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2 Machabées 3

La cité sainte jouissant donc d’une paix parfaite, et les lois y étant exactement observées, à cause de la piété du grand-prêtre Onias, et de la haine qu’il avait dans le cœur contre tout mal,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Onias. Voir 1 Machabées, 12, 7.

Il arrivait de là que les rois mêmes et les princes se croyaient obligés d’avoir pour le lieu saint une grande vénération, et ornaient le temple de riches présents ;

En sorte que Séleucus, roi d’Asie, faisait fournir de son domaine toute la dépense qui regardait le ministère des sacrifices.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

D’Asie. Voir 1 Machabées, note 8.6. ? Séleucus est Séleucus IV Philopator, fils et successeur d’Antiochus III le Grand (187-175). Sous les premiers Ptolémées, la Palestine avait appartenu à l’Egypte. Elle était tombée en la possession d’Antiochus III le Grand, quand ce prince eut remporté en 198 une grande victoire à Panéas. En mariant sa fille Cléopâtre au jeune Ptolémée V Epiphane (?), roi d’Egypte, il lui avait bien donné comme dot les provinces conquises de la Cœlésyrie, de la Phénicie et de la Palestine, mais en fait, il ne s’en était pas dessaisi, de sorte que son fils Séleucus IV hérita de la Palestine, comme de toute la Syrie. Le règne de Séleucus IV fut peu brillant. Accablé sous le poids des impôts que les Romains avaient imposés à son père (voir 1 Machabées, 8, 7), sa grande préoccupation fut de se procurer l’argent nécessaire pour satisfaire ses impitoyables vainqueurs. De là sa tentative pour faire piller le temple de Jérusalem par héliodore. Il périt assassiné par ce même Héliodore en 175.

Mais Simon, qui était de la tribu de Benjamin, et qui commandait à la garde du temple, s’efforçait de faire quelque entreprise injuste dans la ville, malgré la résistance qu’y apportait le prince des prêtres.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Intendant du temple pour les affaires du dehors, ou purement temporelles, puisqu’appartenant à la tribu de Benjamin, il n’était ni prêtre ni lévite. ? Le d?saccord qui s’éleva entre Simon et Onias devait provenir de difficultés concernant les achats pour le temple. Onias III alla plus tard se plaindre au roi de Syrie de la conduite de Simon, voir 2 Machabées, 4, 1-6 ; mais l’auteur sacré ne nous apprend pas quel fut le résultat de cette démarche. Le grand prêtre usurpateur Ménélaüs, dont il est parlé plus loin, voir 2 Machabées, 4, 23, était frère d’un Simon, sans doute le même que celui dont il est question ici.

Et voyant qu’il ne pouvait vaincre Onias, il alla trouver Apollonius, Gls de Tharsée, qui commandait en ce temps-là dans la Célésyrie et dans la Phénicie ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Apollonius, fils de Tharsée…, gouverneur de la Cœlésyrie et de la Phénicie, doit être différent du collecteur d’impôts mentionné plus loin, voir 2 Machabées, 5, 24 ; 1 Machabées, 1, 30). C’est probablement l’Apollonius dont parle Polybe comme d’un homme ayant une grande situation à la cour de Séleucus et dont le fils, qui portait le même nom, était gouverneur de la Cœlésyrie, celui dont parle 1 Machabées, 10, 69.

Il lui déclara qu’il y avait dans Jérusalem des sommes infinies d’argent ramassées dans un trésor ; que ces sommes étaient immenses et destinées pour les affaires publiques, et non pour la dépense des sacrifices ; et qu’on pourrait bien trouver le moyen de faire tomber tous ces trésors entre les mains du roi.

