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1 Machabées 3

Alors Judas, son fils, surnommé Machabée, prit sa place :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Machabée. Ce surnom glorieux, qui devint celui de la famille de Mathathias, signifie probablement marteau, parce que Judas fut comme un marteau qui écrasa les ennemis de son peuple.

Il était assisté par tous ses frères, et par tous ceux qui s’étaient joints à son père ; et ils combattaient avec joie pour la défense d’Israël.

Ce fut lui qui accrut la gloire de son peuple ; il se revêtit de la cuirasse comme un géant, il se couvrait de ses armes dans les combats, et son épée était la protection de tout le camp.

Il devint semblable à un lion dans ses grandes actions, et à un lionceau qui rugit en voyant sa proie.

Il poursuivit les méchants en les cherchant de tous côtés ; et il brûla ceux qui troublaient son peuple :

La terreur de son nom fit fuir ses ennemis devant lui ; tous les ouvriers d’iniquité furent dans le trouble, et son bras procura le salut du peuple.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le salut ; c’est lui qui procura le salut du peuple.

Ses grandes actions irritèrent plusieurs rois, et furent en même temps la joie de Jacob ; et son nom sera éternellement sa bénédiction.

Il parcourut les villes de Juda, il en chassa les impies, et il détourna la colère de dessus Israël.

Son nom devint célèbre jusqu’aux extrémités du monde, et il rassembla ceux qui étaient près de périr.

Alors Apollonius assembla les nations, et leva de Samarie une grande et puissante armée pour combattre Israël.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Apollonius. C’est probablement celui qui avait été chargé de lever les tributs, voir plus haut, 1 Machabées, 1, 30. La guerre ouverte n’avait pas éclaté pendant la vie de Mathathias. Elle commence maintenant pour ne cesser que par l’affranchissement final du peuple juif.

Et Judas en ayant été averti marcha contre lui, le défit, et le tua ; et un grand nombre des ennemis fut taillé en pièces, et le reste mis en fuite :

Il en rapporta les dépouilles, et il prit l’épée d’Apollonius, et s’en servit dans les combats toute la vie.

Séron, général de l’armée de Syrie, ayant appris que Judas avait rassemblé auprès de lui une grande troupe de ceux qui étaient fidèles à sa loi,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Nous ne savons sur Séron, général d’Antiochus Epiphane, que ce que nous en raconte le texte, versets 13 à 24.

Dit en lui-même : Je m’acquerrai de la réputation et de la gloire dans tout le royaume, par la défaite de Judas et de tous ceux qui sont avec lui, qui méprisent les ordres du roi.

Il se prépara donc pour le combattre ; et l’armée des impies le suivit avec un puissant secours, pour se venger des enfants d’Israël.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Des impies, c’est-à-dire des Juifs qui avaient apostasié.

Ils s’avancèrent jusqu’à Béthoron, et Judas vint au-devant d’eux avec peu de gens.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De lui, de Séron. Voir le verset 13. ― Béthoron, ville d’Ephraïm, à l’entrée des défilés qui conduisent dans la Séphéla ou plaine des Philistins.

Mais ceux-ci ayant vu marcher contre eux l’armée ennemie, ils lui dirent : Comment pourrons-nous combattre contre une armée si grande et si forte, nous qui sommes en si petit nombre, et fatigués du jeûne d’aujourd’hui ?

Judas leur dit : Il est aisé que peu de gens en battent beaucoup ; et quand le Dieu du ciel nous veut sauver, il n’y a pas de différence à son égard entre un grand et un petit nombre ;

Car la victoire ne dépend point de la grandeur des armées, mais c’est du ciel que nous vient toute la force.

Ils marchent contre nous avec une multitude de gens superbes et insolents, pour nous perdre tous avec nos femmes et nos enfants, et pour s’enrichir de nos dépouilles ;

Mais pour nous, nous combattons pour notre vie et pour notre loi :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Nos âmes, nos vies ou nos personnes.

Et le Seigneur brisera lui-même tous leurs efforts devant nous ; c’est pourquoi ne les craignons point.

