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1 Machabées 10

En la cent soixantième année, Alexandre, fils d’Antiochus, surnommé l’Illustre, s’empara de Ptolémaïde, où il fut reçu par les habitants ; et il commença à y régner.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’année cent soixantième du règne des Grecs ; elle répond à la cent cinquante-et-unième avant Jésus-Christ. ― Le noble (nobilis) ou l’Illustre ; c’est-à-dire Antiochus Epiphane. ― Alexandre Ier Balas, qui passait pour fils d’Antiochus Epiphane, fut opposé à Démétrius Ier comme prétendant au trône de Syrie par Attale II, roi de Pergame. A l’instigation d’Attale II, Héraclide, ancien trésorier d’Antiochus Epiphane, le présenta avec Laodicée, qu’on disait fille de ce dernier roi, au sénat romain, afin de les faire reconnaître comme héritiers d’Antiochus Epiphane et leur assurer le secours de la république pour faire valoir leurs droits à la couronne des Séleucides. Les Romains, qui trouvaient sans doute Démétrius Ier trop puissant, adhérèrent à ce projet. Attale II procura une armée à Alexandre, avec l’aide du roi Ptolémée VI Philométor d’Egypte et d’Ariarathe V, roi de Cappadoce, qui avaient à se plaindre de Démétrius. Alexandre s’empara ainsi de Ptolémaïde. Sur Ptolémaïde, voir plus haut, 1 Machabées, 5, 15.

Le roi Démétrius en ayant été averti, leva une puissante armée, et marcha à lui pour le combattre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Démétrius, pour résister à Alexandre balas, est obligé de faire la paix avec Jonathas. Celui-ci était assez puissant, pour faire pencher la balance en faveur de l’un des deux antagonistes. Alexandre chercha à le gagner à son tour ; il le nomma grand prêtre et lui envoya un manteau de pourpre et une couronne d’or, versets 15 à 21. Démétrius Ier enchérit alors sur Alexandre, versets 22 à 45. Jonathas se défia de ses offres et se prononça pour Alexandre, qui bientôt après battit Démétrius dans un combat où périt ce dernier, versets 46 à 50.

Il envoya en même temps à Jonathas une lettre qui ne respirait que la paix, et où il relevait beaucoup son mérite.

Car il disoit : Hâtons-nous de faire la paix avec lui, avant qu’il la fasse avec Alexandre contre nous.

Car il se souviendra de tous les maux que nous lui avons faits, à lui, à son frère, et à toute sa nation.

Il lui donna donc pouvoir de lever une armée, et de faire faire des armes ; il le déclara son allié, et commanda qu’on lui remît ses otages qui étaient dans la forteresse.

Jonathas étant venu à Jérusalem, lut ses lettres devant tout le peuple, et devant ceux qui étaient dans la forteresse.

Et ils furent saisis d’une grande crainte, lorsqu’ils apprirent que le roi lui avait donné le pouvoir de mettre une armée sur pied.

Les otages furent remis entre les mains de Jonathas, et il les rendit à leurs parents ;

Il demeura dans Jérusalem, et il commença à bâtir et à renouveler la ville.

Il commanda à ceux qui y travaillaient de bâtir tout autour de la montagne de Sion des murs de pierres de taille pour la fortifier ; et ils le firent comme il leur avait dit.

Alors les étrangers qui étaient dans les forteresses que Bacchide avait bâties s’enfuirent ;

Ils quittèrent tous le lieu où ils étaient, et s’en retournèrent en leur pays.

Il resta seulement dans Bethsura quelques-uns de ceux qui avaient abandonné la loi et les ordonnances de Dieu, parce que cette ville leur servait de retraite.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Bethsura. Voir 1 Machabées, 4, 61.

Cependant le roi Alexandre apprit les promesses que Démétrius avait faites à Jonathas ; on lui raconta aussi les combats que lui et ses frères avaient donnés, les victoires qu’ils avaient gagnées, et les grands travaux qu’ils avaient soufferts ;

Et il dit : Pourrons-nous trouver un autre homme tel que celui-ci ? songeons donc a le faire aussi notre ami et notre allié.

