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1 Machabées 8

Le nom des Romains fut alors connu de Judas : il sut qu’ils étaient puissants, qu’ils étaient toujours prêts à accorder toutes les demandes qu’on leur faisait ; qu’ils avaient fait amitié avec tous ceux qui s’étaient venus joindre à eux, et que leur puissance était grande.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Judas apprit, etc. ; littéralement, Judas apprit le nom des Romains, qu’ils étaient, etc. ; genre de construction hébraïque, dont la Bible fournit de nombreux exemples. ― Très puissants ; littéralement, et par hébraïsme, puissants en forces.

Il avait aussi ouï parler des combats qu’ils avaient donnés, et des grandes actions qu’ils avaient faites dans la Galatie, et comment ils s’étaient rendus maîtres de ces peuples ; et les avaient rendus tributaires ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les Juifs ; est évidemment le sujet sous-entendu du verbe pluriel apprirent (audierunt). ― La Galatie se prenant aussi en grec pour la Gaule, les uns expliquent ceci d’une partie de la Galatie qui était soumise aux Romains, et les autres, des Gaulois de la Narbonnaise, qui étaient alors tributaires des Romains. Il est certain que l’an 189 avant Jésus-Christ, les Romains, sous la conduite du consul Manlius Vulso, vainquirent les Galates, peuples de l’Asie Mineure, dans deux combats.

Il avait encore appris tout ce qu’ils avaient fait dans l’Espagne ; de quelle manière ils avaient réduit en leur puissance les mines d’or et d’argent qui sont en ce pays-là, et avaient conquis toutes ces provinces par leur conseil et leur patience ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

D’Espagne. Les Phéniciens avaient longtemps tiré d’Espagne des métaux précieux. Les Romains tenaient aussi particulièrement à la possession de ce pays à cause de ses mines. Il fut une des causes principales de la seconde guerre punique, et abandonné formellement aux Romains par les Carthaginois après la bataille de Zama en 201.

Qu’ils avaient assujetti des pays très-éloignés d’eux ; qu’ils avaient vaincu des rois qui étaient venus les attaquer de l’extrémité du monde, et avaient fait un grand carnage de leurs armées ; et que les autres leur payaient tribut tous les ans ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les rois qui étaient venus contre eux des extrémités de la terre, les rois qui régnaient en Espagne et aussi les généraux carthaginois, à qui les anciens donnaient souvent le titre de roi.

Qu’ils avaient vaincu Philippe, et Persée, roi des Cétéens, et les autres qui avaient pris les armes contre eux, et qu’ils s’étaient rendus maîtres de leur pays ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Céthéens ou Macédoniens. Comparer à 1 Machabées, 1, 1. ― Philippe III, roi de Macédoine, fils de Démétrius II (221-179) fut complètement battu, après une guerre de plusieurs années à Cynocéphale en 197 et obligé de signer une paix humiliante. ― Persée, son fils naturel et son successeur, dernier roi de Macédoine (179-168) fut battu en 168 à Pydna, par Paul-Emile, et conduit en triomphe à Rome, où il mourut en prison vingt ans après. ― Tous les autres, qui avaient fourni des troupes à Persée, les Epirotes, les Thessaliens, les Thraces, les Illyriens.

Qu’Antiochus-le-Grand, roi d’Asie, les ayant attaqués avec une puissante armée, avec six vingts éléphants, et beaucoup de cavalerie et de chariots, ils l’avaient défait entièrement ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

D’Asie. Ce nom désigne dans l’Ecriture tout ou partie de l’Asie Mineure. ― Antiochus III le Grand portait le titre de roi d’Asie comme souverain de la Syrie et d’une grande partie de l’Asie Mineure. Après plusieurs combats, il fut complètement défait par les Romains à la bataille de Magnésie (189) et il dut céder à ses vainqueurs, qui les donnèrent à Eumène II, roi de Pergame, ses possessions à l’ouest du Taurus, la Mysie, la Lydie et la Phrygie.

