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2 Samuel 12
LE Seigneur envoya donc Nathan vers David. Et Nathan étant venu le trouver, lui dit : Il y avait deux hommes dans une ville, dont l’un était riche, et l’autre pauvre.
Le riche avait un grand nombre de brebis et de bœufs.
Le pauvre n’avait rien du tout qu’une petite brebis, qu’il avait achetée et avait nourrie ; qui était crue parmi ses enfants en mangeant de son pain, buvant de sa coupe, et dormant dans son sein ; et il la chérissait comme sa fille.
Un étranger étant venu voir le riche, celui-ci ne voulut point toucher à ses brebis ni à ses bœufs pour lui faire festin ; mais il prit la brebis de ce pauvre homme et la donna à manger à son hôte.
David entra dans une grande indignation contre cet homme, et dit à Nathan : Vive le Seigneur ! celui qui a fait cette action est digne de mort.
Il rendra la brebis au quadruple pour en avoir usé de la sorte, et pour n’avoir point épargné ce pauvre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Exode, 22, 1.
Alors Nathan dit à David : C’est vous-même qui êtes cet homme. Voici ce que dit le Seigneur, le Dieu d’Israël : Je vous ai sacré roi sur Israël, et vous ni délivré de la main de Saül.
Je vous ai mis entre les mains la maison et les femmes de votre seigneur, et vous ai rendu maître de toute la maison d’Israël et de Juda. Si cela paraît peu de chose, je suis prêt à y en ajouter encore beaucoup d’autres.
Pourquoi donc avez-vous méprisé ma parole, jusqu’à commettre le mal devant mes yeux ? Vous avez fait perdre la vie à Urie, Héthéen : vous lui avez ôté sa femme, et l’avez prise pour vous ; et vous l’avez tué par l’épee des enfants d’Ammon.
C’est pourquoi l’épée ne sortira jamais de votre maison ; parce que vous m’avez méprisé, et que vous avez pris pour vous la femme d’Urie, Héthéen.
Voici donc ce que dit le Seigneur : Je vais vous susciter des maux qui naîtront de votre propre maison. Je prendrai vos femmes à vos yeux ; je les donnerai à un autre qui vous est proche, et il dormira avec elles aux yeux de ce soleil que vous voyez.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 2 Rois, 16, 22.
Car pour vous, vous avez fait cette action en secret ; mais pour moi je la ferai à la vue de tout Israël, et à la vue du soleil.
David dit à Nathan : J’ai péché contre le Seigneur. Et Nathan lui répondit : Le Seigneur aussi a transféré votre péché ; et vous ne mourrez point.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Ecclésiastique, 47, 13. ― A transféré, éloigné, c’est-à-dire pardonné.
Mais néanmoins, parce que vous avez été cause par votre péché que les ennemis du Seigneur ont blasphémé contre lui, le fils qui vous est né va certainement perdre la vie.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mourra de mort ; hébraïsme, pour : mourra infailliblement, sans rémission ;
Nathan retourna ensuite à sa maison. En même temps le Seigneur frappa l’enfant que la femme d’Urie avait eu de David, et il fut désespéré.
David pria le Seigneur pour l’enfant ; il jeûna, il se retira en particulier, et demeura couché sur la terre.
Les principaux de sa maison vinrent le trouver, et lui firent de grandes instances pour l’obliger à se lever de terre ; mais il le refusa, et ne mangea point avec eux.
Le septième jour l’enfant mourut, et les serviteurs de David n’osaient lui dire qu’il était mort ; car ils s’entre-disaient : Lorsque l’enfant vivait encore et que nous lui parlions, il ne voulait pas nous écouter : combien donc s’affligera-t-il encore davantage, si nous lui disons qu’il est mort ?
David voyant que ses officiers parlaient tout bas entre eux, reconnut que l’enfant était mort ; et le leur ayant demandé, ils lui répondirent qu’il était mort.
