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Juges 16
APRES cela Samson alla à Gaza ; et y ayant vu une courtisane, il alla chez elle.
Les Philistins l’ayant appris, et le bruit s’étant répandu parmi eux, que Samson était entré dans la ville, ils l’environnèrent, et mirent des gardes aux portes de la ville, où ils l’attendirent en silence toute la nuit pour le tuer au matin lorsqu’il sortirait.
Samson dormit jusque sur le minuit. Et s’étant levé alors, il alla prendre les deux portes de la ville avec leurs poteaux et la serrure, les mit sur ses épaules, et les porta sur le haut de la montagne qui regarde Hébron.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Il prit les deux battants de la porte avec ses poteaux et son verrou. « Les portes des villes sont ordinairement cintrées ; elles sont gardées et fermées la nuit. Elles sont larges, massives, à deux battants (voir Isaïe, 45, 1), construites en bois solide et bardées de fer (voir Actes des Apôtres, 12, 10). Une forte barre de fer, formant crochet à l’une de ses extrémités, est suspendue à un lourd anneau de même métal, fixé à un fort montant solidement encastré dans la muraille de chaque côté de la porte. Quand la porte est fermée, le crochet des arcs-boutants entre dans un anneau de fer, attaché derrière chaque battant, de sorte que la porte est capable de résister à une forte pression venant du dehors. La serrure est massive, de fer travaillé, et la clef à longue poignée, fort lourde, est portée à la ceinture par le gardien de la porte ou suspendue à un clou dans le petit appartement qui est tout près. Il fallut la force de Samson, pour arracher les portes de Gaza de leurs gonds, avec les deux montants, barre et tout, et les porter au sommet de la colline qui regarde Hébron. Une tour, quelquefois deux, flanquent la porte. Des bancs sont fixés de chaque côté de l’entrée et souvent occupés par des gardes qui vivent dans des appartements ouvrant sur le porche. Ce porche est le rendez-vous favori des habitants, spécialement des plus riches, qui y sont attirés par la brise fraîche qui souffle à travers la porte ombragée, et par la distraction qu’ils trouvent à voir aller et venir constamment hommes et bêtes… Les juges et même le gouverneur se rendent souvent en ce lieu pour régler les affaires les plus importantes : les causes civiles et criminelles y sont souvent discutées et jugées… Les portes de la ville sont fermées au coucher du soleil ou bientôt après. Quelques-unes d’entre elles ont, dans un de leurs battants, une petite porte, qui demeure ouverte une heure ou même plus après le coucher du soleil, pour permettre aux piétons accidentellement en retard d’entrer dans la ville ou d’en sortir. On peut la faire ouvrir aussi plus tard, moyennant un backschisch. Mais les animaux doivent rester dehors et les voyageurs attardés sont ainsi fréquemment forcés de camper hors des murs, quand ils n’arrivent pas à la porte avant le coucher du soleil. » (VAN LENNEP.) ― Hébron. Voir Genèse, note 13.18.
Après cela il aima une femme qui demeurait dans la vallée de Sorec, et s’appelait Dalila.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La vallée de Sorec. La vallée qui sépare Bethsamès de Saraa est très probablement la vallée qu’habitait Dalila. Les plants de vigne de la vallée de Sorec étaient les plus célèbres de la Palestine.
Et les princes des Philistins étant venus trouver cette femme, ils lui dirent : Trompez Samson, et sachez de lui d’où lui vient une si grande force, et comment nous pourrions le vaincre, et le tourmenter après l’avoir lié. Si vous faites cela, nous vous donnerons chacun onze cents pièces d’argent.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Pièces ; c’est-à-dire sicles. Voir Genèse, 45, 22.
Dalila dit donc à Samson : Dites-moi, je vous prie, d’où vous vient cette force si grande ; et avec quoi il faudrait vous lier, pour vous ôter le moyen de vous sauver.
Samson lui dit : Si on me liait avec sept grosses cordes, qui ne fussent pas sèches, mais qui eussent encore leur humidité, je deviendrais faible comme les autres hommes.
