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1 Machabées 10
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L’an cent soixante, Alexandre, fils d’Antiochus et surnommé Epiphane, se mit en marche, et s’empara de Ptolémaïs ; les habitants le reçurent, et il fut roi.
Le roi Démétrius, l’ayant appris, rassembla une très forte armée et s’avança contre lui pour le combattre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Démétrius, pour résister à Alexandre balas, est obligé de faire la paix avec Jonathas. Celui-ci était assez puissant, pour faire pencher la balance en faveur de l’un des deux antagonistes. Alexandre chercha à le gagner à son tour ; il le nomma grand prêtre et lui envoya un manteau de pourpre et une couronne d’or, versets 15 à 21. Démétrius Ier enchérit alors sur Alexandre, versets 22 à 45. Jonathas se défia de ses offres et se prononça pour Alexandre, qui bientôt après battit Démétrius dans un combat où périt ce dernier, versets 46 à 50.
En même temps Démétrius envoyait à Jonathas une lettre avec des paroles de paix, lui promettant de l’élever en dignité.
« Hâtons-nous, disait-il, de faire la paix avec lui, avant qu’il la fasse avec Alexandre contre nous.
Car il se souviendra de tout le mal que nous lui avons fait, à lui, à son frère et à tout son peuple. »
Il l’autorisait à lever des troupes, à fabriquer des armes et à se dire son allié, et il ordonnait qu’on lui remit les otages détenus dans la citadelle.
Aussitôt Jonathas se rendit à Jérusalem et lut la lettre devant tout le peuple et devant ceux qui étaient dans la citadelle.
Ils furent saisis d’une grande crainte, en apprenant que le roi donnait à Jonathas le pouvoir de former une armée.
Ceux de la citadelle livrèrent les otages à Jonathas, qui les rendit à leurs parents.
Jonathas s’établit à Jérusalem, et commença à rebâtir et à renouveler la ville.
Il commanda aux ouvriers de reconstruire les murailles et d’entourer le mont Sion de pierres carrées pour le fortifier. Ces ordres furent exécutés.
Alors les étrangers qui étaient dans les forteresses que Bacchidès avait bâties s’enfuirent,
et chacun d’eux, quittant sa demeure, s’en retourna dans son pays.
Quelques-uns seulement de ceux qui avaient abandonné la loi et les commandements restèrent dans Bethsur, qui devint leur refuge.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Bethsura. Voir 1 Machabées, 4, 61.
Cependant le roi Alexandre apprit les offres que Démétrius avait faites à Jonathas ; on lui raconta aussi les combats que celui-ci avait livrés, les exploits qu’il avait accomplis, lui et ses frères, ainsi que les maux qu’ils avaient endurés.
Et il dit : « Trouverions-nous jamais un homme pareil ? Faisons-nous en donc un ami et un allié. »
Il écrivit une lettre et la lui envoya, ainsi conçue :
« Le roi Alexandre à son frère Jonathas, salut.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La coutume entre les souverains de s’appeler frères est très ancienne (voir 3 Rois, 9, 13 ; 20, 33). D’ailleurs ce même nom se donnait alors assez souvent aux gouverneurs des provinces (voir 2 Machabées, 11, 22). ― Salut est à l’accusatif (salutem) comme complément d’un verbe, tel que donne ou souhaite, sous-entendu.
Nous avons appris sur toi que tu es un homme puissant et que tu es disposé à être notre ami.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Très puissant. Comparer à 1 Machabées, 8, 1.
C’est pourquoi nous te constituons aujourd’hui grand prêtre de la nation et te donnons le titre d’ami du roi ; — il lui envoyait en même temps une robe de pourpre et une couronne d’or — prends intérêt à nos affaires et garde-nous ton amitié. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
L’usage de la pourpre et de la couronne d’or était réservé aux rois, et à ceux à qui ils voulaient bien s’accorder. ― Ami du roi. Voir 1 Machabées, 2, 18.
