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Juges 11

EN ce temps-là il y avait un homme de Galaad, nommé Jephté, homme de guerre et fort vaillant, qui fut fils d’une courtisane, et qui eut pour père Galaad.

Galaad, son père, avait sa femme dont il eut des enfants, qui étant devenus grands chassèrent Jephté de la maison, en lui disant : Vous ne pouvez pas être héritier en la maison de notre père, parce que vous êtes né d’une autre mère.

Jephté les fuyant donc et évitant de les rencontrer, demeura au pays de Tob : et des gens qui n’avaient rien et qui vivaient de brigandages, s’assemblèrent près de lui, et le suivaient comme leur chef.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La terre de Tob. Elle est inconnue, mais elle était probablement située sur les confins du royaume des Ammonites, même si elle n’en faisait pas partie.

En ce même temps les enfants d’Ammon combattaient contre Israël.

Et comme ils le pressaient vivement, les anciens de Galaad allèrent trouver Jephté au pays de Tob, pour le faire venir à leur secours.

Ils lui dirent donc : Venez, et soyez notre prince pour combattre contre les enfants d’Ammon.

Jephté leur répondit : N’est-ce pas vous qui me haïssiez, et qui m’avez chassé de la maison de mon père ? et maintenant vous venez à moi, parce que la nécessité vous y contraint.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Genèse, 26, 27.

Les principaux de Galaad lui dirent : C’est pour cela même que nous venons vous trouver ; afin que vous marchiez avec nous, que vous combattiez contre les enfants d’Ammon, et que vous soyez le chef de tous ceux qui habitent dans le pays de Galaad.

Jephté leur répondit : Si c’est avec un désir sincère que vous venez m’engager à combattre pour vous contre les enfants d’Ammon, en cas que le Seigneur me les livre entre les mains, serai-je votre prince ?

Ils lui répondirent : Que le Seigneur qui nous entend, soit entre vous et nous, et soit témoin que nous voulons accomplir ce que nous vous promettons !

Jephté s’en alla donc avec les principaux de Galaad, et tout le peuple l’élut pour son prince. Jephté ayant fait d’abord devant le Seigneur toutes ses protestations à Maspha,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Jephté dit, etc. il renouvela les assurances que les princes de Galaad lui avaient données, et, de son côté, il prit solennellement Dieu à témoin de la fidélité avec laquelle il tiendrait ses engagements.

il envoya ensuite des ambassadeurs au roi des enfants d’Ammon, pour lui dire de sa part : Qu’y a-t-il de commun entre vous et moi ? Pourquoi êtes-vous venu m’attaquer et ravager mon pays ?

Le roi des Ammonites leur répondit : C’est parce qu’Israël venant d’Egypte m’a pris mon pays depuis les confins de l’Arnon jusqu’au Jaboc et jusqu’au Jourdain. Rendez-le-moi donc maintenant de vous-même, et demeurons en paix.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Nombres, 21, 24. ― Arnon, rivière qui forme la frontière septentrionale de Moab, voir verset 18, et se jette dans la mer Morte après un cours de 75 kilomètres. ― Jaboc. Voir Genèse, note 32.22.

Jephté donna de nouveau ses ordres aux ambassadeurs, et leur commanda de dire au roi des Ammonites :

Voici ce que dit Jephté : Les Israélites n’ont pris ni le pays de Moab, ni le pays des enfants d’Ammon :

mais lorsqu’ils sortirent d’Egypte, ils marchèrent par le désert jusqu’à la mer Rouge, et étant venus à Cadès,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Cadès. Voir Nombres, 20, 1.

ils envoyèrent des ambassadeurs au roi d’Edom, et lui firent dire : Laissez-nous passer par votre pays. Et le roi d’Edom ne voulut point leur accorder ce qu’ils demandaient. Ils envoyèrent aussi des ambassadeurs au roi de Moab, qui les méprisa, et ne voulut point leur donner passage. Ils demeurèrent donc à Cadès ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Nombres, 20, 14.

et ayant côtoyé le pays d’Edom et le pays de Moab, ils vinrent par le côté oriental du pays de Moab se camper au deçà de l’Arnon, sans vouloir entrer dans le pays de Moab : car l’Arnon est la frontière de la terre de Moab.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Nombres, 21, 13.

Les Israélites envoyèrent ensuite des ambassadeurs vers Séhon, roi des Amorrhéens, qui habitait dans Hésébon, pour lui dire : Laissez-nous passer par vos terres jusqu’au Jourdain.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Jusqu’au fleuve ; c’est-à-dire jusqu’au Jourdain. ― Hésébon. Voir Nombres, 21, 25.

Séhon méprisant comme les autres la demande des Israélites, leur refusa le passage par ses terres ; et ayant assemblé une armée d’une multitude innombrable, il marcha contre les Israélites à Jasa, et s’opposa à leur passage de toutes ses forces.

Mais le Seigneur le livra entre les mains d’Israël avec toute son armée, et Israël le défit et se rendit maître de toutes les terres des Amorrhéens qui habitaient en ce pays-là,

et de tout ce qui était renfermé dans leurs limites depuis l’Arnon jusqu’au Jaboc, et depuis le désert jusqu’au Jourdain.

