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Juges 4
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Les enfants d’Israël firent encore ce qui est mal aux yeux de Yahweh, après la mort d’Aod.
Et Yahweh les vendit entre les mains de Jabin, roi de Chanaan, qui régnait à Asor ; le chef de son armée était Sisara, et il habitait à Haroseth-Goïm.
Les enfants d’Israël crièrent vers Yahweh, car Jabin avait neuf cents chars de fer et, depuis vingt ans, il opprimait durement les enfants d’Israël.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Neuf cents chars armés de faux. Le texte hébreu porte : neuf cents chars de fer, et non armés de faux. Voir Josué, note 11.4.
En ce temps-là, Débora, prophétesse, femme de Lapidoth, rendait la justice en Israël.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Debbora signifie abeille. De même que biche, chatte, sont aujourd’hui des termes de tendresse, les noms d’animaux gracieux ont toujours été employés comme noms de femmes. Jahel signifie biche ; Sebia, voir 4 Rois, 12, 1, et Tabitha ou Dorcas, voir Actes des Apôtres, 9, 36, gazelle ; Rachel, agneau ou brebis ; Séphora, femme de Moïse, oiseau. Nous trouvons même un nom de femme, celui de la mère du roi Joakim, voir 4 Rois, 24, 8, Nohesta, qui signifie serpent, par allusion sans doute au serpent d’airain érigé par Moïse dans le désert et qu’Ezéchias avait fait détruire, dont le nom était Nohestan, voir 4 Rois, 13, 4. Comme noms d’hommes empruntés aux animaux, on trouve Caleb, chien, désignant différents personnages, Oreb, corbeau, Zeb, loup, Aïa, vautour, Sual, chacal, Jonas, colombe, Ariel, lion de Dieu. Cf. Léon, etc. Le nom de Debbora était aussi celui de la nourrice de Rébecca. Il correspond au grec et au latin Melissa, à l’allemand Emma, qui signifie aussi abeille.
Elle siégeait sous le palmier de Débora, entre Rama et Béthel, dans la montagne d’Éphraïm ; et les enfants d’Israël montaient vers elle pour être jugés.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Rama, probablement au sud-ouest de Béthel. ― Béthel. Voir Genèse, 12, 8.
Elle envoya appeler Barac, fils d’Abinoëm, de Cédés en Nephthali, et elle lui dit : « N’est-ce pas l’ordre qu’a donné Yahweh, le Dieu d’Israël ? Va, rends-toi sur le mont Thabor, et prends avec toi dix mille hommes des fils de Nephthali et des fils de Zabulon.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Cédès de Nephtali. « Les villes de la région (montagneuse de Nephtali) ont toutes ce trait commun de ressemblance qu’elles sont situées sur des rochers élevés au milieu des collines, au-dessus de vallées vertes et paisibles. De ces villes, la plus remarquable est Cédès de Nephtali, la patrie de Barac… Le village moderne couronne la cime de la colline. Les fragments de colonnes qu’on rencontre sur cette colline, les tombeaux de toute espèce dans la vallée au-dessous et sur la place du village, les ruines de deux bâtiments considérables sur cette même place, forment l’ensemble le plus considérable de vestiges archéologiques de toutes les villes de Galilée. La plaine verdoyante qui s’étend au nord et au sud de la colline et de la place du village est toute parsemée de térébinthes, assez nombreux pour servir d’illustration à la scène du campement de Jahel, sous des arbres de même espèce, dans ce même lieu. » (STANLEY.) ― Conduis l’armée sur la montagne de Thabor. Le Thabor est situé dans la tribu d’Issachar, sur la limite de Zabulon. Il se distingue par sa forme et par sa végétation abondante des autres montagnes de la Palestine. Vu du sud-ouest, il se dresse devant le spectateur comme un dôme gigantesque, complètement isolé. Il faut près d’une heure de marche pour en atteindre la cime. Ses flancs sont couverts d’arbres propres à cacher