Jonathas revêtit les ornements sacrés le septième mois de l’an cent soixante, en la fête des Tabernacles, et il leva une armée et fabriqua beaucoup d’armes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Au septième mois. Voir Aggée, 2, 2. ― L’année cent soixantième. Voir le verset 1. ― La scénopégie ; c’est-à-dire la fête des tabernacles. ― Jonathas se revêtit de la robe sainte, insigne du souverain pontificat. Le pontificat était vacant depuis sept ans par la mort de l’impie Alcime, voir 1 Machabées, 9, 56, qu’Antiochus V Eupator avait imposé aux Juifs comme grand prêtre, voir 1 Machabées, 7, vv. 5, 21. Depuis le meurtre d’Onias III et la fuite de son fils en Egypte, il n’y avait plus de successeur légitime du grand prêtre Jésus, dans la famille duquel avaient été pris les souverains pontifes depuis la captivité. Jonathas, étant de race sacerdotale, pouvait recevoir cette dignité.
En apprenant ces choses, Démétrius ressentit une grande affliction :
« Qu’avons-nous fait, dit-il, qu’Alexandre nous ait prévenus en obtenant l’amitié des Juifs pour affermir sa puissance ?
Moi aussi je veux leur adresser des paroles persuasives, leur offrir une haute situation et des présents, afin qu’ils soient mes auxiliaires. »
Il leur envoya donc une lettre ainsi conçue : « Le roi Démétrius à la nation juive, salut.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Salut (salutem). Voir le verset 18.
Vous avez gardé fidèlement l’alliance faite avec nous, persévérant dans notre amitié et ne vous unissant pas à nos ennemis ; nous l’avons appris et nous nous en sommes réjouis.
Et maintenant, continuez de nous garder fidélité, et nous récompenserons par des bienfaits ce que vous faites pour nous.
Nous vous accorderons beaucoup d’exemptions et de faveurs.
Dès à présent je vous décharge et je fais remise à tous les Juifs des tributs, des droits sur le sel et des couronnes. Ce qui me revient pour le tiers du produit du sol
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Je vous remets, etc. Les Juifs devaient payer l’usage du sel, quoique les salines qui étaient autour de la mer Morte leur en fournissaient en abondance (voir 1 Machabées, 11, 35 ?) ; ils devaient aussi donner au roi des couronnes tous les ans (voir 1 Machabées, 13, 39). ― Les couronnes étaient en or. C’étaient primitivement des dons volontaires qui avaient été faits aux rois par des princes ou des villes, mais souvent ils avaient été rendus obligatoires et constituaient un véritable tribut équivalent à une somme d’or déterminée.
et pour la moitié du produit des arbres fruitiers, je vous en fais aujourd’hui la remise ; et je n’exigerai plus rien désormais, et en aucun temps, du pays de Juda, ni des trois cantons qui lui sont réunis de la Samarie et de la Galilée.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les trois cités ; le grec lit nome, ou canton ; l’historien Josèphe, toparchie, ou gouvernement d’une contrée, d’une province. Or les principales villes de ces trois cantons réunis étaient Lyda, Ramatha et Aphéréma. Comparer à 1 Machabées, 11, 34. ― Dans aucun temps (in totum tempus). Comme nous l’avons déjà remarqué, en hébreu, le tout joint à une négation signifie nul, pas un seul.
Je veux que Jérusalem soit une ville sainte et exempte, ainsi que son territoire, ses dîmes et ses tributs.
Je renonce aussi à mon autorité sur la citadelle qui est à Jérusalem, et je la donne au grand prêtre afin qu’il y établisse, pour la garder, les hommes qu’il aura choisis.
Tous les Juifs qui ont été emmenés captifs du pays de Judas dans toute l’étendue de mon royaume, je les renvoie libres sans rançon ; je veux que tous leur fassent aussi remise des tributs, même pour leurs animaux.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Tous les Juifs ; littéralement, et par hébraïsme, toute âme, c’est-à-dire, toute personne de Juifs. ― Et même, etc. ; c’est-à-dire, qu’ils soient tous affranchis, même des corvées et des charges publiques, pour lesquelles on les obligeait de fournir leurs animaux de service.
