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Apocalypse 13
JE vis ensuite s’élever de la mer une bête qui avait sept têtes et dix cornes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème.
Cette bête que je vis était semblable à un léopard ; ses pieds étaient comme des pieds d’ours ; sa gueule, comme la gueule d’un lion ; et le dragon lui donna sa force et sa grande puissance.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Apocalypse, note 11.7.
Et je vis une de ses têtes comme blessée à mort ; mais cette plaie mortelle fut guérie ; et toute la terre étant dans l’admiration, suivit la bête.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Une de ses têtes, etc. « La signification de ce trait est obscure ; quelque événement de l’avenir en donnera sans doute l’explication. » (CRAMPON)
Alors ils adorèrent le dragon, qui avait donné sa puissance à la bête ; et ils adorèrent la bête, en disant : Qui est semblable à la bête, et qui pourra combattre contre elle ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ils ; c’est-à-dire les habitants de la terre. Comparer au verset 8.
Et il lui fut donné une bouche qui se glorifiait insolemment, et qui blasphémait ; et le pouvoir lui fut donné de faire la guerre durant quarante-deux mois.
Elle ouvrit donc la bouche pour blasphémer contre Dieu, en blasphémant son nom, son tabernacle, et ceux qui habitent dans le ciel.
Il lui fut aussi donné le pouvoir de faire la guerre aux saints, et de les vaincre ; et la puissance lui fut donnée sur les hommes de toute tribu, de tout peuple, de toute langue et de toute nation.
Et elle fut adorée par tous ceux qui habitaient sur la terre, dont les noms n’étaient pas écrits dès la création du monde dans le livre de vie de l’Agneau qui a été immolé.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Qui a été immolé dès l’origine du monde ; soit par rapport au décret éternel de sa passion et de sa mort, soit par rapport aux souffrances des justes de l’Ancien Testament, lesquelles étaient autant de figures des siennes, soit enfin par rapport au mérite de sa mort, qui a été appliqué aux saints dès le commencement du monde. D’autres, en vertu d’une hyperbate assez ordinaire au style biblique, traduisent : Dont les noms ne sont pas écrits dès l’origine du monde dans le livre de l’Agneau qui a été immolé. Cette interprétation est encore fondée sur un passage de saint Jean lui-même, qui dit, voir Apocalypse, 17, 18 : Dont les noms ne sont pas écrits dans le livre de vie dès la fondation du monde.
Si quelqu’un a des oreilles, qu’il entende.
Celui qui aura réduit les autres en captivité, sera réduit lui-même en captivité. Celui qui aura tué avec l’épée, il faut qu’il soit tué lui-même par l’épée. C’est ici la patience et la foi des saints.
Je vis encore s’élever de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles de l’Agneau ; mais elle parlait comme le dragon.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Cornelius a Lapide (1 565-1 637) écrit ceci : « Saint Ambroise, Tertullien et d’autres… entendent par cette Bête un insigne imposteur qui sera comme un précurseur et un héraut de l’Antéchrist, comme saint Jean-Baptiste le fut du Christ… Joseph Acosta (De temp. Noviss. II, 17) dit : Ces deux cornes sont celles de la dignité épiscopale, celle de la mitre [qui est en effet bicorne]. Il semblerait donc que ce pseudo-prophète sera un évêque apostat et se faisant passer pour religieux, traître à l’état ecclésiastique, qui propagera dans le peuple par ses discours le venin du dragon. » (Corn. In Apoc., XIII, 11). Saint Thomas d’Aquin (opuscule 68) précise : « Cela revient à dire : Sa doctrine avait la ressemblance de celle de l’Agneau, à savoir le Christ… mais en réalité il s’agissait des cornes du diable, c’est-à-dire de sa doctrine fétide… » ― « “Et elle parlait comme le Dragon”. Celle qui, chrétienne seulement par le nom, présente l’agneau pour répandre secrètement les poisons du dragon, c’est l’Eglise hérétique ; en effet, elle n’imiterait pas la ressemblance de l’agneau si elle parlait ouvertement. Elle feint maintenant l’esprit chrétien, afin de tromper plus sûrement les imprudents ; c’est pour cela que le Seigneur a dit : “Méfiez-vous des faux