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Juges 3

VOICI les peuples que le Seigneur laissa vivre, pour servir d’exercice et d’instruction aux Israélites, et à tous ceux qui ne connaissaient point les guerres des Chananéens :

afin que leurs enfants apprissent après eux à combattre contre leurs ennemis, et qu’ils s’accoutumassent à ces sortes de combats.

Ces peuples furent les cinq princes des Philistins, tous les Chananéens, les Sidoniens et les Hévéens qui habitaient sur le mont Liban, depuis la montagne de Baal-Hermon jusqu’à l’entrée d’Emath.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les cinq satrapes, etc. Ces mots se rapportant à : Voici les nations, etc., 1er du verset dont ils sont l’explicatif ; mais ils sont à l’accusatif, parce qu’on peut les considérer aussi comme complément du verbe, qui les précède immédiatement, livrer bataille, ou abandonner (verset 1). ― Baal-Hermon. Voir Josué, 11, 17. ― Emath. Voir 2 Rois, 7, 9.

Le Seigneur laissa ces peuples pour éprouver ainsi Israël, et pour voir s’il obéirait ou s’il n’obéirait pas aux commandements du Seigneur qu’il avait donnés à leurs pères par Moïse.

Les enfants d’Israël habitèrent donc au milieu des Chananéens, des Héthéens, des Amorrhéens, des Phérézéens, des Hévéens et des Jébuséens.

Ils épousèrent leurs filles, et donnèrent leurs filles en mariage à leurs fils, et ils adorèrent leurs dieux.

Ils firent le mal aux yeux du Seigneur, et ils oublièrent leur Dieu, adorant Baalim et Astaroth.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Baalim. Voir Juges, 2, 11. ― Astaroth, pluriel féminin hébraïque, signifie les idoles de la divinité, qui dans le texte original se produit sous la forme aschtoreth, ou mieux haschthoreth, et dans la Vulgate sous celle d’Astharthé. L’hébreu lit ici aschéroth, qui veut dire bois sacré, parce qu’on l’adorait plus particulièrement dans les bois. ― Astoreth ou Astarté avait beaucoup de traits de ressemblance avec Vénus. Elle est souvent nommée dans le livre des Juges, en compagnie de Baal. Il y avait d’ailleurs plusieurs Astoreths ou Astartés, comme il y avait plusieurs Baals : chaque Baal avait son Astarté, la multiplication du dieu impliquant la multiplication de la déesse. De même que Baal était quelquefois le ciel, Astarté était aussi la terre fécondée par le ciel. Mais de nombreux indices montrent aussi qu’elle est souvent la lune, emblème de la beauté féminine, de même que le soleil, qui fait pousser les plantes et dessèche, est le symbole de la force et de la destruction ; elle est le principe passif et productif, la mère, comme Baal est le principe actif et générateur, le père. Une figurine en albâtre du Musée du Louvre représente Astarté portant un croissant d’or au-dessus de sa tête, mais on la représente le plus souvent sous la forme d’un pieu symbolique.

Le Seigneur donc étant en colère contre Israël, les livra entre les mains de Chusan-Rasathaïm, roi de Mésopotamie, auquel ils furent assujettis pendant huit ans.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Chusan-Rasathaïm ne nous est connu que par ce passage du livre des Juges. ― Sur Amalec, voit Exode, 17, 8.

Et ayant crié au Seigneur, il leur suscita un sauveur qui les délivra : savoir, Othoniel, fils de Cénez, frère puîné de Caleb.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un sauveur qui les délivra ; ce qui semblerait donner à ce verbe le mot Seigneur pour sujet. Mais voir Josué, 24, 7.

L’Esprit du Seigneur fut en lui, et il jugea Israël. Et s’étant mis en campagne pour combattre Chusan-Rasathaïm, roi de Syrie, le Seigneur le livra entre les mains d’Othoniel qui le défit.

Le pays demeura en paix durant quarante ans, et Othoniel, fils de Cénez, mourut ensuite.

Alors les enfants d’Israël commencèrent encore à faire le mal aux yeux du Seigneur, qui fortifia contre eux Eglon, roi de Moab, parce qu’ils avaient péché devant lui.

Il joignit les enfants d’Ammon et d’Amalec à Eglon, qui s’étant avancé avec eux, défit Israël, et se rendit maître de la ville des palmes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La ville des Palmes, probablement Jéricho.

Les enfants d’Israël furent assujettis à Eglon, roi de Moab, pendant dix-huit ans.