Les princes des Philistins lui apportèrent donc sept cordes comme elle avait dit, dont elle le lia ;
et ayant fait cacher dans sa chambre des hommes, qui attendaient l’événement de cette action, elle lui cria : Samson, voilà les Philistins qui fondent sur vous. Et aussitôt il rompit les cordes comme se rompt un fil d’étoupe lorsqu’il sent le feu ; et on ne connut point d’où lui venait cette grande force.
Dalila lui dit : Vous vous êtes joué de moi, et vous m’avez dit une chose qui n’était point vraie : découvrez-moi donc au moins maintenant avec quoi il faudrait vous lier.
Samson lui répondit : Si on me liait avec des cordes toutes neuves dont on ne se serait jamais servi, je deviendrais faible et semblable aux autres hommes.
Dalila l’en ayant encore lié, après avoir fait cacher des gens dans sa chambre, elle lui cria : Samson, voilà les Philistins qui fondent sur vous. Et aussitôt il rompit ces cordes comme ou romprait un filet.
Dalila lui dit encore : Jusqu’à quand me tromperez-vous, et me direz-vous des choses fausses ? Dites-moi donc avec quoi il faudrait vous lier. Samson lui dit : Si vous faites sept tresses des cheveux de ma tête avec le fil des tisserands, et qu’ayant fait passer un clou par dedans, vous l’enfonciez dans la terre, je deviendrai faible.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Si tu entrelaces, etc. Pour bien comprendre la fin de ce verset, il faut supposer que Samson partageait ordinairement ses cheveux en sept tresses, et qu’il était alors couché par terre auprès de Dalila, qui faisait de la toile sur son métier. Quant au clou que le texte hébreu détermine par l’article, c’était probablement le principal parmi ceux qui servaient à soutenir le métier.
Ce que Dalila ayant fait, elle lui dit : Samson, voilà les Philistins qui fondent sur vous. Et s’éveillant tout d’un coup, il arracha le clou avec ses cheveux, et le fil qui les tenait.
Alors Dalila lui dit : Comment dites-vous que vous m’aimez, puisque vous ne témoignez que de l’éloignement pour moi ? Vous m’avez déjà menti par trois fois, et vous n’avez pas voulu me dire d’où vous vient cette grande force.
Et comme elle l’importunait sans cesse, et qu’elle se tint plusieurs jours attachée auprès de lui, sans lui donner aucun temps pour se reposer, enfin la fermeté de son cœur se ralentit, et il tomba dans une lassitude mortelle.
Alors lui découvrant toute la vérité de la chose, il lui dit : Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête, parce que je suis nazaréen, c’est-à-dire, consacré à Dieu dès le ventre de ma mère. Si l’on me rase la tête, toute ma force m’abandonnera, et je deviendrai faible comme les autres hommes.
Dalila voyant qu’il lui avait confessé tout ce qu’il avait dans le cœur, envoya vers les princes des Philistins, et leur fit dire : Venez encore pour cette fois, parce qu’il m’a maintenant ouvert son cœur. Ils vinrent donc chez elle, portant avec eux l’argent qu’ils lui avaient promis.
Dalila fit dormir Samson sur ses genoux, et lui fit reposer sa tête dans son sein ; et ayant fait venir un barbier, elle lui fit raser les sept touffes de ses cheveux : après quoi elle commença à le chasser et à le repousser d’auprès d’elle ; car sa force l’abandonna au même moment ;
et elle lui dit : Samson, voilà les Philistins qui viennent fondre sur vous. Samson s’éveillant, dit en lui-même : J’en sortirai comme j’ai fait auparavant, et je me dégagerai d’eux. Car il ne savait pas que le Seigneur s’était retiré de lui.
Les Philistins l’ayant donc pris, lui arrachèrent aussitôt les yeux, et l’ayant mené à Gaza chargé de chaînes, ils l’enfermèrent dans une prison, où ils lui firent tourner la meule d’un moulin.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ils lui firent tourner la meule. On ne peut imaginer d’occupation plus fastidieuse et plus fatigante. Aussi celui qui était obligé de s’y livrer était considéré comme la plus malheureuse des créatures, et chez les peuples anciens, on condamnait souvent les captifs à tourner la meule, comme Samson. Il est donc impossible de rien concevoir de plus humiliant pour le héros israélite que cette besogne de femme et d’esclave. Sur le moulin à bras, voir Deutéronome, note 24.6.