Quand il eut cessé de parler, il se jeta aussitôt sur eux ; et Séron fut renversé devant lui avec son armée ;

Judas le poursuivit à la descente de Béthoron jusqu’à la plaine, et huit cents hommes des ennemis furent tués ; mais le reste s’enfuit au pays des Philistins.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Judas poursuivit l’armée syrienne de Béthoron-le-Haut, sur la hauteur, à l’entrée du passage, à la descente qui conduit à Béthoron-le-Bas, à la sortie du passage qui débouche dans la plaine des Philistins.

Alors la terreur de Judas et de ses frères se répandit de tous côtés parmi les nations voisines :

Son nom fut connu du roi même, et de tous les peuples qui parlaient des combats et des victoires de Judas.

Lors donc que le roi Antiochus eut reçu ces nouvelles, il entra dans une grande colère ; et il envoya dans tout son royaume lever des troupes, dont il fit une puissante armée :

Il ouvrit son trésor, il paya ses gens pour un an, et il leur commanda d’être prêts à tout.

Mais ayant vu que l’argent de ses trésors avait manqué, et qu’il retirait peu de tributs du pays de Judée, à cause des troubles qu’il y avait excités, et des maux qu’il y avait faits, en leur ôtant la loi qu’ils avaient gardée de tout temps ;

Il eut peur de n’avoir pas de quoi fournir comme auparavant aux frais de la guerre, et aux grandes libéralités qu’il avait accoutumé de faire avec une largesse extraordinaire, ayant été magnifique plus que tous les rois qui l’avaient précédé.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Comme une première, etc., c’est-à-dire, comme il avait eu une première, etc.

Dans cette grande consternation où il se trouvait, il résolut d’aller en Perse pour y lever les tributs des peuples, et y amasser beaucoup d’argent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

En Perse se prend ici dans un sens large, pour désigner la province du royaume de Syrie qui s’étendait au-delà de l’Euphrate et comprenait la Médie, outre la Perse. Voir plus loin, 1 Machabées, 6, 56.

Il laissa donc Lysias, prince de la maison royale, pour avoir soin des affaires du royaume, et commander depuis le fleuve de l’Euphrate jusqu’au fleuve de l’Égypte ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Lysias commanda les armées du roi de Syrie sous Antiochus IV Epiphane et sous Antiochus V Eupator. Chargé de gouverner le royaume et de soumettre la Judée pendant qu’Antiochus IV allait au-delà de l’Euphrate, il envoya d’abord contre Judas Machabée une première armée sous le commandement de Ptolémée, de Nicanor et de Gorgias (166-165), puis, celle-ci ayant été battue, une seconde qu’il commanda lui-même l’année suivante, mais qui fut également défaite. Lysias, de retour à Antioche, s’occupait préparer de nouveaux armements, quand il y apprit la mort d’Antiochus Epiphane. D’après les dernières volontés de ce prince, la régence devait être confiée à un personnage appelé Philippe (voir 1 Machabée, 6, 14), pendant la minorité d’Antiochus V Eupator ; mais Lysias, sans respecter ces ordres, s’empara du pouvoir au nom du jeune roi, dont il se fit un instrument et, en 163-162, il entreprit une nouvelle campagne contre la Judée. Elle lui fut d’abord favorable. Judas Machabée à Bethzachara et Jérusalem, assiégée. La situation des Juifs devenait fort critique, lorsque les nouvelles de Syrie obligèrent Lysias à suspendre la guerre et à faire la paix avec Judas pour retourner précipitamment à Antioche. Philippe voulut en vain arracher le pouvoir à son antagoniste. Lysias réussit à triompher de son rival. Cependant peu après Démétrius Ier devenait roi de Syrie et faisait périr Lysias et son pupille Antiochus V (162 avant Jésus-Christ).

Et pour avoir soin de l’éducation de son fils Antiochus, jusqu’à ce qu’il fût de retour.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Antiochus, son fils, connu sous le nom d’Antiochus V Eupator.

Il lui laissa la moitié de l’armée et des éléphants, et il lui donna ses ordres pour tout ce qu’il voulait faire, et pour ce qui regardait aussi les peuples de la Judée et les habitants de Jérusalem ;

Lui commandant d’y envoyer une armée, pour perdre et exterminer entièrement toutes les troupes d’Israël et les restes de Jérusalem, et pour effacer de ce lieu tout ce qui en pourrait renouveler la mémoire ;

D’établir des étrangers dans tout leur pays pour l’habiter, et de distribuer au sort toutes leurs terres.