Après cela ils crièrent au Seigneur, et il leur suscita un sauveur nommé Aod, fils de Géra, fils de Jémini, qui se servait de la main gauche comme de la droite. Les enfants d’Israël envoyèrent par lui des présents à Eglon, roi de Moab.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Aod… se servait des deux mains comme de la droite. Aod n’était pas le seul Israélite habitué à se servir également des deux mains dans le combat. Les Benjamites, à la tribu desquels appartenait Aod, étaient célèbres comme archers et comme frondeurs, comme également habiles à se servir de la main gauche et de la main droite, et capables de frapper un cheveu avec leur fronde, voir Juges, 20, 16 ; 1 Paralipomènes, 12, 2. Mucius Scævola, qui se rendit célèbre chez les Romains par un acte semblable à celui d’Aod, était aussi gaucher ; et c’est la signification même de son surnom de Scævola.

Aod se fit faire une dague à deux tranchants, qui avait une garde de la longueur de la paume de la main, et il la mit sous sa casaque à son côté droit.

Et il offrit ses présents à Eglon, roi de Moab. Or Eglon était extrêmement gros.

Et Aod lui ayant offert ses présents, s’en retourna avec ses compagnons qui étaient venus avec lui.

Puis étant retourne de Galgala, où étaient les idoles, il dit au roi : J’ai un mot à vous dire en secret, ô prince. Le roi ayant fait signe qu’on se tût, et tous ceux qui étaient auprès de sa personne étant sortis,

Aod s’approcha du roi qui était seul assis dans sa chambre d’été, et il lui dit : J’ai à vous dire une parole de la part de Dieu. Aussitôt le roi se leva de son trône.

Et Aod ayant porté la main gauche à la dague qu’il avait à son côté droit, la tira et la lui enfonça si avant dans le ventre,

que la poignée y entra tout entière avec le fer, et se trouva serrée par la grande quantité de graisse qui se rejoignit par-dessus. Aod ne retira donc point sa dague : mais après avoir donné le coup, il la laissa dans le corps ; et aussitôt les excréments qui étaient dans le ventre s’écoulèrent par les conduits naturels.

Commentaire (versets 19 à 22) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 19 à 22 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Si on était obligé de justifier cette conduite d’Aod, on pourrait dire qu’il croyait, d’après les préjugés du temps, et le droit de la guerre, beaucoup plus rigoureux à cette époque reculée qu’il ne l’est aujourd’hui, qu’il lui était permis de recourir à un pareil stratagème. N’est-il pas possible d’ailleurs que Dieu ait suscité ce général pour sauver son peuple, sans lui inspirer ce meurtre ? ― Chez tous les peuples et dans tous les temps, on a admiré le sang-froid, l’audace, le courage et le dévouement qu’indiquent, dans leurs auteurs, des actes comme ceux d’Aod, quoique ces actes ne soient pas du tout point irrépréhensibles. Les Athéniens ont chanté les louanges d’Harmodius et d’Aristogiton, les Romains ont glorifié Mucius Scævola.

Mais Aod ayant fermé à clef avec grand soin les portes de la chambre,

sortit par la porte de derrière. Cependant les serviteurs du roi étant venus, trouvèrent la porte fermée, et ils dirent : C’est peut-être qu’il a quelque besoin dans sa chambre d’été.

Et après avoir longtemps attendu jusqu’à en devenir tout honteux, voyant que personne n’ouvrait, ils prirent la clef, ouvrirent la chambre, et trouvèrent leur seigneur étendu mort sur la place.

Pendant ce grand trouble où ils étaient, Aod trouva le moyen de se sauver ; et ayant passé le lieu des idoles, d’où il était revenu, il vint à Séirath.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Séirath, localité inconnue de la montagne d’Ephraïm.

Aussitôt il sonna de la trompette sur la montagne d’Ephraïm, et les enfants d’Israël descendirent avec Aod qui marchait à leur tête,

et qui leur dit : Suivez-moi : car le Seigneur nous a livré entre les mains les Moabites, nos ennemis. Les Israélites suivirent Aod, se saisirent des gués du Jourdain par où l’on passe au pays de Moab, et ne laissèrent passer aucun des Moabites.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Personne ; c’est-à-dire aucun des Moabites. ― Il n’y avait pas de ponts sur le Jourdain ; on ne pouvait le passer qu’à gué.

Ils en tuèrent environ dix mille, qui étaient tous hommes forts et vaillants. Et nul d’entre eux ne put échapper.

Moab fut humilié en ce jour-là sous la main d’Israël, et le pays demeura en paix pendant quatre-vingts ans.

Après Aod, Samgar, fils d’Anath, fut en sa place. Ce fut lui qui tua six cents Philistins avec un soc de charrue : et il fut aussi le défenseur et le libérateur d’Israël.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

D’entre les Philistins. Sur les Philistins, voir Juges, note 13.1.