Que toutes les solennités, les sabbats, les néoménies, les jours fixés et les trois jours qui précédent ou qui suivent une fête solennelle, soient tous des jours d’immunité et de franchise pour tous les Juifs qui habitent dans mon royaume.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les jours ordonnés (dies decreti) ou privilégiés, comme la fête de Judith, celle des Sorts, de la dédicace du temple, etc. ― Les jours solennels sont les fêtes de Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles. ― Les néoménies, premier jour du mois.
En ces jours-là, nul n’aura le droit de poursuivre l’un d’entre eux, ou de lui intenter une action pour quelque affaire que ce soit.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Pour aucun motif (in omni causa). Voir le verset 30.
On enrôlera dans l’armée du roi jusqu’à trente mille juifs et on leur donnera la même solde qui est allouée à toutes les troupes du roi. Un certain nombre d’entre eux seront placés dans les grandes forteresses du roi,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Que dans l’armée, etc. Chez les Grecs, l’état militaire était le plus honorable, parce que c’était celui des citoyens libres.
et plusieurs seront admis aux emplois de confiance du royaume ; de plus, ces troupes auront à leur tête des chefs pris dans leurs rangs, et elles vivront selon leurs lois, comme le roi l’a ordonné pour le pays de Juda.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Qu’ils marchent, etc. ; hébraïsme, pour, qu’ils suivent, qu’ils se conforment, etc.
Les trois cantons de la Samarie annexés à la Judée lui seront incorporés et comptés comme ne faisant qu’un avec elle, de telle sorte qu’ils n’obéissent à nulle autre autorité que celle du grand prêtre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les trois cités, etc. Voir le verset 30.
Je donne Ptolémaïs et son territoire au sanctuaire de Jérusalem, pour les dépenses nécessaires au culte.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Fourniront ou bien seront, est sous-entendu. On sait en effet que le verbe substantif être, se sous-entend continuellement dans le style biblique. D’ailleurs le nominatif Ptolemaida ne laisse aucun doute ici. Nous ne croyons donc pas que le relatif que (quas) de la Vulgate soit une faute. A la vérité, le texte grec ne porte pas ce pronom, mais il met à l’accusatif Ptolémaïde, comme complément direct du verbe j’ai donné. Ptolémaïde était occupée alors par Alexandre (voir verset 1) ; la promettre aux Juifs, c’était les engager puissamment à aider Démétrius à s’en rendre maîtres.
Et moi je donne chaque année quinze mille sicles d’argent, qui seront pris sur le fisc royal dans les localités convenables.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Quinze mille sicles. Voir Ezéchiel, 45, 12.
Et tout le surplus, que les employés du fisc n’auront pas payé comme dans les années antérieures, ils le solderont à l’avenir pour le service du temple.
En outre, des cinq mille sicles d’argent que les officiers soustrayaient chaque année aux besoins du sanctuaire, en les prélevant sur ses revenus, il sera fait remise, parce qu’ils appartiennent aux prêtres qui font le service.
Quiconque sera réfugié dans le sanctuaire de Jérusalem et dans toute son enceinte, étant redevable des impôts royaux ou de toute autre dette, sera libre, avec tous les biens qu’il possède dans mon royaume.
Les dépenses pour la construction et la restauration du sanctuaire seront aussi prélevées sur les revenus du roi.
En outre, pour reconstruire les murailles de Jérusalem et pour en fortifier l’enceinte, les dépenses seront encore prélevées sur les revenus du roi ; et il en sera de même pour relever les murailles des villes de la Judée. »
Lorsque Jonathas et le peuple entendirent ces paroles, ils n’y crurent pas et refusèrent de les accepter, parce qu’ils se souvenaient des grands maux que Démétrius avait faits à Israël et des calamités qu’il leur avait causées.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 1 Machabées, 7, 11.
