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1 Machabées 4
Alors Gorgias prit cinq mille hommes de pied, et mille chevaux choisis, et il décampa la nuit,
Pour venir attaquer le camp des Juifs, et les accabler tout d’un coup sans qu’ils y pensassent ; et ceux de la forteresse leur servaient de guides.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ceux qui, etc., littéralement, et par hébraïsme, les fils qui, etc.
Mais Judas en fut averti, et il marcha aussitôt avec les plus vaillants de ses troupes pour aller attaquer le gros de l’armée du roi, qui était à Emmaüs ;
Car une partie de cette armée était encore dispersée hors du camp.
Gorgias étant donc venu pendant la nuit au camp de Judas, n’y trouva personne ; et il les cherchait sur les montagnes, en disant : Ces gens-ci fuient devant nous.
Lorsque le jour fut venu, Judas parut dans la plaine accompagné seulement de trois mille hommes, qui n’avaient ni boucliers ni épées ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
De boucliers et de glaives ; le texte grec et quelques exemplaires latins ajoutent : Comme ils les auraient voulus. On comprend en effet difficilement que les Juifs qui avaient déjà gagné deux batailles, qui avaient profité des dépouilles et des armes des troupes d’Apollonius et de Séron, fussent alors absolument sans boucliers et sans glaives ; et n’est-il pas dit expressément un peu plus bas (voir verset 15) qu’ils percèrent par le glaive tous les soldats de Nicanor qui ne purent se sauver par la fuite ?
Et ils reconnurent que l’armée des nations était forte, et environnée de cuirassiers et de cavaliers, qui étaient tous gens aguerris et exercés au combat.
Alors Judas dit à ceux qui étaient avec lui : Ne craignez point cette grande multitude, et n’appréhendez point leur choc.
Souvenez-vous de quelle manière nos pères furent sauvés dans la mer Rouge, lorsque Pharaon les poursuivait avec une grande armée.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Exode, 14, 9.
Crions donc maintenant au ciel, et le Seigneur nous fera miséricorde ; il se souviendra de l’alliance qu’il a faite avec nos pères, et il brisera aujourd’hui toute la force de cette armée devant nos yeux ;
Et toutes les nations reconnaîtront qu’il y a un rédempteur et un libérateur d’Israël.
Alors les étrangers levant les yeux, aperçurent les gens de Judas qui marchaient contre eux.
En même temps ils sortirent de leur camp pour les combattre, et ceux qui étaient avec Judas sonnèrent de la trompette,
Et les chargèrent ; et les troupes des nations furent battues, et s’enfuirent dans la plaine.
Les derniers furent tous taillés en pièces, et Judas avec ses gens les poursuivit jusqu’à Gezeron, et jusqu’aux campagnes d’Idumée, d’Azot, et de Jamnias ; et il en demeura sur la place jusqu’à trois mille.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Gézéron ; probablement la même ville que Gézer (voir 2 Rois, 5, 25 ?) ou Gazer, dans la tribu d’Ephraïm (voir Josué, 16, 3 ; 21, 21). ― Idumée ; petite contrée au midi de Juda. ― Azot, Jamnia ; villes des Philistins dont la première était à huit lieues et la seconde à vingt-deux au sud d’Emmaüs. ― Trois mille hommes furent tués sur place, sans compter ceux qui le furent dans la fuite, et qu’on peut évaluer à plus de six mille, puisque l’auteur du 2e livre des Machabées (voir 2 Machabées, 8, 24) porte le nombre général des morts à plus de neuf mille.
Judas retourna avec son armée qui le suivait,
Et il dit à ses gens : Ne vous laissez point emporter au désir du butin, parce que nous avons encore des ennemis à combattre,
Et que Gorgias avec son armée est près de nous sur la montagne ; mais demeurez fermes maintenant contre nos ennemis, et achevez de les défaire ; et après cela vous emporterez leurs dépouilles en sûreté.
Lorsque Judas parlait encore, on vit paraître quelques troupes qui regardaient de dessus la montagne.
Et Gorgias vit que ses gens avaient été mis en fuite, et son camp brûlé ; car la fumée qui paraissait lui faisait voir ce qui était arrivé.
Ce qu’ayant aperçu, et voyant Judas avec son armée dans la plaine, tout prêt à combattre, ils eurent grande frayeur ;
Et ils s’enfuirent tous au pays des étrangers.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans le pays des étrangers, des Philistins.
Ainsi Judas retourna pour enlever le butin du camp ; ils emportèrent beaucoup d’or et d’argent, de l’hyacinthe, de la pourpre marine, et de grandes richesses.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La pourpre marine se faisait avec le sang du poisson nommé purpura, et elle était plus estimée que celle qui se tirait de certaines herbes. ― La pourpre marine était de couleur écarlate ; l’hyacinthe était une espèce de pourpre tirant sur le violet.
