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Juges 14
SAMSON étant descendu à Thamnatha, et ayant vu là une femme entre les filles des Philistins,
il revint en parler à son père et à sa mère, et leur dit : J’ai vu dans Thamnatha une femme d’entre les filles des Philistins ; je vous prie de me la faire donner pour femme.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Une femme d’entre les Philistins. Du temps de Samson, Thamnatha était au pouvoir des Philistins. Du moins les Philistins y habitaient-ils en nombre et y agissaient-ils en maîtres.
Son père et sa mère lui dirent : N’y a-t-il point de femme parmi les filles de vos frères et parmi tout notre peuple, pour vouloir prendre une femme d’entre les Philistins qui sont incirconcis ? Samson dit à son père : Donnez-moi celle-là, parce qu’elle m’a plu quand je l’ai vue.
Or son père et sa mère ne savaient pas que ceci se faisait par l’ordre du Seigneur, et qu’il cherchait une occasion pour perdre les Philistins : car en ce temps-là les Philistins dominaient sur Israël.
Samson vint donc avec son père et sa mère à Thamnatha. Et lorsqu’ils furent arrivés aux vignes qui sont près de la ville, il parut tout d’un coup un jeune lion furieux et rugissant, qui vint au-devant de Samson.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Parut le petit d’un lion. Thamnatha est à une heure à l’ouest de Bethsamès. Ce fut en descendant de Bethsamès à Thamnatha, peut-être dans la gorge même, près du torrent qu’il avait à traverser, que Samson rencontra et tua le lionceau. C’est aussi dans ce massif montueux qu’il prit plus tard les trois cents chacals avec lesquels il brûla les blés des Philistins. Ces lieux abondaient autrefois en bêtes fauves, comme l’attestent les noms que portaient les villages des alentours, Lebaoth ou les lionnes, Saalbim ou les chacals.
Mais l’Esprit du Seigneur se saisit de Samson : il déchira le lion comme il aurait fait un chevreau, et le mit en pièces, sans avoir rien dans la main. Et il ne voulut point le déclarer à son père ni à sa mère.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
L’Esprit du Seigneur ne signifie pas ici l’inspiration divine, ou l’amour de la vertu, mais cet esprit de force dont le Seigneur remplit Samson pour combattre et vaincre les Philistins, qui étaient les ennemis d’Israël. L’Ecriture elle-même nous apprend que la force de Samson n’était pas naturelle, mais qu’elle lui était donnée de Dieu d’une manière miraculeuse, bien qu’il y ait eu des hommes doués d’une force de corps prodigieuse.
Il alla ensuite parler à la femme qui lui avait plu.
Et quelques jours après il revint pour épouser cette femme. Et s’étant détourné du chemin pour voir le corps du lion qu’il avait tué, il trouva un essaim d’abeilles dans la gueule du lion, et un rayon de miel.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Et après quelques jours, etc. « On sait que les abeilles fuient les cadavres, mais elles ne fuient pas les ossements desséchés. L’expression après quelques jours est plus d’une fois employée dans la Sainte Ecriture pour désigner un espace de temps considérable et même quelques années. Samson peut être resté plusieurs mois fiancé avec la jeune fille, qui était peut-être encore trop jeune. Hérodote, V, 114, raconte que les abeilles firent du miel dans le crâne d’Onésilos, tyran de l’île de Cypre, dont la tête avait été suspendue par les habitants d’Amathonte. » (STOLBERG.) ― Les bois de Palestine sont remplis d’innombrables essaims d’abeilles sauvages qui n’habitent pas seulement des creux d’arbres, mais rassemblent aussi, faute d’autres places, leurs provisions de miel dans les fentes des rochers et dans les cavernes souterraines, sans autre but que de s’abriter à leur ombre.
Il prit ce rayon de miel entre ses mains, et il en mangeait en marchant. Et lorsqu’il fut arrivé où étaient son père et sa mère, il leur en donna une partie qu’ils mangèrent. Mais il ne voulut point leur découvrir qu’il avait pris ce miel dans la gueule du lion mort.