Aussitôt il se leva de terre, alla au bain, prit de l’huile de parfum ; et ayant changé d’habit, il entra dans la maison du Seigneur, et l’adora : il revint ensuite en sa maison, il demanda qu’on lui servît à manger, et il prit de la nourriture.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Se lava, s’oignit, etc. C’était l’usage à la fin du deuil. David n’avait pas contracté d’impureté légale, parce qu’il n’était pas entré dans la chambre du mort, et qu’il n’avait pas assisté aux funérailles ; par conséquent il pouvait se rendre au tabernacle du Seigneur sans une purification proprement dite. ― Du pain ; hébraïsme, pour nourriture en général, aliments. ― Dans la maison du Seigneur, le Tabernacle.
Alors ses officiers lui dirent : D’où vient cette conduite si extraordinaire ? Vous jeûniez et vous pleuriez pour l’enfant lorsqu’il vivait encore : et après qu’il est mort, vous vous êtes levé, et vous avez mangé.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Qu’est-ce que vous avez fait ? Voir 2 Rois, 11, 15.
David leur répondit : J’ai jeûné et j’ai pleuré pour l’enfant tant qu’il a vécu ; parce que je disais : Qui sait si le Seigneur ne me le donnera point, et s’il ne lui sauvera point la vie ?
Mais maintenant qu’il est mort, pourquoi jeûnerais-je ? Est-ce que je puis encore le faire revivre ? C’est moi plutôt qui irai à lui ; et il ne reviendra jamais à moi.
David ensuite consola sa femme Bethsabée ; il dormit avec elle, et elle eut un fils, qu’il appela Salomon : le Seigneur aima cet enfant.
Et ayant envoyé à David le prophète Nathan, il donna à l’enfant le nom d’Aimable-au-Seigneur ; parce que le Seigneur l’aimait.
Joab continua à battre Rabbath, ville des Ammonites ; et étant près de prendre cette ville royale,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 1 Paralipomènes, 20, 1. ― Rabbath-Ammon. Voir Deutéronome, 3, 11 et 2 Rois, 11, 1.
il envoya des courriers à David, avec ordre de lui dire : J’ai battu jusqu’ici Rabbath ; et cette ville environnée d’eau va être prise.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La ville des eaux, la partie basse de Rabbath-Ammon qui était sur le bord du Nahr-Amman.
Faites assembler le reste du peuple, et venez au siège de la ville, et la prenez ; de peur que lorsque je l’aurai détruite, on ne m’attribue l’honneur de cette victoire.
David assembla donc tout le peuple, et marcha contre Rabbath ; et apres quelques combats, il la prit.
Il ôta de dessus la tête du roi des Ammonites le diadème qui pesait un talent d’or, et était enrichi de pierreries très-précieuses ; et il fut mis sur la tête de David. Il remporta aussi de la ville un fort grand butin :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Pesant, etc. ; littéralement : talent d’or par le poids. Le mot talent est un appositif de diadème et par conséquent représente l’accusatif, comme complément du verbe ôta. Ce genre de construction n’est pas rare dans la Vulgate. Il est probable qu’il s’agit ici, non du talent hébraïque, mais du syriaque, qui avait cours à Rabbath, ou Rabba, capitale des Ammonites, et qui pesait tout au plus le quart du premier. On sait généralement d’ailleurs que chez les anciens le poids du talent était différent selon les divers pays où l’on s’en servait. Ainsi ce diadème qui fut mis sur la tête de David pendant la cérémonie de son sacre pouvait ne peser que 22 livres ; ce qui, certes, ne surpassait les forces de ce prince. Les savants ont fait d’autres hypothèses plus ou moins probables pour expliquer cette difficulté. ― L’une de ces hypothèses les plus vraisemblables, c’est que le diadème n’avait pas le poids matériel d’un talent, mais avait une valeur d’un talent, étant orné de pierres précieuses (environ 130 000 francs (en 1 900 ?)), le mot qui est traduit par poids dans la Vulgate signifiant aussi valeur.
et ayant fait sortir les habitants, il les coupa avec des scies ; fit passer sur eux des chariots avec des roues de fer ; les tailla en pièces avec des couteaux, et les jeta dans des fourneaux où l’on cuit la brique : c’est ainsi qu’il traita toutes les villes des Ammonites. David revint ensuite à Jérusalem avec toute son armée.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans le moule des briques ; c’est-à-dire, selon la plupart des interprètes, dans des fours à briques.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
C’est un fils de mort. Voir 1 Rois, 20, 31.