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Apocalypse 18

APRÈS cela je vis un autre ange qui descendait du ciel, ayant une grande puissance ; et la terre fut éclairée de sa gloire.

Et il cria de toute sa force : Elle est tombée, elle est tombée, cette grande Babylone ! et elle est devenue la demeure des démons, la retraite de tout esprit immonde, et le repaire de tout oiseau impur et haïssable :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 21, 9 ; Jérémie, 51, 8 ; Apocalypse, 14, 8.

parce que toutes les nations ont bu du vin de sa furieuse prostitution, que les rois de la terre se sont corrompus avec elle, et que les marchands de la terre se sont enrichis par l’excès de son luxe.

J’entendis aussi une autre voix qui venait du ciel, et qui dit : Sortez de cette ville, mon peuple ; afin que vous n’ayez point de part à ses péchés, et que vous ne soyez point enveloppés dans ses plaies :

car ses péchés sont montés jusques au ciel, et Dieu s’est ressouvenu de ses iniquités.

Traitez-la comme elle vous a traités ; rendez-lui au double selon ses œuvres ; dans le même calice où elle vous a donné à boire, donnez-lui à boire deux fois autant.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Rendez-lui, etc., rendez-lui la pareille, traitez-la comme elle vous a traité.

Multipliez ses tourments et ses douleurs à proportion de ce qu’elle s’est élevée d’orgueil, et livrée au luxe ; parce qu’elle a dit dans son cœur : Je suis sur le trône comme reine ; je ne suis point veuve, et je ne serai point sujette au deuil.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 47, 8.

C’est pourquoi ses plaies, la mort, le deuil et la famine, viendront fondre sur elle en un même jour, et elle périra par le feu ; parce que Dieu qui la condamnera est puissant.

Alors les rois de la terre, qui se sont corrompus et ont vécu dans le luxe avec elle, pleureront sur elle, et frapperont leur poitrine en voyant la fumée de son embrasement.

Ils se tiendront loin d’elle, dans la crainte de ses tourments, et ils diront : Hélas ! hélas ! grande ville, Babylone, ville si puissante ! ta condamnation est venue en un moment.

Les marchands de la terre pleureront et gémiront sur elle ; parce que personne n’achètera plus leurs marchandises :

ces marchandises d’or et d’argent, de pierreries, de perles, de fin lin, de pourpre, de soie, d’écarlate, de toute sorte de bois précieux, de toute sorte de meubles d’ivoire, et de pierres précieuses, d’airain, de fer et de marbre,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tous les bois odorants. Le texte les appelle bois de thyin. C’était un bois odoriférant, célèbre chez les anciens qui croissait dans l’oasis de Jupiter Ammon, dans la Cyrénaïque et en Mauritanie. Les Romains l’appelaient citronnier. C’est le cèdre blanc désigné sous le nom de cupressus thyioides.

de cinnamome, de senteurs, de parfums, d’encens, de vin, d’huile, de fleur de farine, de blé, de bêtes de charge, de brebis, de chevaux, de carrosses, d’esclaves vigoureux, et d’autres âmes serviles.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’expression âmes d’hommes se prend dans l’Ecriture tantôt pour esclaves, tantôt pour hommes en général. « Mais ici, dit Bossuet, comme saint Jean oppose les hommes aux esclaves, il faut entendre par hommes les hommes libres ; car on vend tout, esclaves et libres, dans une ville d’un si grand abord. »

Les fruits aussi dont tu faisais tes délices, t’ont quittée ; toute délicatesse et toute magnificence est perdue pour toi, et tu ne les retrouveras jamais.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tout ce qu’il y a d’exquis ; littéralement, toutes les choses grasses. Les Hébreux désignaient par graisse, ce qui est gras, non seulement les meilleures productions de la terre, mais encore les mets les plus fins et les plus délicats. Nous pensons donc que saint Jean fait allusion ici aux plaisirs qu’offrent une table bien servie et un festin splendide.

Ceux qui vendent ces marchandises, et qui se sont enrichis avec elle, s’en tiendront éloignés dans l’appréhension de ses tourments ; ils pleureront et soupireront,

et ils diront : Hélas ! hélas ! qu’est devenue cette grande ville qui était vêtue de fin lin, de pourpre et d’écarlate, et parée d’or, de pierreries et de perles !

car toutes ces richesses se sont évanouies en un moment. Tous les pilotes et tous ceux qui sont sur mer, les mariniers et tous ceux qui trafiquent sur mer, se sont tenus loin d’elle ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le lac est évidemment ici un nom collectif exprimant tous les lacs avoisinant la ville, et lui fournissant le poisson.

et se sont écriés en voyant la place de son embrasement : Quelle ville, disaient-ils, a jamais égalé cette grande ville ?

Ils se sont couvert la tête de poussière, jetant des cris accompagnés de larmes et de sanglots, et disant : Hélas ! hélas ! cette grande ville, qui a enrichi de son opulence tous ceux qui avaient des vaisseaux en mer, se trouve ruinée en un moment !

Ciel, soyez-en dans la joie, et vous aussi, saints apôtres et prophètes ; parce que Dieu vous a fait justice d’elle.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dieu vous a fait pleinement justice d’elle ; littéralement : Dieu a jugé votre jugement par rapport à elle. Nous avons déjà fait remarquer que ce genre de répétition, dans toutes les langues, a pour but de donner de la force et de l’énergie au discours. Ainsi le sens est : Dieu vous a vengés de tout le mal qu’elle vous a fait.

Alors un ange fort leva en haut une pierre semblable à une grande meule de moulin, et la jeta dans la mer, en disant : C’est ainsi que Babylone, cette grande ville, sera précipitée avec impétuosité, en sorte qu’on ne la trouvera plus.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Comme une grande meule : le châtiment prononcé par le Sauveur contre ceux qui ont donné du scandale. Voir Matthieu, 18, 6.

Et la voix des joueurs de harpe et des musiciens, ni celle des joueurs de flûte et de trompette, ne sera plus entendue chez toi ; et nul artisan, de quelque métier que ce soit, ne s’y trouvera plus, et on n’y entendra plus le bruit de la meule.

La lumière des lampes ne luira plus chez toi, et la voix de l’époux et de l’épouse ne s’y entendra plus : car tes marchands étaient les princes de la terre, et toutes les nations ont été séduites par tes enchantements.

Et on a trouvé dans cette ville le sang des prophètes et des saints, et de tous ceux qui ont été tués sur la terre.