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Sagesse 19
Mais pour ce qui est des méchants, la colère de Dieu fondit sur eux sans miséricorde, et y demeura jusqu’à la fin, parce qu’il prévoyait ce qui leur devait arriver ensuite :
Car ayant permis aux Israélites de s’en aller, et les ayant renvoyés avec grand empressement, ils s’en repentirent aussitôt, et ils résolurent d’aller après eux.
Lorsqu’ils avaient encore les larmes aux yeux, et qu’ils pleuraient aux tombeaux de leurs enfants morts, ils prirent tout d’un coup follement une autre pensée, et ils se mirent à poursuivre comme des fugitifs ceux qu’ils avaient renvoyés en hâte, en les priant de se retirer.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Au milieu d’eux ; littéralement entre les mains ; c’est-à-dire que leur deuil était tout récent. Comparer à Exode, 14, 5.
Ils étaient conduits à cette fin par une nécessité dont ils étaient dignes ; et ils perdaient le souvenir de ce qui venait de leur arriver, afin que la mesure de leur punition fût remplie par ce qui manquait à leur supplice,
Et qu’en un même temps votre peuple trouvât un passage miraculeux, et eux un genre de mort tout nouveau.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Eux ; c’est-à-dire les Egyptiens. ― Nouvelle ; d’un genre tout nouveau, extraordinaire, ou, selon le grec, étrange, inouïe. C’est la submersion des Egyptiens par la mer Rouge.
Toutes vos créatures prenaient comme au commencement, chacune en son genre, une nouvelle forme pour obéir à votre commandement, et pour empêcher que vos serviteurs ne reçussent aucun mal.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Toute créature, etc. On aurait cru voir une nouvelle création, tant les éléments paraissaient nouveaux et extraordinaires dans leurs effets. Le feu ne brûlait plus, ou brûlait dans l’eau, l’eau devenait solide, la mer s’ouvrait, etc.
Une nuée couvrait leur camp de son ombre ; et où l’eau était auparavant, la terre sèche parut tout d’un coup ; un passage libre s’ouvrit en un moment au milieu de la mer Rouge, et un champ couvert d’herbes au plus profond de l’abîme des eaux :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Un champ, etc. Quelques-uns regardaient comme une hyperbole sans réalité ce qui est dit ici ; mais d’autres croient, avec plus de probabilité, que ces expressions sont exactement vraies et justifiées par la nature même du fond de la mer Rouge, qui, selon le témoignage du P. Sicard, qui a visité ces lieux, comme nous l’avons déjà fait remarquer ailleurs, est un terrain sablonneux, parsemé d’herbes, et ne différant en rien du terrain des déserts d’alentour. Voir la Sainte Bible en latin et en français, etc., t. 1, p. 268, Paris, 1834.
Ainsi passa tout ce peuple que vous protégiez de votre main, en voyant vos merveilles et vos prodiges.
Ils se réjouirent comme des chevaux dans de gras pâturages, et ils bondirent comme des agneaux, en vous glorifiant, Seigneur, qui les aviez délivrés.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Comme des chevaux. C’est une allusion à la joie qu’éprouvèrent les Israélites, lorsque Dieu leur envoya la manne dans le désert. ― Vous glorifiant, etc. ; autre allusion au cantique d’action de grâces chanté par les Hébreux après le passage de la mer Rouge, voir Exode, chapitre 15.
Ils se souvenaient encore de ce qui était arrivé au pays où ils avaient demeuré comme étrangers ; de quelle sorte la terre, au lieu d’autres animaux, avait produit une infinité de mouches, et le fleuve, au lieu de poissons, avait fait sortir de ses eaux une multitude innombrable de grenouilles.
Ils virent même enfin une nouvelle sorte d’oiseaux, lorsque, ayant un grand désir de manger des viandes délicieuses, ils en demandèrent à Dieu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mais en dernier lieu, etc. Comparer, pour l’intensité de ce verset, à Sagesse, 16, 2 ; Exode, 16, 13 ; Nombres, 11, 31. ― Une nourriture excellente ; littéralement une nourriture d’épulon (epulonis), mot désignant chez les Latins le prêtre qui présidait aux festins des sacrifices, et signifiant aussi convive. Le texte grec porte des aliments de délices. ― Une nouvelle race d’oiseaux, les cailles.
Car il fit comme lever de la mer un très-grand nombre de cailles pour les satisfaire : la peine même ne tomba point sur les pécheurs sans qu’ils en eussent eu des présages auparavant par de grands tonnerres, parce qu’ils souffraient justement ce que leurs crimes avaient mérité :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Non sans des indices. Dieu, par les foudres et le feu du ciel tombés sur Sodome, avait longtemps auparavant fait connaître aux Egyptiens les malheurs qui les menaçaient, puisqu’ils imitaient et même surpassaient les habitants de Sodome par leur inhumanité envers les étrangers, comme le prouvent les versets suivants.