Ainsi il lui écrivit, et lui envoya une lettre conçue en ces termes :

Le Roi Alexandre, à son frère Jonathas, salut.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La coutume entre les souverains de s’appeler frères est très ancienne (voir 3 Rois, 9, 13 ; 20, 33). D’ailleurs ce même nom se donnait alors assez souvent aux gouverneurs des provinces (voir 2 Machabées, 11, 22). ― Salut est à l’accusatif (salutem) comme complément d’un verbe, tel que donne ou souhaite, sous-entendu.

Nous avons appris que vous êtes un homme puissant, et propre pour être notre ami ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Très puissant. Comparer à 1 Machabées, 8, 1.

C’est pourquoi nous vous établissons aujourd’hui grand-prêtre de votre nation ; nous vous donnons la qualité d’ami du roi, et nous voulons que vous soyez toujours attaché à nos intérêts, et que vous conserviez l’amitié avec nous ; il lui envoya en même temps une robe de pourpre et une couronne d’or.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’usage de la pourpre et de la couronne d’or était réservé aux rois, et à ceux à qui ils voulaient bien s’accorder. ― Ami du roi. Voir 1 Machabées, 2, 18.

En l’année cent soixante, au septième mois, Jonathas se revêtit de la robe sainte en la fête solennelle des tabernacles ; il leva une armée, et fit faire une grande quantité d’armes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Au septième mois. Voir Aggée, 2, 2. ― L’année cent soixantième. Voir le verset 1. ― La scénopégie ; c’est-à-dire la fête des tabernacles. ― Jonathas se revêtit de la robe sainte, insigne du souverain pontificat. Le pontificat était vacant depuis sept ans par la mort de l’impie Alcime, voir 1 Machabées, 9, 56, qu’Antiochus V Eupator avait imposé aux Juifs comme grand prêtre, voir 1 Machabées, 7, vv. 5, 21. Depuis le meurtre d’Onias III et la fuite de son fils en Egypte, il n’y avait plus de successeur légitime du grand prêtre Jésus, dans la famille duquel avaient été pris les souverains pontifes depuis la captivité. Jonathas, étant de race sacerdotale, pouvait recevoir cette dignité.

Démétrius l’ayant su, en fut extrêmement affligé, et il dit :

Comment avons-nous permis qu’Alexandre nous ait prévenus, et que pour fortifier son parti il ait gagné l’amitié des Juifs ?

Je veux leur écrire aussi d’une manière obligeante, et leur offrir des dignités et des dons, afin qu’ils se joignent à moi pour me secourir.

Il leur écrivit donc en ces termes : Le Roi Démétrius, au peuple juif, salut.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Salut (salutem). Voir le verset 18.

Nous avons appris avec joie que vous avez gardé l’alliance que vous aviez faite avec nous ; que vous êtes demeurés dans notre amitié, et que vous ne vous êtes point unis à nos ennemis.

Continuez donc maintenant à nous conserver toujours la même fidélité, et nous vous rendrons avantageusement ce que vous aurez fait pour nous ;

Nous vous remettrons beaucoup de choses qui vous avaient été imposées, et nous vous ferons de grands dons.

Et dès à présent je vous remets, et à tous les Juifs les tributs que vous aviez accoutumé payer ; les impôts de sel, les couronnes, la troisième partie de la semence,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Je vous remets, etc. Les Juifs devaient payer l’usage du sel, quoique les salines qui étaient autour de la mer Morte leur en fournissaient en abondance (voir 1 Machabées, 11, 35 ?) ; ils devaient aussi donner au roi des couronnes tous les ans (voir 1 Machabées, 13, 39). ― Les couronnes étaient en or. C’étaient primitivement des dons volontaires qui avaient été faits aux rois par des princes ou des villes, mais souvent ils avaient été rendus obligatoires et constituaient un véritable tribut équivalent à une somme d’or déterminée.