Et en revenant ils chantaient des hymnes, et bénissaient Dieu hautement, en disant, qu’il est bon, et que sa miséricorde s’étend dans tous les siècles.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Parce qu’il est bon, etc. ; reprise ou refrain d’un cantique d’actions de grâces, et particulièrement du Psaume 135.
En ce jour-là Israël remporta une grande victoire, qui fut son salut.
Ceux des étrangers qui échappèrent en vinrent porter la nouvelle à Lysias, et lui dirent tout ce qui était arrivé.
Ce qu’ayant appris, il en fut tout consterné, et pensa mourir de douleur, à cause qu’il n’avait pu réussir dans ses desseins contre Israël, ni dans l’exécution des ordres qu’il avait reçus du roi.
L’année suivante, Lysias leva une armée de soixante mille hommes choisis, et de cinq mille chevaux, pour exterminer les Juifs.
Cette armée marcha en Judée, et campa près de Béthoron ; et Judas vint au-devant d’eux avec dix mille hommes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Béthoron. Voir 1 Machabées, 3, 16.
Ils reconnurent que l’armée ennemie était forte, et Judas fit sa prière, et dit : Soyez béni, Sauveur d’Israël, vous qui brisâtes la force d’un géant par la main de votre serviteur David, et qui livrâtes le camp des étrangers entre les mains de Jonathas, fils de Saùl, et de son écuyer !
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 1 Rois, 17, 50 ; 14, 13.
Livrez maintenant cette armée de nos ennemis entre les mains de votre peuple d’Israël ; et qu’ils soient couverts de confusion avec toutes leurs troupes et leur cavalerie.
Frappez-les de crainte, faites-les sécher de frayeur en abattant cette audace que leur inspirent leurs forces, qu’ils soient renversés et brisés en votre présence.
Détruisez-les par l’épée de ceux qui vous aiment, afin que tous ceux qui connaissent votre nom publient vos louanges dans leurs cantiques.
Le combat fut donné en même temps, et cinq mille hommes de l’armée de Lysias furent taillés en pièces.
Lysias voyant la fuite des siens, et l’audace des Juifs, et cette disposition où ils étaient de vivre ou de mourir généreusement, s’en alla à Antioche, et y leva de nouveaux soldats, pour revenir en Judée avec plus de troupes qu’auparavant.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Lysias. Voir plus haut, 1 Machabées, 3, 32. ― Antioche. Voir 1 Machabées, 3, 37.
Alors Judas et ses frères dirent : Voilà nos ennemis défaits ; allons maintenant purifier et renouveler le temple.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Purifier ; c’est-à-dire, faire disparaître les objets profanes, comme l’autel des idoles, etc. ― Renouveler ; c’est-à-dire, consacrer, destiner de nouveau au culte du Seigneur par la prière, les sacrifices, etc.
Aussitôt toute l’armée s’assembla, et ils montèrent à la montagne de Sion.
Ils virent les lieux saints tout déserts, l’autel profané, les portes brûlées, le parvis rempli d’épines et d’arbrisseaux, comme on en voit dans un bois et sur les montagnes, et les chambres joignant le temple toutes détruites.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les chambres (pastophoria) ; ce mot comprend les magasins et les habitations des prêtres dans les parvis du temple.
Ils déchirèrent leurs vêtements, firent un grand deuil, et se mirent la cendre sur la tête ;
Ils se prosternèrent le visage contre terre, firent retentir les trompettes dont on donnait le signal, et poussèrent leurs cris jusqu’au ciel.
Alors Judas commanda des gens pour combattre ceux qui étaient dans la forteresse, jusqu’à ce qu’ils eussent purifié les lieux saints.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Afin de combattre contre ceux, etc. ; ou plutôt, afin de leur résister, dans le cas où ils voudraient empêcher Judas et les siens de purifier le temple.
Et il choisit des prêtres sans tache, religieux observateurs de la loi de Dieu ;
Ils purifièrent les lieux saints, et ils emportèrent en un lieu impur les pierres profanes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les pierres de contamination, les pierres qui avaient été souillées en servant à l’autel sacrilège, dressé sur l’autel des holocaustes (voir 1 Machabées, 1, 57).
Et Judas délibéra de ce qu’il ferait de l’autel des holocaustes qui avait été profané.
Et ils prirent un bon conseil, qui fut de le détruire, de peur qu’il ne leur devînt un sujet d’opprobre, ayant été souillé par les nations ; ainsi ils le démolirent,
Et ils en mirent les pierres sur la montagne du temple, dans un lieu propre, en attendant qu’il vînt un prophète qui déclarât ce qu’on en ferait.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La montagne de la maison, la montagne où le temple était bâti.