Le roi prit la moitié de l’armée qui lui restait, partit d’Antioche, capitale de son royaume, en la cent quarante-septième année, passa l’Euphrate et traversa le haut pays.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La cent quarante-septième année du règne des Grecs (voir 1 Machabées, 1, 11) ; elle répond à l’an 164 avant Jésus-Christ. ― Antioche, sur l’Oronte, au pied d’une montagne dans une plaine très fertile, capitale du royaume de Syrie sous les Séleucides. ― Les provinces supérieures, la Perse et la Médie.

Et Lysias choisit Ptolémée, fils de Dorymini, Nicanor et Gorgias, qui étaient des hommes puissants entre les amis du roi ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ptolémée, fils de Dorymine, surnommé Macron, avait été gouverneur de Chypre sous Ptolémée Philométor. Il avait livré cette île à Antiochus Epiphane, qui avait fait de lui son favori et l’avait nommé gouverneur de la basse Syrie et de la Phénicie. Il fut disgracié sous Antiochus V Eupator et s’empoisonna. Son père Dorymine est peut-être un Etolien de ce nom qui avait combattu contre Antiochus le Grand, quand celui-ci attaqua la Cœlésyrie. ― Nicanor était fils de Patrocle, un des plus ardents ennemis des Juifs ; il périt dans un combat contre Judas Machabée. ― Gorgias fut le général syrien sur lequel Judas Machabée remporta sa première grande victoire.

Et envoya avec eux quarante mille hommes de pied, et sept mille chevaux ; il leur donna ordre d’aller dans le pays de Juda, et de ruiner tout, selon que le roi l’avait commandé.

Ils s’avancèrent donc avec toutes leurs troupes, et vinrent camper près d’Emmaüs, le long de la plaine.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Près d’Emmaüs, aujourd’hui Amouas, à l’extrémité de la plaine de la Séphéla, au pied des premières montagnes de Juda, à peu près à moitié chemin entre Jaffa et Jérusalem. Cette ville fortifiée par Bacchide, voir 1 Machabées, 9, 50, fut plus tard brûlée par Quintilius Varus et rebâtie par l’empereur Héliogabale sous le nom de Nicopolis. On y voit à peine aujourd’hui quelques misérables huttes.

Les marchands des pays voisins ayant su leur arrivée, prirent beaucoup d’or et d’argent, et des serviteurs, et vinrent au camp, afin d’acheter les enfants d’Israël que l’on devait faire esclaves ; et l’armée de Syrie se joignit à eux avec celle du pays des étrangers.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Entendirent leur nom ; apprirent leur arrivée. ― Et ils prirent, etc. Voir 2 Machabées, 8, verset 10 et suivants. ― Le commerce des esclaves était une des parties principales du commerce des Phéniciens et des Philistins. Ces derniers sont très probablement désignés ici sous le nom d’étrangers. Nicanor avait fait venir ces marchands d’esclaves des bords de la mer afin de pouvoir payer avec l’argent qu’ils lui donneraient, en échange des esclaves, le tribut que le roi de Syrie était tenu de payer aux Romains.

Judas et ses frères reconnurent alors que leurs maux s’étaient multipliés, et que l’armée ennemie s’approchait de leur pays : ils surent l’ordre que le roi avait donné de perdre leur peuple, et de le détruire entièrement ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ils surent, etc. Cette traduction nous a paru se rapprocher le plus possible du texte qui se refuse d’ailleurs à toute analyse grammaticale, tant dans les Septante que dans la Vulgate.

Et ils se dirent les uns aux autres : Relevons les ruines de notre nation, et combattons pour notre peuple et pour les choses saintes de notre religion.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Chacun à son prochain ; hébraïsme pour l’un à l’autre.

Ils s’assemblèrent donc pour se préparer à combattre, et pour prier le Seigneur, et implorer sa bonté et ses miséricordes.

Jérusalem n’était point alors habitée, mais paraissait comme un désert ; on ne voyait plus aucun de ses enfants y entrer ou en sortir ; son sanctuaire était foulé aux pieds ; les étrangers demeuraient dans la forteresse, qui était devenue la retraite des nations ; toute la joie de Jacob en était bannie, et on n’y entendait plus le son de la flûte ni de la harpe.