Et ce que j’avais droit de prendre pour la moitié des fruits des arbres ; je vous quitte toutes ces choses dès à présent, et pour l’avenir, ne voulant plus qu’on les lève sur le pays de Juda, ni sur les trois villes qui lui ont été ajoutées de Samarie et de Galilée, à commencer depuis ce jour et dans toute la suite.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les trois cités ; le grec lit nome, ou canton ; l’historien Josèphe, toparchie, ou gouvernement d’une contrée, d’une province. Or les principales villes de ces trois cantons réunis étaient Lyda, Ramatha et Aphéréma. Comparer à 1 Machabées, 11, 34. ― Dans aucun temps (in totum tempus). Comme nous l’avons déjà remarqué, en hébreu, le tout joint à une négation signifie nul, pas un seul.

Je veux aussi que Jérusalem soit sainte et libre avec tout son territoire, et que les dîmes et les tributs lui appartiennent.

Je remets aussi entre vos mains la forteresse qui est dans Jérusalem, et je la donne au grand-prêtre, afin qu’il y établisse, pour la garder, les gens que lui-même aura choisis.

Je donne encore la liberté, sans aucune rançon, à tous les Juifs qui ont été emmenés captifs du pays de Juda, qui se trouveront en tout mon royaume ; et je les affranchis tous des tributs et des charges mêmes qu’ils devaient pour leurs bestiaux.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tous les Juifs ; littéralement, et par hébraïsme, toute âme, c’est-à-dire, toute personne de Juifs. ― Et même, etc. ; c’est-à-dire, qu’ils soient tous affranchis, même des corvées et des charges publiques, pour lesquelles on les obligeait de fournir leurs animaux de service.

Je veux aussi que toutes les fêtes solennelles, les jours de sabbat, les nouvelles lunes, les fêtes instituées, les trois jours de devant une fête solennelle, et les trois jours d’après, soient des jours d’immunités et de franchises pour tous les Juifs qui sont en mon royaume ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les jours ordonnés (dies decreti) ou privilégiés, comme la fête de Judith, celle des Sorts, de la dédicace du temple, etc. ― Les jours solennels sont les fêtes de Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles. ― Les néoménies, premier jour du mois.

Et qu’il ne soit permis alors à personne d’agir en justice contre eux, ni de leur faire aucune peine, pour quelque affaire que ce puisse être.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Pour aucun motif (in omni causa). Voir le verset 30.

J’ordonne de plus qu’on fera entrer dans les troupes du roi jusqu’à trente mille Juifs, qui seront entretenus comme le doivent être toutes les troupes des armées du roi, et qu’on en choisira d’entre eux pour les mettre dans les forteresses du grand roi ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Que dans l’armée, etc. Chez les Grecs, l’état militaire était le plus honorable, parce que c’était celui des citoyens libres.

Que l’on commettra aussi à quelques-uns d’eux les affaires importantes du royaume qui demandent le plus de fidélité, et qu’ils en auront l’intendance en vivant toujours selon leurs lois, comme le roi l’a ordonné pour le pays de Juda ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Qu’ils marchent, etc. ; hébraïsme, pour, qu’ils suivent, qu’ils se conforment, etc.

Et que les trois villes du pays de Samarie qui ont été annexées à la Judée soient censées être de la Judée, afin qu’elles ne dépendent que d’un chef, sans obéir à aucune autre puissance qu’à celle du souverain prêtre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les trois cités, etc. Voir le verset 30.

Je donne aussi Ptolémaide et son territoire en don au sanctuaire de Jérusalem, pour fournir toute la dépense nécessaire à l’entretien des choses saintes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Fourniront ou bien seront, est sous-entendu. On sait en effet que le verbe substantif être, se sous-entend continuellement dans le style biblique. D’ailleurs le nominatif Ptolemaida ne laisse aucun doute ici. Nous ne croyons donc pas que le relatif que (quas) de la Vulgate soit une faute. A la vérité, le texte grec ne porte pas ce pronom, mais il met à l’accusatif Ptolémaïde, comme complément direct du verbe j’ai donné. Ptolémaïde était occupée alors par Alexandre (voir verset 1) ; la promettre aux Juifs, c’était les engager puissamment à aider Démétrius à s’en rendre maîtres.