Ils se décidèrent donc en faveur d’Alexandre, dont les propositions pacifiques obtinrent la préférence à leurs yeux, et ils furent constamment ses alliés.
Le roi Alexandre rassembla une grande armée et s’avança contre Démétrius.
Les deux rois ayant engagé la bataille, l’armée de Démétrius prit la fuite et Alexandre la poursuivit ; il l’emporta sur eux
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sur eux (super eos), sur Démétrius et ses soldats.
et combattit très vaillamment jusqu’au coucher du soleil, et Démétrius fut tué ce jour-là.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Démétrius Ier, après avoir vaillamment combattu, tomba dans un marais et c’est là qu’il périt, couvert de blessures. Il avait régné une douzaine d’année (162-150).
Alexandre envoya à Ptolémée, roi d’Égypte, des ambassadeurs chargés de lui dire :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ptolémée Philométor. ― Ptolémée VI Philométor (180-145) avait épousé sa sœur Cléopâtre et il en avait eu une fille, appelée aussi Cléopâtre, voir verset 57, qu’Alexandre demanda en mariage, dans le but sans doute de fortifier sa domination en Syrie. Ptolémée VI avait favorisé dès le commencement les prétentions d’Alexandre, voir plus haut, 1 Machabées, note 10.1 ; il devait donc être très disposé à consentir à ce mariage, qui entrait probablement dans ses plans, car il devait espérer pouvoir ainsi acquérir de l’influence en Syrie et recouvrer un jour les provinces de Cœlésyrie et de Phénicie que l’Egypte avait perdues depuis le règne d’Antiochus III le Grand. La suite de l’histoire dévoile ses vues intéressées et ambitieuses.
« Je suis rentré dans mon royaume et je suis assis sur le trône de mes pères ; j’ai reconquis le gouvernement par ma victoire sur Démétrius, et j’ai pris possession de notre pays.
Je lui ai livré bataille et il a été défait par moi, lui et son armée, et je suis monté sur le siège de sa royauté.
Maintenant, faisons amitié ensemble ; donne-moi ta fille en mariage, je serai ton gendre, et je te donnerai, ainsi qu’à elle, des présents dignes de toi. »
Le roi Ptolémée répondit en ces termes : « Heureux le jour où tu es rentré dans le pays de tes pères, et où tu t’es assis sur le trône de leur royauté !
Maintenant, je ferai pour toi ce que tu as écrit ; mais viens au-devant de moi à Ptolémaïs, afin que nous nous voyions ensemble, et je te ferai mon gendre, comme tu en as exprimé le désir. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Venez… à Ptolémaïde. Alexandre était sans doute à Antioche.
Ptolémée partit d’Égypte, lui et sa fille Cléopâtre, et se rendit à Ptolémaïs, en l’an cent soixante-deux.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Cléopâtre, que l’on a justement appelée « femme funeste aux Séleucides, » devenue l’épouse d’Alexandre Balas en 150, ne resta que quatre ans avec lui. Les succès d’Alexandre l’ayant rendu indolent et inactif, son beau-père Ptolémée VI abandonna sa cause et se ligua contre lui avec Démétrius II Nicator, voir verset 67, auquel il donna, en 146, comme épouse sa fille Cléopâtre, enlevée à Alexandre. Elle eut de son nouveau mari deux fils, Séleucus V et Antiochus VIII Grypus. Démétrius II ayant été fait prisonnier par les Parthes, Cléopâtre donna sa main au frère du roi vaincu, Antiochus VII Sidète, qui occupa le trône pendant la captivité de Démétrius II. Celui-ci ayant recouvré sa liberté et sa couronne, la reine se retira à Ptolémaïde. En 125, Démétrius, obligé de fuir devant Alexandre II Zébina, alla à Ptolémaïde réclamer du secours auprès de son ancienne épouse. Elle le repoussa et on l’accusa même de l’avoir fait assassiner à Tyr. Elle fit périr aussi son propre fils Séleucus V, mais son autre fils, Antiochus VIII Grypus, mit fin à tous ses crimes en la contraignent à boire le poison que cette mère dénaturée avait préparé pour lui.