Son père vint donc chez cette femme ; et il fit un festin pour son fils Samson, selon la coutume que les jeunes gens avaient alors.
Les habitants de ce lieu l’ayant vu, lui donnèrent trente jeunes hommes pour l’accompagner ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
C’était anciennement la coutume de donner à l’époux, pour l’accompagner, un certain nombre plus ou moins considérable de jeunes hommes. Les Grecs les appelaient paranymphes. Ce sont probablement ceux que l’Evangile désigne sous le nom d’amis de l’époux.
auxquels Samson dit : Je vais vous proposer une énigme ; et si vous pouvez me l’expliquer dans les sept jours du festin, je vous donnerai trente robes et autant de tuniques.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Pendant les sept jours du festin. Les fêtes qui accompagnaient les mariages duraient une semaine entière et on les égayait par toute espèce de divertissement.
Si vous ne pouvez l’expliquer, vous me donnerez aussi trente robes et trente tuniques. Ils lui répondirent : Proposez votre énigme, afin que nous sachions ce que c’est.
Samson leur dit : La nourriture est sortie de celui qui mangeait, et la douceur est sortie du fort. Ils ne purent pendant trois jours expliquer cette énigme.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le goût des Orientaux pour les énigmes et les jeux de mots est un des traits saillants de leur caractère.
Mais le septième jour s’approchant, ils dirent à la femme de Samson : Gagnez votre mari par vos caresses, et faites qu’il vous découvre ce que son énigme signifie. Si vous ne voulez pas le faire, nous vous brûlerons, vous et toute la maison de votre père. Est-ce que vous nous avez conviés à vos noces pour nous dépouiller ?
Cette femme pleurait donc auprès de Samson, et se plaignait de lui, en disant : Vous me haïssez, et vous ne m’aimez point ; et c’est pour cela que vous ne voulez point m’expliquer l’énigme que vous avez proposée aux jeunes gens de mon peuple. Samson lui répondit : Je ne l’ai point voulu dire à mon père ni à ma mère : comment donc pourrais-je vous le dire ?
Elle pleura ainsi auprès de lui pendant les sept jours du festin. Enfin le septième jour, vaincu par ses importunités, il lui découvrit l’énigme ; et elle alla le redire aussitôt à ceux de sa ville,
qui vinrent le même jour, avant que le soleil fut couché, dire à Samson : Qu’y a-t-il de plus doux que le miel, et de plus fort que le lion ? Samson leur répondit : Si vous n’eussiez pas labouré avec ma génisse, vous n’eussiez jamais trouvé ce que mon énigme voulait dire.
En même temps l’Esprit du Seigneur saisit Samson, et étant venu à Ascalon, il y tua trente hommes, dont il prit les vêtements, et les donna à ceux qui avaient expliqué son énigme. Et étant dans une très-grande colère, il revint dans la maison de son père.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ascalon, l’une des cinq grandes villes des Philistins, sur la Méditerranée, au nord de Gaza et au sud d’Azot, dans une position très forte et très fertile.
Cependant sa femme épousa un de ces jeunes hommes et de ses amis qui l’avaient accompagné à ses noces.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
A Thamnatha. Thamnatha, aujourd’hui Tibnéh. Tibnéh n’est plus qu’un monceau de ruines, éparses sur les flancs d’une colline hérissée de hautes herbes, de chardons et de lentisques. Une partie de ses débris a été transportée plus loin et a servi à bâtir le village actuel d’el-Bridje. Elle a perdu maintenant ses riches vignobles. De gros blocs de pierres, disséminés aux alentours, sont, avec ces vieux décombres, rongés et couverts de lichens, le seul souvenir qui nous reste de Thamnatha. ― Samson descendit. On a fait une difficulté contre ce verset, parce qu’il y est dit que Samson descendit de Saraa à Thamnatha, mais cette expression est exacte. “ Il fallait descendre, ce qui est effectivement vrai, le village actuel de Saraa étant situé sur une colline plus élevée que Tibnéh, ” dit M. GUERIN.