Je donnerai outre cela tous les ans quinze mille sicles d’argent, à prendre sur les droits du roi et sur les revenus qui m’appartiennent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Quinze mille sicles. Voir Ezéchiel, 45, 12.

J’ordonne aussi que ceux qui gouvernaient mes finances les années passées, paieront pour les ouvrages de la maison du Seigneur tout ce qui reste de ces années, qu’ils n’ont point encore payé.

Pour ce qui est des cinq mille sicles d’argent qui se prenaient sur le sanctuaire chaque année, ils seront remis aux prêtres, comme appartenant à ceux qui font les fonctions du saint ministère.

Je veux encore que tous ceux qui, étant redevables au roi, pour quelque affaire que ce puisse être, se réfugieront dans le femple de Jérusalem, et dans son territoire, soient en sûreté, et qu’on leur laisse la libre jouissance de tout ce qu’ils ont dans mon royaume.

On donnera aussi, de l’épargne du roi, de quoi fournir aux bâtiments ou aux réparations des lieux saints ;

Et on prendra encore, des mêmes deniers, de quoi bâtir et fortifier les murailles de Jérusalem, et des autres villes qui sont en Judée.

Jonathas et le peuple ayant entendu ces propositions de Démétrius, ne les crurent point sincères, et ne les reçurent point, parce qu’ils se ressouvinrent des grands maux qu’il avait faits à Israël, et de quelle manière il les avait accablés.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 1 Machabées, 7, 11.

Ils se portèrent donc à favoriser plutôt Alexandre, parce qu’il leur avait parlé le premier de paix ; et ils l’assistèrent toujours dans la suite.

Après cela le roi Alexandre leva une grande armée, et marcha contre Démétrius.

Les deux rois donnèrent bataille ; et l’armée de Démétrius s’enfuit : Alexandre les poursuivit, et fondit sur eux.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sur eux (super eos), sur Démétrius et ses soldats.

Le combat fut rude et opiniâtre, et dura jusqu’au coucher du soleil ; et Démétrius y fut tué.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Démétrius Ier, après avoir vaillamment combattu, tomba dans un marais et c’est là qu’il périt, couvert de blessures. Il avait régné une douzaine d’année (162-150).

Alexandre envoya ensuite des ambassadeurs à Ptolémée, roi d’Égypte, et lui écrivit en ces termes :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ptolémée Philométor. ― Ptolémée VI Philométor (180-145) avait épousé sa sœur Cléopâtre et il en avait eu une fille, appelée aussi Cléopâtre, voir verset 57, qu’Alexandre demanda en mariage, dans le but sans doute de fortifier sa domination en Syrie. Ptolémée VI avait favorisé dès le commencement les prétentions d’Alexandre, voir plus haut, 1 Machabées, note 10.1 ; il devait donc être très disposé à consentir à ce mariage, qui entrait probablement dans ses plans, car il devait espérer pouvoir ainsi acquérir de l’influence en Syrie et recouvrer un jour les provinces de Cœlésyrie et de Phénicie que l’Egypte avait perdues depuis le règne d’Antiochus III le Grand. La suite de l’histoire dévoile ses vues intéressées et ambitieuses.

Comme je suis rentré dans mon royaume, que je suis assis sur le trône de mes pères, que j’ai recouvré mon empire et tous les pays qui m’appartenaient par la défaite de Démétrius,

A qui j’ai donné bataille, et que j’ai défait avec toute son armée, étant ainsi remonté sur le siège du royaume qu’il occupait ;

Faisons maintenant amitié ensemble ; donnez-moi votre fille en mariage, et je serai votre gendre, et je vous ferai, aussi bien qu’à elle, des présents dignes de vous.

Le roi Ptolémée lui répondit : Heureux le jour auquel vous êtes rentré dans le pays de vos pères, et où vous vous êtes assis sur le trône de leur royaume !

Je suis prêt à vous accorder ce que vous m’avez demandé ; mais venez jusqu’à Ptolémaïde, afin que nous nous voyions, et que je vous donne ma fille comme vous le désirez.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Venez… à Ptolémaïde. Alexandre était sans doute à Antioche.