Le roi Alexandre vint au-devant de lui, et celui-ci lui donna sa fille Cléopâtre, et il célébra les noces à Ptolémaïs avec une grande magnificence, selon la coutume des rois.
Le roi Alexandre écrivit aussi à Jonathas, l’invitant à se rencontrer avec lui.
Jonathas se rendit en grande pompe à Ptolémaïs, ou il se rencontra avec les deux rois ; il leur offrit, ainsi qu’à leurs courtisans, de l’argent, de l’or et beaucoup de présents, et il se concilia leur faveur.
Alors s’unirent contre lui des hommes pervers d’Israël, des impies, pour l’accuser ; mais le roi ne les écouta pas.
Le roi ordonna même qu’on ôtât à Jonathas ses vêtements et qu’on le revêtit de pourpre. Cet ordre ayant été exécuté, le roi le fit asseoir auprès de lui,
et il dit aux grands de sa cour : « Sortez avec lui au milieu de la ville, et publiez que personne n’élève de plainte contre lui pour quoi que ce soit, et que nul ne le moleste sous aucun prétexte. »
Quand ses accusateurs virent qu’on lui rendait ces honneurs publics et qu’il était revêtu de la pourpre, tous s’enfuirent.
Ajoutant encore à ces honneurs, le roi l’inscrivit au nombre de ses premiers amis et le fit général et gouverneur de province.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Parmi ses principaux amis. Il avait déjà reçu le titre d’ami, voir verset 20 ; maintenant il reçoit le titre supérieur d’ami principal. Voir 1 Machabées, 2, 18.
Et Jonathas revint à Jérusalem en paix et joyeux.
L’an cent soixante-cinq, Démétrius, fils de Démétrius, vint de Crète dans le pays de ses pères.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Démétrius II Nicator, fils de Démétrius Ier Soter, vint de Crète, en 148, afin de reconquérir le royaume de son père. C’était l’aîné des deux fils de Démétrius Ier. Celui-ci, au commencement de sa guerre avec Alexandre Ier Balas, avait envoyé ses deux fils avec de grands trésors, à l’un de ses amis à Cnide en Carie, afin de les soustraire aux dangers de la guerre. Ayant appris que le nouveau roi de Syrie vivait dans la mollesse, le jeune Démétrius débarqua en Cilicie avec une armée levée par le Crétois Lasthène. Alexandre avait fait probablement de Ptolémaïde sa résidence ordinaire depuis son mariage avec Cléopâtre. Effrayé à la nouvelle de l’arrivée de son compétiteur, il se rendit à Antioche, laissant Apollonius comme gouverneur de la Cœlésyrie. Démétrius II avait gagné Ptolémée VI Philométor. Avec son aide, il défit sur la rivière Œnoparos, dans la plaine d’Antioche, Alexandre Balas, qui fut contraint de s’enfuir en Arabie, où il périt assassiné, voir 1 Machabées, 11, 16-17. Démétrius II fut ainsi reconnu de tous roi de Syrie. Il ne se montra pas d’abord hostile aux juifs, voir 1 Machabées, 11, 20 (26 ?). Aussi une sédition ayant éclaté contre lui à Antioche, les Juifs le défendirent contre les séditieux. Mais comme il ne tint pas les promesses qu’il leur avait faites, ils passèrent du côté de ses ennemis, ainsi que les anciens soldats syriens qu’il avait licenciés. Un général d’Alexandre Balas, peu après le triomphe de Démétrius II, avait fait proclamer roi un fils mineur d’Alexandre, Antiochus VI Dionysos, voir 1 Machabées, 11, 39. Tryphon battit Démétrius et se rendit maître d’Antioche. La guerre continua entre eux plusieurs années, jusqu’à ce que Démétrius II fut fait prisonnier dans une campagne contre le roi parthe Mithridate Ier Arsace, voir 1 Machabées, 14, 1. Il ne recouvra sa liberté qu’au bout de dix ans. Pendant ce temps, son frère Antiochus VII Sidètes avait occupé le trône et renversé Tryphon. Antiochus VII périt dans une guerre contre les Parthes et Démétrius II remonta sur le trône. Alexandre II Zébina le lui disputa et le vainquit à Damas. Démétrius II alla demander en vain du secours à Ptolémaïde à sa femme Cléopâtre. Il fut peu après assassiné à Tyr en 125.
