent les vagues sur un radeau, et échappent à la mort.

Et jadis, alors que les géants orgueilleux périssaient, l’espérance de l’univers échappa sur une barque, et, gouvernée par votre main, laissa au monde la semence d’une postérité.

Car béni est le bois qui sert à un juste usage.

Commentaire (versets 2 à 7) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 2 à 7 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Ces versets forment une parenthèse, dans laquelle l’auteur montre comment, avec la permission de Dieu, la navigation a été inventée par les hommes, afin de faire éclater sa toute-puissance et comment Dieu s’en est servi dans le déluge pour répandre ses bénédictions sur le genre humain. Béni est le bois, etc. ; expression mystérieuse dans laquelle les Pères découvrent le bois de la croix du Sauveur, laquelle, contribuant à son sacrifice, a procuré au monde le don de la justice qu’il nous a méritée par son sang. Ce bois sacré est figuré par le bois même de l’Arche qui sauva Noé et sa famille.

Mais l’idole, œuvre de la main des hommes, est maudite, elle et son auteur : celui-ci parce qu’il l’a faite, celle-là parce qu’étant périssable, elle est appelée dieu ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Psaumes, 113, 4 ; Baruch, 6, 3.

car Dieu hait également l’impie et son impiété,

et l’œuvre et l’ouvrier seront pareillement châtiés.

C’est pourquoi les idoles des nations seront visitées, parce que, créatures de Dieu, elles sont devenues une abomination, un scandale pour les âmes des hommes, un piège pour les pieds des insensés.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Pour les idoles des nations, etc. ; c’est-à-dire qu’elles ne seront pas épargnées, mais renversées et détruites. C’est ce que les prophètes avaient prédit. Voir Isaïe, 2, 20 ; Jérémie, 10, 5 ; Ezéchiel, 30, 13 ; Zacharie, 13, 2. Comparer au verset 13.

L’idée de faire des idoles fut le principe de la fornication, et leur invention a amené la perte de la vie.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La recherche des idoles ; c’est le premier essai qui a été fait pour en fabriquer. Or ce premier essai a été suivi de la fornication, qui est devenue une partie du culte des idoles. Par fornication, quelques interprètes entendent l’idolâtrie elle-même, qui est souvent appelée de ce nom. ― Leur découverte, etc. Une fois trouvé et établi, le culte des idoles a introduit la corruption, c’est-à-dire, outre la fornication, toute sorte d’affreux dérèglements parmi les hommes.

Il n’y en avait pas à l’origine et il n’y en aura pas toujours.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Car elles n’étaient pas au commencement. Les idoles n’existaient pas, en effet, lorsque fut créé le premier homme, qui ne connut et n’adora qu’un Dieu, son créateur. Par conséquent, l’idolâtrie, qui ne fut introduite que dans des temps postérieurs par des hommes pervers, loin d’être conforme à la nature de l’homme, y est entièrement opposée. ― Elles ne seront pas pour toujours. Les prophètes l’avaient prédit (voir verset 11), et la prédication de l’Evangile a confirmé leur prédiction ; car depuis la venue du Messie, qui lui a porté un coup mortel, l’idolâtrie n’a cessé de diminuer.

C’est la vanité des hommes qui les a introduites dans le monde ; aussi leur fin prochaine est-elle arrêtée dans la pensée divine.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

S’est trouvée prompte (est inventus). Le verbe étant au passé dans le grec comme dans la Vulgate, l’auteur sacré fait sans doute allusion à la destruction du monde par le déluge, ou à quelque autre évènement antérieur à son époque, mais dont l’histoire ne nous a laissé aucune mention.

Un père accablé par une douleur prématurée a façonné l’image d’un fils qui lui a été trop tôt enlevé ; et cet enfant qui était mort, il s’est mis à l’honorer comme un dieu, et il a institué parmi les gens de sa maison des rites pieux et des cérémonies.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Une des causes de l’idolâtrie fut le regret excessif causé par la perte des parents et des amis. Voir 2 Machabées, 11, 23. ― Il établit pour lui parmi ses serviteurs un culte et des sacrifices. C’est ce qui avait lieu en particulier en Egypte.

Puis, cette coutume impie, s’affermissant avec le temps, fut observée comme une loi, et, sur l’ordre des princes, on adora les statues.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et par le commandement, etc. Voir Daniel, 3, 1-22.