Qu’ils l’avaient pris vif, et l’avaient obligé, lui et les rois ses successeurs, de payer un grand tribut, et de leur donner des otages, et tout ce dont ils étaient convenus ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un grand tribut, quinze mille talents eubéens (ou plus de quatre-vingt trois millions). Cinq cent talents devaient être payés à la conclusion des négociations ; deux mille cinq cents à la ratification de la paix, et les douze mille restants pendant les douze années suivantes, mais les paiements ne furent pas faits régulièrement, de sorte qu’Antiochus Epiphane avait encore à payer les arrérages en 173, au rapport de Tite-Live. ― Qu’il donnerait des otages. Antiochus Epiphane fut un des ces otages. Voir plus haut, 1 Machabées, 8, 7. ( ?)

Savoir, le pays des Indiens, des Mèdes, et des Lydiens, les plus belles de leurs provinces, qu’ils avaient ensuite données au roi Eumène ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Comme du temps de Judas Machabée les Romains n’avaient porté leurs armes ni dans les Indes, ni dans la Médie, quelques interprètes pensent qu’on doit lire Ioniens, au lieu d’Indiens, et Mysiens, au lieu de Mèdes ; mais il faut remarquer que, pour la vérité de l’histoire, il suffit que les Juifs l’eussent ainsi entendu dire. ― Eumène II, roi de Pergame (197-159), fils et successeur d’Attale Ier, avait hérité de son père la faveur et l’alliance des Romains. Ceux-ci le récompensèrent des services qu’il leur avait rendus et de la part qu’il avait prise à la victoire de Magnésie, en commandant son contingent de troupes en personne, par le don de plusieurs provinces enlevées à Antiochus le Grand. Voir le verset 6.

Que ceux de la Grèce ayant voulu marcher contre eux pour les perdre, ils en furent avertis,

Et qu’ils avaient envoyé contre eux un de leurs généraux ; qu’ils les combattirent, et en tuèrent un grand nombre ; qu’ils emmenèrent leurs femmes captives avec leurs enfants, pillèrent et assujettirent leur pays, détruisirent les murailles de leurs villes, et les réduisirent en servitude comme ils sont encore aujourd’hui ;

Commentaire (versets 9 à 10) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 9 à 10 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Ce qui est dit des événements de Grèce est vague, sans doute parce que la renommée n’avait rien faire connaître de bien précis en Palestine sur ce qui s’était passé en Grèce. L’auteur sacré rapporte simplement les bruits qui étaient arrivés aux oreilles de Judas Machabée. Ils contiennent une allusion à l’alliance que les Etoliens avaient cherché à nouer avec Antiochus III le Grand.

Qu’ils avaient ruiné et soumis A leur empire les autres royaumes, et toutes les îles qui leur avaient résisté ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le reste des royaumes et les îles, la Sicile, la Sardaigne et les îles grecques de l’Archipel.

Mais qu’ils conservaient soigneusement les alliances qu’ils avaient faites avec leurs amis et avec ceux qui s’étaient donnés à eux ; que les royaumes, soit voisins ou éloignés, leur avaient été assujettis, parce qu’ils étaient redoutés de tous ceux qui entendaient seulement prononcer leur nom ;

Qu’ils faisaient régner tous ceux à qui ils voulaient assurer le royaume, et qu’au contraire ils le faisaient perdre à ceux qu’ils voulaient ; et qu’ainsi ils s’étaient élevés à une très-grande puissance ;

Que néanmoins nul d’entre eux ne portait le diadème, et ne se revêtait de la pourpre pour paraître plus grand que les autres ;

Mais qu’ils avaient établi un sénat parmi eux, et qu’ils consultaient tous les jours les trois cent vingt sénateurs, tenant toujours conseil touchant les affaires du peuple, afin qu’ils agissent d’une manière qui fût digne d’eux ;

Et qu’ils confiaient chaque année leur souveraine magistrature à un seul homme pour commander dans tous leurs états ; et qu’ainsi tous obéissaient à un seul, sans qu’il y eût d’envie ni de jalousie parmi eux.