Ils s’assemblèrent donc, et vinrent à Maspha, vis-à-vis de Jérusalem, parce qu’il y avait eu autrefois à Maspha un lieu de prière dans Israël.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Maspha, avant que le temple fut bâti, était un lieu de prières (voir 1 Rois, 7, vv. 5, 9) ; et sous Judas Machabée, le temple se trouvant souillé et profané par les nations, c’est à Maspha que les Juifs se rendaient, pour y faire comme ils pouvaient les exercices de leur religion. ― Maspha, la Neby-Samouil d’aujourd’hui, sur hauteur d’où la vue domine Jérusalem, la mer Méditerranée et les montagnes à l’est du Jourdain, à cinq milles romains de Jérusalem, près de Rama.

Ils jeûnèrent ce jour-là, se revêtirent de cilices, se mirent de la cendre sur la tête, et déchirèrent leurs vêtements ;

Ils ouvrirent les livres de la loi, où les Gentils cherchaient à trouver quelque chose qui eût du rapport avec leurs idoles ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ils étendirent les livres. Les livres alors étaient en forme de rouleaux. ― Dans lesquels les Gentils, etc. Les gentils cherchaient d’ordinaire dans les Livres sacrés des prétextes pour autoriser leurs fables et toutes leurs cérémonies sacrilèges. Les Juifs s’indignent de cette profanation, et conjurent le Seigneur de ne point la souffrir plus longtemps.

Ils apportèrent les ornements sacerdotaux, les prémices et les décimes ; et ils firent venir les Nazaréens qui avaient accompli leurs jours ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les ornements sacerdotaux qu’ils avaient sauvés du temple, lorsqu’Antiochus, et ensuite Apollonius, le profanèrent. ― Les Nazaréens, après avoir accompli le temps de leurs vœux, devaient offrir des hosties dans le temple (voir Nombres, 6, versets 1 et suivants) ; mais dans l’état où se trouvaient les Juifs, ils ne pouvaient que se présenter aux prêtres, et prier le Seigneur de les mettre à même d’exercer plus parfaitement son culte, en leur rendant l’usage du temple. Or c’est la prière qu’ils lui font en commun dans les versets suivants.

Et élevant leurs voix, ils poussèrent leurs cris jusqu’au ciel, en disant : Que ferons-nous à ceux-ci, et où les mènerons-nous ?

Votre sanctuaire a été souillé et foulé aux pieds, vos prêtres sont dans les larmes et dans l’humiliation.

Vous voyez que ces nations se sont assemblées pour nous perdre ; vous savez les desseins qu’elles ont formés contre nous.

Comment pourrons-nous subsister devant eux, si vous-même, ô Dieu, ne nous assistez ?

Et ils firent retentir les trompettes avec un grand bruit.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ils firent retentir, etc. La loi ordonnait aux prêtres de sonner des trompettes avant le combat (voir Nombres, 10, 8-9).

Après cela Judas établit des officiers pour commander l’armée, des tribuns, des capitaines de cent hommes, et des officiers de cinquante et de dix.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Des tribuns commandant à mille hommes ; des centurions, à cent ; des pentacontarques, à cinquante et des décurions à dix.

Et il dit à ceux qui venaient de bâtir des maisons, d’épouser des femmes, et de planter des vignes, et à tous ceux qui étaient timides, de retourner chacun en leur maison selon la loi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Selon la loi. Voir Deutéronome, 20, verset 5 et suivants ; Juges, 7, 3.

Alors l’armée marcha, et vint camper près d’Emmaüs, du côté du midi.

Et Judas leur dit : Prenez vos armes ; et remplissez-vous de courage ; tenez-vous prêts pour demain au matin, afin de combattre contre ces nations assemblées contre nous pour nous perdre, et pour renverser notre sainte religion ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ceignez-vous. Voir sur cette expression, Habacuc, 3, 16.

Car il nous est meilleur de mourir dans le combat que de voir les maux de notre peuple, et la destruction de toutes les choses saintes.

Mais que ce qui est ordonné par la volonté de Dieu dans le ciel s’accomplisse !