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2 Machabées 6
Peu de temps après, le roi envoya un certain vieillard d’Antioche, pour forcer les Juifs à abandonner les lois de Dieu et celles de leur pays ;
Pour profaner le temple de Jérusalem, et l’appeler le temple de Jupiter Olympien ; et pour donner au temple de Garizim le nom de Jupiter l’étranger, comme l’étaient ceux qui habitaient en ce lieu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Hospitalier, ou étranger. ? Comme étaient, etc. Les Samaritains qui habitaient au pied du Garizim étaient des étrangers qu’on y avait transportés, pour remplacer les naturels du pays, emmenés en captivité. ? Le Jupiter Olympien était le Jupiter habitant le mont Olympe, le maître du ciel et le maître des dieux. Donner le nom de ce dieu au temple de Jérusalem, c’était profaner le lieu saint en le consacrant au culte d’une fausse divinité. ? Jupiter hospitalier était Jupiter considéré comme le défenseur des droits de l’hospitalité, le protecteur des hôtes et des étrangers. ? Sur Garizim, voir 2 Machabées, 5, 23.
Ainsi l’on vit fondre tout d’un coup sur tout le peuple comme un déluge terrible de toutes sortes de maux ;
Car le temple était rempli de dissolutions et de festins de débauche des Gentils, d’hommes impudiques, mêlés avec des courtisanes et des femmes qui entraient insolemment dans ces lieux sacrés, y portant des choses qu’il était défendu d’y porter.
L’autel était plein aussi de viandes impures, qui sont interdites par nos lois.
On ne gardait point le jour de sabbat, on n’observait plus les fêtes solennelles du pays, et nul n’osait plus avouer simplement qu’il était Juif.
Ils étaient menés par une dure nécessité aux sacrifices le jour de la naissance du roi ; et lorsque l’on célébrait la fête de Bacchus, on les contraignait d’aller par les rues couronnés de lierre, en l’honneur de ce faux dieu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le jour de la naissance du roi était fêté dans tout l’Orient. Le grec ajoute que cette fête se célébrait tous les mois et il est certain en effet que les rois d’alors ne se contentaient pas de faire célébrer leur anniversaire au mois de leur naissance, mais à chaque mois de l’année. ? Le lierre était consacré à Bacchus et l’on célébrait sa fête en se ceignant de couronnes faites avec le feuillage de cette plante.
Les Ptolémées suggérèrent aussi et furent cause qu’on publia un édit dans les villes prochaines des Gentils, pour les obliger d’agir de la même sorte contre les Juifs, et de les contraindre à sacrifier ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Qu’elles ; littéralement, qu’ils, au masculin, parce que le mot cités est pris ici, non pour les lieux, mais pour les habitants de ces lieux. ? Des Ptolémées. Quelques manuscrits grecs portent Ptolémée, au singulier, et cette lecture est plus vraisemblable. Il s’agit de Ptolémée, fils de Dorymine, l’ennemi des Juifs, voir 2 Machabées, 4, 45 ; 1 Machabées, 3, 38. ? Les cités des Gentils voisines, où il y avait des Juifs, en Phénicie, etc.
Ou de tuer ceux qui ne voudraient point embrasser les coutumes des Gentils. Ainsi on ne voyait que misère.
Car deux femmes ayant été accusées d’avoir circoncis leurs enfants, furent menées publiquement par toute la ville, ayant ces enfants pendus à leurs mamelles, et ensuite précipitées du haut des murailles.
D’autres s’étant assemblés en des cavernes voisines, et y célébrant secrètement le jour du sabbat, comme Philippe en fut averti, il les fit tous consumer par les flammes, n’ayant osé se défendre à cause du grand respect qu’ils avaient pour l’observation du sabbat.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les cavernes sont nombreuses dans les environs de J2rusalem. ? A Philippe. Voir plus haut, 2 Machabées, 5, 22.
Je conjure ceux qui liront ce livre de ne se scandaliser point de tant d’horribles malheurs, mais de considérer que tous ces maux sont arrivés, non pour perdre, mais pour-châtier notre nation.
Car c’est la marque d’une grande miséricorde de Dieu envers les pécheurs, de ne les laisser pas longtemps vivre selon leurs désirs, mais de les châtier promptement.
En effet, le Seigneur n’agit pas à notre égard comme à l’égard des autres nations, qu’il souffre avec patience, se réservant à les punir dans la plénitude de leurs péchés, lorsque le jour du jugement sera arrivé ;
Et il n’attend pas de même, pour nous punir, que nos péchés soient montés à leur comble.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Nos péchés, etc., c’est-à-dire, dès que nos péchés seront etc. Plusieurs donnent à ce verset un sens opposé, en se fondant sur le grec ; mais nous croyons que ce texte dit au fond la même chose que la Vulgate.
