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Apocalypse 11
ON me donna ensuite une canne semblable à une verge pour mesurer, et il me fut dit : Levez-vous, et mesurez le temple de Dieu, et l’autel, et ceux qui y adorent.
Pour le parvis qui est hors du temple, laissez-le, et ne le mesurez point : parce qu’il a été abandonné aux gentils ; et ils fouleront aux pieds la ville sainte pendant quarante-deux mois.
Mais je donnerai à mes deux témoins, de prophétiser durant mille deux cent soixante jours, étant revêtus de sacs.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mes deux témoins. Les Pères et les interprètes ont entendu communément par ces deux témoins Hénoch (voir Genèse, 5, 22 ; Ecclésiastique, 44, 16 ; Hébreux, 11, 5) et Elie, « qui doivent revenir à la fin des temps prêcher aux hommes la pénitence. » (CRAMPON) ― De prophétiser ; littéralement : Et ils prophétiseront ; ce qui est un pur hébraïsme.
Ce sont les deux oliviers et les deux chandeliers qui sont placés devant le Seigneur de la terre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
« Allusion à Zacharie, 4, verset 2 et suivants, où deux oliviers figurent à droite et à gauche d’un chandelier, symbolisant Zorobabel et le grand prêtre Jésus (Josué), les défenseurs du peuple de Dieu. Mais ce n’est qu’un simple rapprochement entre deux visions essentiellement différentes. Les témoins du Christ doivent, comme l’olivier, porter l’huile du Saint-Esprit et de sa divine lumière. » (CRAMPON)
Si quelqu’un veut leur nuire, il sortira de leur bouche un feu qui dévorera leurs ennemis ; si quelqu’un veut leur nuire, il faut qu’il soit tué de cette sorte.
Ils ont le pouvoir de fermer le ciel, afin qu’il ne tombe point de pluie durant le temps qu’ils prophétiseront ; et ils ont le pouvoir de changer les eaux en sang, et de frapper la terre de toute sorte de plaies, toutes les fois qu’ils le voudront.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
« La première partie de ce verset rappelle clairement Elie (voir 1 Rois, 17, 1 ; comparer à Jacques, 5, 17), la seconde Moïse (voir Exode, 17, 19), celui-ci représentant la Loi, celui-là la prophétie, et par suite l’Evangile. Saint Jean les avait vus tous deux sur le Thabor, témoins de la glorification de Jésus et s’entretenant avec lui de ses souffrances (voir Luc, 9, 30). » (CRAMPON)
Mais après qu’ils auront achevé de rendre leur témoignage, la bête qui monte de l’abîme, leur fera la guerre, les vaincra et les tuera ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
« Dans ces paroles et celles qui suivent, saint Jean décrit la guerre, la mort et la victoire corporelle dans lesquelles Dieu accordera à l’Antéchrist le triomphe sur ces deux prophètes, après leur guerre et leur victoire spirituelle contre lui. L’Antéchrist est ici appelé la bête qui s’élève de l’abîme. Par La bête, saint Jean désigne donc l’Antéchrist, ou le fils de perdition qui apparaîtra dans le monde vers la fin des temps. 1° Il est appelé la bête, à cause de sa vie abominable qu’il passera dans la luxure et la concupiscence des femmes. 2° A cause de sa cruauté sans exemple avec laquelle, comme le farouche léopard, il sévira contre les chrétiens. 3° Une bête féroce dévore et déchire tout ce qu’elle rencontre ; et c’est ainsi que l’Antéchrist dévorera et mutilera toutes choses saintes et sacrées ; il abolira le sacrifice continuel, il foulera aux pieds le Saint des Saints, il ne craindra pas le Dieu de ses pères, et ne s’inquiètera d’aucun dieu (voir Daniel, 11, 37). 4° Comme le destin final de la bête est de naître et de vivre pour être tuée ou périr ; ainsi l’Antéchrist naîtra et sera désigné et choisi pour ne faire que le mal, et pour courir à sa perte ; c’est pour cela qu’il est appelé le fils de perdition. Il est dit que la bête s’élèvera de l’abîme, parce que l’Antéchrist parviendra à [la puissance] par les fraudes les plus sourdes et les plus cachées et par les artifices les plus coupables ; et c’est à l’aide de la puissance des ténèbres, qu’il entrera dans le royaume et s’élèvera par-dessus tout, et ensuite parce qu’il possèdera les trésors d’or, d’argent et de pierreries les plus précieuses qui soient cachées dans les abîmes de la terre et la mer ; et ces trésors lui seront révélés et livrés par le démon Moazim qu’il adorera (voir Daniel, 11, 38). On doit aussi remarquer ici que le verbe s’élever [ou monter] est mis au présent, tandis que les verbes, faire, vaincre et tuer sont au futur ; c’est pour nous apprendre que ce n’est pas dès l’instant de son élévation au trône, qu’il sera permis à l’Antéchrist de sévir contre les deux prophètes, mais seulement après qu’ils auront rendu et terminé leur témoignage de Jésus-Christ. » (HOLZHAUSER)
et leurs corps demeureront étendus dans les places de la grande ville, qui est appelée spirituellement Sodome et Égypte, où leur Seigneur même a été crucifié.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
« Grande cité, ou grande ville, etc. Ces traits conviennent à Jérusalem (voir Isaïe, 1, 10 ; 3, 9 ; Ezéchiel, 16, 49) ; mais tout, dans ce tableau, étant symbolique, Jérusalem doit l’être aussi : comparer aux versets 9-10. Ce nom signifie donc toute ville, toute contrée de la terre corrompue comme Sodome, rebelle aux ordres de Dieu comme l’Egypte, crucifiant de nouveau Jésus-Christ dans ses membres comme Jérusalem. » (CRAMPON, 1 885). On peut donc penser à la Jérusalem du Temps des Nations : Rome, devenue apostate à la fin des temps.