À cette nouvelle, le roi Alexandre ressentit une grande douleur, et il retourna à Antioche.
Démétrius prit pour général Apollonius, gouverneur de la Coelé-Syrie, et celui-ci rassembla une grande armée et vint camper près de Jamnia. Là, il envoya dire à Jonathas, le grand prêtre :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Apollonius, probablement fils de l’Apollonius dont parle le second livre des Machabées, 3, vv. 5, 7, avait été l’ami et le confident de Démétrius Ier pendant que celui-ci était retenu comme otage à Rome. C’est ce qui explique pourquoi il abandonna si facilement le parti d’Alexandre Balas, en faveur du fils de son ancien ami, et obtint aussitôt la confiance de Démétrius II. ― La Cœlésyrie proprement dite désignait la longue et large vallée comprise entre le Liban et l’Antiliban, mais le gouvernement de la Cœlésyrie comprenait aussi la Phénicie et la Palestine jusqu’à Raphia.
« Toi, tout seul, tu t’élèves contre nous, et moi je suis devenu un objet de dérision et d’opprobre à cause de toi ! Comment oses-tu, toi, jouer l’indépendant vis-à-vis de nous, dans tes montagnes ?
Maintenant donc, si tu as confiance dans tes forces, descends vers nous dans la plaine, et là mesurons-nous ensemble, car j’ai pour moi les puissantes villes de la côte.
Informe-toi et apprends qui je suis et quels sont les autres qui me prêtent leur concours. Ils affirment que votre pied ne peut tenir devant nous, puisque deux fois tes pères ont été mis en fuite dans leur pays.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Que par deux fois, etc. Cela se rapporte peut-être à la défaite de Joseph et d’Azarias (voir 1 Machabées, 5, 60), et au combat où Judas fut tué (voir 1 Machabées, 9, vv. 6, 18).
Et maintenant, tu ne pourras soutenir le choc de la cavalerie et d’une armée si nombreuse, dans une plaine où il n’y a ni pierre, ni rocher, ni un lieu où l’on puisse se réfugier. »
Quand Jonathas eut entendu les paroles d’Apollonius, il ressentit une vive indignation ; il fit choix de dix mille hommes et partit de Jérusalem, et son frère Simon vint le rejoindre pour le soutenir.
Ils allèrent camper près de Joppé ; la ville leur ferma ses portes, car elle était occupée par une garnison d’Apollonius ; aussi en commencèrent-ils le siège.
Les habitants effrayés ouvrirent les portes, et Jonathas fut maître de Joppé.
Commentaire (versets 75 à 76) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 75 à 76 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
La garnison syrienne fit fermer les portes de la ville à l’armée de Jonathas, mais les habitants les lui ouvrirent, malgré la garnison. Joppé ou Jaffa est à quatre heures et demie de marche de Jamnia où était Apollonius.
Dès qu’il en fut informé, Apollonius mit en ordre de bataille trois mille cavaliers et une armée nombreuse,
et se dirigea du côté d’Azot, comme pour se retirer ; et en même temps il s’avançait vers la plaine, parce qu’il avait un grand nombre de cavaliers en qui il avait confiance. Jonathas le suivit du côté d’Azot, et les deux armées en vinrent aux mains.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Vers Azot. Voir plus haut, 1 Machabées, 5, 68.