Ptolémée sortit donc d’Egypte avec sa fille Cléopâtre, et vint à Ptolémarde, l’an cent soixante-deux.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Cléopâtre, que l’on a justement appelée « femme funeste aux Séleucides, » devenue l’épouse d’Alexandre Balas en 150, ne resta que quatre ans avec lui. Les succès d’Alexandre l’ayant rendu indolent et inactif, son beau-père Ptolémée VI abandonna sa cause et se ligua contre lui avec Démétrius II Nicator, voir verset 67, auquel il donna, en 146, comme épouse sa fille Cléopâtre, enlevée à Alexandre. Elle eut de son nouveau mari deux fils, Séleucus V et Antiochus VIII Grypus. Démétrius II ayant été fait prisonnier par les Parthes, Cléopâtre donna sa main au frère du roi vaincu, Antiochus VII Sidète, qui occupa le trône pendant la captivité de Démétrius II. Celui-ci ayant recouvré sa liberté et sa couronne, la reine se retira à Ptolémaïde. En 125, Démétrius, obligé de fuir devant Alexandre II Zébina, alla à Ptolémaïde réclamer du secours auprès de son ancienne épouse. Elle le repoussa et on l’accusa même de l’avoir fait assassiner à Tyr. Elle fit périr aussi son propre fils Séleucus V, mais son autre fils, Antiochus VIII Grypus, mit fin à tous ses crimes en la contraignent à boire le poison que cette mère dénaturée avait préparé pour lui.

Le roi Alexandre l’y vint trouver, et Ptolémée lui donna sa fille Cléopâtre, et les noces furent célébrées à Ptolémaïde, avec une grande magnificence, selon la coutume des rois.

Le roi Alexandre écrivit aussi à Jonathas, afin qu’il les vînt trouver à Ptolémaïde.

Jonathas y alla avec grand éclat, et salua les deux rois ; il leur apporta quantité d’or et d’argent, et leur fit de grands présents ; et il fut fort bien reçu de ces deux princes.

Alors quelques gens d’Israël qui étaient des hommes couverts d’iniquités, et comme des pestes publiques. s’unirent ensemble pour présenter des chefs d’accusation contre lui ; mais le roi ne voulut point les écouter.

Il ordonna même qu’on ôtàt à Jonathas ses vêtements, et qu’on le revêtît de pourpre ; ce qui fut fait. Et le roi le fit asseoir près de lui ;

Et il dit aux grands de sa cour : Allez avec lui au milieu de la ville, et dites tout haut : Que nul n’entreprenne de former aucune plainte contre lui, et ne lui fasse aucune peine pour quelque affaire que ce puisse être.

Ceux donc qui étaient venus pour l’accuser, voyant ce qu’on publiait de lui, l’éclat dans lequel il paraissait, et la pourpre dont il était revêtu, s’enfuirent tous.

Le roi l’éleva en grand honneur, le mit au nombre de ses principaux amis, et l’établit après lui chef et prince de la Judée.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Parmi ses principaux amis. Il avait déjà reçu le titre d’ami, voir verset 20 ; maintenant il reçoit le titre supérieur d’ami principal. Voir 1 Machabées, 2, 18.

Et Jonathas revint à Jérusalem en paix et avec joie.