Car ils avaient traité des étrangers d’une manière encore plus inhumaine que les autres n’avaient fait : ceux-là ne recevaient point des étrangers qui leur étaient inconnus ; mais ceux-ci en ayant reçu qui ne leur avaient fait que du bien les avaient réduits en servitude.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ils ont exercé ; c’est-à-dire les Egyptiens. ― Les uns, etc. ; les habitants de Sodome refusaient l’hospitalité à des inconnus, tels que les anges envoyés à Lot (voir Genèse, chapitre 19). ― Les autres, etc. ; les Egyptiens opprimaient injustement les Hébreux qui ne leur avaient fait que du bien (bonos hospites).
Ces premiers même ont été punis pour avoir reçu des étrangers comme s’ils eussent été leurs ennemis.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Et non seulement, etc. Les habitants de Sodome, en donnant l’hospitalité à des inconnus, ne les reçurent qu’à contrecœur, malgré eux (inviti), ou, suivant le texte grec, en ennemis (apechthôs).
Mais ceux-ci tourmentaient très-cruellement ceux qu’ils avaient reçus d’abord avec joie, et qui vivaient déjà avec eux sous les mêmes lois.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Reçus avec allégresse. Comparer à Genèse, 45, 18-20. ― Ceux-ci, les Egyptiens.
Aussi furent-ils enfin frappés d’aveuglement, comme les premiers le furent à la porte du juste, lorsque ayant été couverts tout d’un coup d’épaisses ténèbres, ils ne pouvaient plus trouver la porte de leurs maisons.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 19, 11. ― Ils ont été frappés d’aveuglement. Le Sage veut parler des ténèbres de l’Egypte qui durèrent trois jours, dont il a déjà fait mention (voir Sagesse, chapitre 17), et qu’il rappelle ici dans ce verset même. ― Comme ceux-là ; les Sodomites. ― A la porte du juste ; de Lot. ― Lorsque ayant été, etc. Toute cette dernière partie du verset se rapporte aux Egyptiens dont l’aveuglement ou l’impuissance de voir venait des ténèbres répandues sur l’Egypte, tandis que celui des Sodomites avait une autre cause, que l’Ecriture ne nous fait pas connaître (voir Genèse, 19, 11) ; de sorte que nous ignorons en quoi consistait précisément cet aveuglement. Beaucoup d’interprètes pensent que c’était une sorte de vertige ou d’éblouissement.
Car les éléments changent d’ordre entre eux sans perdre néanmoins cette harmonie qui leur est propre comme dans un instrument de musique l’air se diversifie par le changement des tons : c’est ce qu’on peut voir clairement par ce qui arriva alors.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ce verset dans la Vulgate échappe à toute analyse. Ce qui a fait dire à Bossuet qu’il y a des choses qui manquent ou qui ne sont pas à leur place. Le savant interprète trouve aussi que le grec lui-même présente des difficultés. Pour nous, nous avons cherché à donner le sens le plus simple et le plus naturel, en combinant les deux textes. ― Lorsque les éléments, etc. Les éléments ont réellement changé de fonctions ou de propriétés entre eux, quand, par exemple, l’eau n’a pas éteint le feu ; quand le feu lui-même n’a détruit ni la neige, ni la grêle ; quand l’eau s’est arrêtée et est devenue solide comme un mur. Or tout cela s’est fait sans que les lois générales de la nature aient été troublées dans leur harmonie générale.
Car les animaux de la terre paraissaient changés en ceux de l’eau ; et ceux qui nageaient dans les eaux paraissaient sur la terre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les animaux, etc. Les troupeaux des Hébreux passèrent à travers la mer Rouge, tandis que les grenouilles couvrirent l’Egypte comme des troupeaux, se répandant sur toute la terre sèche et jusque dans les maisons.
Le feu surpassant sa propre nature brûlait au milieu de l’eau, et l’eau oubliant la sienne ne l’éteignait point.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le feu surpassait, etc. Comparer à Sagesse, 16, 17-19.
Les flammes au contraire épargnaient la chair fragile des animaux envoyés de Dieu, et elles ne faisaient point fondre cette viande délicieuse, qui se fondait néanmoins aisément comme la glace. Car vous avez relevé et honoré en toutes choses votre peuple, Seigneur, vous ne l’avez point méprisé, et l’avez assisté en tout temps et en tout lieu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les flammes, etc. Comparer à Sagesse, 16, 18. ― Elles ne faisaient pas fondre, etc. Comparer à Sagesse, 16, 27. ― Vous tenant, etc. ; l’assistant, le protégeant.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Aux impies ; c’est-à-dire aux Egyptiens.