Apollonius avait laissé derrière lui mille cavaliers dans un poste caché ;
mais Jonathas eut avis qu’il y avait une embuscade dressée derrière lui. Les cavaliers entourèrent sa troupe et lancèrent des traits contre ses hommes depuis le matin jusqu’au soir.
Et ses hommes tinrent bon, ainsi que l’avait recommandé Jonathas, tandis que les chevaux des cavaliers se fatiguèrent.
Alors Simon fit avancer sa troupe et attaqua la phalange, car la cavalerie était sans force ; les Syriens furent battus par lui et prirent la fuite.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La légion (legionem) dans le grec, phalange. Voir 1 Machabées, 9, 12.
La cavalerie se débanda dans la plaine, et les fuyards gagnèrent Azot, où ils entrèrent dans Beth-Dagon, leur temple d’idole, pour y trouver un asile.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Et ceux qui ; le grec porte, et la cavalerie, ce qui a fait penser que les copistes ont mis dans la Vulgate et qui, pour et equi, et les chevaux, les cavaliers.
Jonathas brûla Azot et les villes d’alentour, après les avoir pillées, et il livra au feu le temple de Dagon avec ceux qui s’y étaient réfugiés.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Bethdagon, c’est-à-dire, maison ou temple de Dagon, comme la Vulgate elle-même l’explique au verset suivant. Or Dagon était une idole des Philistins, laquelle a donné son nom à plusieurs villes.
Le nombre de ceux qui périrent par l’épée ou qui furent consumés par le feu fut d’environ huit mille.
Et, partant de là, Jonathas vint camper près d’Ascalon, dont les habitants vinrent au-devant de lui, lui rendant de grands honneurs.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
A Ascalon, dans la plaine de la Séphéla, au nord de Gaza, sur la Méditerranée ; position très forte.
Puis Jonathas retourna à Jérusalem avec ses gens, ayant un riche butin.
Lorsque le roi Alexandre apprit ces événements, il accorda de nouveaux honneurs à Jonathas.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ces choses (sermones istos). Voir 1 Machabées, 5, 37.
Il lui envoya une agrafe d’or, comme il est d’usage d’en gratifier les parents des rois, et il lui donna en propriété Accaron et son territoire.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
L’agrafe d’or était une grande marque de distinction parmi les Grecs, les Perses, les Macédoniens et les Romains ; elle servait à rattacher l’épaule la partie de devant à celle de derrière, de l’habit de dessus. ― Les parents des rois (cognati regum). Les rois appelaient par distinction et par honneur, parents, des personnes revêtues de la première dignité, mais qui souvent ne tenaient nullement à eux ni par le sang ni par les alliances. Ils traitaient de même leurs simples amis. ― Accaron, l’une des principales villes du pays des Philistins, dans la plaine de la Séphéla, au sud-ouest de la Palestine.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
L’année cent soixantième du règne des Grecs ; elle répond à la cent cinquante-et-unième avant Jésus-Christ. ― Le noble (nobilis) ou l’Illustre ; c’est-à-dire Antiochus Epiphane. ― Alexandre Ier Balas, qui passait pour fils d’Antiochus Epiphane, fut opposé à Démétrius Ier comme prétendant au trône de Syrie par Attale II, roi de Pergame. A l’instigation d’Attale II, Héraclide, ancien trésorier d’Antiochus Epiphane, le présenta avec Laodicée, qu’on disait fille de ce dernier roi, au sénat romain, afin de les faire reconnaître comme héritiers d’Antiochus Epiphane et leur assurer le secours de la république pour faire valoir leurs droits à la couronne des Séleucides. Les Romains, qui trouvaient sans doute Démétrius Ier trop puissant, adhérèrent à ce projet. Attale II procura une armée à Alexandre, avec l’aide du roi Ptolémée VI Philométor d’Egypte et d’Ariarathe V, roi de Cappadoce, qui avaient à se plaindre de Démétrius. Alexandre s’empara ainsi de Ptolémaïde. Sur Ptolémaïde, voir plus haut, 1 Machabées, 5, 15.