prophètes” (voir Matthieu, 7, 15). » (Saint Césaire d’Arles) ― « Ses cornes sont semblables à celles d’un agneau ; elle n’a pas recours à la force matérielle ; mais son langage est celui d’un serpent : ses armes sont la ruse et la séduction. » (CRAMPON, 1 885) ― « Cette bête qui s’élèvera de terre est un faux prophète (voir Apocalypse, 16, 13 ; 19, 20 ; 20, 10) qui annoncera le fils de perdition comme étant le Christ, et il en sera le bras duquel l’Antéchrist opérera des choses surprenantes tant par des signes que par la puissance de ses armes. (…) Il est dit que cette bête aura deux cornes semblables à celles de l’Agneau, parce qu’elle sera un chrétien apostat et qu’elle s’élèvera secrètement et frauduleusement. Elle (…) occupera le siège pontifical, tuera le dernier pape successeur légitime de saint Pierre (…). Alors l’Eglise sera dispersée dans les solitudes et les lieux déserts, (…) parce que le pasteur aura été frappé, et que les brebis seront dispersées. Car il en sera de même qu’au temps de la Passion de Notre Seigneur. L’Eglise latine sera déchirée, et à l’exception des élus, il y aura défection totale de la foi. (…) « (HOLZHAUSER)
Et elle exerça toute la puissance de la première bête en sa présence ; et elle fit que la terre et ceux qui l’habitaient, adorèrent la première bête, dont la plaie mortelle avait été guérie.
Elle fit de grands prodiges, jusqu’à faire descendre le feu du ciel sur la terre à la vue des hommes.
Et elle séduisit ceux qui habitaient sur la terre, à cause des prodiges qu’elle eut le pouvoir de faire en présence de la bête, en disant à ceux qui habitaient sur la terre, qu’ils dressassent une image à la bête, qui ayant reçu un coup d’épée était encore vivante.
Et le pouvoir lui fut donné d’animer l’image de la bête, en sorte que cette image parlât, et de faire tuer tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête.
Elle fera encore que tous les hommes, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçoivent d’elle un caractère à la main droite, ou au front ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les païens avaient coutume de porter sur leur poignet ou sur leur front le nom de la fausse divinité à laquelle ils se consacraient.
et que personne ne puisse ni acheter, ni vendre, que celui qui aura le caractère ou le nom de la bête, ou le nombre de son nom.
C’est ici la sagesse : Que celui qui a de l’intelligence, compte le nombre de la bête : car son nombre est le nombre du nom d’un homme ; et son nombre est Six cent soixante-six.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Son nombre est 666. « Les anciens aimaient à désigner les personnes par des caractères mystérieux et par des chiffres. Ce dernier mode de désignation était d’autant plus naturel parmi eux que chaque lettre avait sa valeur numérale. De là ces mots : « Son chiffre est 666, » c’est-à-dire on trouve en son nom des lettres dont la valeur équivaut à ce chiffre. Une telle donnée suffit-elle pour préciser ce nom ? Evidemment elle est insuffisante, car il y a une foule de noms qui répondent à cette indication, par exemple : Τειταν, Titan, qu’on rapprochait de Titus, Ουλπιανος, Ulpianus, prénom de Trajan, Λντιμος, Honori contrarius, Λαμπετις, Splendidus, ο Νιχητης, Victor, Αμνος αδιχος, Agnus nocens, Καχος οδηγος, malus dux, Γενσηριχος, Genséric, Gentium seductor, Αποστατης, Apostata, Μαομετις, Mahomet, Λατεινος, Latinus, en hébreu et en grec : Nero Cesar, Caius Cesar Caligula et Diocles Augustus, en latin ; etc. ― Aussi plusieurs commentateurs ont-ils été conduits à dire que ce nombre n’a qu’une valeur mystique ; que le nombre 6, symbole du jour de l’homme, indique l’imperfection, tandis que le chiffre 8, symbole du jour de Dieu, indique la perfection de l’éternité. D’où ils déduisent que 666, nombre de l’Antéchrist, signifie l’imperfection radicale, comme 888, nombre de Jésus, signifie la perfection à la plus haute puissance. » (L. BACUEZ.)
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Une bête : « une puissance de ce monde, un empire dominateur, opposé à Dieu et à son Christ ; l’image est empruntée à l’empire romain. D’autres : l’Antéchrist. Les sept têtes sont des rois ou royaumes (voir Apocalypse, note, 17.10-13). » (CRAMPON)