les hommes qui s’y réfugient. Le sommet, dont on peut faire le tour en une demi-heure, est couvert en partie d’arbres, en partie de pelouses. L’œil domine de là toute la plaine d’Esdrelon : aucun mouvement des Chananéens ne pouvait échapper à Barac et à Débora. Les chars de Sisara ne pouvaient d’ailleurs y atteindre les Hébreux. ― « Les côtés du Thabor sont inégaux, escarpés, d’une pente raide, couverts d’arbres odoriférants et d’arbrisseaux qui s’élèvent dans les interstices des rochers : partout où peut croître l’herbe, la terre est tapissée de verdure et de fleurs. Les sentiers sont presque impraticables, et quelques bons que soient les chevaux, ils ont la plus grande peine à se tirer de certains passages scabreux… Les écrivains qui ont assuré que [le sommet] se termine en pain à sucre se sont trompés. C’est un plateau d’environ une demi-heure d’étendue, où l’on ne rencontre que de l’herbe fort élevée, des broussailles, des arbustes, de petits bocages sur les points les plus éminents et d’énormes tas de pierres… Le gibier fourmille partout ; les endroits touffus et les creux des rochers servent de repaires à des panthères, des sangliers et autres animaux sauvages. » (DE GERAMB.)
Je t’amènerai, au torrent de Cison, Sisara, le chef de l’armée de Jabin, avec ses chars et ses troupes, et je le livrerai entre tes mains. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
A l’endroit du torrent de Cison, dans la plaine d’Esdrelon ou de Jezrael. La plaine a environ dix lieues de longueur du Carmel à la vallée du Jourdain, et cinq lieues de largeur, entre les montagnes de Gelboé et celles de Nazareth. Elle est inégale, surtout au levant et au couchant. C’est de Mageddo, où était Sisara, dans la direction de Nazareth, au nord, qu’elle est le plus large et le plus unie. Mageddo, qui commande l’entrée de la plaine, au sud-ouest, Bethsan qui la commande à l’est, demeurèrent des forteresses jusqu’au temps des Romains, sous le nom de Legio et de Scythopolis. Du temps de Sisara, les Chananéens habitaient encore en grand nombre dans ces deux villes et devaient y être les maîtres. ― Le torrent de Cison prend sa source sur le versant nord-est du Thabor ; il arrose dans toute sa longueur, du nord-est au nord-ouest, la plaine d’Esdrelon et se jette dans la Méditerranée au nord du mont Carmel. Il a un grand nombre d’affluents, qui sont complètement à sec en été, mais forment des torrents considérables au moment des pluies.
Barac lui dit : « Si tu viens avec moi, j’irai ; mais si tu ne viens pas avec moi, je n’irai pas. »
Elle répondit : « Oui, j’irai avec toi, mais, dans l’expédition que tu vas faire, la gloire ne sera pas pour toi ; car Yahweh livrera Sisara entre les mains d’une femme. » Et Débora se leva et elle se rendit avec Barac à Cédès.
Barac convoqua Zabulon et Nephthali à Cédès ; et dix mille hommes partirent à sa suite, et Débora partit avec lui.
Héber, le Cinéen, s’était emparé des Cinéens, des fils de Hobab, beau-frère de Moïse, et il avait dressé sa tente jusqu’au chêne de Sennim, près de Cédès.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le Cinéen. Voir Genèse, note 15.19 ― Sennim, signifie changer la tente, proprement charger les montures (pour changer de campement). Sennim est donc probablement un lieu où campaient d’ordinaire les caravanes.
On informa Sisara que Barac, fils d’Abinoëm, était parti vers le mont Thabor ;
et Sisara, fit venir d’Haroseth-Goïm, vers le torrent de Cison, tous ses chars, neuf cents chars de fer, et tout le peuple qui était avec lui.
Alors Débora dit à Barac : « Lève-toi, car voici le jour où Yahweh a livré Sisara entre tes mains. Est-ce que Yahweh n’est pas sorti devant toi ? » Et Barac descendit du mont Thabor, ayant dix mille hommes à sa suite.
