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Sagesse 13
Tous les hommes qui n’ont point la connaissance de Dieu ne sont que vanité ; ils n’ont pu comprendre par les biens visibles le souverain Être, et ils n’ont point reconnu le Créateur par la considération de ses ouvrages ;
Mais ils se sont imaginé que le feu, ou le vent, ou l’air le plus subtil, ou la multitude des étoiles, ou l’abîme des eaux, ou le soleil et la lune, étaient les dieux qui gouvernaient tout le monde.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Deutéronome, 4, 19 ; 17, 3. ― Enumération des créatures qui ont été divinisées et adorées par les idolâtres. Les Perses adoraient le feu, ainsi que les vents ; les Chananéens, le soleil, la lune et les astres ; les Egyptiens adoraient aussi le soleil sous le nom de Ra, le Nil, etc. Les Grecs rendaient également un culte à toutes les créatures que nomme ici l’auteur de la Sagesse.
Que s’ils les ont crus des dieux, parce qu’ils ont pris plaisir à en voir la beauté, qu’ils conçoivent de là combien celui qui en est le dominateur doit être encore plus beau ; car c’est l’auteur de toute beauté qui a donné l’être à toutes ces choses.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Qui a établi (constituit) ; qui a créé, selon le grec.
Que s’ils ont admiré le pouvoir et les effets de ces créatures, qu’ils comprennent de là combien est encore plus puissant celui qui les a créées ;
Car la grandeur et la beauté de la créature peut faire connaître et rendre visible le Créateur.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
De la beauté de la créature ; c’est-à-dire de la beauté de la créature ; figure grammaticale dont la Bible fournit plusieurs exemples. ― De manière à être reconnue (cognoscibiliter) ; dans le grec, par analogie.
Et néanmoins ces personnes sont un peu plus excusables que les autres ; car s’ils tombent dans l’erreur, on peut dire que c’est en cherchant Dieu, et en s’efforçant de le trouver.
Ils le cherchent parmi ses ouvrages, et ils sont emportés par la beauté des choses qu’ils voient.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Romains, 1, 21.
Mais d ailleurs ils ne méritent point de pardon.
Car s’ils ont pu avoir assez de lumière pour connaître l’ordre du monde, comment n’ont-ils pas découvert plus aisément celui qui en est le dominateur ?
Mais ceux-là sont vraiment malheureux, et n’ont que des espérances mortes, qui ont donné le nom de dieux aux ouvrages de la main des hommes, à l’or, à l’argent, aux inventions de l’art, aux figures des animaux, et à une pierre de nul usage, qui est le travail d’une main antique.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mais ils sont malheureux. L’écrivain sacré distingue deux sortes d’idolâtres : les uns qui cherchent Dieu dans la nature et adorent les choses de la nature au lieu de Dieu ; les autres qui se font eux-mêmes des idoles pour les adorer. Les premiers, mentionnés dans les versets précédents, sont, à la vérité, dignes de blâme, puisqu’ils auraient pu facilement s’élever de la beauté des créatures au Créateur ; mais les derniers, dont il s’agit depuis ce verset 10 jusqu’à la fin du chapitre, sont plus blâmables encore.
Un ouvrier habile coupe par le pied dans une forêt un arbre bien droit, il en ôte adroitement toute l’écorce, et, se servant de son art, il en fait quelque meuble pour l’usage de la vie ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 44, 12 ; Jérémie, 10, 3. ― Ainsi c’est un grand malheur. Ces mots ou autres semblables sont évidemment sous-entendus ; car autrement ce qui suit n’aurait aucune liaison avec ce qui précède ; et cependant on comprend aisément qu’il en faut nécessairement une. Remarquons, de plus, que la phrase qui commence ici, et qui est interrompue par de nombreuses parenthèses, ne se trouve complète qu’au verset 17.
Il se sert du bois qui lui est demeuré de son travail pour se préparer à manger ;
Et voyant que ce qui lui reste n’est bon à rien, que c’est un bois tortu et plein de nœuds, il le taille avec soin et tout à loisir, il lui donne une figure par la science de son art, et il en fait l’image d’un homme,
Ou de quelqu’un des animaux ; et le frottant avec du vermillon, il le peint de rouge, il lui donne une couleur empruntée, et il en ôte avec adresse toutes les taches et tous les défauts :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Avec du vermillon. Les anciens estimaient extraordinairement le vermillon, et n’en usaient que comme d’une chose très précieuse.
Après cela il fait à sa statue une niche qui lui soit propre, il la place dans une muraille, et la fait tenir avec du fer,
De peur qu’elle ne tombe ; et il use de cette précaution, sachant qu’elle ne se peut aider elle-même, parce que ce n’est qu’une statue, et qu’elle a besoin d’un secours étranger.
Il lui fait ensuite des vœux, et il l’implore pour ses biens, pour ses enfants, ou pour un mariage. Il ne rougit point de parler à un bois sans âme.
Il prie pour sa santé celui qui n’est que foiblesse ; il demande la vie à un mort, et il appelle à son secours celui qui ne peut se secourir.
Pour avoir des forces dans son voyage, il s’adresse à celui qui ne peut marcher ; et lorsqu’il pense à acquérir ou à entreprendre quelque chose, et qu’il est en peine du succès de tout ce qui le regarde, il implore celui qui est inutile à tout.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Romains, 1, 18. ― Celui qui est ; par lui-même, l’Etre nécessaire. Comparer à Exode, 3, 14.