Et les hommes de diverses tribus et de divers peuples, de langues et de nations différentes, verront leurs corps ainsi étendus durant trois jours et demi, et ils ne permettront pas qu’on les mette dans le tombeau.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
De toutes les tribus, etc. Les mots toutes, tous, ne sont pas exprimés dans la Vulgate, mais ils se trouvent dans le Grec suffisamment représentés par l’article déterminatif, lequel, en effet, placé devant les noms de classe, de catégorie, etc., indique, comme en hébreu, l’universalité.
Les habitants de la terre seront dans la joie en les voyant dans cet état, et ils en feront des réjouissances, et ils s’enverront des présents les uns aux autres ; parce que ces deux prophètes auront fort tourmenté ceux qui habitaient sur la terre.
Mais trois jours et demi après, Dieu répandit en eux l’esprit de vie : ils se relevèrent sur leurs pieds ; et ceux qui les virent, furent saisis d’une grande crainte.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mais après trois jours et demi : « allusion à la résurrection du Sauveur. ― Un esprit de vie : comparer à Ezéchiel, 27,10. » (CRAMPON)
Alors ils entendirent une puissante voix qui venait du ciel, et qui leur dit : Montez ici. Et ils montèrent au ciel dans une nuée à la vue de leurs ennemis.
À cette même heure il se fit un grand tremblement de terre : la dixième partie de la ville tomba, et sept mille hommes périrent dans ce tremblement de terre ; et les autres étant saisis de frayeur, rendirent gloire au Dieu du ciel.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sept mille hommes ; littéralement, sept mille noms d’homme. Le mot nom, comme on l’a déjà vu (voir Apocalypse, 3, 4), répond dans les énumérations à tête, individu, personne, homme. Etant joint ici au mot homme, il devient pléonastique.
Le second malheur est passé, et le troisième viendra bientôt.
Alors le septième ange sonna de la trompette : et on entendit de grandes voix dans le ciel, qui disaient : Le règne de ce monde a passé à notre Seigneur et à son Christ, et il régnera dans les siècles des siècles. Amen !
En même temps les vingt-quatre vieillards qui sont assis sur leurs trônes devant Dieu, se prosternèrent, et adorèrent Dieu, en disant :
Nous vous rendons grâces, Seigneur Dieu tout-puissant, qui êtes, qui étiez, et qui devez venir ! de ce que vous êtes entré en possession de votre grande puissance et de votre règne.
Les nations se sont irritées, et le temps de votre colère est arrivé : le temps de juger les morts, et de donner la récompense à vos serviteurs, aux prophètes et aux saints, à tous ceux qui craignent votre nom, aux petits et aux grands, et d’exterminer ceux qui ont corrompu la terre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le temps de juger les morts ; littéralement, le temps de l’être jugé des morts ; construction hébraïque mise pour : Le temps auquel les morts seront jugés.
Alors le temple de Dieu s’ouvrit dans le ciel, et on vit l’arche de son alliance dans son temple ; et il se fit des éclairs, de grands bruits, un tremblement de terre, et une grosse grêle.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Hors du temple, en grec naos. Voir Matthieu, 21, 12. ― « La cité sainte, livrée aux Gentils et saccagée par les infidèles, c’est l’Eglise considérée dans sa plus grande extension, comme comprenant avec le temple toutes ses dépendances, jusqu’aux demeures des chrétiens. Des commentateurs modernes veulent voir là Jérusalem ; mais outre que Jérusalem était en ruines et dévastée depuis longtemps, saint Jean n’aurait pas donné le titre de cité sainte à la ville déicide, si durement châtiée par Dieu, ni celui de temple de Dieu au siège d’un culte réprouvé. D’ailleurs, l’affliction de Jérusalem dure toujours, et celle de cette cité doit cesser après trois ans et demi, quarante-deux mois, mille deux cent soixante et des jours, l’espace de temps que dura en Israël la sécheresse miraculeuse demandée et obtenue par le prophète Elie. » (L. BACUEZ.)