En la cent soixante-cinquième année, Démétrius, fils de Démétrius, vint de Crète au pays de ses pères.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Démétrius II Nicator, fils de Démétrius Ier Soter, vint de Crète, en 148, afin de reconquérir le royaume de son père. C’était l’aîné des deux fils de Démétrius Ier. Celui-ci, au commencement de sa guerre avec Alexandre Ier Balas, avait envoyé ses deux fils avec de grands trésors, à l’un de ses amis à Cnide en Carie, afin de les soustraire aux dangers de la guerre. Ayant appris que le nouveau roi de Syrie vivait dans la mollesse, le jeune Démétrius débarqua en Cilicie avec une armée levée par le Crétois Lasthène. Alexandre avait fait probablement de Ptolémaïde sa résidence ordinaire depuis son mariage avec Cléopâtre. Effrayé à la nouvelle de l’arrivée de son compétiteur, il se rendit à Antioche, laissant Apollonius comme gouverneur de la Cœlésyrie. Démétrius II avait gagné Ptolémée VI Philométor. Avec son aide, il défit sur la rivière Œnoparos, dans la plaine d’Antioche, Alexandre Balas, qui fut contraint de s’enfuir en Arabie, où il périt assassiné, voir 1 Machabées, 11, 16-17. Démétrius II fut ainsi reconnu de tous roi de Syrie. Il ne se montra pas d’abord hostile aux juifs, voir 1 Machabées, 11, 20 (26 ?). Aussi une sédition ayant éclaté contre lui à Antioche, les Juifs le défendirent contre les séditieux. Mais comme il ne tint pas les promesses qu’il leur avait faites, ils passèrent du côté de ses ennemis, ainsi que les anciens soldats syriens qu’il avait licenciés. Un général d’Alexandre Balas, peu après le triomphe de Démétrius II, avait fait proclamer roi un fils mineur d’Alexandre, Antiochus VI Dionysos, voir 1 Machabées, 11, 39. Tryphon battit Démétrius et se rendit maître d’Antioche. La guerre continua entre eux plusieurs années, jusqu’à ce que Démétrius II fut fait prisonnier dans une campagne contre le roi parthe Mithridate Ier Arsace, voir 1 Machabées, 14, 1. Il ne recouvra sa liberté qu’au bout de dix ans. Pendant ce temps, son frère Antiochus VII Sidètes avait occupé le trône et renversé Tryphon. Antiochus VII périt dans une guerre contre les Parthes et Démétrius II remonta sur le trône. Alexandre II Zébina le lui disputa et le vainquit à Damas. Démétrius II alla demander en vain du secours à Ptolémaïde à sa femme Cléopâtre. Il fut peu après assassiné à Tyr en 125.

Le roi Alexandre en ayant été averti, fut extrêmement affligé, et retourna à Antioche.

Le roi Démétrius fit général de ses troupes Apollonius, gouverneur de la Célésyrie, lequel leva une grande armée ; et étant venu à Jamnia, il envoya dire à Jonathas, grand-prêtre,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Apollonius, probablement fils de l’Apollonius dont parle le second livre des Machabées, 3, vv. 5, 7, avait été l’ami et le confident de Démétrius Ier pendant que celui-ci était retenu comme otage à Rome. C’est ce qui explique pourquoi il abandonna si facilement le parti d’Alexandre Balas, en faveur du fils de son ancien ami, et obtint aussitôt la confiance de Démétrius II. ― La Cœlésyrie proprement dite désignait la longue et large vallée comprise entre le Liban et l’Antiliban, mais le gouvernement de la Cœlésyrie comprenait aussi la Phénicie et la Palestine jusqu’à Raphia.

Ces paroles : Vous êtes le seul qui nous résistez ; et je suis devenu un sujet de risée et d’opprobre, parce que vous vous prévalez contre nous de l’avantage que vous avez sur vos montagnes.

Si vous vous fiez donc maintenant en vos troupes, descendez à nous dans la plaine, et faisons là l’essai de nos forces ; car la valeur et la victoire m’accompagnent toujours.

Informez-vous, et apprenez qui je suis, et qui sont ceux qui combattent avec moi, lesquels disent hautement que vous ne pouvez tenir ferme devant nous, parce que vos pères ont été mis en fuite par deux fois dans leur pays.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Que par deux fois, etc. Cela se rapporte peut-être à la défaite de Joseph et d’Azarias (voir 1 Machabées, 5, 60), et au combat où Judas fut tué (voir 1 Machabées, 9, vv. 6, 18).

Comment donc pourrez-vous soutenir présentement l’effort de ma cavalerie, et d’une si grande armée, dans une campagne où il n’y a ni pierres, ni rochers, ni aucun lieu pour vous enfuir ?

Jonathas ayant entendu ces paroles d’Apollonius, fut ému au fond de son cœur ; et il choisit aussitôt dix mille hommes, et partit de Jérusalem, et Simon son frère vint à son secours.

