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2 Samuel 1
APRÈS la mort de Saül, David étant revenu à Siceleg, après la défaite des Amalécites, y avait passé deux jours.
Le troisième jour, il parut un homme qui venait du camp de Saül ; ses habits étaient déchirés, et il avait la tête pleine de poussière. S’étant approché de David, il le salua en se prosternant jusqu’en terre.
David lui dit : D’où venez-vous ? Je me suis sauvé, dit-il, de l’armée d’Israël.
David ajouta : Qu’est-il arrive ? dites-le-moi. Il lui répondit : La bataille s’est donnée : le peuple a fui ; plusieurs sont morts dans cette défaite : Saül même et Jonathas, son fils, y ont été tués.
David dit au jeune homme qui lui apportait cette nouvelle : Comment savez-vous que Saül et son fils Jonathas soient morts ?
Ce jeune homme lui répondit : Je me suis rencontré par hasard sur la montagne de Gelboé, et j’y ai trouvé Saül qui s’était jeté sur la pointe de sa lance. Et comme des chariots et des cavaliers s’approchaient,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Saül était appuyé, etc. L’Amalécite dit ce qu’il veut pour s’attribuer le prétendu mérite d’avoir tué l’ennemi de David ; car, comme on l’a vu au chapitre précédent, Saül s’était jeté sur son glaive pour se tuer lui-même.
il m’a aperçu en se tournant, et m’a appelé. Je lui ai répondu : Me voici.
Il m’a demandé qui j’étais ; et je lui ai dit que j’étais Amalécite.
Et il a ajouté : Approchez-vous de moi, et me tuez ; parce que je suis accablé de douleur, et que je suis encore plein de vie.
M’étant donc approché de lui, je l’ai tué : car je savais bien qu’il ne pouvait pas survivre à sa ruine. Et je lui ai ôté son diadème de dessus la tête, et le bracelet de son bras ; et je vous les ai apportés, à vous qui êtes mon seigneur.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les hommes, surtout ceux qui étaient élevés en dignité, portaient des bracelets de même que les femmes. On sait que les Romains en donnaient aussi bien que des couronnes d’or à ceux qui s’étaient distingués par leur valeur dans les combats.
Alors David prit ses vêtements et les déchira, et tous ceux qui étaient auprès de lui firent la même chose.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Déchirer ses vêtements était une marque de deuil commune aux anciens peuples.
Ils s’abandonnèrent au deuil et aux larmes, et ils jeûnèrent jusqu’au soir, à cause de la mort de Saül et de Jonathas, son fils, et du malheur du peuple du Seigneur et de la maison d’Israël, dont un si grand nombre avait été passé au fil de l’épée.
David dit au jeune homme qui lui avait apporté cette nouvelle : D’où êtes-vous ? Il lui répondit : Je suis fils d’un étranger, d’un Amalécite.
David lui dit : Comment n’avez-vous point craint de mettre la main sur le christ du Seigneur, et de le tuer ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Psaumes, 104, 15.
Et David appelant un de ses gens, lui dit : Jetez-vous sur cet homme, et le tuez. Aussitôt il le frappa, et il mourut ;
et David ajouta : C’est vous seul qui êtes cause de votre mort ; parce que votre propre bouche a porté témoignage contre vous, en disant : C’est moi qui ai tué le christ du Seigneur.
Or David fit cette complainte sur la mort de Saül et de Jonathas, son fils,
(et il ordonna à ceux de Juda d’apprendre à leurs enfants à tirer de l’arc, comme il est écrit dans le livre des Justes ;) et il dit : Considérez, ô Israël ! qui sont ceux qui sont morts sur vos coteaux, percés de leurs plaies.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
L’arc. Il nous paraît très simple et très naturel de considérer ce mot, qui a fort embarrassé les commentateurs, comme le titre de la complainte ou élégie de David, parce que l’auteur y fait surtout l’éloge de l’arc de Saül et de celui de Jonathas. Les écrivains profanes en ont souvent usé ainsi dans leurs compositions. ― Tes hauts lieux, les lieux élevés.