Apollonius ayant donné au roi cet avis qu’il avait reçu touchant cette grande quantité d’argent, le roi fit venir Héliodore qui était son premier ministre, et l’envoya avec ordre de faire transporter tout cet argent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Chargé de ses affaires (super negotia ejus), c’est-à-dire, surintendant de ses finances. ? On a trouvé en 1877 et 1879 dans l’île de Délos deux inscriptions grecques qui se rapportent à Héliodore. Elles nous font connaître que son père s’appelait Eschyle et qu’il était originaire d’Antioche. L’une d’elles lui donne le même titre que le livre des Machabées, lequel correspond à trésorier du roi. Héliodore assassina peu après son maître Séleucus IV Philopator (175).

Héliodore se mit aussitôt en chemin, comme pour visiter les villes de Célésyrie et de Phénicie, mais véritablement dans le dessein d’exécuter l’intention du roi.

Étant arrivé à Jérusalem, et ayant été reçu dans la ville par le grand-prêtre avec toute sorte d’honnêteté, il lui déclara l’avis qu’on avait donné au roi touchant cet argent, et le vrai sujet de son voyage ; et il demanda si ce que l’on avait dit était véritable.

Alors le grand-prêtre lui représenta que cet argent était en dépôt dans le temple, et que c’était la subsistance des veuves et des orphelins ;

Qu’une partie même de cet argent, dont l’impie Simon avait donné avis, appartenait à Hircan-Tobie, qui était un homme de grande considération ; et que toute cette somme consistait en quatre cents talents d’argent, et en deux cents talents d’or ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Talents. Voir 1 Machabées, 11, 28. ? Hircan-Tobie ou fils de Tobie est, selon les uns, un fils de Tobie et d’une sœur du grand prêtre Onias III ; selon d’autres, c’est seulement un petit-fils de Tobie, dont le père s’appelait Joseph et le même que cet Hircan dont Josèphe raconte l’histoire et qui joua à cette époque un rôle politique important.

Qu’au reste, il était absolument impossible de tromper ceux qui avaient cru ne pouvoir mieux assurer leur argent, que de le mettre en dépôt dans un temple qui était en vénération à toute la terre pour sa sainteté.

Mais Héliodore, insistant sur les ordres qu’il avait reçus du roi, répondit qu’il fallait, à quelque prix que ce fût, que cet argent fût porté au roi.

Il entra donc dans le temple le jour qu’il avait marqué pour exécuter cette entreprise. Cependant toute la ville était remplie de crainte et d’effroi.

Les prêtres se prosternaient au pied de l’autel avec leurs robes sacerdotales, et ils invoquaient celui qui est dans le ciel, et qui a fait la loi touchant les dépôts, le priant de conserver les dépôts de ceux qui les avaient mis dans son temple.

Mais nul ne pouvait regarder le visage du grand-prêtre, sans être blessé jusqu’au cœur ; car le changement de son teint et de sa couleur marquait clairement la douleur intérieure de son âme.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sa face et sa couleur ; pour la couleur de sa face ; figure grammaticale dont la Bible fournit plusieurs exemples.

Une certaine tristesse répandue dans tout son extérieur, et l’horreur même dont son corps paraissait comme tout saisi, découvraient à ceux qui le regardaient quelle était la plaie de son cœur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Cet, pronom représenté par l’article déterminatif qui se lit dans le texte grec, et qui dans le style biblique se met pour le pronom démonstratif et possessif.

Plusieurs accouraient aussi en troupe de leurs maisons, conjurant Dieu, par des prières publiques, de ne permettre pas qu’un lieu si saint fût exposé au mépris.

Les femmes, revêtues de cilices qui les couvraient jusqu’à la ceinture, allaient en foule par les rues ; les filles mêmes, qui demeuraient auparavant renfermées, couraient les unes vers Onias, les autres vers les murailles du temple, et quelques unes regardaient par les fenêtres :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les vierges, etc. Dans l’orient, les filles ne paraissent presque jamais au dehors de la maison. C’est pour cela que les Hébreux et les Arabes les désignent par des termes qui signifient cachées, séparées.

Toutes adressaient leurs prières à Dieu en étendant leurs mains vers le ciel ;

Et c’était vraiment un spectacle digne de pitié, de voir toute cette multitude confuse de peuple, et le grand-prêtre accablé d’affliction dans l’attente où ils étaient de ce qui arriverait.