Ils vinrent camper près de Joppé, et ceux de la ville lui fermèrent les portes, parce qu’il y avait dedans une garnison d’Apollonius ; Jonathas assiégea donc cette ville.

Et ceux de dedans étant épouvantés, lui ouvrirent les portes, et il se rendit ainsi maître de Joppé.

Commentaire (versets 75 à 76) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 75 à 76 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

La garnison syrienne fit fermer les portes de la ville à l’armée de Jonathas, mais les habitants les lui ouvrirent, malgré la garnison. Joppé ou Jaffa est à quatre heures et demie de marche de Jamnia où était Apollonius.

Apollonius l’ayant su, prit avec lui trois mille chevaux et beaucoup de troupes.

Il marcha comme pour aller vers Azot, et il se jeta tout d’un coup dans la plaine, parce qu’il avait beaucoup de cavalerie, en qui il se fiait principalement. Jonathas le suivit vers Azot, et là ils se donnèrent bataille.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Vers Azot. Voir plus haut, 1 Machabées, 5, 68.

Apollonius avait laissé secrètement dans son camp mille chevaux derrière les ennemis.

Et Jonathas fut averti qu’il y avait derrière lui une embuscade. Les ennemis environnèrent donc son camp, et lancèrent beaucoup de traits contre ses gens, depuis le matin jusqu’au soir.

Mais les gens de Jonathas demeurèrent fermes, selon l’ordre qu’il leur en avait donné ; cependant les chevaux des ennemis se fatiguèrent beaucoup.

Alors Simon fit avancer ses troupes, et attaqua l’infanterie, parce que la cavalerie était déjà fatiguée ; et l’ayant rompue, elle prit la fuite.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La légion (legionem) dans le grec, phalange. Voir 1 Machabées, 9, 12.

Et ceux qui se dispersèrent par la campagne se réfugièrent à Azot, et entrèrent dans le temple de Dagon leur idole, pour y être en sûreté.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et ceux qui ; le grec porte, et la cavalerie, ce qui a fait penser que les copistes ont mis dans la Vulgate et qui, pour et equi, et les chevaux, les cavaliers.

Mais Jonathas brûla Azot et les villes des environs, et il en emporta les dépouilles : et il brûla aussi le temple de Dagon avec tous ceux qui s’y étaient réfugiés.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Bethdagon, c’est-à-dire, maison ou temple de Dagon, comme la Vulgate elle-même l’explique au verset suivant. Or Dagon était une idole des Philistins, laquelle a donné son nom à plusieurs villes.

Il y périt près de huit mille hommes, tant de ceux qui furent tués par l’épée, que de ceux qui furent brûlés.

Jonathas ayant décampé de ce lieu, marcha contre Ascalon ; mais ceux de la ville sortirent au-devant de lui, et le reçurent avec de grands honneurs.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A Ascalon, dans la plaine de la Séphéla, au nord de Gaza, sur la Méditerranée ; position très forte.

Il revint ensuite à Jérusalem avec ses gens chargés de butin.

Le roi Alexandre, ayant appris ces heureux succès de Jonathas, l’éleva encore en plus grande gloire ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ces choses (sermones istos). Voir 1 Machabées, 5, 37.

Et il lui envoya une agrafe d’or, telle que l’on en donnait d’ordinaire aux princes du sang royal ; il lui donna de plus Accaron avec tout son territoire, afin qu’il la possédât en propre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’agrafe d’or était une grande marque de distinction parmi les Grecs, les Perses, les Macédoniens et les Romains ; elle servait à rattacher l’épaule la partie de devant à celle de derrière, de l’habit de dessus. ― Les parents des rois (cognati regum). Les rois appelaient par distinction et par honneur, parents, des personnes revêtues de la première dignité, mais qui souvent ne tenaient nullement à eux ni par le sang ni par les alliances. Ils traitaient de même leurs simples amis. ― Accaron, l’une des principales villes du pays des Philistins, dans la plaine de la Séphéla, au sud-ouest de la Palestine.