Les plus illustres d’Israël ont été tués sur vos montagnes. Comment ces vaillants hommes sont-ils tombés morts ?
N’annoncez point cette nouvelle dans Geth, ne la publiez point dans les places publiques d’Ascalon : de peur que les filles des Philistins ne s’en glorifient, et que les filles des incirconcis n’en triomphent de joie.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Geth, l’une des cinq villes principales des Philistins, au pied des montagnes de Juda. ― Ascalon, dans la plaine de la Séphéla, sur la Méditerranée, ville forte des Philistins.
Montagnes de Gelboé, que la rosée et la pluie ne tombent jamais sur vous ; qu’il n’y ait point sur vos coteaux de champs dont on offre les prémices : parce que c’est là qu’a été jeté le bouclier des vaillants d’Israël, le bouclier de Saül, comme s’il n’eût point été sacré de l’huile sainte.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Comme s’il n’avait pas été, etc. Quelques interprètes rapportent ces paroles au bouclier de Saül ; mais la plupart les appliquent à Saül lui-même, qui avait été oint ou sacré avec l’huile sainte. ― Gelboé. Voir 1 Rois, 18, 4.
Jamais la flèche de Jonathas n’est retournée en arrière ; mais elle a toujours été teinte du sang des morts, du carnage des plus vaillants ; et l’épée de Saül n’a jamais été tirée en vain.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sans avoir du sang. C’est la seule traduction admissible ; car, outre que le contexte l’exige, ce passage est un de ceux dans lesquels la Vulgate, à l’exemple de la Version grecque, donne aux particules hébraïques leur sens le plus ordinaire, bien qu’elles y aient leur signification moins usitée.
Saül et Jonathas, ces princes qui pendant leur vie étaient si aimables, et d’une si grande majesté, n’ont point été divisés dans leur mort même. Ils étaient plus vîtes que les aigles, et plus courageux que les lions.
Filles d’Israël, pleurez sur Saül, qui vous revêtait d’écarlate parmi la pompe et les délices, et qui vous donnait des ornements d’or pour vous parer.
Comment les forts sont-ils tombés dans le combat ? Comment Jonathas a-t-il été tué sur vos montagnes ?
Votre mort me perce de douleur, Jonathas, mon frère, le plus beau des princes, plus aimable que les plus aimables des femmes. Je vous aimais comme une mère aime son fils unique.
Comment les forts sont-ils tombés ? Comment la gloire des armes a-t-elle été anéantie ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
L’élégie de David sur la mort de Saül et de Jonathas portait le nom de chant de l’arc. Elle est composée avec beaucoup d’art. Il y a dans l’original deux vers d’introduction et deux de conclusion ; les derniers mots du verset 19 sont les mêmes que les premiers du verset 27. Les vers du verset 27 sont plus courts, comme terminant le poème. ― L’élégie elle-même renferme cinq strophes très distinctes par le sens. La première et la seconde, la quatrième et la cinquième, sont de quatre vers ; la troisième formant le milieu, a six vers et est ainsi de tous points la plus longue. ― Introduction, versets 18 et 19 : Thème de l’élégie. ― 1re strophe, verset 20 : La douleur ne doit pas éclater, afin de ne pas réjouir les ennemis. ― 2e strophe, verset 21 : Malédiction contre Gelboé, où les héros sont tombés. ― 3e strophe, versets 22 et 23 : Eloge commun de Jonathas et de Saül. Les deux parties de cette strophe médiale sont symétriques. ― 4e strophe, verset 24 : Eloge particulier de Saül ; les filles d’Israël doivent le pleurer. ― Répétition du refrain, verset 25. ― 5e strophe, versets 25 et 26 : Eloge particulier de Jonathas, son ami. ― Conclusion et refrain, verset 27. ― On peut comparer, au point de vue littéraire, le poème de David à l’ode XX du Ier livre d’Horace, et à l’élégie de Malherbe à Duperrier sur la mort de sa fille.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Qu’est-ce qui a été fait ? Que s’est-il passé ? Qu’est-il arrivé ? littéralement : Quelle chose ; car le terme hébreu que la Vulgate a rendu ici par parole, signifie aussi chose, affaire.