Ainsi le Seigneur, le Dieu d’Israël, a ruiné les Amorrhéens, lorsque les Israélites, qui étaient son peuple, combattaient contre eux ; et vous prétendez maintenant que les terres que possède le peuple de Dieu vous appartiennent !

Ne croyez-vous pas avoir droit de posséder ce qui appartient à Chamos, votre dieu ? Il est de même bien juste que nous possédions ce que le Seigneur, notre Dieu, s’est acquis par ses victoires.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Chamos ton dieu. Voir 3 Rois, note 11.7. ― Ton dieu. Les Israélites n’attribuent qu’à leur Dieu unique une véritable divinité : ils traitent de faux dieux tous ceux qu’adorent les nations étrangères. Quand Jephté dit Chamos, ton Dieu, il parle le langage diplomatique. Cette expression n’est donc pas une profession de foi et ne prouve pas que Jephté croyait à la divinité de Chamos. Elle prouve seulement que le juge d’Israël voulait parler au roi des Ammonites un langage qui lui fût agréable, afin d’en obtenir la paix qu’il sollicitait.

Est-ce que vous êtes plus considérable que Halac, fils de Séphor, roi de Moab ? Ou pouvez-vous faire voir qu’il ait formé contre les Israélites les plaintes que vous formez présentement, ou qu’il leur ait pour cela déclaré la guerre,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Nombres, 22, 2.

tant qu’Israël a habité dans Hésébon et dans ses villages, dans Aroër et dans les villages qui en dépendent, ou dans toutes les villes qui sont le long du Jourdain, pendant trois cents ans ? D’où vient que pendant tout ce temps-là vous n’avez fait aucune démarche pour rentrer dans ces droits prétendus ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A Hésébon. Voir Nombres, 21, 25. ― A Aroer, sur l’Arnon, qui formait la frontière méridionale du royaume de Séhon.

Ce n’est donc point moi qui vous fais injure ; mais c’est vous qui me la faites, en me déclarant une guerre injuste. Que le Seigneur soit notre arbitre, et qu’il décide aujourd’hui ce différend entre Israël et les enfants d’Ammon.

Mais le roi des enfants d’Ammon ne voulut point se rendre à ce que Jephté lui avait fait dire par ses ambassadeurs.

Après cela donc l’Esprit du Seigneur se saisit de Jephté ; de sorte qu’allant par tout le pays de Galaad et de Manassé, il passa de Maspha de Galaad jusqu’aux enfants d’Ammon,

et fit ce voeu au Seigneur : Seigneur ! si vous livrez entre mes mains les enfants d’Ammon,

je vous offrirai en holocauste le premier qui sortira de la porte de ma maison, et qui viendra au-devant de moi, lorsque je retournerai victorieux du pays des enfants d’Ammon.

Jephté passa ensuite dans les terres des enfants d’Ammon pour les combattre ; et le Seigneur les livra entre ses mains.

Il prit et ravagea vingt villes depuis Aroër jusqu’à Mennith, et jusqu’à Abel, qui est planté de vignes. Les enfants d’Ammon perdirent dans cette défaite un grand nombre d’hommes, et ils furent désolés par les enfants d’Israël.

Mais lorsque Jephté revenait de Maspha dans sa maison, sa fille qui était unique, parce qu’il n’avait point eu d’autres enfants qu’elle, vint au-devant de lui en dansant au son des tambours.

Jephté l’ayant vue, déchira ses vêtements, et dit : Ah ! malheureux que je suis ! ma fille, vous m’avez trompé, et vous vous êtes trompée vous-même : car j’ai fait un vœu au Seigneur de lui offrir ce qui se présenterait à moi, et je ne puis faire autre chose que ce que j’ai promis.

Sa fille lui répondit : Mon père, si vous avez fait vœu au Seigneur, faites de moi tout ce que vous avez promis, après la grâce que vous avez reçue de prendre vengeance de vos ennemis, et d’en remporter une si grande victoire.

Accordez-moi seulement, ajouta-t-elle, la prière que je vous fais : Laissez-moi aller sur les montagnes pendant deux mois, afin que je pleure ma virginité avec mes compagnes.

Jephté lui répondit : Allez. Et il la laissa libre pendant ces deux mois. Elle allait donc avec ses compagnes et ses amies, et elle pleurait sa virginité sur les montagnes.

Après les deux mois elle revint trouver son père, et il accomplit ce qu’il avait voué à l’égard de sa fille, qui en effet ne connut point d’homme. De là vint la coutume qui s’est toujours depuis observée en Israël,

que toutes les filles d’Israël s’assemblent une fois l’année, pour pleurer la fille de Jephté de Galaad pendant quatre jours.

Commentaire (versets 31 à 40) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 31 à 40 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Contre le sentiment de tous les anciens, plusieurs interprètes modernes prétendent que la fille de Jephté ne fut pas réellement immolée, mais seulement consacrée au service du sanctuaire. Quelque opinion qu’on adopte, on ne peut rien conclure contre la divinité de la religion des Hébreux. Car le vœu de Jephté est un fait qui lui est entièrement personnel. Il n’était pas commandé par la loi, puisque la loi au contraire défendait si expressément le sacrifice de victimes humaines. C’est un fait isolé, et auquel le grand prêtre et la majorité du peuple ne prirent aucune part. Après le cours d’une année ; c’est-à-dire chaque année.