Commentaire (versets 12 à 16) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 12 à 16 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Il y a ici plusieurs bruits qui ne sont vrais que grosso modo, mais c’étaient les bruits qui couraient en Palestine. Ainsi le sénat ne s’assemblait pas tous les jours, mais seulement aux calendes, aux nones, aux ides et aux fêtes. Depuis Tarquin l’ancien jusqu’en 123 avant Jésus-Christ, il ne compta que 300 membres. Pour avoir le chiffre de 320, il faut y ajouter les dix tribuns, les quatre édiles, les deux questeurs, les deux prêteurs et les deux consuls. ― Il n’y avait pas qu’un seul consul, mais les traités d’alliance portaient le nom du président du sénat (avec celui de l’ambassadeur).

Judas choisit donc Eupolémus. fils de Jean, qui était fils de Jacob, et Jason, fils d’Éléazar ; et il les envoya à Rome pour faire amitié et alliance avec eux,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Eupolémus, fils de Jean. Ce Jean avait obtenu des rois de Syrie de grands avantages pour les Juifs, voir 2 Machabées, 4, 11. Il était de race sacerdotale. ― Jason, fils d’Eléazar, était probablement aussi de race sacerdotale, mais on ne connaît de lui que ce qui en est dit ici. Voir plus loin, 1 Machabées, 12, 16.

Et afin qu’ils les délivrassent du joug des Grecs, parce qu’ils virent qu’ils réduisaient en servitude le royaume d’Israël.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les Juifs virent (viderunt). Comparer au verset 2. Du joug des Grecs, des rois de Syrie, qui étaient d’origine grecque.

Ils partirent donc, et après un long chemin ils arrivèrent à Rome, où étant entrés dans le sénat, ils dirent :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ils firent, etc. ; littéralement, ils allèrent à Rome, voie très grande.

Judas Machabée, et ses frères, et le peuple des Juifs, nous ont envoyés pour faire alliance avec vous, et pour établir la paix entre nous, afin que vous nous mettiez au nombre de vos alliés et de vos amis.

Cette proposition leur plut.

Et voici le rescrit qu’ils firent graver sur des tables d’airain, et qu’ils envoyèrent à Jérusalem, afin qu’il y demeurât comme un monument de la paix et de l’alliance qu’ils avaient faite avec les Juifs :

Que les Romains et le peuple juif soient comblés de biens à jamais sur mer et sur terre, et que l’épée et l’ennemi s’écartent loin d’eux !

S’il survient une guerre aux Romains, ou à leurs alliés, dans toute l’étendue de leur domination,

Les Juifs les assisteront avec une pleine volonté, selon que le temps le leur permettra ;

Sans que les Romains donnent et fournissent aux gens de guerre ni blé, ni armes, ni argent, ni vaisseaux ; car c’est ainsi qu’il a plu aux Romains ; et ces soldats juifs leur obéiront sans rien recevoir d’eux.

Et de même s’il survient une guerre au peuple juif, les Romains les assisteront de bonne foi, selon que le temps le leur permettra ;

Et les Juifs ne fourniront point à ceux que l’on enverra à leur secours, ni blé, ni armes, ni argent, ni vaisseaux ; c’est ainsi qu’il a plu aux Romains, et ils leur obéiront sincèrement.

C’est là l’accord que les Romains font avec les Juifs.

Que si à l’avenir les uns ou les autres veulent ôter ou ajouter quelque chose à ce qui est écrit ici, ils le pourront faire de concert ; et tout ce qui en sera ôté, ou ajouté, demeurera ferme.

Et pour ce qui est des maux que le roi Démétrius a faits au peuple juif, nous lui en avons écrit en ces termes : Pourquoi avez-vous accablé d’un joug si pesant les Juifs qui sont nos amis et nos alliés ?

Sachez donc que s’ils reviennent se plaindre à nous de nouveau, nous leur ferons toute sorte de justice, et nous vous attaquerons par mer et par terre.