Quand on ne pouvait les honorer en face, parce qu’ils habitaient trop loin, on se représentait leur lointaine figure, et l’on façonnait une image visible du roi vénéré, afin de rendre à l’absent des hommages aussi empressés que s’il eût été présent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

On avait divinisé les rois dans divers pays. En Egypte, les Lagides payaient régulièrement des sommes destinées à rendre les honneurs divins à leurs prédécesseurs.

Et, pour le succès de la superstition, ceux qui ne le connaissaient pas y furent amenés par l’ambition de l’artiste.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et les adorateurs ignorants ; littéralement et ceux qui ignoraient (et hos qui ignorabant). Cet accusatif hos de la Vulgate peut être le régime de la préposition ad, exposant du premier complément culturam du verbe provexit, ou second complément de ce même verbe ; car ces deux sortes de constructions sont également usitées, au moins en hébreu.

Celui-ci, en effet, désireux de plaire au maître puissant, épuisa tout son art à embellir le portrait.

Et la foule des hommes, séduite par l’élégance de l’œuvre, regarda comme un dieu celui qui naguère était honoré comme un homme.

Ce fut un piège pour les vivants que les hommes, sous l’influence de l’infortune ou de la tyrannie, eussent donné à la pierre ou au bois le nom incommunicable.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le nom incommunicable, le nom de Dieu, Jéhovah, qui ne se communique pas aux créatures, comme quelques autres, par exemple Elôhim, Adônâï. Les Juifs, par respect, ne le prononcent jamais ; ils y subsistent Adônâï, que les Septante et la Vulgate ont constamment traduit par le Seigneur. Phrase suivante supprimée.

Bientôt ce ne fut pas assez pour eux d’errer dans la notion de Dieu ; vivant dans un état de lutte violente, par suite de leur ignorance, ils appelaient du nom de paix de tels maux.

Célébrant des cérémonies homicides de leurs enfants ou des mystères clandestins, et se livrant aux débauches effrénées de rites étranges,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Deutéronome, 18, 10 ; Jérémie, 7, 6. ― En immolant leurs propres enfants. Voir Sagesse, note 12.4-5. Cet usage barbare subsistait encore à Carthage, quand écrivait l’auteur de la Sagesse. ― Ou faisant des sacrifices clandestins, allusion aux mystères, tels que ceux d’Eleusis, etc. ― Célébrant des villes pleines d’une brutalité furieuse, dans les orgies du culte de Bacchus, voir 2 Machabées, 6, 4 ; Romains, 13, 13 ; Baruch, 6, 43.

ils n’ont plus gardé de pudeur ni dans leur vie, ni dans leurs mariages. L’un tue l’autre par la trahison, ou l’outrage par l’adultère.

C’est partout un mélange de sang et de meurtre, de vol et de tromperie, de corruption et d’infidélité, de révolte et de parjure,

de persécution des gens de bien, d’oubli des bienfaits, de souillure des âmes, de crimes contre nature, d’instabilité dans les unions, d’adultère et d’impudicité.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le changement de naissance ; la confusion dans la naissance des enfants, dont la vraie origine ne saurait être assurée au milieu d’une si affreuse corruption des mariages.

Car le culte des idoles sans nom est le principe, la cause et la fin de tout mal.

Leurs divertissements sont de folles joies, et leurs oracles, des mensonges ; ils vivent dans l’injustice et se parjurent sans scrupule.

Comme ils mettent leur confiance en des idoles sans vie, ils n’attendent aucun préjudice de leurs parjures.

Mais un juste châtiment les frappera pour ce double crime : parce que, s’attachant aux idoles, ils ont eu sur Dieu des pensées perverses, et parce qu’ils ont fait par fourberie des serments contre la justice, au mépris des plus saintes lois.

Ce n’est pas la puissance des idoles par lesquelles ils ont juré, c’est le châtiment dû aux pécheurs qui atteint toujours la prévarication des impies.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Parmi les païens, il s’en trouvait qui croyaient que les dieux punissaient quelquefois les parjures ; le Sage leur montre ici que, si cela arrive, ce n’est pas à ces fausses divinités qu’il faut l’attribuer, mais au souverain Seigneur.