Ses cheveux commençaient déjà à revenir,
lorsque les princes des Philistins firent une grande assemblée pour immoler des hosties solennelles à leur dieu Dagon, et pour faire des festins de réjouissance, en disant : Notre dieu nous a livré entre les mains Samson, notre ennemi.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dagon leur dieu. Dagon était le dieu principal des Philistins. Sur cette idole, voir 1 Rois, note 5.2.
Ce que le peuple ayant aussi vu, il publiait les louanges de son dieu, en disant comme eux : Notre dieu a livré entre nos mains notre ennemi, qui a ruiné notre pays, et qui en a tué plusieurs.
Ils firent donc des festins avec de grandes réjouissances ; et après le dîner, ils commandèrent que l’on fît venir Samson, afin qu’il jouât devant eux. Samson ayant été amené de la prison, jouait devant les Philistins, et ils le firent tenir debout entre deux colonnes.
Alors Samson dit au garçon qui le conduisait : Laissez-moi toucher les colonnes qui soutiennent toute la maison : afin que je m’appuie dessus, et que je prenne un peu de repos.
Or la maison était pleine d’hommes et de femmes. Tous les princes des Philistins y étaient, et il y avait bien trois mille personnes de l’un et de l’autre sexe, qui du haut de la maison regardaient Samson jouer devant eux.
Commentaire (versets 25 à 27) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 25 à 27 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Jouait en chantant et en dansant, pour les amuser, selon l’usage de ce temps-là. ― La description suivante de Shaw permet de se rendre bien compte des faits racontés ici : « Il y a dans ce pays-ci [en Afrique] plusieurs palais et Don-wânas, comme ils appellent les cours de justice, qui sont bâtis [comme les enclos sacrés] lesquels étaient entourés les uns en partie seulement, les autres tout à fait, de bâtiments avec des cloîtres par-dessus. Les jours de fête, on couvre la place de sable, afin que les pello-waan ou lutteurs ne se fassent point de mal en tombant, pendant que les toits des cloîtres d’alentour fourmillent de spectateurs. J’ai souvent vu à Alger, plusieurs centaines de personnes dans ces sortes d’occasions sur le toit du palais du Dey qui, de même que plusieurs autres grands édifices, a un cloître avancé qui ressemble à un grand appentis, n’étant soutenu dans le milieu ou sur le devant que par un ou deux piliers. C’est dans de semblables bâtiments ouverts, que les bachas, les cadis et les autres grands officiers s’assemblent et s’asseyent au milieu de leurs gardes et de leurs conseillers, pour administrer la justice et pour régler les affaires publiques de leur province. Ils y font aussi des festins, comme les principaux d’entre les Philistins en faisant dans le temple de Dagon. De sorte qu’en supposant que ce temple était construit à peu près comme les bâtiments dont je viens de parler, il est aisé de concevoir comment Samson, en faisant tomber les piliers qui soutenaient le cloître, le renversa, “ et tua plus de Philistins en sa mort qu’il n’en avait fait mourir en sa vie ”. »
Samson ayant alors invoqué le Seigneur, lui dit : Seigneur, mon Dieu ! souvenez-vous de moi ; mon Dieu ! rendez-moi maintenant ma première force : afin que je me venge de mes ennemis en une seule fois pour la perte de mes deux yeux.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Je tire une seule vengeance ; je me venge en une seule fois du mal qu’ils m’ont fait en m’arrachant les deux yeux.
Et prenant les deux colonnes du milieu sur lesquelles la maison était appuyée, tenant l’une de la main droite et l’autre de la gauche,
il dit : Que je meure avec les Philistins. Et ayant fortement ébranlé les colonnes, la maison tomba sur tous les princes et sur tout le reste du peuple qui était là ; et il en tua beaucoup plus en mourant, qu’il n’en avait tué pendant sa vie.
Ses frères et tous ses parents étant venus en ce lieu, prirent son corps, et l’ensevelirent entre Saraa et Esthaol dans le sépulcre de son père Manué, après qu’il eut été juge d’Israël pendant vingt ans.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Esthaol, aujourd’hui Aschoua. ― Dans le sépulcre dont l’oualy (tombeau) de Scheikh Gherib actuel, occupe probablement l’emplacement.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Gaza. Voir Josué, 10, 41.