Ainsi il ne retire jamais sa miséricorde de dessus nous ; et parmi les maux dont il afflige son peuple pour le châtier, il ne l’abandonne point.
Après avoir dit ce peu de paroles pour l’instruction des lecteurs, il faut reprendre maintenant ma narration.
Éléazar, l’un des premiers docteurs de la loi, qui était un vieillard d’un visage vénérable, fut pressé de manger de la chair de pourceau, et on voulait l’y contraindre en lui ouvrant la bouche par force.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Eléazar avait 90 ans, voir le verset 24 ; il était scribe savant dans la science de la loi mosaïque.
Mais lui, préférant une mort pleine de gloire à une vie criminelle, alla volontairement et de lui-même au supplice.
Considérant ce qu’il lui faudrait souffrir en cette rencontre, et demeurant ferme dans la patience, il résolut de ne rien faire contre la loi pour l’amour de la vie.
Ceux qui étaient présents, touchés d’une injuste compassion, à cause de l’ancienne amitié qu’ils avaient pour lui, le prirent à part, et le supplièrent de trouver bon qu’on lui apportât des viandes dont il lui était permis de manger, afin qu’on pût feindre qu’il avait mangé des viandes du sacrifice, selon le commandement du roi,
Et qu’on le sauvât ainsi de la mort : ils usaient donc de cette espèce d’humanité à son égard par un effet de l’ancienne affection qu’ils lui portaient.
Mais pour lui il commença à considérer ce que demandaient de lui un âge et une vieillesse si vénérable, ces cheveux blancs qui accompagnaient la grandeur d’âme qui lui était naturelle, et cette vie innocente et sans tache qu’il avait menée depuis son enfance ; et il répondit aussitôt, selon les ordonnances de la loi sainte établie de Dieu, qu’il aimait mieux descendre dans le tombeau.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
L’enfer (infernum). Comme nous l’avons déjà remarqué plusieurs fois, les Hébreux entendaient par ce mot, non le sépulcre, le tombeau, mais le lieu souterrain où étaient réunies les âmes après la mort.
Car il n’est pas digne de l’âge où nous sommes, leur dit-il, d’user de cette fiction, qui serait cause que plusieurs jeunes hommes, s’imaginant qu’Éléazar, à l’âge de quatre-vingt-dix ans, aurait passé de la vie des Juifs à celle des païens,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Des étrangers, c’est-à-dire des païens.
Seraient eux-mêmes trompés par cette feinte dont j’aurais usé pour conserver un petit reste de vie corruptible ; et ainsi j’attirerais une tache honteuse sur moi, et l’exécration des hommes sur ma vieillesse.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Par cette feinte et par, etc. ; c’est-à-dire, par cette feinte dont j’aurais usé pour conserver un petit reste de cette vie corruptible.
Car, encore que je me délivrasse présentement des supplices des hommes, je ne pourrais néanmoins fuir la main du Tout-Puissant, ni pendant ma vie, ni après ma mort.
C’est pourquoi mourant courageusement, je paraîtrai digne de la vieillesse où je suis ;
Et je laisserai aux jeunes gens un exemple de fermeté, en souffrant avec constance et avec joie une mort honorable pour le culte sacré de nos lois très-saintes. Aussitôt qu’il eut achevé ces paroles, on le traîna au supplice.
Et ceux qui le conduisaient ayant paru auparavant plus doux envers lui, passèrent tout d’un coup dans une grande colère, à cause de ces paroles qu’il avait dites, qu’ils attribuaient à orgueil.
Lorsqu’il était près de mourir des coups dont on l’accablait, il jeta un grand soupir, et il dit : Seigneur, qui avez une science toute sainte, vous connaissez tout clairement qu’ayant pu me délivrer de la mort, je souffre dans mon corps de très-sensibles douleurs ; mais que dans l’âme je sens de la joie de les souffrir pour votre crainte.
Il mourut ainsi, en laissant non seulement aux jeunes hommes, mais aussi à toute sa nation, un grand exemple de vertu et de fermeté dans le souvenir de sa mort.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
D’Antioche ; selon le grec, d’Athènes.? Si ce vieillard, dont le nom n’est pas donné, était Athénien d’origine, comme le suppose le texte grec, il est clair qu’il s’était mis au service d’Epiphane.