Yahweh mit en déroute Sisara, tous ses chars et toute son armée, par le tranchant de l’épée, devant Barac ; et Sisara descendit de son char et s’enfuit à pied.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Psaumes, 82, 10.
Barac poursuivit les chars et l’armée jusqu’à Haroseth-Goïm, et toute l’armée de Sisara tomba sous le tranchant de l’épée ; pas un homme n’échappa.
Sisara se réfugia à pied dans la tente de Jahel, femme de Héber, le Cinéen ; car il y avait paix entre Jabin, roi d’Asor, et la maison de Héber, le Cinéen.
Jahel sortit au-devant de Sisara et lui dit : « Entre, mon seigneur, entre chez moi, ne crains point. » Il entra chez elle dans la tente, et elle le cacha sous une couverture.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
De son manteau, selon l’hébreu, de la couverture. On sait que dans la langue sacrée, l’article déterminatif se met souvent pour le pronom possessif. Mais on ne sait au juste si ce pronom doit se rapporter à Sisara ou à Jahel. ― Les orientaux se sont toujours servis pour dormir de leur manteau. « Ces gens-ci, écrivait du Maroc Eugène Delacroix, ne possèdent qu’une couverture dans laquelle ils marchent, ils dorment, et où ils seront un jour ensevelis. »
Il lui dit : « Donne-moi, je te prie, un peu d’eau à boire, car j’ai soif. » Elle ouvrit l’outre du lait, lui donna à boire et le couvrit.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Jahel ouvrit l’outre du lait, lui donna à boire. « Les Bédouins savent préparer le lait caillé d’une manière délicieuse ; cette préparation est appelée lében ; on l’offre aux hôtes, mais on la considère généralement comme un mets délicat. Je sais par expérience qu’elle est très rafraîchissante pour le voyageur accablé par la fatigue et la chaleur, mais elle a aussi un effet soporifique étrange. Ce ne fut pas sans doute sans connaître ses effets probables que Jahel donna à son hôte épuisé ce breuvage séducteur, qui devait lui procurer un sommeil profond et de bonne durée. » (CONDER.)
Il lui dit : « Tiens-toi à l’entrée de la tente et, si l’on vient t’interroger, en disant : Y a-t-il un homme ici ? tu répondras : Non. »
Jahel, femme de Héber, saisit un pieu de la tente et, ayant pris en main le marteau, elle s’approcha de lui doucement et lui enfonça dans la tempe le pieu, qui pénétra dans le sol, car il dormait profondément, étant accablé de fatigue ; et il mourut.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le clou, probablement, le clou principal, le plus gros ; l’hébreu porte le pieu de la tente. ― Quant à la conduite de Jahel envers Sisara, il est au moins des circonstances qu’on ne saurait justifier, par exemple son mensonge formel, son manque de bonne foi ; choses mauvaises en elles-mêmes. Mais cela n’empêche point de rendre justice à ses intentions, qui étaient incontestablement pures et louables. Voir ce que nous avons dit en parlant d’Aod, Juges, 3, 19-22.
Et voici, comme Barac poursuivait Sisara, Jahel sortit à sa rencontre et lui dit : « Viens, et je te montrerai l’homme que tu cherches. » Il entra chez elle et vit Sisara étendu mort, le pieu dans la tempe.
En ce jour, Dieu humilia Jabin, roi de Chanaan, devant les enfants d’Israël.
Et la main des enfants d’Israël s’appesantit de plus en plus sur Jabin, roi de Chanaan, jusqu’à ce qu’ils eussent détruit Jabin, roi de Chanaan.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 1 Rois, 12, 9. ― Asor ; rebâtie par quelque descendant de l’ancien Jabin. Comparer à Josué, 11, 10-11. ― Haroseth des nations ; ville ainsi nommée, parce qu’il y avait beaucoup de gens de diverses nations, ou parce qu’elle était peuplée de Chananéens et de peuples idolâtres, ou enfin parce qu’elle se trouvait dans la Galilée des nations.