Pendant que les prêtres invoquaient le Dieu tout-puissant, afin qu’il conservât inviolable le dépôt de ceux qui le leur avaient confié,

Héliodore ne pensait qu’à exécuter son dessein, étant lui-même présent avec ses gardes à la porte du trésor.

Mais l’esprit du Dieu tout-puissant se fit voir alors par des marques bien sensibles, en sorte que tous ceux qui avaient osé obéir à Héliodore étant renversés par une vertu divine, furent tout d’un coup frappés d’une frayeur qui les mit tout hors d’eux-mêmes.

Car ils virent paraître un cheval, sur lequel était monté un homme terrible, habillé magnifiquement, et qui, fondant avec impétuosité sur Héliodore, le frappa en lui donnant plusieurs coups des deux pieds de devant ; et celui qui était monté dessus semblait avoir des armes d’or.

Deux autres jeunes hommes parurent en même temps, pleins de force et de beauté, brillants de gloire, et richement vêtus, qui, se tenant aux deux côtés d’Héliodore, le fouettaient chacun de son côté, et le frappaient sans relâche.

Héliodore tomba donc tout d’un coup par terre étant tout enveloppé d’obscurité et de ténèbres ; et ayant été mis dans une chaise, on l’emporta de là, et on le chassa hors du temple.

Ainsi celui qui était entré dans le trésor avec un grand nombre d’archers et de gardes, était emporté sans que personne le pût secourir, la vertu de Dieu s’étant fait connaître manifestement.

Cette vertu divine le réduisit à être couché par terre, sans voix et sans aucune espérance de vie.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De toute espérance et de guérison ; pour de toute espérance de guérison. Comparer au verset 16.

Mais les autres bénissaient le Seigneur, de ce qu’il relevait la gloire de son lieu saint ; et le temple, qui était rempli auparavant de frayeur et de tumulte, retentit ensuite d’allégresse et de cris de joie, le Seigneur y ayant fait paraître sa toute-puissance.

Alors quelques uns des amis d’Héliodore se hâtèrent de supplier Onias de vouloir invoquer le Très-Haut, afin qu’il donnât la vie à celui qui était réduit à l’extrémité.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A son dernier moment ; littéralement, à son suprême souffle.

Le grand-prêtre considérant que le roi pourrait peut-être soupçonner les Juifs d’avoir commis quelque attentat contre Héliodore, offrit pour sa guérison une hostie salutaire.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Cet. Voir sur ce mot, le verset 17.

Et lorsque le grand-prêtre faisait sa prière, les mêmes jeunes hommes, revêtus des mêmes habits, se présentèrent à Héliodore, et lui dirent : Rendez grâces au grand-prêtre Onias ; car le Seigneur vous a donné la vie à cause de lui.

Ayant donc été ainsi châtié de Dieu, annoncez à tout le monde ses merveilles et sa puissance. Après avoir dit ces paroles, ils disparurent.

Héliodore ayant offert une hostie à Dieu, et fait des vœux et de grandes promesses à celui qui lui avait redonné la vie, rendit grâces à Onias, alla rejoindre ses troupes, et retourna vers le roi.

Il rendait témoignage à tout le monde des œuvres du grand Dieu, qu’il avait vues de ses yeux.

Et le roi lui demandant qui lui paraissait propre pour être encore envoyé à Jérusalem, il lui répondit :

Si vous avez quelque ennemi, ou quelqu’un qui ait formé des desseins sur votre royaume, envoyez-le en ce lieu, et vous le verrez revenir déchiré de coups, si néanmoins il en revient, parce qu’il y a véritablement quelque vertu divine dans ce temple.

Car celui qui habite dans le ciel est lui-même présent en ce lieu ; il en est le protecteur, et il frappe de plaies et fait périr ceux qui y viennent pour faire du mal.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Son. Voir sur ce pronom possessif, le verset 17.

Voilà donc ce qui se passa à l’égard d’Héliodore, et la manière dont le trésor fut conservé.