Et ils prirent des pierres entières, selon l’ordonnance de la loi, et en bâtirent un autel nouveau, semblable au premier ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Selon la loi. Voir Exode, 20, 25.
Ils rebâtirent le sanctuaire, et ce qui était au dedans du temple, et sanctifièrent le temple et le parvis.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
De la maison, c’est-à-dire du temple.
Ils firent de nouveaux vases sacrés, et placèrent dans le temple le chandelier, l’autel des parfums et la table.
Ils mirent l’encens sur l’autel, allumèrent les lampes qui étaient sur le chandelier, et qui éclairaient dans le temple.
Ils posèrent les pains sur la table, suspendirent les voiles, et enfin achevèrent tout ce qu’ils avaient commencé.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Des pains de proposition (voir Exode, 25, 30). ― Les voiles étaient à l’entrée du saint et du sanctuaire.
Le vingt-cinquième du neuvième mois, nommé casleu, la cent quarante-huitième année, ils se levèrent avant le point du jour ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Casleu. Voir 1 Machabées, 1, 57. ― La cent quarante-huitième année du règne des Grecs ; elle répond à la cent soixante-troisième année avant Jésus-Christ.
Et ils offrirent le sacrifice, selon la loi, sur le nouvel autel des holocaustes qu’ils avaient bâti.
Il fut dédié de nouveau au bruit des cantiques, des harpes, des lyres, et des cymbales, dans le même temps et le même jour qu’il avait été souillé par les nations.
Tout le peuple se prosterna le visage contre terre, ils adorèrent Dieu, et poussèrent jusqu’au ciel les bénédictions qu’ils donnaient à celui qui les avait fait réussir si heureusement dans leur entreprise.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Bénirent en élevant leur voix jusqu’au ciel.
Ils célébrèrent la dédicace de l’autel pendant huit jours ; ils offrirent des holocaustes avec joie, et un sacrifice d’actions de grâces et de louanges.
Ils parèrent le devant du temple avec des couronnes d’or et de petits écussons ; ils renouvelèrent les entrées du temple, et les chambres des côtés, et y mirent des portes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ils ornèrent, etc., ils rétablirent autant qu’ils le purent la façade du temple, et ils y remirent des ornements pareils à ceux qu’Antiochus en avait enlevés. ― Les couronnes et les petits boucliers étaient des monuments des victoires des Hébreux, et des marques de leur reconnaissance envers le Dieu des armées. ― Les chambres. Voir le verset 38.
Tout le peuple fut comblé de joie, et l’opprobre des nations fut banni du milieu d’eux.
Et Judas avec ses frères, et toute l’assemblée d’Israël, ordonna que dans la suite des temps on célébrerait ce jour-là la dédicace de l’autel chaque année pendant huit jours, à commencer le vingt-cinquième du mois de casleu, avec beaucoup de réjouissance et d’allégresse.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La dédicace de l’autel ; fête connue dans l’Evangile sous le d’Encænia (voir Jean, 10, 22). ― A des temps fixés ; littéralement, en ses temps (in temporibus suis).
En ce même temps ils fortifièrent la montagne de Sion, et l’environnèrent de hauts murs et de fortes tours, de peur que les nations ne vinssent la profaner de nouveau, comme elles avaient fait auparavant.
Il y mit des gens de guerre pour la garder, et la fortifia pour assurer encore Bethsura, afin que le peuple eût une forteresse contre l’Idumée.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Bethsura ; ville entre Jérusalem et Hébron, sur les frontières de l’Idumée. ― Bethsura, ville de la tribu de Juda, aujourd’hui Kherbet Beit-Sour, est située sur une colline isolée de trois côtés par de petites vallées et des rochers à pic. Le quatrième côté est adhérent au reste de la colline. Les rochers sont percés de grottes sépulcrales. Du côté du nord, contre la paroi du rocher, il y a un beau puits dont l’eau bonne à boire alimentait la ville actuellement ruinée. ― Bethsura domine la route conduisant à Hébron qui se trouve à environ une heure et demie de marche plus au sud. Hébron, à cette époque, appartenait aux Iduméens. Les Syriens paraissent être venus plusieurs fois attaquer la Judée en contournant le sud de la mer Morte et en arrivant par conséquent en Juda par l’Idumée. De là l’importance de Bethsura. C’était la première place forte du domaine de la Judée qui pouvait arrêter les Syriens dans leur marche.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Gorgias. Voir plus haut, 1 Machabées, 3, 38.